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Full text of "Lettres de Jean-Louis Guez de Balzac"

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B 'flUOTH£CA 1 



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http://www.archive.org/details/lettresdejeanlouOObalz 



LETTRES 



DE 



JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 



EXTRAIT DES DOCUMENTS INEDITS 
PUBLIÉS PAR LES SOINS DU MINISTERE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



LETTRES 



DE 



JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC, 



PUBLIEES 



PAR VI. PHILIPPE TAMIZEY DE LARROQUE. 




PARIS. 



IMPRIMERIE NATIONALE. 



M DCCC LXXIII. 



lî/J 
. L? 

)ïl3 



AVERTISSEMENT. 



M. B. Hameau, aujourd'hui membre de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres et Directeur de l'Imprimerie nationale, annonçait, clans la séance 
du •> mars t 8 5 1 du Comité des monuments écrits de l'histoire de France 1 , 
i|iit' le Ministère de l'instruction publique avait résolu de publier une seconde 
série de Mélanges*, et que, parmi les pièces dont se composerait le premier 
volume du nouveau recueil, figureraient en assez grand nombre des lettres 
inédites de Balzac à Chapelain. Chargé par une trop bienveillante décision de 
préparer l'édition depuis si longtemps promise, je n'ai rien négligé pour rem- 
plir de mon mieux une tache <iui présentait certaines difficultés. 

La moins grave assurément n'était pas l'imperfection de l'unique manuscrit 
que l'on possède des cent soixante et dix lettres 3 adressées par Balzac, depuis le 



1 Rapport fait au nom de la commission 
des Mélanges historiques, alors composée de 
MM. Hauréau et Ravenel, dans le Bulletin 
du Comité, t. III, i85a, p. 106-109. 

2 La première série des Mélanges histo- 
riques ou Documents historiques extraits de la 
Bibliothèque royale, des archives et des biblio- 
thèques des départements , forme quatre vo- 
lumes, publiés, avec le concours de divers 
érudits, par M. Champollion-Figeac. i84i- 
i848. 

' M. Hauréau (Bulletin, p. 106) croyait 
<[iie ces lettres étaient au nombre de cent 
quatre-vingts environ. L'auteur anonyme de 
I article consacré à Balzac dans le tome IV 
de la Nouvelle Biographie générale (1 855 ) 
en compte deux cents à peu près. Cet ar- 
ticle renferme bien d'autres erreurs. On y 



lit, par exemple, que Balzac est né en 
i5gi, alors que M. Eusèbe Castaigne, bi- 
bliothécaire de la ville d'Angoulême . a 
prouvé d'une manière incontestable , dès 
i846, que le grand épistolier de France fut 
baptisé le 1" juin 1697, et qu'il naquit, par 
conséquent , dans les derniers jours du mois 
de mai de cette année (Becherches sur la 
maison où naquit Jean-Louis Guez de Balzac, 
sur la date de sa naissance, sur celle de sa 
mort, etc.). On y lit encore que Balzac 
mourut à Paris, le 18 février 1 654 (co- 
lonne 3a4), le 18 février i655 (colonne 
326), alors que M. Castaigne a non moins 
certainement établi que son illustre conci- 
toyen rendit le dernier soupir à Angoulême 
le 8 février i656. Les petites découvertes 
de M. Castaigne ont été mises à profit par 



h AVERTISSEMENT. 

3i août i6/i3 jusqu'au 3 décembre 16/17, a ce ' m 1 u ' ^ tou j ours ' e meilleur 
de ses amis, à celui dont il parlait ainsi déjà, le 20 décembre 1 63 j 1 : «Ceux 
«qui ne le voyent que par le dehors le prennent pour un homme fort poli, et 
-qui a de très belles et de très agréables qualitez; mais moy, à qui il a des- 
« couvert ce qu'il n'estalie pas à tout le monde, je sçay qu'il est capable de 
« très grandes choses. . . J'adjousteray, sur le subjet de sa probité, que je vous 
-- ay parlé d'un ancien Romain, et que je ne voy point d'exemple de vertu 
«dans la première décade de Tite-Live qui soit trop hault et trop difficile pour 

- luy 2 » Ce manuscrit, conservé à la Bibliothèque nationale sous le numéro 

12,770 du Fonds français (autrefois n° 3,736 du Supplément français), hsI 
un volume in-quarto, non entièrement paginé, formé de copies d'une époque 
indéterminée, mais déjà ancienne, qui proviennent d'une main des plu^ 
maladroites. Parfois les fautes de lecture y sont tellement choquantes, que l'on 
serait tenté d'attribuer à un laquais cette transcription inintelligente, gros- 
sière, de la pure et délicate prose de Balzac 3 . Si, pour plusieurs de ces faut"'., 
les rectifications étaient indiquées par le simple bon sens, plusieurs autres 
fautes n'ont pu être corrigées qu'à la suite d'un patient et minutieux rappro- 
chement entre les cent soixante et dix lettres inédites d'une part, et, d'autre 
part, les huit cent vingt lettres qui remplissent le premier volume des Œuvres 
complètes*, et les lettres assez rares çà et là publiées depuis l'année 1 665 5 . 



M. Paulin Paris dans son édition des Histo- 
riettes de Tallemanl des Réaux (t. IV. p. 88. 
1 855) , par M. Gh. L. Livet dans son édi- 
tion de {Histoire de l'Académie française 
de Pellisson et d'Olivet (t. Il, p. 63, 63, 
1 858) , par M. Sainte-Beuve (Port-Royal, 
3* édit. Append. t. II. p. 5ai, 1867), etc. 

1 Lettre au poëte François de Mainard 
(p. 339 du tome I des Œuvres complètes, 
in-folio 1 665 , Paris, chez Thomas Jolly). 

3 Dans une foule d'autres lettres, Balzac 
rend hommage aux vertus de Chapelain . et 
Boileau a eu raison de dire : 

Balzac en fait lVIoge en cenl endroits divers. 

3 M. Hauréau a e'té bien indulgent 
quand il s'est contenté de dire (Bulletin. 



p. 106) que le copiste était «-assez malha- 
"bile. 1 

1 Les vingt-sept livres contiennent, en 
réalité, huit cent trente-deux lettres; mais 
on a mêlé à celles de Balzac une lettre du 
cardinal de Richelieu (p. 1), une lettre du 
maréchal de Sehomberg (p. 101), une 
lettre du comte de Servient (p. 1016). une 
lettre du ministre protestant Drelincourt 
( p. 102a), une lettre de M. de Laggcr, se- 
crétaire des commandements de la reine de 
Suède (p. ioa3), etc. Je ne mentionne pas 
une lettre de l'archevêque Pierre de Marca . 
qui a été rejetée à la fin du volume 
(p. io58). 

5 Trois ont paru dans la Continuation des 
Mémoires de littérature et d'histoire de M. de 



AVERTISSEMENT. 5 

Grâce à celte précaution) j'ai fini par retrouver dans les imprimes presqui 
ions les mots corrompus de la copie, et je croîs avoir réussi à reconstituer, à 
peu près partout, un texte irréprochable, 

I ne autre difficulté, c'était celle de l'explication <!<• quelques passages qui, 
s plus de deux cents mis de distance, sont |>l<'ins pour nous d'obscurité. Tan- 
tôt un nom propre est sous-entendu, tantôt une épigramme est à demi voilée. 
Que de fois, dans les phrases du correspondant <!<• Chapelain, se gtissenl de 
fines allusions qui semblent d'abord devoir dérouter à jamais notre curiosité! 
J'ai essayé de deviner toutes les énigmes des lettres que l'on va lire, nie fai- 
sant, en quelque sorte, à forée de persévérantes lectures, le contemporain de 
Balzac, et, si je ne me Halte pas d'avoir suffisamment éclairci tous les mysté- 
rieux passages d'une correspondance qui touche à tant de sujets, j'espère, du 
moins, m'étre le plus souvent rapproché de la vérité. 

II était moins malaisé d'indiquer l'origine des nombreuses citations latines 
dont Balzac aimait à émailler les lettres que, presque toutes les semaines, 
pendant une grande partie de sa vie, depuis l'année 1 6 3 i ', reçut de lui un 
humaniste aussi distingué que Chapelain. Du reste, je me plais à le recon- 
Sitlt'iigrc, par Desmolets et Goujel (t. \. piers de Courait, et redonnée, en 1 86 1 



p. 439-438). J'ignorais celte circonstance 
quand je publiai ces trois lettres, avec neuf 
au lies également conservées au départe- 
ment des manuscrits de la Bibliothèque de 
la rue de Richelieu (Actes de l'Académie des 
sciences, belles-lettres et arts de Bardeaux, 
3 e série, 1862, p. 4gi-5o6). Depuis la 
publication de ces Douze lettres de Jean- 
Louis Guez de Balzac, tirées des collections 
Baluze (vol. 208) et Dupuy (vol. 8o3), 
j'en ai retrouvé (Fonds français, vol. 6,644 ) 
deux autres, originales, adressées au car- 
dinal de La Vallette , et elles ont paru 
dans le Bulletin du Bouquiniste du 1 5 mars 
1867. ^ ne lettre de Balzac à Du Moulin 
(avec la date du 20 septembre 1647) a élé 
donnée, en i858, par M. Amédée Roux, 
aux pages 56 à 61 de son opuscule inti- 
tulé : Lettres du comte d'Avaux à Voiture, 
stiuies de pièces inédites, extraites des pa- 



(avec la date du 3o septembre 1637. qui 
est la bonne), par M. Charles Read, d'a- 
près l'original conservé aux Archives de 
l'Etat à la Haye, à la page 355 du Bulle- 
tin de la Société de l'histoire du protestantisme 
français. Enfin, M. Jal (au mot Académie 
française de son Dictionnaire critique de bio- 
graphie et d'histoire, 1867) a reproduit 
une lettre de Balzac à Courait, du 3 no- 
vembre i653, trouvée dans les minutes 
d'un notaire de Paris. Notons que, dans \<- 
recueil de 1 665 (p. p,84) , on voit une autre 
lettre à Conrart, écrite le même jour, cl 
qu'il est très-probable qu'une des deux est 
mal datée. 

1 La première des lettres de Balzac à 
Chapelain, dans l'édition de i665, aurait 
été écrite, si la dale est exactement indi- 
quée , ce qui n'est pas sûr, le 1 septembre 
1 6 3 1 (p. aai). Une autre lettre, imprimée 



G AVERTISSEMENT. 

naître, dans cette recherche de la paternité des vers cités par Balzac, comme 
pour les corrections et les éclaircissements, j'ai mis à profit les notes d'un 
érudit justement loué de tous, M. J. Ravenel, qui avait commencé, il y a plus 
de vingt ans, à préparer la présente édition 1 . 

Les nouvelles lettres de Balzac offrent, ce me semble, un vif intérêt. Avec 
beaucoup de détails autobiographiques, on y trouvera de curieux renseigne- 
ments sur une foule d'écrivains français ou étrangers de la première moitié 
du xvn c siècle. Balzac y juge avec autorité non-seulement les poètes et prosa- 
teurs ses contemporains, mais aussi parfois les poètes et prosateurs du siècle 
précédent, et sa renommée d'excellent critique gagnera quelque chose à la pu- 
blication de ces lettres, écrites dans la maturité de sa vie et de son talent. A 
de si précieux chapitres d'histoire littéraire s'ajoutent, pour l'histoire poli- 
tique, des informations qui ne sont point à dédaigner, el qui, tantôt légères, 
anecdotiques, tantôt plus sérieuses, plus importantes, complètent les unes et 
les autres, d'une heureuse façon, les mémoires relatifs soit au règne de 
Louis XIII, soit aux premières années de celui de Louis XIV, et surtout les 
piquants récils de Talleniant des Beaux. 



plusieurs pages avant celle-là (p. 168), se- 
rait du îS novembre i63q. Une troisième 
( p. 35G) appartiendrait au 1 a juillet i633. 
Plusieurs autres (p. 468-458) seraient des 
anne'es 1 6 3 a , 1 633 , i636. Les six livres 
(Mil à WII1) compris entre les pages 
719 et 867 renferment cent quatre-vingt- 
sept lettres à Chapelain (on voit qu'il y en 
a environ deux cents dans le volume) qui 
vont du 1" juin i636 (et non 1626, ce 
qui est une faute d'impression) au 28 dé- 
cembre iG4i. 11 nous manque toutes les 
lettres de 1662 et des liuil premiers mois 
de i643, ainsi que toutes les lettres écrites 
depuis la lin de 1G/17 jusqu'au commence- 
ment de iG5'j. Rappelons que les cent 
quatre-vingt-sept lettres des livres MU. 
XVI'.I, etc , avaient été publiées à part, en 
1 656 , sous le titre de Lettres familières à 
M. Chapelain (Paris. Aug. Courbé, in-8") 



et réimprimées à Leyde (Elzevier, i65g, 
in-12), à Amsterdam (Elzevier, 1661. 
in-12). 

1 .Nul plus que moi ne regrette que 
M. lînvenel n'ait pas achevé ce qu'il avait si 
bien commencé. J'ai regardé comme un de- 
voir de marcher le plus possible sur les 
traces d'un tel devancier. Deux habiles cri- 
tiques, M. Léonce Couture, rédacteur en 
chef de la Revue de Gascogne, et M. Gus- 
tave Servois, mon commissaire, ont beau- 
cou p contribué , par leurs indications comme 
par leurs conseils, à rendre mon travail 
moins imparfait. Que ces obligeants amis 
reçoivent ici mes meilleurs remercimenls . 
ainsi que toutes les personnes qui ont dai- 
gné, sur quelques points spéciaux, m'ho- 
nora de leurs bienveillantes observations , et 
notamment MM. Barthélémy Saint-Hilaire, 
Paulin Paris, Adolphe Régnier! 



AVERTISSKMRVr. 



/ 



Au Miiiiiiici de la première page du manuacril de la Bibliothèque nationale. 
nu hi ce titre, qui n'esl pu de la main «lu copiste : Lettres de oàkuu à Chape 
hua , lu pluspart non imprimée». L'abbé d'Olivel (page i i 'I du tome I el page 
69 du tome II de l'édition de 1868) rapporte trou courts fragments de trois 
de ces lettres, sans dire s'il a eu en main les originaux ou simplement la copie 
qui seule parait exister aujourd'hui. Quelques autres fragments, non moine 
courts, ont été publies à la tin d'un recueil de pièces formé parle I*. Queanel 
| Trè» humble remontrance à messire Humberi de Precipiano, archevêque de Matines 
160,5), et, de nouveau, à la page 6(io du tome XXVIII de la collection des 
Œuvres complètes de messire Antoine Amauld (édition de Lausanne, 1 77» 
178.'!. eu 48 tomes in-i°). Une lettre écrite en latin, et non datée, a paru. 
tans le post-scriptum, dans le tome II du recueil de 1 6G5 l . Il n'a été publié, 
à ma connaissance, aucune autre des lettres ici réunies-. 

On n'attend pas de moi que, dans ces quelques mots d'avertissement, j'in - 
siste ni sur le caractère ni sur le génie de Balzac, si bien connus d'ailleurs 
après tant de travaux dont l'homme et l'écrivain ont été l'objet 3 . Je me con- 
tenterai de constater que sa correspondance inédite doit, soit au point de vue 
moral, soit au point de vue littéraire, le faire apprécier plus favorablement 
que l'ensemble de ses lettres imprimées. Balzac, dans cette correspondance de 
quatre ans et trois mois, se montre constamment ami dévoué, et l'on prend 

1 Cette lettre, que j'ai cru devoir repro- côté de leurs appréciations, presque toutes 
Juire, porte te numéro ihh. J'ai eu soin assez étendues, il faut signaler les éloges 
de ne pas la compter au nombre des cent donnés à Balzac , en passant , par deux 
soixante et dix lettres inédites annoncées à la juges d'un goût exquis, M. Joseph Joubert 
première page de cet Avertissement. et M. J. J. Ampère, et les rapprocher des 

2 Non-seulement ces lettres sont inédites, jugements du cardinal de Richelieu, de Mat- 
do moins considérées in extenso, mais en- herbe, de Descartes, de Sarazin, de Mé- 
core il est permis de dire qu'elles n'ont été nage, de Costar, de Bossuel, de Boitéau. 
consultées de presque aucun de ceux qui de Perrault, de Bouhours, de La Bruyère. 
ont eu à s'occuper du xvir* siècle, et qu'elles de Bayle, de Joly, de Daguesseau , de Vol- 
ent même échappé à deux des plus zélés et taire, de Marmontel, de Palissol. de Coupé, 
des plus illustres chercheurs de ce temps- de La Harpe, etc. Enfin, je renverrai à 
ci, M. Sainte-Beuve et M. Paulin Paris. l'ample et judicieuse préface publiée par 

1 II me suffira de rappeler les noms de l'abbé Jacques Cassagne en tête de l'édition 

\IM. Malitourne, Moreau , Bazin, Désiré de 1 665, et à l'estimable notice de l'abbé 

Nisard, Geruzez, Demogeot , Jacquinet , Go- d'Olivet dans Y Histoire de l'Académie fran- 

defrny. surtout celui de M. Sainte-Beuve. A çaise. 



AVERTISSEMENT. 

une meilleure idée de son cœur en voyant de quelle tendresse sincère, pro- 
fonde, ce cœur était rempli pour celui qui. du reste, le chérit et le conseilla 
toujours comme un frère '. 

Si certains reproches que l'on a cru pouvoir adresser à l'insensibilité de 
Balzac paraissent, à la lecture de ses affectueuses lettres à Chapelain, fort 
exagérés, les personnes qui ont regretté de ne pas trouver, en général, 
dans sa correspondance, plus de simplicité, plus d'abandon, seront agréable- 
ment surprises d'avoir affaire ici à un homme s'exprimant la plupart du 
temps sans pompe et sans apprêt, et (pour employer une expression bien 
inattendue à propos de lui) tout naturellement. Sans doute Balzac n'a pas re- 
noncé au plaisir d'aiguiser une pointe et de faire miroiter une métaphore. On 
n'abjure pas entièrement, après des années d'idolâtrie, le culte des faux dieux! 
Mais, s'il commet encore quelques-uns de ces brillants péchés (splendida peccata) 
d'après lesquels on l'a parfois trop sévèrement jugé, l'excès n'y est plus. L'é- 
crivain a cessé de courir après les périodes sonores, après les images à effet. 
(l'est un prodigue devenu presque économe. En un mot, si ses anciennes 
lettres, principalement celles qui furent écrites dans l'épanouissement de la 
jeunesse, ont à peu près toutes le ton emphatique, oratoire, ses nouvelles 
lettres, au contraire, rappellent le plus souvent le ton libre, dégagé, d'une 
cordiale et spirituelle causerie. 

Puissent tous les lecteurs me donner raison! Puissent-ils tous considérer 
comme s une bonne fortune littéraire," selon la parole de M. Hauréau 2 , la 

1 Balzac el Chapelain étaient presque du 2 Bulletin du Comité historique, p. 106. 
même âge, ce dernier étant ne' le U dé- — M. Hauréau ajoutait, un peu plus loin 
cembre 1590. Il semblerait, à lire les lettres (p. 107) : fUn instant nous avions espéré 
de Balzac, que son ami. au lieu d'être son n qu'il nous serait possible de joindre aux 
aine de dix-huit mois, l'était de plusieurs rrlettres de Balzac les réponses de Chape- 
années. On peut consulter, sur Chapelain, crlain. Un volumineux recueil de la corres- 
Tallemant des Beaux, Ménage, Baillet. rpondance de ce dernier avait été mis à 
Huel. Pellisson et d'Olivet, Titon du Tillet. n notre disposition; malheureusement ce 
Goujet, M. Guizot (Corneille et son temps). «■ recueil est incomplet de deux tomes, de 
M. Saint-Marc Girardin (Reçue des Deux irceux-là précisément qui se rapportent aux 
Mondes du i5 septembre i838), M. Livet «années i6i3-i6&7. Quelques lettres de 
(Précieux et Précieuses), M. J. Duchesne <r Balzac , dans lesquelles il répond aux sages 
(Histoire des poèmes épiques français du ■ et aux nobles conseils de Chapelain, nous 
rr/i' siècle, thèse pour le doctorat es lettres «font regarder comme une chose très-re- 
présentée à la Faculté de Paris. 1870). etc. crgrettable la perte des volumes qui n'ont 



Wl.liTISSKUKM 



publics li le ces pages! Alors même qu'elles ne nous sidéraient |>as à mieui 

connaître beaucoup de personnages marquants <lu i?rt siècle , elles mérite- 
raient encore d'attirer Inattention <\<-s esprits cultivés, car celui qui les ret 
gardera l'immortelle gloire d'avoir été un des créateurs de la prose Française. 



«pu nous fitre fournis. Nous n'aurions | >;<>- 
if parlé de nos regrets, b'ï! était certain orne 

fi-es volumes lussent anéantis. En les si;;na- 
"lant aux recherches des correspondants 
"du Comité, on parviendra peut-être à les 
» retrouver : nous le désirons vivement.» 
Je répète ici , sans trop d'espoir , l'appel 



adressé par M. Hanréau ;i tous les ■unis de 
la vieille littérature, et, ijue l'on parvienne 

ou non à compléter le recueil <pii des li- 
bérales mains de M. Sainte-Beuve, a passé 
dans la Bibliothèque nationale, j'exprime 
le vœu qu'une édition en soil bientôt 
donnée. 



LETTUKS 



DE 



JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 



Du 3i aoust i643. 

Monsieur, Le courrier arrive à Paris le samedy : mais le bon Ro- 
colet 1 , qui attend tousjours mes lettres, et ne les envoyé jamais qué- 
rir, ne les reçoit 2 quelquesfois que le dimanche bien tard. Il se picque 
donc de gloire en ce qu'il faict, et me 3 veut ayder à faire un beau 
livre. Je le croy sur vostre parolle, Monsieur, et que luy et son neveu 



' Pierre Rocolet , charge" de la publica- 
tion des Œuvres diverses du sieur de Balzac 
qui parurent en 1 644 (in-4°), était, de- 
puis 1 (i 1 8 , « imprimeur et libraire ordi- 
irnaire de la maison de ville au Palais.» Il 
est question de lui dans le premier volume 
des OEuvres complètes de Balzac (vingtième 
lettre du livre XXI, datée du 10 juin 1660, 
p. 8a5). Il avait déjà publié, en i636, le 
second recueil épistolaire de Balzac sous ce 
titre : Lettres de M. de Balzac, seconde par- 
tie (a vol. in-8°), et, en cette même année, 
le Discours sur une tragédie (de Daniel Hein- 
sius) intitulée : Herodes infanticide (i vol. 



in-8"). P. Rocolet a été l'éditeur de quel- 
ques ouvrages des académiciens Silhon, 
Cureau de La Chambre, etc., de la traduc- 
tion de Y Imitation par Corneille (1659), etc. 
Il mourut le 19 janvier 1662. Voir sur lui 
une petite notice à la page 228 de l'His- 
toire de l'imprimerie et de la librairie, par 
Jean de La Caille (1689, in-6°). La Fon- 
taine l'a mentionné dans son épître à Fou- 
quet sur l'entrée solennelle de la reine à 
Paris (26 août 1661). 

* Le copiste a écrit : recet. 

3 Le copiste , sans redouter le contre- 
sens, a mis : ne. 



12 LETTRES 

iront du pair avec les Estiennes 1 , sinon 2 par leur doctrine, quœ nulla 
est, au moins par leurs soings et par leur déférence à vos advis, qui 
sont excellens en toutes choses. 

Je vous envoyé les Épigramrnes retouchées, et en Testât où il fault 
qu'elles demeurent, puisqu'elles sont plus historiques de cette der- 
nière façon et sentent hien davantage l'antiquité, principalement 
Y Ara 3 , dont la fin me plaist plus que tout le reste. 

Je pensois escrire aujourd'huy à M r de 4 Bonair 5 , mais je suis si mal 
depuis quelques heures, qu'à peine puis-je rachever ce billet et vous 
dire que je n'ay rien à ajouster à une de mes précédentes despesches. 

CCst. Monsieur, vostre très humble et très passionné serviteur. 

BALZAC. 



II. 

Du 7 septembre i663. 

Monsieur, Mon indisposition n'a pas duré, et la fièvre, qui m'avoit 
donné lallarme, s'estant contentée de me menacer, je me trouve en 
estât de traiter avec vous à l'accoustumée. Je vous diray donc, pour 
commencer, que la raison par laquelle vous refusez mes [compli- 



1 Le copiste a ainsi défiguré le nom des 
célèbres imprimeurs : Estreinnes. 

2 Je substitue sinon à seroit, parce qu'il 
est évident pour moi que le copiste a subs- 
titué seroit à sinon. 

3 Slilicone et Encherio cœsis, ara libev- 
taii. Voir cette épigramme, une des mieux 
réussies de Balzac , dans le tome II des 
OEuvres complètes, seconde partie (Lwlorici 
Guezii Bahacii Cnnnina et epistolœ , p. 3g). 

4 Au lieu de la particule de, le copiste a 
mis la majuscule P. 

5 L'édition de 1 665 renferme (p. 606) 
une lettre de remercîment écrite, le ao no- 
vembre 1 635, à un M. de Bonair. qui avait 



cité Balzac dans un de ses livres. Cet au- 
teur, maintenant si inconnu , est-il le même 
personnage que celui dont parle ici rrl'er- 
frmite de la Charente ?j> Est-ce le même 
que le Bonair auquel , dans une lettre du 
i4 février 1639 (p. 676), Balzac se plaint 
du retard qu'on lui fait éprouver pour le 
payement de sa pension, s'écriant : n-Je 
« suis le plus mauvais gueux de France, , et 
irne sçay ni mendier, ni me resjouir d'une 
it grâce mendiée, 1 et auquel (p. 677) est 
adressée enfin une autre lettre du h jan- 
vier 1 64i, relative encore à la pension tou- 
jours irrégulièrement payée ? Le nom de 
Bonair se retrouve dans la partie de la cor- 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZ \C. 13 

mente] 1 est égaiemenl obligeante el ingénieuse, mais je ne Lusse pat 
de demeurer tousjours dans les mesmes termes, el avec quelle | » i •<'•- 
aomption, Monsieur, oserois-je vous appeller une partit; (quoyque la 
principalle) de moi- mesme? Les aultres parties seraient trop dispro- 
portionnées à celle-là, el ceseroil faire mi tout qui feroit ui mstre. 

Il csl bien plus raisonnable <|iie, sans nie séparer de vous, QJ vous de 
moy, je vous considère soubz un au lire nom, el. dans un estât plus 
noble, voire dans uni" nature plus relevée (pie la noslre : Chapelain 
ne peut estre Balzac : l'un est trop sage, l'aultre bien trop peu : mais 
Chapelain pourroit bien estre le bon démon de Balzac, ou, pour par- 
ler plus chrestiennement, l'ange gardien de Balzac. En ce cas là, les 
prières, les hymnes, les vœux, les offrandes, les autels, et toutes les 
aultres reconnoissances bumaines luy appartiennent : et en ce cas là je 
doihs et je rendray en despit de vous des remerciements continuels à 
vostre continuelle protection. Verum enim vero. 

Hactenus hsec , tibi , dulcis olor ; nostrique Maronis 
Dum memor ipse ruei, dum spiritus hos reget artus 3 , 
Semper honos nomenque tuum, taudesque manebunl". 
Balzacum dixisse puta. ' 

Vous vous mocquez bien de moy de me destiner pour l'Anstarque 
de vostre Iliade 5 . Je n'ay garde, Monsieur, d'estre de la force de celuy 



i espondance de Chapelain qui a été publiée 
par M. Livet à ta fin du premier volume de 
son édition de Y Histoire de l'Académie fran- 
çaise (p. 378, 38o, à l'année 1639). 

' Le mot manque dans la copie. 

' Le copiste a mis : vous mesme, ce qui 
est démenti par le sens. 

3 Virg. Mneid. IV, 336. 

" Id.ibid. I, 61 3. 

s Cette Iliade, hélas! c'était La' Pucelle . 
poëme auquel Chapelain , qui certes n'avait 
pas la tête épique, travaillait déjà depuis 
plusieurs années, malgré Minerve, et dont 
les douze premiers chants ne devaient pa- 



raître que deux ans après la mort de Bal- 
zac (Paris, i656, in-fol.). Balzac n'a pas 
seulement comparé son ami à Homère, il 
l'a aussi appelé (lettre à Conrart du ai dé- 
cembre i65i, p. ga3 du tome I" des 
OEuvres complètes) itnostre Virgile fran- 
trçois. 1 Godeau, l'évêque de Vence, a, lui 
aussi, placé Chapelain sur la même ligné 
qu'Homère et que Virgile ( Bibliothèque 
française de l'abbé Goujet, t. \VH, p. 377). 
On a un ironique parallèle de \ Iliade avec 
La Pucelle par Jusl Van Ell'en , à la suite du 
Chef-d'œuvre d'un inconnu du docteur Ma- 
thanasius. sous le titre de : Dissertation sur 



14 LETTRES 

Qui soneti lacerum collegit corpus Homeri. 
'Jni< jur* notas spuriis vefsibus apposuit 1 . 

Je ne suis pas grammairien dominant, comme Casteivetro 2 ; je suis 
grammairien valet : comme vous diriez un régent de la cinquiesme, et 
ne puis vous olïrir que mes yeux, [ma] main et [mon habituation] 3 à 
l'imprimerie. 

Aujourd'huy, septiesme de ce mois, le messager part chargé du 
reste de nostre coppie, c'est à dire de dix discours qui, avec ceux que 
vous avez, feront, à mon advis, un juste volume. Je vous en envoyé le 
cathalogue y enclos; et, si quelqu'un trouvoit quelque chose à redire 
aux tiltres, il en faudra accuser le neveu du sieur Rocolet et dire que 
le père n'est pas le parrain. Reste maintenant le Discours à la Reine 4 
qui doibt tenir lieu de préface, et estre imprimé de plus gros charac- 
tère que les aultres. Je n'y ai pas encore songé, mais Dieu m'inspi- 
rera , et vostre amy fera peut estre quelques périodes oratoires qui ne 



Homère et sur Chapelain (p. 2Ô5-3oo de 
l'édition de Lausanne, 1758). Signalons 
encore une appre'ciation de La Pucelle dans 
un volume manuscrit (non paginé) de la 
Bibliothèque nationale, inscrit au Fonds 
français sous le numéro 12793. 

1 Quique sacri lacerum collegit corpus Hooieri . 
Quique notas spuriis versibus apposuit. 

Ausok. Epitt. nui, 38. 39. 

" Louis Casteivetro , subtil commentateur 
de la Poétique d'Aristote, mort en 1571. 
Voir sa vie par Muraloi i en tète des Opère 
varie endette (1727. in-4°). En France, le 
président de Thou, Teissier, Bayle. l\ice- 
ron. Ginguené , se sont occupés de lui. 
Teissier et Bayle ont rappelé que Balzac 
avait écrit à Chapelain en 16/10 : rJe n'ai 
-guère vu de grammairien de la force de 
rre Modénois.» 

8 On lit dans la copie : mes yeux, une 



main et une habitation à l'imprimerie. Ces 
derniers mots sont inintelligibles. Il est clair 
pour moi que Balzac a voulu mettre sa 
grande expérience en matière typogra- 
phique à la disposition de son ami. C'est ce 
qu'il appelle son habilitation à l'imprimerie. 
4 Discours à la reyne régente, présenté à 
Sa Majesté le vu novembre 16 Ù3 , composé 
par le sieur de Balzac. Ce discours parut 
pour la première fois dans les Œuvres di- 
verses (i644); puis, pour la seconde fois, 
la même année, quand on réimprima ce vo- 
lume (Paris, in-8°, chez Bouillerot). Il y 
eut une autre édition du même volume en 
i658 (Paris, chez Barbier, petit in-12). 
Les FJzeviers ont publié les Œuvres diverses 
(Leyde, i65t, 1 658; Amsterdam, i664, 
petit in-12). Dans l'édition de 1 665. le 
Discours à la reyne régente se trouve parmi 
les Dissertations politiques (t. II, p. 466- 
480. 



DE JEAN-LOUIS SI M DE BALZAC. I.. 

vous desplaironl pas, etletoul Bans se jetterdaos les lieux commun gs 
des panégj l'isics. 

Outre la coppie, voua trouvères dans le pacquel que vous porte le 
messager les lettrée de Madame Deslogea 1 pour- Monsieur Conrart 8 , 
HiDii privilège que je vous prie de garder, et la harangue manuscrite 
di' M r Delhi Casa 4 , qu'il faudra desplier ei manier bien délicatement, 



Marie de Hruneau, qui épousa, en 
i. r M)i), Charles de Bechignevoisin, seigneur 
îles Loges., et qui mourut dans le Limousin 
en juin 16/11. Le Morèri de 17^9 la pro- 
clame «une des plus illustres femmes du 
«xvif siècle. 1 Balzac en a bien souvent et 
bien élogieusement parle" dans ses Lettres et 
dans ses autres ouvrages {Entretiens , Sa- 
crale chrétien, Carmina et epistolœ, etc.). 
Bayle a fait remarquer «combien elle était 
«estimée, non-seulement des plus grands 
«esprits, tels que Malherbe et Balzac, mais 
«aussi des plus grands princes* (roi de 
Suède, dur d'Orléans, duc de Weimar). On 
peut citer encore sur M?" des Loges Talle- 
mant des Beaux, le P. Hilarion de Goste, 
Wicquefort , le commentaire de M. P. Paris 
(t. III des Historiettes, p. 365-37g), com- 
mentaire où sont reproduites plusieurs 
lettres inédites de M™" des Loges à Pierre 
d'Hozier (Bibliothèque nationale) et une 
notice anonyme sur cette dame trouvée par 
M. de Monmerqué dans les manuscrits de 
Courait (Bibliothèque de l'Arsenal). Il reste 
encore, dit M. P. Paris (p. 365), un assez 
grand nombre de lettres de M"" des Loges 
dans les recueils de Conrart. M. Am. Roux 
en a publié une (à M. de Beringhen) aux 
pages 1 17-1 a 1 de ses Lettres du comte d'A- 
vauœ h Voiture. 

s Au lieu de pour, on lit très-distincte- 
ment par dans la copie. 

Conrart fut un des meilleurs amis de 



Balzac, irui lui adressa 1111 grand nombre 
de lettres publiées d'abord en 1659 (Paris. 
Courbé, in-8"), réimprimées ensuite à di- 
verses reprises, notamment par les Elze- 
viers (Leyde, 1659; Amsterdam, 166/1. 
petit in-12), et insérées enfin dans l'in-fo- 
lio de i665 (liv. XXIII, XXIV, X\V et 
XXVI, p. 867-989). On sait (pie Courait, 
malgré le mauvais état de sa santé, prépara 
l'édition des CEuvres complètes de Balzac. 
Voir, sur le premier secrétaire de l'Acadé- 
mie, d'abondants détails dans les Mémoires 
concernant les ries et les ouvrages de plu- 
sieurs modernes célèbres, par Charles An- 
cillon (Amsterdam, 1709. in-ia. p. 1 à 
1 33), et dans l'ouvrage de M. Victor Cou- 
sin : la Société française au xvu' siècle d'a- 
près le Grand Ctjrus (i858, t. II, ch. si. 
xii, xiii, xv, xvi, et passim, à l'Appen- 
dice). 

4 Jean délia Casa , habile poëte et habile 
orateur, né près de Florence en i5o3, ar- 
chevêque de Bénévent en i5/i4, mort à 
Rome en 1 556. Balzac avait ainsi parlé de 
Jean délia Casa à Chapelain (lettre du 2 3 
novembre 16.87, P- l^>l) '• *^ e slus bien 
«aise de l'estime que vous faites de Monsi- 
«gnor Délia Casa. C'est une de mes an- 
«ciennes inclinations, et feu M r de Buccel- 
«lai, son petit-neveu, m'en avoit donné le 
«premier la connoissance. Depuis, j'ay leu 
«avec soin tout ce qu'il a escrit en langue 
«vulgaire, et me glorifie d'en avoir fait au 



16 



LETTRES 



pour ce qu'elle est deschirée en quelques endroicts, sans que neant- 
moins il y ait un seul mot de perdu '. Il n'y a que trente cinq lettres 
de Madame Desloges, quoyque j'en aye reçu beaucoup davantage; 
mais ma nièce 2 , qui en avoit une bonne partie dans sa cassette, n'en 
a pas esté si bonne mesnagère qu'elle devoit, et cum quœdam sttpersint, 
plures desiderantur. 

Je ne vous diray rien là dessus pour nostre très cher M 1 ' Conrart, et 
je serois bien trompé et bien mal traicté, si je n'estois bien avant dans 
ses bonnes grâces. 

Souvenez-vous au moins, Monsieur, que vous m'avez promis la ré- 
vision de M r Ménage pour le grec de nostre livre 3 . Je croy très aisé- 
ment qu'il s'y trouvera un grand nombre de faultes à corriger; mais 
sans cela qu'auroit il à faire et Quis tam lynceus^, et ce qui s'ensuit. La 
lettre grecque de Fabrice est, comme vous sçavez, de Plutarque et 
dans la vie de Pyrrhus, où vous la pourrez mieux considérer 5 . 



rrhazard le mesme jugement que vous en 
tr donnez par une science confirmée, etc.» 
Voir encore une autre lettre à Chapelain du 
8 octobre i64o (p. 832) et un chapitre 
des Dissertations critiques (t. II, p. 610- 
618). 

1 II sera bien souvent question , dans les 
lettres suivantes, de la harangue de Jean 
délia Casa. Je suppose que cette harangue, 
que Balzac voulait tant publier, est celle 
qui parut, en 1667 (in-8°, Paris), par les 
soins de Ménage, sous ce titre : Orazione 
per muovere i Veneziani a collegarsi con il 
Papa, etc., et qui a été réimprimée ensuite 
dans les diverses éditions des Œuvres com- 
plètes , notamment dans celle de Venise 
(1728-1729, 3 vol. in-4°). 

J M"' Marie de Campagnole, fille d'Anne 
Guez et de François Patras de Campagnole. 
Cette nièce de Balzac se maria, en février 
tfilio, avec Bernard de Forgues, maréchal 



de camp . propriétaire du château de Neuil- 
lac ( aujourd'hui dans la commune d'As- 
nières , à quelques kilomètres d'Angou- 
lême), château d'où sont datées tant do 
lettres du recueil de 1 665 et quelques 
lettres du présent recueil. Une des plus jo- 
lies lettres de Balzac est celle qu'il adressa . 
le i5 décembre 1637, à M Ue de Campa- 
gnole, qui lui avait envoyé des roses en 
plein hiver (p. 442). 

3 Gilles Ménage, qui fut lui aussi un 
des grands amis de Balzac, et qui édita ses 
poésies latines (i65o, in-4°), était beau- 
coup plus jeune que lui. Né en 161 3, il 
n'avait que trente ans quand Balzac récla- 
mait son concours comme helléniste. 

4 Quis est tam Lyncœus, qui tantis tene- 
bris tlikil oj'endat? Nusquam incurrat? (M. 
T. Ciceronis Epistol.e, lib. ix, Epistola II 
M. Terentio Varroni.) 

5 Chap. xxv. Voir, sur Fabricius et Pyr- 



DE JEAN-LOUIS (il l./ DE BALZ IC. 17 

Si le pelil ;iim\ ' avoil tousché le reste de mon argent el qu'il vous 
l'eus! mis entre les mains, j'a) trouvé un homme qui me le donneroit 
à tagoulesme el le prendroit à Paris. Je vous conjure, Monsieur, de 
presser !•' |>lus que vous pourrez cette affaire. Je dors- en achevanl 

celle ligne, el suis, Monsieur, voslre, etc. 

.1 ;i\ peur que Rocolel et ses ouvriers ne s'avancenl guères. 



III. 



Du l 'i septembre io43. 



Monsieur, Le mesme jour que je vous escrivis par 3 le dernier or- 
dinaire, je vous envoyay par le messager le reste de mes discours ac- 
compagnés de la harangue de M. de la Casa, des lettres de Madame 
Des Loges pour M r Conrart et du privilège du Roy pour l'impression 



de mes ouvrages. 



Ce seroit, certes, une belle chose si M. le Chancelier' preuoit l'in- 



rhus, le Romain dédié h M" la marquise 
de Rambouillet ( Œuvres complètes , t. II . 
p. h 19); De la conversation des Romains | à 
la même, ibid. p. 4a8); surtout la Réponse 
à M. de Pressac (ibid. p. 660). 

* Ce petit ami, dont la mention revien- 
dra souvent, s'appelait de Bonair, comme 
on le verra plus loin. Est-ce lô même que 
le Bonair de tout à l'heure? Est-ce le lils de 
celui-là'? Quoi qu'il en soit, le petit ami e'tait 
chargé des commissions de Balzac et ren- 
dait des comptes à Chapelain , le grand 
surveillant des affaires de rr l'ermite de la 
"Charente." 

s Le copiste a lu et a écrit : je doibs, ce 
qui ne présente aucun sens. Balzac a sou- 
vent, en pareil cas, employé la formule fi- 
nale je dors, et je la relève, par exemple, 
au bas d'une lettre à Ménage du h sep- 



tembre 1666 (p. 5y3) : "Je vous donne le 
* bonsoir et dors en achevant cette ligne." 

3 Le copiste a mis pour. 

4 Pierre Seguier, chancelier de France 
depuis la fin de l'aimée i635. Quand Se- 
guier avait été nommé garde des sceaux, 
deux ans auparavant, Balzac s'en était 
grandement réjoui dans une lettre écrite à 
Girard, le secrétaire et l'historien du duc 
d'Epernon (mars i633, p. 181). Là, Balzac 
vantait la modestie, la probité et les autres 
vertus de Seguier, et assurait que son élé- 
vation serait l'occasion d'une fête publique 
et universelle. Voir aussi (p. 4i3) les féli- 
citations envoyées directement à Seguier 
par Balzac, dans une lettre à tort datée 
du 1" avril i636. Delogieux vers latins 
ont été adressés encore par le même lllits- 
trissimo Seguerio (p. 6 . 1 , 1 1 , 58 de la 

3 



18 



LETTRES 



terest de Tibère 1 el de Stilicon, et si posl morlem domini, ut Me' 2 ail, 
convervos serviremus. J'espère mieux du gouvernement présent, et de 
l'équité de la Régence, et- il me semble que c'est bien assez de pardon- 
ner au nom du grand homme 3 (que j'estime très-petit in his quœ vere 
magna sunt) sans qu'il faille révérer (pour l'amour de luy) la mémoire 
de touts les Busiris, de touts les Phalaris et de touts les Denis ses 
prédécesseurs. Souffrez-moy encore cette tirade de juste ressentiment, 
et asseurez-vous que je n'ay pas moins subject de me plaindre de 
l'injustice du mort, que ceux qu'il a tenus des siècles entiers dans la 
Bastille. Vous mesme, Monsieur, n'avez point tant de sujet de vous 
en louer que vous pourriez bien vous imaginer, et je sçay de science 
qu'il a parlé aultrement qu'il ne devoit du mérite de vostre Pucelle*, 
et qu'encore que vous fussiez un de ses pensionnaires 5 , il estoit un de 
vos envieux; sed hœc hactenus, hactenus, hactenus. 

Je soubaiteray donc l'amitié de vostre amy 6 , mais de ce desiderio de- 



seconde partie du lome II des Œuvres com- 
plètes). < 

' Voir trois petites pièces en vers latins 
sur Tibère, à la page 38 de la seconde par- 
tie du même lome II. 

2 Le copiste n'a fait qu'un seul et même 
mat des mots ut ille. 

3 Le cardinal de Richelieu, pour lequel 
Ralzac se montre aussi sévère en ce passage . 
qu'il s'était montré complaisant dans les 
lettres écrites en 169.0, en 162-2, en 169/1 
( p. 3 à 1 9 du tome I (les Œuvres com- 
plètes). 

4 Ce dédain de Richelieu pour la Pucclle 
n'avait, ce nous semble, été connu jusqu'à 
ce jour d'aucun biographe ni d'aucun cri- 
tique. 

5 L'abbé d'Olivet raconte ( Histoire de 
l' Académie française , éd. de M. Livet, t. II, 
p. i3o) que ce fut après un discours sur 
l'indispensable observation des unités de 
temps, de lieu el d'action, prononcé devant 



Richelieu, que Chapelain obtint du cardi- 
nal une pension de mille écus. La somme a 
paru un peu forte à M. Guizot (notice sur 
Chapelain dans Corneille et son temps , 1 866. 
p. 399). Ce fut en décembre 1 636, comme 
Chapelain lui-même nous l'apprend dans 
une lettre à Rois-Robert citée par M. Livet 
(t. Il, p. i.3o), que le cardinal le pen- 
sionna. 

6 Henri d'Orléans, deuxième du nom. 
duc de Longueville, mort le 1 1 mai i663. 
11 s'intéressait vivement à la Pucelle, en sa 
qualité de descendant de Dunois. D'Olivet 
affirme que le duc de Longueville assura h 
Chapelain 1,000 écus de pension pour l'en- 
gager à continuer son travail; le Menagiana 
parle seulement de 9,000 livres, et c'est 
aussi le chifl're indiqué par Tallcmant des 
Réaux, qui donne beaucoup de détails à ce 
sujet (I. III, p. 967, 268). Le duc de Lon- 
gueville doubla la pension quand le poëme, 
qui lui est dédié, eut vu le jour. 



I>K JEAN-LOUIS Gl \/. DE BALZAC. 19 

ndtravi 1 et <l<' ce sitivit animamea 2 àou\ il est parlé dans I Ecriture. S;i 
grande mère, comme vous Bçavez, estoil une excellente personne, cé- 
lébrée par lous nos anciens, Latins H François, née ipsaSaphone imdot 
iini\ ied née caetior, s'il en fanlt croire les histoires mesdisantes 8 . 

le lus bien, dès le commencement, de l'advis de M' «le Voiture 4 
pour la dédicace de mes lettres, el je \<>us en escrivis, s'il vous en 
Bouvienl : mais le petit 9 , <[ui avoit desja entretenu la Gnancière de 
von dessein, crul que son honneur estoil engagé dans cette affaire, et 
je lu\ promis tout ce qu'il voulut. A tout cela il y a remède, car j'es- 
cris une lettre d'importance au plénipotentiaire 6 qui vaudra un vo- 
lume de préfaces et d'epislres liminaires, au jugement niesme de 
M 1 ' Voiture, niei me sententia fallu 1 . 11 faudra attendre la fin des trois 
mois pour le payement de la seconde partie, et cependant je vous prie' 
de me conserver ce Très Cher Amy qui ne laisse pas de m'escrire des 



' Desiderio desideravi hoc paseha muiulit- 
curc vobiscum. (Loc, xxn, i5.) 

J Sitivit anima mca ad Deiim. ( Psalm. xu . 

3.) 

3 II s'agit ici de Henriette de Clèves , du- 
chesse de Nevers, si fâcheusement compro- 
mise par sa liaison avec le comte de Co- 
connas, et mère de Catherine de Gonzague, 
qu'Henri d'Orléans , premier du nom , 
épousa en février i588. Voir, avec les Mé- 
moires de l'Eslat de France et le Divorce sa- 
tt/rii/ite, le Journal de L'Estoile, les Mé- 
moires de Castelnau (éd. Le Laboureur), 
les Mémoires du duc de Nevers, etc. 

4 Voiture et Balzac se connurent de 
bonne heure. Dans une lettre du 7 octobre 
i6a5 (p. 120 du tome I des Œuvres com- 
plètes), Balzac écrivait déjà à son rival : 
ftVostre compagnie, qui me fut d'abord 
r très-agréable, m'est devenue entièrement 
<r nécessaire. » Voir d'autres lettres à Voi- 
ture (du i5 juillet i63o, du h novembre 
i634 , etc. p. 370, 371, etc.). Les diverses 



lettres, françaises ou latines, écrites par 
Balzac à Voiture, ont été réunies par M. Am. 
Roux à la suite îles Lettres du comte d'Àvaita 
à Voiture (p. 33-55). Sur Voiture, je cite- 
rai, outre les deux derniers éditeurs de ses 
Œuvres, M. Ubicini(i855) et M. Am. Roux 
( 1 858 ) . dont les notices se complètent 
l'une l'autre, M. Victor Cousin (la Jeunesse 
de Madame île Longueville, ch. h, Madame 
de Sablé, ch. r", la Société française, 
ch. vin ). 

s Le petit ami de la lettre précédente, 
Bonair. 

6 Le duc de Longueville, chargé, avec 
d'Avaux et Servien, de représenter la 
France dans les conférences de Munster, 
ouvertes en juillet i643, et d'où devait sor- 
tir (24 octobre 16/18) le traité de Westpha- 
lie. Le duc de Longueville , chef de la dé- 
putation , ne se rendit à Munster qu'en 
i645. 

7 Nec te sententia fallit. (Virg. .Eneid. x. 
608.) 

3, 



20 LETTRES 

lettres très ridicules, et où souvent il n'y a pas de construction, 
comme parlent les filz des grammairiens. 

Ne m'escriviles-vous pas dernièrement que le philosophe du faux- 
bourg S 1 Michel 1 vous faisoit le froid? Si je ne me trompe, c'est un vi- 
sionnaire, et qui d'ailleurs cache beaucoup de bonne opinion de luy- 
mesme soubz une apparence toute contraire. 

Mon bon homme de père - s'avisa de vous escrire, il y a huict jours 3 . 
Test un orateur qui a les années de Nestor 4 quoiqu'il n'ait 5 peut- 
estre pas son miel. 

Je suis. Monsieur, vostre, etc. 



Dans mon i 6 e Discours, il y a une douzaine de lignes pour M r Bour- 



' Ce personnage est La Mothe-le-Vayer, 
(jue Chapelain, dans une lettre à Balzac du 
iô janvier i63g-(Livel. t. II. p. 3y3). 
appelait le suburbicaire. On voit, par celte 
lettre de Chapelain et par quelques autres. 
que l'auteur du Petit discours chrétien de 
l'immortalité de l'âme lui inspirait très-peu 
de sympathie. Balzac écrivait à ce philo- 
sophe . le 6 septembre i63i (p. 269): 
t Quelque soin que vous apportiez à cacher 
-une belle vie, il en est venu des rayons 
" jusques à moi. » Voir une lettre très-favo- 
rable sur un ouvrage de La Mothe-le-Vayer, 
adressée à Chapelain le 10 juillet 166 1 
(p. 855). Dans le post-scriptum d'une autre 
lettre adressée, le 9 janvier iG£8, à Con- 
rarl . Balzac dit de La Mothe-le-Vayer : 
«r J'admire la fécondité de son esprit et la va- 
"Hété de sa doctrine.» On a sur La Mothe- 
le-Vayer une thèse de M. L. Etienne 
(Rennes, i84g, in-8"). 

2 Bon homme voulait dire alors homme 
âgé. C'est une expression familière à Bal- 
zac. Il s'en est servi , à l'occasion de la mort 
du vieux Guez, dans cette phrase, qui lui a 
valu tant de reproches (Demogeot. Histoire 



delà littérature française , 1 855 , p. 36a; 
Sainte-Beuve. Port-Royal, 1867, t. II. 
p. 63. elc.) : <r Depuis la dernière lettre 
■?quc je vous ay escrite. j'ai perdu mon 
rrbon homme de père. . .» (Lettre à Conrarl 
du 10 octobre io5o, p. 890.) 

1 La lettre du bon homme a été ainsi ana- 
lysée par Tallemant des Réaux (p. 88 du 
tome IV) : n-Quelques années devant que de 
-mourir, il escrivit à M. Chapelain pour 
-faire, disoit-il, amitié avec luy. au moins 
-par lettres, et qu'après avoir ouy dire tant 
rde bien de luy à son fds. il vouloit avoir 
r cette satisfaction là en mourant. 1 

1 Tallemant dit (ibid.) : <rCe M. Guez a 
-vescu plus de cent ans.» Guillaume Guet 
mourut à quatre-vingt-dix-sept ans, comme 
l'a déclaré M. Castaigne (Recherches déjà 
citées), et comme on pouvait facilement le 
calculer d'après une lettre écrite par Guez à 
son fils le 20 novembre 1662 . et communi- 
quée par ce dernier à Ménage le 1 2 mai 
j644 (p. 695 du tome I des OEuvres com- 
plètes), lettre où il annonçait qu'il était en- 
tré irdans la 89' année de son âge. » 

s Le copiste a mis n'ai oit. 



DK JEAN-LOUIS GUEZ DK B\l,Z\c. 



il 



bon 1 . 1*1 1 1 les ln\ faisanl remarquer, je m'asseure que vous les rendrez 
bien meilleures qu'elles ne Boni '. 



IV. 

Dm go septembre 1 643. 

Monsieur, Nous attendons Monsieur D'Argence, qui sans doute se 
sera amusé par les chemins, si tamen une dévotion à Nostre Dame de 
Saumur, ou quelque autre remore 3 de mesme nature se doibt appeller 

amusement. Bon Dieu, Monsieur, quelles nouvelles et quels change- 



' Nicolas Bourbon, petit -neveu d'un 

autre poêle latin nommé aussi Nicolas 
Bourbon et auteur des Nuga'. Bourbon le 
jeune a \w excellent article dans le Woréri 
de 1789, où il est appelé "un des plus 
"grands portes latins que la France ait ja- 
Tinais produits.» Il l'ut tantôt l'ami, tantôt 
! adversaire de Balzac. Ce dernier lui écri- 
vit de Rome, le 25 mars i6ai (p. 1 38) . 
une lettre avec cette suscription : "A Mon- 
sieur Bourbon , professeur du Roy aux 
-lettres grecques, n lettre où il s'étonne de 
lui voir faire si loin de Rome « de si "beaux 
"vers, et si proches de la majesté de ceux 
"de Virgile.» Balzac (octobre 1637) disait 
à Chapelain (p. 755) : rr Je veux rendre, à 
-I advenir, le bien pour le mal, et commen- 
rrcer par M. Bourbon, que je recherche le 
^premier, sans me tenir sur le poinct 
•'d'honneur, ni me souvenir des choses pas- 
sées.» Pourtant un peu de rancune sur- 
vivait encore dans l'âme de Balzac, s'il faut 
en juger par un billet adressé à Chapelain . 
le 6 novembre de la même année (p. 756), 
au sujet de la "plaisante eslection» de 
Bourbon à l'Académie française. Balzac se 
moque là très-vivement du style du nouvel 



académicien : "Je vous ay autrefois monstre 
"de ses lettres franroises, qui sont escriles 
« du style des bardes et des druides. » On 
peut voir (Livet, t. I, p. 166) la réponse 
de Chapelain, en date du 1 7 octobre. <••■ qui 
montre combien est fausse la date assignée 
par les éditeurs de 1 605 à la lettre de Bal- 
zac (91 octobre). Dans les Passages défen- 
dus (t. II, p. 368), Ralzac salue avec re- 
connaissance Bourbon comme son maître 
pour la latinité , et il prodigue les éloges à 
cet "incomparable guide.» Enfin, on trou- 
vera (ibid. seconde partie, p. 33) des vers 
latins en l'honneur du poëte, mort le 6 août 
16A& : Nicolaï Borboniï m Aeademia Pari- 
sienei Grœcarum literarum professons regii , 
sacerdotis ineulpatissimœ rilœ , oratoris di- 
sertissimi, poetœ ma.rimi spirilus , memo- 
riœ. 

' Ces lignes commencent ainsi ( t. Il . 
p. 368) : "Pour le latin, la sçavante con- 
"Versation de Monsieur Bourbon m'en avoit 
" piqué d'une estrange sorte. Ce fut luy qui 
" me refit et me forma l'esprit. » 

3 Retard, du mot rémora. M. Litlré n'a 
cité, pour l'emploi de ce mot, aucun écri- 
vain antérieur à Regnard et à Saint-Simon. 



-)■) 



LETTRES 

ments! Que deviendra la silve 1 du Père de l'Oratoire 2 adressée au ca'r- 
dinal désigné 3 ? El que sera-ce de tant d'aultres choses qui ne s'ac- 
cordent nullement avec l'article de la Gazelle'" où il est parlé du 
satyrique moyne Sainct-Germain 5 ? Seriez-vous assez charitable pour 
m'expliquer toutes ces énigmes, et pour me faire une relation d'un 
demy feuillet, qui m'instruise de Testât présent de nostre Cour? Sans 
cela je pourray m'équivoquer d'une estrange sorte, et vous en serez 
quitte pour autant de peine que vous en pristes à m'informer de l'avé- 
nemenl, progrès et perfection de M r le Cardinal Mazarin , qui fut 



1 Aulieude/«si7w,le copistea lu/c salut. 

1 Ce Père de l'Oratoire notait autre que 
Nicolas Bourbon, dont Pellisson dit (His- 
toire de l'Académie, t. I, p. i85) : <r II se 
m-etira dans les Pères de l'Oratoire, mais il 
n-ne voulut être obligé à pas une des fonc- 
tions ni même souffrir qu'on l'appelât 
ffPère,» ce que confirme cette lettre de 
Chapelain à Balzac, du i3 février 1639 
(apud Li\et, t. I, p. 376): «Le Père qui 
trne le veut point être...» L'abbé d'Olivet, 
annotant le livre de son devancier (ibid. 
p. i85), cite des vers latins en tête d'un 
livre de M. de Bérulle sur les Grandeurs de 
Jésus (i6a3), signés : Nie. Bourbon, Con- 
sregatiouis Oratorii Presbytcr. 

3 Augustin Potier de Blancménil, qui fut 
évêque de Beauvais du 1 7 septembre 1617 
au 19 juin i65o. En même temps que 
la reine régente avait nommé le cardinal 
Mazarin chef de son conseil, elle y avait 
fait entrer (18 mai i663), avec le titre de 
ministre d'État, l'évêque de Beauvais. Ce 
premier aumônier de la reine avait été 
présenté pour le cardinalat , lorsqu'il fut 
brusquement disgracié (septembre i643) 
et fut obligé de se retirer en toute hâte dans 
son diocèse. 

4 Voici cet article (numéro du 12 sep- 



tembre t643, p. 796) : rLe septiesme, le 
<t sieur de Saint-Germain de Morgues, ci- 
rr devant premier aumosnier de la reine 
«mère du Roy défunt, estant retourné de 
tf Flandres en cette ville, salua Leurs Ma- 
jestés, et fut fort bien reçeu.n Le volume 
63 1 de la collection Dupuy, à la Biblio- 
thèque nationale, renferme les lettres d'a- 
bolition accordées, en i643, à l'abbé de 
Morgues. 

5 Matthieu de Morgues, sieur de Saint- 
Germain, fut un bien satyrique moine, en 
effet , car il passa sa vie entière à écrire des 
satires. Il en fit contre le cardinal de Riche- 
lieu, contre le P. Joseph, contre l'Académie 
française, contre Balzac, contre Scipion Du 
Pleix, contre tout le monde. Balzac, comme 
Bayle l'a observé dans son curieux article 
sur le fécond pamphlétaire, l'a fort mal- 
traité à son tour (lettre du i5 juillet 1 635, 
et non 1625, ainsi qu'on l'a imprimé dans 
l'in-folio de i665), l'appelant f déserteur 
«de plus d'une douzaine de partis, parasite 
«des Espagnols, secrétaire des mauvais 
n François qui sont à leur cour, etc.» 

6 Ce fut quatre jours après la mort de 
Louis XIII, c'est-à-dire le 18 mai i643, que 
Mazarin fut nommé, par Anne d'Autriche, 
chef de son conseil. 



DE JEAN-LOUIS OOÈZ DE BALZAC. 23 

celles une information excellente au jugemenl d'un excellent bon • 

qui la \ii i«'\ le jour que je reçeus vostre lettre. 

Je voua envoyé une coppie de la lettre que j*a\ esefite a M' D \ 

Vaux 1 , .le \oudrois bien <|iie ce l'nsl l'original, parce qu'elle est mieux . 

ce me semble, et que [j'ay eu] 8 le temps [de] la revoir ei corriger, 
c'est-à-dire le temps de deux ou trois jours. Vous ordonnerez au petH 
de rendre cette-«y, si de bonne fortune la première n'avoit point en- 
core esté rendue; niais d'ailleurs. Monsieur, si vous me trouvez exces- 
sif en mes affections et en mes reconnoissances, vous vous souviendrez 
tousjours nihilesse honestius culpa bentgnitatis. 

Sollicitez donc la diatribe 3 puisque le diatribeur* s'en souvient en- 
core, et qu'il ne lu y fault que quinze jours pour s'acquitter de sa 
debte 5 . Mire frigent opéra imita, et Rocolet rapporte la longueur de 
l'impression à la beauté du travail. Au dernier discours, sur la fin, où 
il v a : «Elle produira tousjours des héros de Robe longue, des Ca- 
ntons, des Scipions et des Gicérons," je vous prie qu'on mette : 
«Elle produira tousjours des lumières à la France, des Gâtons, des 
'• Scipions et des Gicérons françois 6 . v 



1 On a conservé des lettres écrites par 
Balzac, le 11 mai 1627 et le 20 décembre 
de la même année (p. 1 38, 3y3 de l'in-folio 
de 1 665), au comte d'Avaux, alors trmaistre 
wdes requestes de l'hoslel du Roy et ambas- 
sadeur à Venise. 1 mais non celle dont Bal- 
zac parle si complaisamment à Chapelain. 

2 Les mots j'ay eu ont été oubliés par 
le copiste. 

1 Du temps de Balzac, diatribe voulait 
seulement dire : dissertation critique. 

4 Diatribeur doit être un mot créé par 
Balzac , en plaisantant. Les lettres suivantes 
nous apprennent que le diatribeur était 
Claude de Saumaise. 

5 Saumaise travaillait avec une extrême 
facilité. Balzac en a souvent fait la re- 
marque, notamment dans cette lettre à 



Conrarl. du h avril i65o (p. 878) : 
rr.M' Courbé pense, peut-estre, que j'aille 
tr aussi viste que M r de Saumaise, qui va 
«■plus viste que les copistes et les impri- 
ti meurs. Une petite lettre me cousle plus 
rr qu'un gros livre à ce dévoreur de livres." 
Voir une autre lettre à Coniart du i3 no- 
vembre i65i (p. 918) dans laquelle lialzac 
s'écrie : rO bienheureux escrivains. M' de 
rr Saumaise en latin, et M r de Scudéry en 
<r françois! J'admire vostre facilité et j'admire 
tr vostre abondance. Vous pouvez escrite 
irplus de calepins que moi d'almanachs. . . » 
Boileau s'est souvenu de l'exclamation de 
Balzac quand il a dit (satire II) : 

Bienheureux Scudéri, dont la fertile plume 

Peut tous les mois sans peine enfanter un volume! 

6 Voici la rédaction définitivement adop- 



■2 h 



LETTRES 



Il n'y a pas moyen de passer outre; j'ay une plume qui me faict 
suer sang et eau. 

C'est, Monsieur, vostre, etc. 

Mille très-humbles et, comme disent les Moines, très-affectueux re- 
merciements pour la faveur que vous m'avez faite et la peine que 
vostre homme a prise. Au reste, Monsieur, je vous doibs les huict 
livres qui manquoient et que vous avez fournies, car je suis très-as- 
seuré que vous ne les avez point à moy. 



Du 27 septembre i643. 

Monsieur, J'ai reçeu les Centuries, qui ne vallent que ce que vostre 
estime les fait valloir, et ne sont vostre thrésor que dans les termes de 
l'Evangile, à cause que vous y avez mis vostre cœur 1 . Petrus Mon- 
mor' 2 vous allégueroit là-dessus les thrésors de vent desquels parle 
Job 3 ; et le thrésor de charbons, duquel les Grecs ont faict un pro- 
verbe 4 . Mais moy qui ne suis pas si sçavant 5 , je me contenteray de 



tée dans les dernières lignes du Discours dix- 
huitiesine ( Response fuicle sur le champ, à 
Monsieur de Pressac , conseiller du Roy , etc. ) : 
rr Vostre Thoulouze est de ces villes privi- 
rrle'giées et choisies du ciel. Elle produira 
rrtousjours des lumières à la France; des 
tr Gâtons, des Sulpices et des Cicérons fran- 
-rois.n 

' Bonus liomo de boiw thesauro corchs sut 
profert boiuim (Luc, vi, 45). 

2 Pierre de Monlmaur, parasite et pédant 
sur lequel il faut citer, avec l'article du Dic- 
tionnaire de Bayle, le recueil de Sallengre : 
Histoire de Pierre de Montmaur (la Haye, 
1715, a vol. in-8). 

3 Balzac a été" mal servi par sa mémoire. 
Il n'est nullement question, dans le livre de 
Job. de trésors de vent, mais seulement de 



trésors de neige et de grêle : Numquid ingres- 
sus es thesauros nivis, aut tliesauros grandi- 
nis aspexisti? (xxxvm, 2a.) Balzac aura 
confondu Job soit avec l'auteur du psaume 
cxxxiv ( Qui producil ventos de thesauris suis, 
verset 8), soit avec Jérémie (Et produxit 
centum de thesauris suis, li, 16). 

4 itMais, comme on dit, mon trésor s'en 
est allé en charbons.» (Lociex, Zeuxis ou 
Antiochus, chap. n. Voir Adagiorum Des. 
Erasmi Roterodami Chiliades , etc.. Paris. 
1579, in-iol., col. 276). 

6 Balzac fait ici allusion à ce qui se passa 
un jour chez le chancelier Seguier, où l'au- 
dacieux Montmaur, expliquant, en présence 
de plusieurs érudits , un passage des Epîtres 
de saint Pau), invoqua l'autorité d'Hesy- 
chius, de Manilius et de Strabon. Nicolas 



DE JEAN-LOUIS GUBZ DE B ILZAC. !S 

vous dire avec le Itaron « I « • Fœneste, iimpii voisin, qu'il n \ a point «!«• 
mal d'appeler les choses par noms honnorables ', el que 1rs plus beau* 
ne coustenl pas davantage que les plus vilains. Mais en conscience, \ 
en a-l-il d'assez noble el d'assez illustre dans tout le Vocabulaire de 
M' de Vaugelas* pour le billet que m'a apporté M r d'Argence, ce l>il- 
lel . «pw j'estime des volumes : cujus tôt puneta, toi lumina, et ce qui s'en- 
suit? V doutez pas, Monsieur, de ma ponctualité el de mes soings, 
puisque vous me les ordonne/., et asseurez-vous que je vous rendra] 
très-fidèle conte, non-seulement de toutes les lettres des Centuries, 
mais aiissy de toutes les enveloppes des lettres, de toute la loille et de 
toute la tiscelle sil est besoing, que je vous renvoyeray par une voye 
encore plus asseurée que celle par laquelle je lesay reçeues. 

Ce que vous me mandez de M r le Chancelier me desgoute et me 
descourage extrêmement. Seroit-il possible qu'il voulust qu'on exer- 
çast l'inquisition contre moy?Je parle de cette inquisition cruelle, 
ignorante, ennemie de la vertu et des Muses; car pour la juste auclo- 



Bourbon. ayant voulu vérifier l'exactitude 

de ces citations, reconnut que Monlmaur 
s'était moqué de la docte assemblée, et. 
livres en main, il confondit le charlatan. 
C'est Bourbon lui-même qui a raconté l'his- 
toriette, cinq ou six jours après, dans une 
piquante lettre écrite en latin, le 3 no- 
vembre 1637, au comte d'Avaux.et impri- 
mée à la page 671 du livre de Charles 
Ogier : Iter Danicum, Suecictim, Poloiiicum 
(Paris, i65tî, in-8"). 

1 irFœneste : Encores ne coustera il rien 
«de nommer les choses pour noms hono- 
rr ravies. s (Chap. I des Aventures du baron de 
Fœneste, page 8 de l'édition donnée par 
M. Prosper Mérimée dans la Bibliothèque 
Ehéririerme, i855.) 

2 Claude Favre, sieur de Vaugelas. n'a- 
vait encore rien publié à cette époque, quoi- 
qu'il eût déjà de beaucoup dépassé la cin- 



quantaine (étant né le 6 janvier i585.)Ses 
Remarques sur la langue française, tant 
attaquées par La Mothe-le-Vayer et par 
Scipion Du Pleix. parurent seulement en 
1667, et sa traduction de Quinte-Curce ne 
vit le jour que trois ans après sa mort , 
en i653. Balzac, par le Vocabulaire de Vau- 
gelas, entend le Dictionnaire de V Académie . 
auquel le philologue savoyard travailla pen- 
dant une quinzaine d'années. Balzac écrivait 
à Faret, le 12 décembre i6a5 (p. lia): 
rr Je n'attends qu'un peu de santé pour estre 
ren estât de partir d'ici, et aller jouir avec 
irvous de nos délices communes : je parle 
« de la conversation de M r de Vaugelas, qui 
«me feroit trouver la Cour au village et Pa- 
trris dans les Landes de Bordeaux. 1 Voir 
diverses lettres de Balzac à Vaugelas (an- 
nées i6a5 et suiv., p. 121, 129 à 1 33. 
3 7 6. 4i4). 

4 



26 



LETTRES 



rite des légitimes censeurs, je ne croy pas avoir subject de l'appré- 
hender. M r l'Official, qui est homme de Sorbonne, et déplus homme 
dé jugement 1 , a examiné mon ouvrage avec toute la sévérité théolo- 
gique : les plus pieux et les plus sçavants Jésuites de ces provinces 
me l'ont renvoyé avec éloges, avec couronnes de laurier et chapeaux 
de fleurs, ont dit tout haut (je pense vous l'avoir déjà cscript) que 
la Modestie elle-même ne sçauroit se défendre plus modestement. De- 
puis ce temps là j'ay osté le nom de Phyllarque de touts les endroits 
où il estoit -, sans parler de plusieurs aultres adoucissements, aus- 
quels M r l'Abbé de Sainl-Cyran (s'il eust esté en ma place) ne se 
l'ust jamais résolu, quand il en eust esté prié par le Pape 3 . Et après 
cela, Monsieur, on trouvera encore à dire en mon procédé. Mon 



1 C'était le frère de Guillaume Girard, 
secrétaire et historien du duc d'Epernon. 
De nombreuses lellres de Balzac sont adres- 
sées aux deux frères. Presque toujours Bal- 
zac les distingue en donnant à Guillaume le 
titre de secrétaire du duc d'Epernon (p. 87, 
181, 255, 558, 559, etc.), et à Claude le 
titre d'offîcial d'Angoulême (p. 377, 390, 
438, 43g, 589, 700, etc.). Claude, qui. 
d'official de l'Église d'Angoulême, devint, en 
1 65a, archidiacre de la même Église, mou- 
rut le 2 septembre 1 663, au moment où il 
allait publier les œuvres complètes de Bal- 
zac et où il en écrivait la vie , dont personne . 
dit l'abbé Cassagnes (Préface déjà citée), ne 
savait n tant de particularitez que luy.s Ce 
l'ut Claude Girard qui publia les Lettres 
familières à M. Chapelain (i656), les En- 
tretiens ( 1657) et les Lettres à M. Conrart 
(1659). Ce fut lui aussi qui s'occupa des 
funérailles de celui dont il avait toujours 
été le «confident amy.» On a souvent con- 
fondu les deux frères Girard, comme on 
peut s'en assurer en consultant le Diction- 
naire de Moréri , celui de Chaudon , la Bio- 
graphie universelle, la Nouvelle Biographie 



générale, le Munuel du Libraire (au mot 
Bakac), elc. 

s On sait que Jean Goulu, général do 
feuillants, publia contre Balzac deux vo- 
lumes intitulés : Lettres de Phyllari/ue à 
Ariste (le premier en 1627, le second 
en 1628). D'Olivet (Histoire de l'Académie, 
t. II, p. 68) explique ainsi le choix du 
pseudonyme du P. Goulu : irPhyllarque, 
it comme qui diroit Prince des feuilles, par 
rr allusion à sa qualité de général des feuil- 
rrlauls.i (Voir aussi Tallemant des Beaux. 
t. IV, p. 90.) Quant à M. de Balzac, ajoute 
d'()livet,il ne fit rien paraître là-dessus, car 
son apologie , laite par lui-même , sous le titre 
de Relation à Ménandre, ne parut que dans 
ses Œuvres diverses, imprimées pour la pre- 
mière l'ois en i6/i5 (sic, pour 16&&). L'his- 
toire de la querelle de Balzac avec les feuil- 
lants a été très-complètement racontée par 
M. E. de Certain, dans la Bibliothèque de 
l'Ecole des chartes de 1861-62, à propos 
du monastère de Saint-Mesmin (p. 3y3- 
385). 

' Duvergier de Haurannc mourut quel- 
ques jours après que Balzac eut fait ainsi 



Kl. li. \\ L001 Gl B2 DE I! ILZAG. 11 

grand ci souverain protecteur, que j'aj appelle Solon dans a 

épierai ee'i m'abandonnera à la violence des Barbares, c'est-à- 
dire à la chicane des pédans? souffrira que la canaille persécute 
incessamment le plus passionné de ses serviteur»; el < [ n i (railleurs 
m- (ail point de déshonneur à son siècle? scia d'avis que les libelles 
diffamatoires ci les épitaphes insolens s m'outragent j nsq u«-s devanl 
le grand autel, sans qu'il me soit permis «le faire sçavoir au monde 
par un mot, par une plainte, par un soupir, que je n'approuve pas 
ces outrageai J'espère de la justice de Solon, et de l'amitié {yerbo ait 
miiii) qu'il m'a l'ait l'honneur de me promettre. Mais si, par malheur, 
j'espérois à faux, et que M' le Président de Marra 3 , M r de Priesac 4 , 



.illusion à Sun orgueilleuse opiniâtreté (i i oc- 
tobre i(j43). Amis et ennemis ont, du reste, 
toujours été" d'accord pour reconnaître que 
le Fameux janséniste avait nne inflexibilité 
de caractère toute béarnaise. Balzac avait 
beaucoup connu l'abbé de Saint-Cyran. 
Déjà, le la janvier i6af>, il lui écrivait 
i p. 109 1 : »Je n'a) jamais entré dans vostre 
ir chambre si homme de bien que j'en suis 
« sorti. » 

' Le chancelier Seguier. J'ai déjà indi- 
qué, dans une note de la leltre III, les pe- 
tites pièces en vers latins que Balzac lui 
adressa. 

2 M. Litlré remarque (Dictionnaire delà 
Langue française) qu'au xvn e siècle épitaphe 
était indifféremment des deux genres , et il 
cite, pour un exemple de ce mot employé 
au masculin, une phrase de Corneille (Suite 
du Menteur). Le Dictionnaire de Trévoux 
rappelle que Ronsard a toujours fait épi- 
taphe du masculin. 

3 Pierre de Marca avait été nommé pré- 
sident du parlement de Pau, en 16 ai. 
Au moment où Balzac réclamait son inter- 
vention auprès du chancelier, dont ce ma- 
gistrat était très-con sidéré. Marca avait 



obtenu, depuis plusieurs mois déjà, le titre 
d'évêque de Conserans. mais la cour de 
Rome, ayant trouvé dans le De concordia 
sacerdotii et imperii ( 16Û1) de trop libres 
sentiments , ne lui accorda que beaucoup plus 
tard (1667) ses bulles d'institution. Balzac 
lui avait écrit (p. 536), le 6 avril 1G61, 
au sujet du De concordia : it Vostre science 
rest large, vostre liberté est discrette, vostre 
trzèle n'est pas aveugle, * II lui dédia ( p. 286 
du tome II) son Apologie contre le docteur de 
Louvain , dans les Dissertations chrétiennes 
et morales. Le 1" octobre iG5a (p. îoôy 
du tome 1) il lui écrivait : « Je vous ay loué 
«dans un livre qui ne flatte point (le Socratc 
«chrétien). . . Vostre vertu m'a été saincte. 
savant que vostre personne eust esté sa- 
ccrée. . . » 

4 Comme Marca, Daniel de Priézac 
était, à cette époque, conseiller d'Etat. 
C'était le chancelier Seguier qui, sur le bruit 
de sa réputation de jurisconsulte, l'avait 
attiré à Paris, en i635. Priézac avait (dès 
1621) professé en l'université de Bordeaux. 
Il fut membre de l'Académie française. Bal- 
zac lui adressa plusieurs lettres, notamment 
une bien spirituelle du 12 septembre 1661 

h. 



•28 LETTRES 

M r Esprit 1 , el calera, ne me servoient 2 de rien auprès de Solon, 
je vous supplie, Monsieur, de ne nie le point dissimuler, et à l'heure 
mesme que' vous le sçaurez d'arrester l'impression de mon livre, de 
la suppression duquel je me consolerois très facillement, nisi 3 me 
patenta ptetas moveret, et si je ne considérois l'intérest qu'y prend le 
bonhomme à qui vous avez escrit et que vous avez béatifié par vostre 
lettre 4 . 

Puisque M r de Saumaise est entré dans la carrière, il sera bientosi 
au bout, et, puisqu'il combat, je ne doute point de son entière et pleine 
victoire 5 ; mais, à mon advis, vous entendez bien que ce n'est pus 



(p. /j84), en faveur d'une dame qui avait 
un procès à Paris. Balzac a fort loué un 
livre de Priézac dans une lettre à G. Gi- 
rard du 3 janvier i6io (p. 706). 

' Jacques Esprit, un des favoris du chan- 
celier qui, dit Pellisson (Histoire de V Aca- 
démie, t. I, p. 289) , cr lui donna sa table et 
^cinq cents écus de pension, lui procura de 
trplus une pension de deux raille livres sur 
(tune abbaye el le brevet de conseiller 
tr d'Etat. a Esprit était ,'depuis 1639, membre 
de l'Académie. Balzac lui écrivait rarement , 
car je ne trouve qu'une seule lettre de lui à 
ce confrère, dans le recueil de i6G5(p. 578; 
la lettre est du i5 octobre i643). Une 
lettre du 2 9 mai iG4o (à Chapelain, p. 819) 
roule sur les frères Esprit, dont un avait 
été l'hôte de Balzac au château de ce nom. 

" Le copiste a écrit serviraient. 

1 Le copiste a substitué moi à nisi. 

" Guillaume Guez, qui désirait depuis 
longtemps voir paraître l'apologie de son 
fils, comme on le voit par la lettre du Bon 
homme, queBalzac envoya, le 19 mai 166 à, 
à Ménage, et dont il a été question dans 
une note précédente. Le père, dont Balzac 
tint sans doute la main, sinon la plume, y 
disait : 'rSi l'envie d'estre loué des hommes 



nne vous tente point, pour le moins celle 
trdeme plaire doit faire quelque impression 
(tsur votre esprit, » 

5 Claude de Saumaise était alors à Di- 
jon, où l'avait appelé, en i64o, la mort de 
son père, et d'où il ne repartit qu'en i6&5 
pour Leyde, ville où il occupait , depuis 1 63 1 . 
la chaire illustrée par Joseph Scaliger. Balzac 
admirait beaucoup Saumaise. S'il plaisante 
un peu, comme on l'a vu déjà, sur l'inépui- 
sable fécondité du professeur de Leyde, cela 
ne l'empêche pas d'écrire à Conrarl , le 
3 5 juillet iC5i (p. 881): rrj'ay reçu des 
•nouvelles du grand M r de Saumaise.- Ce 
sentiment de la grandeur de Saumaise 
éclate en beaucoup d'autres passages des 
lettres de Balzac , et surtout dans les lettres 
qu'il lui adresse (i5 juin i643, 10 oc- 
tobre i663, 7 mai 1668, p. 54o, 665, 
i,oo3). Je citerai, entre tous les autres, 
ce passage de la première de ces lettres : 
s . .'. Après avoir veu une si grande multi- 
tude "d'excellens ouvrages, et tant de 
ir belles et de bonnes choses , jedisqu'd n'est 
rrrien de si vaste ni de moins borné que 
" vostre doctrine. Je n'en excepte pas l'es- 
irlendue de l'Océan, ni la profondeur de ses 
irabysmes. Je soustiens que vostre esprit est 



DE JEAN-LOI 18 Gl Y./. DE BALZAC. 99 

assez de faire du mal à l'adversaire, il Eaull , outre cela , obliger l'amy el 
l obliger de J • « bonne sorte. Je suis l'homme du monde (vous le voyez 
par la lettre que j'escris à M r d'Avaux) qui me picquele plus de gra- 
titude el qui mets 1rs grâces à plus baull prix. Nostre très cher M'Mé- 
nage, ou, en 1 « * langue deMamurra 1 , Duke decus meum a , ne l'ignore 
pas, el je le conjure de vouloir assurer mon bienfaiteur de mon éter- 
nelle recognoissance, namque erit ille miht semper Deus 9 . 

Je vous renvoyé la lettre à M r d'Avaus retouschée encore une fois, 
.■i vous prie de faire part de cette cy à M' Voiture. J'aj jette les yeua 
sur quelques endroits des Centuries, et je juge à peu près qu'il s'en 
pourra faire un juste volume, sans violer la religion de nostre secret. 
Ce se oit principallement in gratiam cariesimi nobii olearii, oui plut 
tapiunl quandoque obvia; islœ el innii/iiir dopes, qua/m longe petita ci trans- 
marinœ deliciœ. 

Je vous remercie de tout mon cœur de celle diabolique, ou, pour 
mieux dire, divine chose, qui vous est venue de Rome. Jamais pape ne 
fit de si beaux vers, ny poêle lambique de si innocens ïambes 4 . Mais 



ml'iini' autre espère i|iic les nostres, et qui: 
miiis sçavez plus qu'où no peut sçavoir hu- 
• maniement. . . n II paraît que la modestie 
de Saumaige n accepta pas de telles louanges, 
car Balzac s'excuse presque de l'avoir lâché 
i lettre du q5 avril i644, p. 666). 

' Ménage écrivit de sa plume la plus 
malicieuse la vie de Montmaur, sous le titre 
de : Vita Gargilii Mamurrœ, parasito-pw- 
dagogi , scriptorc Marco Licinio ( Paris , l643, 
in-/i°). L'épitre dédicatoire à Balzac est 
datée d'Angers, le ■>.<> urlobre îli.'iti. Celle 
vie lut réimprimée avec le poëme satirique 
intitule : Mnmiirrœ Metamorphosis , dans 
/Egidii Wenagii misccllanca (Parie, Courbé, 
i652, in-'r ; i(i. r i(i. in-H"). On la trouvera 
aussi dans le recueil déjà cité de Sallengre. 
l d '■ traduction française en a été donnée 
par Jean Hou (Mémoires inédits et opuscules, 



t. Il, 1857, p. 1 38-i 04). Balzac écrivait à 
Ménage, le 4 novembre i643 (p. 5 a 4 ) : 
-Au reste, Monsieur, je ne me lasse p. nul 
•file lire la vie de Marnurra ; je l'ay trouvée 
fret plus belle et plus nouvelle la dixiesme 
"liiis que la première. Qu'elle eusl l'ail rire 
-île lu m ni'iir le raid mal l)n Perron! Ou elle 
ff plaira au cardinal Bentivoglio! Que le 
- Père Strada en estimera le sel el les salisses . 
-luy qui ril quelquefois a la romaine el qui 
••se niesle de la belle raillerie aussi bien que 

«vous... 11 Voir encore, 1. II. p. 689, l'épitre 
dédieatoire du Barbon. 

* et praesidium, et dulce decus meum. 
(Hobat. Od. lib. I, carmen 1, v. a.) 

1 Vinc. Ducol. ecl. I, v. 7. 

' Urbain VIII (Malien Barbcrinij. élu 
le 6 août 1623, mort le 39 juillet i644. 
(!e pape ne se contenta pas de protéger, 



30 LETTRES 

comment >c peut accorder cet exercice avec celuy de la guerre, la- 
quelle il ayme si fort, à ce qu'on m'a dit, que peut s'en faull qu'il ne 
porte un collet de buffle sur un pourpoint vert et qu'il ne veuille qu'on 
luy donne de Sa Bravoure au lieu de Sa Sainteté 1 ? 

Mon père vous vouloit répliquer, mais je vous ai espargné cette se- 
conde civilité, et luy ay conseillé de se laisser vaincre à vostre élo- 
quence. 

Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc. 



Celuy dont vous avez reçeu le poëme est mon parent et cousin issu 
de germain de feu M r de Villetry, conseiller de la grande chambre. H 
a la naissance heureuse et se peut dire honneste homme, quantum pati- 
tur mtmiàpalis fragilitas. Obligez-moi de dire à M r Drouet 2 , quand 
vous le verrez, que je vous en ay escript des merveilles, car autrement 
je passerois pour mauvais parent ou pour amy peu officieux. Je vou- 
drois de bon cœur que M r le Chancelier eust leu mes discours ou M r de 
Marca, pour luy en faire son rapport. Je m'asseure qu'il n'y trôuveroit 
rien qui le choquast ny qui doive offenser son parent 3 , autrefois gé- 
néral de l'Ordre et à présent évesque d'Avranches. Que si ce parent 



pendant toute la dure'e de son glorieux pon- 
tificat, les écrivains et les artistes; il cultiva 
les lettres avec beaucoup de zèle et beau- 
coup de succès , et de grands éloges ont été 
donnés aussi bien à ses poésies italiennes 
(Ritne, Rome, 1660, in-12) qu'à ses poé- 
sies latines (Poemata, Bologne, 1629, in-8°; 
Rome, i63i, in-6"; Paris, imprimerie 
du Louvre, i64a, in-fol.; Oxford, 1726, 
in-&\ cum vita auctoris). On peut voir sur 
les vers d'Urbain VIII les Jugemens des 
savons, de Baitief (édition in-4°. 1722, 
t. Y). 

1 L'historiette répétée par Balzac trouve 
son explication dans la petite guerre de l'an- 
née précédente. Urbain VIII avait déjà oc- 
cupé Castro et faisait marcher des troupes 



contre Parme et Plaisance, quand la mé- 
diation de la France ramena la paix en 
Italie. 

a On a une lettre de Balzac (12 octobre 
1 636 ) à M. Drouet, docteur en médecine 
(p. 4o5). 

3 Charles Vialart, plus connu sous le 
nom de Charles de Saint-Paul, supérieur 
général des feuillants. "Comme il éloit pa- 
ient de M. le chancelier Seguier, 1 dit plai- 
samment le Moréri de 1759, il fut nommé 
à l'évêché d'Avranches. en i64o. Vialart 
occupa le siège d'Avranches du 6 juillet 
16Û2 au i5 septembre 1666. n est l'auteur 
de Geographia sacra (Paris, 1 64 1, in-fol.). 
des Mémoires du ministère du cardinal de 
Bichetieu (Paris. 1649). etc. 



DE JKAN-LOMS GUFZ DK BALZAC. 



31 



estoil aussy délicat que l'ancien prince des feuilles ' el qpe l'ombre 
d'une injure le lit cabrer, je m'oflre à lui escrire une lettre, après la 
publication du livre, qui sera imprimée avec les aultres, el dans laquelle 
je lui donneray toute la satisfaction que sa vanité eçauroil désirer. 
Quia neget hoc ntmtum, ted vit sait». 

Si je fais un discours à la Reine, je parleray des princes du sang 
(le mieux qu'il me sera possible) et n'oublieray pas le victorieux beau- 
frère 5 de vostre héros. Vous ne sçauriez croire au reste, Monsieur, com- 
bien j'ay eu d'indignation ces joins passes contre la petite fille du cui- 
sinier La Varenne 8 . Du, tantum punite nef as! 



1 C'est-à-dire le I'. Goulu, qui était mort 
à Paris !e 5 janvier itiay, peu de temps 
après la publication du second volume des 
Lettres de Phy Unique. 

s Le copiste a écrit : beau-père, ("est bien 
du beau-frère du duc de Longueville, du 
jeune et brillant vainqueur de Rocroy. qu'il 
s'agil dans le Discours à la Reyne régente . 
discours, ne l'oublions pas, qui est une des 
plus éloquentes protestations lancées en 
quelque temps que ce soit contre le fléau 
de la guerre. Voici le passage qui justifie 
ma correction (p. A78) : ir Quand ce ne se- 
•M'oit que pour conserver à la France une 
"vie qui lui est infiniment chère, et qui se 
«r hasarde tous les jours; un héros de la race 
rrde nos dieux, vostre général de vint et un 
"an; sans doute, Madame, sans doute vous 
«désirés la fin de la guerre. Vous devez 
«craindre l'infidélité de Mars et le destin 
«de Gustave, pour un prince qui va au pé- 
«ril comme il y alloit...» 

3 Cette petite-fille du cuisinier La Va- 
renne, comme parle Balzac, à l'imitation de 
l'injurieux auteur de la Confession de San cij , 
était Marie de Bretagne, fille aînée du comte 



de Vertu et de Catherine Fouquet. Cathe- 
rine avait eu pour père le célèbre Guillaume 
Fouquet, marquis de La Varenne, maître 
d'hôtel, et, comme le dit M. Victor Cousin . 
en se servant d'un adroit euphémisme 
«serviteur très-complaisant de Henri IV. * 
Marie, digne de sa mère par sa beauté el 
encore plus par sa galanterie, avait épousé 
en 1638, Hercule de Rolian, duc de Mont- 
bazon. Balzac fait allusion aux lettres 1 1 ;i — 
mour méchamment attribuées par M"" de 
Ylontbazon à M°" de Longueville, calomnie 
qui causa tant d'orages dans la haute so- 
ciété parisienne (août 1 643), et qui amena, 
quelques mois plus tard (12 décembre), 
entre le duc de Guise et le comte de Coligny. 
un duel qui devait être si funeste à ce der- 
nier. Sur toute cette affaire, voir il. V. Cou- 
sin , qui , dans le chapitre 111 de la Jeunesse 
de M"" de Longueville , a parfaitement tiré 
parti des récits de M"'' de Monlpensier, île 
M"" de Motteville. de La Châtre, de La 
Rochefoucauld, de d'Ormesson, ;iinsi que de 
quelques documents inédits de la Biblio- 
thèque nationale et des archives des affaires 
étrangères. 



LETTRES 



VI. 

Du 5 octobre i Mt'i. 

Monsieur, Vostre lettre du 26 du passé, que j'ay reçue ouverte, est 
cachetée au dedans, c'est-à-dire est toute pleine des marques de vostre 
Pallas, et n'a rien qui ne sente la déesse du bon sens et de la sagesse. 
En conscience, j'ay esté ravy de la façon dont vous avez pris la nou- 
velle que je vous avois mandée du cardinal qui n'est plus 1 , et je. ne 
sçaurois assez admirer cette modestie plus que socratique avec laquelle 
vous parlez ensuite de vostre mérite et de celuy de vostre Pucelle. 
Si vous craignez tant pour l'avenir, en quelle peine devrois-je estre 
maintenant, et pourquoy m'avez-vous laissé entreprendre un si péril- 
leux voyage et auquel vous appréhendez si fort de vous exposer? Je 
parle de l'indignité, du peu de prix de mes discours; car pour leurs 
hérésies et pour les crimes d'Estat, je n'en suis pas autrement inquiet. 
Je pense, Monsieur, qu'ils ne méritent point de couronnes, mais je 
pense aussy qu'ils ne sont pas dignes de la corde; et, s ils n ont de la 
vertu, ils ont pour le moins de l'innocence. Quand ils seront achevez 
d'imprimer, jeseray très-aise, s'il est besoing, qu'on les mette entre les 
mains deM r le président de Marca, à qui j'escriray un petit mot; et, si 
son rapport à M r le Chancelier ne m'est entièrement favorable, je con- 
damne desjà mes Muses, tant latines que françoises, à un silence per- 
pétuel. Pour les épigrammes, je ne sçay pas ce que vous appeliez des- 
païser, si elles ne sont, despaïsées, et si les précautions que vous exigez 
ne devroient pas estre plus grandes pour la mémoire des Louis et des 
Henris, si nous avions résolu d'en mesdire finement. Mais vous ne re- 
laschez jamais en ma faveur de vostre première sévérité. Vous n'estes 
indulgent qu'aux tyrans, et parcequ' Armand vous est cher 2 , vous vou- 
driez, je croy, qu'on aimast Tibère et Stilicon pour l'amour de luy. 

' C'est-à-dire du cardinal de Richelieu se s'honore en défendant avec tant de fermeté 
moquant de la Pucelle. la mémoire du grand ministre contre les 

J Le cardinal de Richelieu. Chapelain implacables rancunes de Balzac. 



DE JEAN-LOUIS Gl Y./. DE B ILZAC. 33 

Puisqu'il n'\ a poini moyen de rhabiller leurs épigrammes à vostre fan- 
taisie, .illiu ilf vous oster le goût que leur amertu vous a laissé, 

j'ayrûe mieux vous en envoyer d'aultres sur d'aultres matières moins 
désagréables. Celle que je lis cet hiver, de l'impertinent autheur de 
Poitou, est reformée de la façon que vous la verrez et pourra avoir 
pour titre : Retpondel Capelkmo, « quû blanàùsmù vérifia objurgatus 
fverat, quod cujusdam autant malum poema pro bono venditasaet 1 . La se- 
oonde, que vous n'avez point encore veue, esl sur un bouquel de 
roses que Diane portoil dernièrement à la teste 2 , el qui me sembla 
jetter des esclairs de la nuée noire tle ses cheveux. 

\u reste, Monsieur, vous ne deviez point attendre de mes nouvelles 
pour résoudre du lieu de l'impression de la diatribe. Il fault que ce 
soil à Paris, et vous estes merveilleux de me demander, comme en 
doutant , si Rocolet voudra l'imprimer. H sera trop heureux et trop 
honnoré d'entreprendre une si noble besoigne; et, pour cet elïect, je 
vais luy escrire, affin qu'il face tout ce que vous lui ordonnerez : l'im- 
portance est que la dissertation soit à vostre gré comme je veux croire 
qu'elle sera à mon advantage. Je me suis expliqué au long là-dessus 
par le dernier ordinaire. 

\\ez toujours un peu pitié du chagrin et des infirmités de vostre 
amy, qui vous ayme, révère et admire plus que toutes les personnes 
du monde. 

Monsieur, l'article du papier est un excellent article et bien obli- 
geant pour vostre très-humble serviteur 3 . Il n'est que voisin du lieu 
où se fait cette charte 4 renommée, aussy blanche que les lys et que 
les ligustres 5 , sur laquelle néantmoins lot Aquiniï, tôt Volusii cocore 

' T. II, p. 20. Le titre définitif est ce- à in page 27) sous œ titre: Diana Santonis, 

lui— ci : De non optimo poetu, quem per sum- sive Galatci insania. 

mam humankalem laudaverat. Respondel Ca- 3 Balzac fournissait, chaque année, à 

pclano. Chapelain comme à plusieurs autres amis. 

2 Voyez cette pièce (Diana rosis coronata) quelques rames de papier d'Angoulême. 

autome II, p. 26, des OEuvres de Balzac , à la 4 Le copiste a écrit charité. 

seconde pagination, parmi dix ou douze gra- 5 C'est le nom latinisé du troène, un des 

rieuses petites pièces réunies (de la page 2 5 plus jolis arbrisseaux de la famille desjas- 



:j'i LETTRES 

audmt 1 , pour user des vilaines paroiles de celuy «jui fit une épigramme 

contre Caîsar'-. 

On me vient de monstrcr une gazette manuscrite dont certains en- 
droits m'ont depleu, et, entre autres certains : « \I r le Prince ayant 
-l'ait instance pour le gouvernement de Languedoc, moyennant la ré- 
f compense de la charge de grand maistre, il en a esté nettement refusé 
-et, sur 3 ce refus, ayant fait reproche des services rendus cette cam- 
• pagne, cela a fort brouillé l'intelligence entre la Reine et Madame la 
r Princesse. M r le duc d'Anguien ayant prétendu le gouvernement de 
k Bourgoigne et de Bresse par l'eschange cy-dessus, et ce refus l'en ayant 
•exclus, il est accusé d'avoir composé avec les petits maistres quelques 
ff rimes 4 scandaleuses contre lespuissanc.es supérieures, de quoy on ap- 
-préhende des suites fascheuses. n Cela est-il vray ou non 5 , Monsieur? 
et, de grâce, deux ou trois tirades de vostre politique sur Testât pré- 
sent de nostre cour. 

Je ne demande point d'aultres privilèges que celuy que je vous ay 
envoyé. H est pour vingt ans, à commencer du jour de la publication 
ou de l'achèvement de chaque volume. Je ne pense pas que ce soit 
par vostre ordre qu'on a mis dans les vers du second discours : nos 
encens pour nostre encens 6 . Dans ce que j'ay veu , il y a quelques aultres 
légères faultes. 



minées. On se souvient du vers de Virgile : 

Alba ligustra cadunt. vaccinia nigra leguntur. 
Bue. Eclog. n, 18. 

1 Annales Vol usi.cacata ckarta... 
Caicixi Carmen xxxvi in Annales Volusii, 1. 

3 Carmen xxix in Cœsarern : 

'luis hoc potest videre, quis potest pati, etc. 

1 Sur a été omis par le copiste. 

' Le copiste a écrit : remies. 

s Le bruit était faux. Le duc d"Enghien 
obtint, pour récompense de ses services, le 
gouvernement de Cbainpagne et la \ille de 



Stenai . cédée depuis peu à la France par le 
duc de Lorraine, et rien n'indique qu'il ait 
été mécontent, en cette occasion, de la 
reine régente. Rappelons que, moins de 
deux ans auparavant, le ao novembre t 6'i 1 . 
don avait été fait par le roi d'une pension 
annuelle de 1 00,000 livres au duc d'En- 
gbien ( Archives nationales, carton-; des 
Rois. K. ni-i 16). 

6 La faute dont Balzac se plaignait w te 
retrouve pas dans les diverses éditions de 
son second discoure. Partout nous h'sons : 

Et portons nostre encens où l'on cherche vos temples. 



DE JEAN-LOUfS GUEZ DR BALZAC. 



VII. 

Du i •.' oatobrt i 648 

Monsieur, Vous m'avez f;iil voir fil [«'lit toute nostre cour, i'l j'av 

leu avec grand plaisir l'histoire <l»*s Importuns 1 , «|u<^ vous ramassez «mi 
peu deparolles, mais qui signifient beaucoup, .le comtois, il \ a Iodj;- 
icinps. la pluspari de l'es Messieurs, h ne me suis poini estonne* du 
mauvais succès de leur politique. Mou estoanettieirt n'alloit qu'à M' de 
Beauvais 3 el à \l"' c de Ghoisy*, laquelle n'est pas pourtant tom- 
bée, comme le bruit en avoit couru partout; mais dans la relation 
des importans, pourquoy avez-vous oublié les petits maistres 4 et l'ar- 
ticle de Saincf-Germain (|ue je demandois sur toutes choses? Je ne 
puis comprendre que celuy qui a chassé de son liostel 5 le frère d'un 
mareschalde France 11 , pour n'avoir pas assez respecté la mémoire du 



' M. Bazin ( Histoire de France sous 
Louis XIÏI, etc. t. 111. p. 3ag) prétend que 

le public avait Liien jugé la cabale du duc 
de Beaul'ort et de ses compagnons, en ap- 
pelant ces personnages «les importants." 
M. V. Cousin (La Société française au 
mu' siècle, t. II , p. 228) dit dans un char- 
mant chapitre sur M°" Cornuel, d'après le 
témoignage Formel deTallemant des Réaux : 
«C'est elle, en 1 643 , qui, en voyant Beau- 
«fort et ses amis Fiesque , Montrésor, Bé- 
rr thune, La Rochefoucauld, prendre de 
«grands airs et juger superbement tout ce 
Mjui n'était pas de leur parti, les appela 
« Messieurs les importons, mot nouveau qui 
«•est resté et a pris place dans l'histoire. 1 

! J'ai déjà rappelé, dans une note de la 
lettre V, que c'était Augustin Potier de 
Blancménil. 

3 Le copiste a écrit : Venisy. Jeanne 
Olympe Hurault de L'Hospital, arrière-pe- 
tite-fille du chancelier, mariée en 1628 à 



Jean de Choisy, maître des requêtes el chan- 
celier du duc d'Orléans, fut une des femmes 
les plus distinguées du xvn e siècle. Sa cor- 
respondance avec la reine de Pologne ( Ma- 
rie de Gonzague), avec la reine de Suède 
(Christine), avec les sœurs de Louis XIII 
(Madame Royale de Savoie, Christine de 
France), lui donna beaucoup de célébrité. 
On peut voir sur elle les Historiettes de Talle- 
manl des Réaux, les Lettres de Mainard, les 
Mémoires de M"" de Montpensier, ceux de 
M"' de Motteville , ceux du cardinal de Retz . 
el surtout ceux de l'abbé de Choisy. 

4 rr On avait appelé," dit Voltaire (Siècle 
de I^ouisXIV, chap. iv) , tria cabale du duc de 
« Beaufort , au commencement de la régence , 
«celle des Importants, on appelait celle de 
<rCondé le parti des petits-maîtres , parce 
«qu'ils voulaient être les maîtres de l'Etat, a 

5 Le cardinal Mazarin. 

6 Le frère de Jean de Saint-Bonnet, 
seigneur de Toiras . nommé maréchal d«' 

5. 



36 LETTRES 

deffunt, sou lire dans le Louvre l'enneiny juré dudit deffunt, et qui le 
traite non seulement de tiran (Juec quidem Itius est), mais aussy de fou 
et de ridicule : hœc mihi sunl obscura salis. 

Je voudrois bien que la dissertation Salmasienne fust entre voa 
mains et qu'elle parust en mesme temps que mon livre. 

J'ay escrit trois fois au petit depuis un mois, et n'en ai point eu de 
response. 

J'ay ajousté un distique à vostre epigramme, qui luy estoit néces- 
saire pour la remplir et pour en faire un poème de quatorze vers. Le 
compliment, à mon advis, ne sera pas mauvais, et la latinité n'eu est 
pas impure. 

Un notaire, avec touts ses instrumens de chicane, me tient présen- 
tement à la gorge et m'empesche de passer outre. Le reste à une anltre 
lois; et je demeure cependant, Monsieur, vostre, etc. 



VIII. 

Du il) octobre 1 r 

Monsieur, La postérité n'aura garde de me reprocher la confidence 
que j'ay eue avecque vous. Au contraire, c'est le plus bel endroit par 
où elle me regardera; et, si ma gloire ne m'estoit moins chère que la 
vostre, j'aurois grand peur qu'on ne dist un jour que le second Atticus 
valoit beaucoup plus que le premier, mais qu'il s'en falloit bien que le 
nouveau Ciceron ne fust du mérite de l'ancien. 

A Dieu ne plaise que j'aie rien entendu de mauvais par l'innocence des 
ïambes de Nostre Saint Père. C'est oit seulement pour les distinguer de 
ces ïambes Iruces ou minaces, dont la rage armoil Archilocus 1 , pour user 

France le 1 3 décembre i63o, et tué d'un génaire. (Voir le Moréri de 1769. au mot 
coup de mousquet devant Fontanette . le Sainl-Bonnet.) 



Archilochum proprio rabies armavit iambo. 



1 4 juin i636, était Simon, seigneur de La 
Forêt , gouverneur de la ville et du château 

, r> ■ , £ 1 Hckitii Arspoctiea, 80. 

de Foix, mort après 1680 plus cpie nona- 



37 



DE JEAN-LOI is GUBZ DE BALZAC 
.les iciiin's du lepidiasimiu homuncio 1 qui refusa I « • charge de Secrétaire 
d'Estat*. La dévotion deM 1 des Noyers' seroit-elle auss) desgonstée el 
aus8> désintéressée que la liberté de cel honeste pourceau <>u aultre- 
mriii porcus Deorum euîtor et injreqxtens*, comme il se nomme luy 
raesme? Je ne respons point de La vertu de demain el prenez seule- 
ment en la personne de ce jésuite travesti 8 un grand etpuissanl op 
pugnateur du livre De h fréquente communion . M r l'Archevesque de 
Thoulouse 1 a passé par <<■ pays el m'a fort entretenu <le ce livre el 
• If plusieurs aultres. Il m'a dit d'estranges choses du dëffunct 8 et un 



-i ainsi que l'empereur Auguste ap- 
pelail son cher Horace, dit Suétone (Horatii 
poetœ vita). 

1 Balzac s'est trompé'. Ce fut seulement 
un emploi de secrétaire particulier, de se- 
crétaire des commandements , qui fut offert 
par Auguste à Horace. Le texte de Suétone 
esl formel : Avgustvs ci epistolarum ojficium 
obtulit, et la lettre d'Auguste a Mécène , citée 
par le même Suétone, est, s'il se peut, plus 
formelle encore : Anle, ipse scribendis epi- 
siolis amicorum sufficiebam : mute occupatissi- 
mus, cl infirmas , Horatium nostrum a le cit~ 
pio abducere. . . Xos in scribendis epislolis 
juvabil. 

a François Sublet de Noyers (suivant sa 
signature), et non des Noyers, Comme on 
l'appelle ordinairement , secrétaire d'Etat au 
département de la guerre , fut disgracié 
(avril i643), et mourut peu de temps 
après (ao octobre i665). N.Bazin (Histoire 
de France sons Louis XIII , t. III, p. iq3) 
caractérise ainsi ce ministre : a Ambitieux , 
* remuant et dévot. « M. Micbelet (Richelieu 
et la Fronde , aux notes . à la fin du volume ) , 
le maltraite encore davantage. C'est pour 
lui irun sot fieffé, dangereux, baineux, ve- 
trnimeux. etc.i M. Micbelet l'accuse d'avoir 
détruit, dans sa stupide pudeur, la sublime 



Léda de Micbel-Ange que l'on admirait an 
palais de Fontainebleau. Il ajoute, en son 
pittoresque langage, qu'il i creva d'ambition 

it rentrée. ■> 
1 Horat. Od. liv. I. Carmen xxuv, \. 1. 

5 Le copiste, confondant une épithète 
avec un nom propre imaginaire, a écrit : Ce 
jésuite Trametli. 

6 Le livre De la fréquente communion, le 
premier de ceux qu'Antoine Arnauld donna 
au public sous son nom. parut en août i643 
(Paris, Ant. Vitré. in-i°). Sur les livres 

'écrits par les jésuites contre celui du disciple 
de l'abbé de Saint-Cyran, voir les pages 21 
à 23 de la Vie d' Antoine Arnauld (Lau- 
sanne, in-k°. 1783). le Porl-Iioyal de 
M. Sainte-Beuve, dernière édition (t. II. 
p. 179-185), etc. 

' Charles de Montchal . qui , avant d ob- 
tenir du protecteur de Balzac, le cardinal 
de La Vallette, la cession de l'archevêché de 
Toulouse, qu'il garda du 9 janvier 1638 
au 22 août 1 65 1 . avait été abbé de Sainl- 
Amand-de-Boisse , au diocèse d'Angoulême. 
Balzac lui écrivit plusieurs lettres . de i63ô 
à 1 643 (p. 200 . 570, 098). 

' Montchal détestait le cardinal de Ri- 
chelieu . comme on le voit par ses Mémoires 
(Rotterdam, 1718, 2 vol. in-12). On cite. 



38 LETTRES 

jour de conversation avec luy m'a instruict de beaucoup de particula- 
rités que j'ignorois ou que je ne sçavois pas bien. Il estoit présent lors- 
que Laforest, frère de M r de Thoiras,fust maltraité par M r le Cardinal 
Mazarin. Mais la chose se passa tout aultrement qu'on ne vous l'a 
ditte, et ce fut la propre injure du Cardinal qui excita son ressenti- 
ment, et non pas l'interest de son amy mort. M. le Mareschal de Vitry 
èl M. l'évesque de Lizieux ' virent tout ce desmêlé aussy bien que 
M r l'Archevesque, et je conclus de là, s'il vous plaist, Monsieur, que 
Ips nouvelles se corrompent quelques fois à quatre pas de leur source. 

Il n'y a rien de si vray que le mesme Cardinal a reçu trop favora- 
blement Sainct Germain et que le mesme Sainct Germain a desjà 
ilisné plus de trois fois avec M r de Chavigny 2 . Comment s'accorde tout 
cela, Monsieur, avec la générosité de M r le Chancelier, lequel , à vostre 
dire, delusit timbrant et colit exequias , voire mesme pourroit révérer les 
mânes de Tibère et de Stilicon, si j'estois si impie que de les vouloir 
violer, je ne sçay combien de siècles après leur mort? 

II ne me souvient point d'avoir demandé des louanges à M r de Sau- 
maise, mais ouy bien de la civilité et de la faveur, et je ci-oy qu'il est 
trop honneste et habile pour ne m' avoir pas sçeu obliger en me vou- 
lant obliger. 

Mon parent le poète m'a envoyé coppie de la lettre que luy a escrite 
M r le Cardinal Mazarin : vous la trouverez cy enclose, avec un extrait 
d'une aultre lettre escrite par le petit médecin, qui est un encomiaste 3 



en outre, de lui plusieurs mots piquants 
contre le grand ministre. 

1 Cet évêque était Philippe Cospéan , 
quisiégea du a5 juillet i636au 8 mai i646. 
i>t qui avait été auparavant évèque d'Aire 
(en 1607), puis de Nantes ( 16 1 3). Cospéan 
fut un des grands amis de Balzac, qui lui a 
adresse de très-nombreuses lettres (p. 12, 
i3, i5, 16, 19, 123, 260. a65, 26G, 
967, 3/17, 396), et aussi des vers latins 
(seconde partie du tome II, p. 83 et 93). On 
a de M. Ch. Livet une intéressante mono- 



graphie intitulée : Philippe Cospéan, su ri, 
et ses centres, i85i. 

2 Léon Le Routhillier, comte de Chavigni 
et de Rusançois , ministre et secrétaire 
d'État, mort le 11 octobre i652. Ralzac lui 
a écrit quelques lettres (p. 162, 1Ô2, etc. 1. 
et lui a consacré des vers latins (t. IL se- 
conde partie . p. 8 ) : De illustrissimo Leone , 
comité Chavinio , et : Ad evndem illustrissimum 
comitem. 

1 Èyxa>tii*ai)js , louangeur. Le Diction- 
naire de M. Littré. comme le Dictionnaire de 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 

très-impertinenl et très-menteur, si je ne me trompe. Ce petit faquin 
p-astera l'esprit de ce pauvre provincial, qui d'ailleurs certes ésl hon- 
neste homme, et qui croit à la bonne foy ce <|m^ l'aultre luy mande de 

Paris. 

.Ii' vous recommande le pacquet pour nostre cher présideni ' el j aj 
peur que Flotte 8 ay< esté quelquefois yvre le jour que le courrier esl 
parti, car nous ne trouvons pas nostre compte. 

.le suis inriliilliliis. Monsieur, voslrc etc. 



Trévoux, n'a cjtë de l'emploi de ce mot 
qu'un seul exemple, emprunté au discours 
de l'archevêque de Lyon en faveur de 
Jacques Clément (dans la Satire Ménippée). 
' François de Mainard . qui était prési- 
deni au présidial d'Aurillac, né à Toulouse 
en i fi 8 -î , mort, non dans cette ville et non 
le û3 décembre 1G6G, comme l'avance la 
Voxwelfe Biographie générale t mais à Saint- 
Céré (département du Lot, arrondissement 
de Figeae), le a$ décembre, ainsi que le 
prouvent les registres de la paroisse de 
Saint-Céré. Voir, sur cet ami de Balzac . 
outre Tallemant , Pellisson . ïiton du Tillet . 
Adrien Baillet, M. de Labouisse-Rocheforl , 
M. Geruzez, M. Sainte-Beuve (t. VIII des 
Causeries du Lundi), un excellent travail de 
M. Prosper Blanchemain (Notice sur le prési- 
dent François de Maynard, dans le Bulletin 
du Bouquiniste, du 1 5 ruai 1867). L'habile 
éditeur de Ronsard , de Mainard, de N. Vau- 
(juelin des \ veteaux , s'est servi de la bio- 



graphie inédite que Guillaume Colletel re 
traça de l'académicien, son confrère \ Vies 
des poètes Jrançoù, naguère a la Bibliothèque 

du Louvre), et de divers documenta qui lui 
ont été communiqués par un descendant de 
ce même académicien, M. Th. de Lavaur. 
Balzac a mille fois parlé de Mainard dans 
ses lettres et dans ses autres ouvrages. 

' Le copiste a écrit : Lotte. On cherche- 
rait en vain le nom de Flotte dans nos dic- 
tionnaires biographiques anciens ou mo- 
dernes. C'était un homme de plaisir, en 
même temps homme de goût, auquel Mai- 
nard. qui l'appelle toujours «son cher 
-maître, 1 a adressé un grand nombre de 
lettres recueillies en i653 (Paris, chez 
Toussaint Quinet , 1 vol. in-4°de 873 pages). 
De Flotte, éditeur de ce recueil, fut très- 
lié avec Scarron et avec Saint-Amant, qui 
l'ont souvent célébré dans leurs vers. Voir 
une lettre que Balzac lui écrivit le 28 dé- 
cembre i6h (p. 683). 



40 LETTRES 



IX. 

Du 26 octobre i643. 

Non tanlum, Capclaue, viris concurrere virgo 
Audct J , at indigetes vocal in certamina Divos 3 , 
Theseaque, yEneamque, el sœvum ambobus Acliillem : . 
Inferîorque loco nunquam cessisse priori, 
Diceris mihi , Romano nec mollius œrc 
Nec Graia sonuisse tuba 

Si vous continuez à me contredire, j'iray bien plus loin. Mais c'est 
assez pour aujourd'hui, et peut estre que cette dernière fougue achè- 
vera de forcer le retranchement dans lequel se deffend vostre modestie. 
Pour les louanges que vous donnez à ma prose, elles me sont extrê- 
mement agréables, à cause qu'elles partent d'une extrême affection, 
el que vostre estime naist de vostre amour, in quo uno abjeclissime alias 
et pœne doloribus confecli serio triumphamus. Ce que dit nostre très-cher* 
des libres historiques des Épigrammes est très-bien et très-judicieuse- 
ment dit; mais, après avoir considéré celle de l'enfer 5 , je ne pense pas 
qu'elle ait besoin d'aultre tiltre que de Respondet Capelano. Et, présup- 
posé que c'est une response à un aultre poème, l'esprit du lecteur 
seroit bien diverti , s'il n'entendoit d'abord de quoy il s'agit ; et il seroit 
peu délicat, s'il ne trouvoit beaucoup meilleur, est ex abrupto, qu'avec 
préparation plus longue et plus estendue 6 de deux ou de quatre vers. 
Toutes les responses des lettres sont obscures de cette sorte d'obscu- 
rité, présupposant des choses dittes qu'elles ne répètent pas et il y a 
encore moins de clairtés dans plusieurs sonnets du Cardinal Bembe 7 . 

1 Souvenir du vers de Virgile : 4 Ménage. 

Audetque viris concurrere virgo. 5 T. II, seconde partie, p. 30, déjà citée. 

JEneid, I, 497. ' Le copiste a écrit : esteudiée. 

J Souvenir de cet autre vers de Virgile : ' Pierre Bembo, un des plus élégants 

Démens, et cantu vocat in certamina divos. écrivains italiens du XVI e siècle, dont les 

76irf. VI , 173. œuvres complètes ont été publiées à Venise 

3 C'est décidément ici un centonvirgilien. (1729, en 4 vol. in-fol.) et réimprimées à 

car ce vers est encore emprunté (infidèle- Milan (de 1808 à 1810, en 12 vol. in-8°). 

ment il est vrai), à Y Enéide (I. 662) : Voir le Manuel du Libraire pour les éditions 

Atridas, Priamumque, et saevum ambobus Achillem. particulières de ses poésies ( l53o, 1 535. 



DE JEAN-L0UI8 GUEZ DE BALZAC. 'il 

de M r de la Casa el d'Annibal Garo 1 , qui respondenl à d'aultres bou- 
ueta de leurs amys, Mais pour revenir bus tiltres commentateurs, 

que dites-vous, Monsieur, de celu\-cy de noslre ;nn\ Cerisantes : /// 
rciiiiim qui vehementùatmus flabat, cum in menu Imnchionensem ascen- 
derent, Geniua loci alloquitur subeuntem, ei de plusieurs aultres tiltres 
de celle nai ure, quos pasrim videre est apud optimos quosque œvi no8lri 
postas? 

Je \ous renvoyé 1 Epigramme a à la lin de mon Elégie 4 que j'a\ 
reformée pour le feu lïoy et qui a esté changée en plusieurs endroits. 
il la faudra datter de l'année de la prise de Pignerol 5 , lorsque toutes 
choses en Italie sembloient favoriser l'entreprise du voyage de Naples, 
si le Roy eusteu ce dessein et qu'apparamment la Nimphe Parlhenope 
luv tendoit les bras. 

le croy avoir dit des choses assez jolies de cette Nimphe, et les 
lettres qu'elle a escriptes à la Nimphe d'Anjou, sa parente, dans 



1 568, cette dernière édition revue par An- 
nibal Garo), etc. Jean délia Casa, dont nous 
avons déjà trouvé le nom dans une précé- 
dente lettre, a écrit l'histoire de la vie de 
Bembo. En France, deThou, les deux Sca- 
liger, Baillet, Teissier, etc., l'ont plus ou 
moins favorablement jugé. 

1 Annibal Caro , dont les sonnets ont été 
l'approchés de ceux de Pétrarque et de 
Bembo , et dont la traduction de V Enéide a 
été mise au-dessus de toutes les traductions 
en vers qui aient jamais été faites de ce 
poëme. Les œuvres d'Annibal Caro ont été 
insérées dans la collection des classiques 
italiens (Milan, 1806. 8 vol. in-8"). Balzac 
a souvent fait l'éloge d'Annibal Caro (p. 722. 
782, 788 du tome I de i665). 

9 Marc Duncan de Cerisantes, tué au 
siège de Naples en i648, a gentilhomme de 
- beaucoup d'esprit et de cœur, » dit Bayle , 
qui lui a consacré un très-bon article, qu'il 



faut rapprocher du récit de Tallemant des 
Beaux (V, p. 424-465), de celui de l'abbé 
Arnauld {Mémoires, t. XXXV de la collec- 
tion Petitot , p. 2 58-2 5 9) . et enfin de celui du 
Menagiana (édition de 1 7 1 5, t. II. p. 292- 
296). Voir une ode latine de Balzac en l'hon- 
neur de Cerisantes (p. 99 de la seconde 
partie du tome II des Œuvres complètes). Le 
Menagiana reproduit cette odelette avec une 
autre odelette en latin adressée à Voiture. 
Sur Cerisantes poëte on peut encore consul- 
ter le Parnasse français de Titon du Tillet 
( 1732, p. 23o). 

3 Ad Regem Christianissimum Ludovi- 
cum semper victorem post pugnam in Alpi- 
l>it*. epigramma (tome II, seconde partie, 
p. 3). 

4 Ad eundem Elegia (ibid. p. 4). 

5 La ville de Pignerol , assiégée le 2 3 mars 
i63o, se rendit le 3i mars delà même 
année, jour de Pâques. 

6 



49 LETTRES 

lesquelles elle se plaint de sa mauvaise fortune, me semblent assez 
poétiques. Je ne suis pas encore mal satisfait de 

Pictuni Ludovix dum circuit orbem, 
... .Et duce sub Fabro ', 

et je voudrois bien que vous trouvassiez bon que je 6sse venir dans 
l'esprit du Roy l'envie de délivrer l'Italie, dès ses plus tendres années, 
et lorsqu'il estudioit sous M 1 le Febvre, qui luy devoil, à mon advis, 
apprendre la carte. Mais tout cela soit dit néanmoins sans aucun des- 
sein de préoccuper vostre jugement, et je suspandray le mien jusqu'à 
ce que vous ayez prononcé pour ou contre. 

Rocolet m'envoya, il y a buict jours la Métamorphose de la Mar- 
mitte 2 et me parle de quelque autre pièce latine que vous lui avez 
donnée pour moy; mais il ne me l'envoyé point. Je vous prie que je 
sçaclie qui est l'auteur de cette Marmitte, et que veut dire nostre très- 
cher de ne m'avoir pas encore régalé de la Vie de Mamurra. qui 
apparemment doibt être imprimée. 

J'ay reçeu ce qu'il vous a envoyé de la Diatribe et en demeure ex- 
trêmement satisfait. Le commencement me semble très-beau et escrit 
avec très-grand jugement, mais cette guerre de campo cedere et de 
arma abjicere ne me pique-t-elle point, et qu'avait-il besoin de dire une 
chose de son amy qui l'eust rendu infâme dans la République de 
Sparte? Je suis pourtant trop obligé à ce grand et illustre personnage 



1 Nicolas Le Febvre , né à Paris en 1 5 4 k , 
un des plus savants nommes de son temps. 
Henri IV l'avait donné pour précepteur à 
Henri de Bourbon, prince de Condé, qui 
avait été amené, en décembre i5o,5, à l'âge 
de sept ans , au château de Saint-Germain. 
Dans l'été de 161 1, il devint le précepteur 
de Louis XIII. (Voir, à ce sujet, le Journal 
de l'Estoile et surtout le Journal de Jean 
iléroard). 

' Monmori parasito-sycophanto-sophislœ , 



etc. Sallengre explique ainsi le titre de cette 
satire : « Comme qui diroit en françois la mar- 
Kinitodéification de Montmaui'. i 11 ajoute 
(p. xxx du t. I de Y Histoire de Montmaur) : 
n Cette pièce, qui est fort rare, a été im- 
* primée à Paris, 111-8°. L'année n'y est pas 
et marquée. L'auteur n'en est pas connu." 
On trouvera le texte latin de cette pièce 
dans le t. I du recueil de Sallengre (p. 927- 
359), et la traduction française dans le t, II 

Cl>- 67-76)- 



DE JEAN-L0U18 GUEE DE BALZAC. I 

de s'cshf \ ou I h mesler de mes affaires el je luy en tesmoigneray ma 
reconnoissance en temps et lieu. 

Kst-il \ray que la Reine a commandé à M r de Gemberville d'escrire 
l'histoire de oostre temps 1 .' 

Par le dernier ordinaire j'escrrvisà M'Conrart et vous addressay un 
pacquel pour le préaident: J'ay receu depuis une de ses lettres, par 
laquelle il me prorael de me venir voir après la leste. Si mon pacquet 
ne le trouvoit pas à Sainct-I 1ère, je vous prie que, [»ar le moyen du sei- 
gneur Flotte, il revienne à Paris, affin que vous nous le puissiez ren- 
voyer. 

Je suis sans aucune retenue, Monsieur, vostre, etc. 



Du a novembre l6i3. 

Monsieur, Auray-je lousjours sujet de me plaindre de la vecordie 2 
du dur et de l'indisciplinable Rocolet? Laissera-t-il tousjours vieillir 
mes lettres ou au bureau de la poste, ou sur la table de sa chambre, 
OU dans les pochetes de ses garsons? Ne doutez point, Monsieur, que 
je ne vous aye escrit, et laites faire, s'il vous plaist, perquisition de mes 
lettres, dans lesquelles il y avoit quelque chose qui ne devoit estre 
veue que de vous. Un mal extraordinaire pourroit bien estre cause de 
I interruption de ce commerce ; mais ayant un Totila 3 pour vous en 



1 Marin Le Roy de Gomberville, l'auteur 
de Polexandre (i63a , h vol. in-i"), l'éditeur 
des OE uvres poétiques de Mainard (iC46. 
in-4°) et des Mémoires du duc de ùrvcr.s 
(1 CG5 , 9 vol. in-fol.). Je ne vois nulle part 
que Gomberville ait été chargé par Anne 
d'Autriche d'écrire l'histoire de son temps. 
Pellisson (Histoire de l'Académie française , 
1. 1, p. a65) nous apprend qu'il avait com- 
mencé d'écrire l'histoire des cinq derniers 
rois de France , de la maison de Valois , mais 
que le peu qu'il en fit n'a point été con- 



servé, quoique le P. Lelong l'ait mentionné 
sous le n° 8201 de sa Bibliothèque historique 
de la France. On en trouve seulement le plan 
dans l'excellente préface des Mémoire:; du 
duc de Nevers. 

2 Mot qui manque dans tous les diction- 
naires et qui a peut-être été forgé par Bal- 
zac lui-même avec le latin recordia, sottise. 

3 Voir, sur ce secrétaire de Balzac, une 
lettre à Chapelain du 10 septembre 1637 
(p. 758 du tome Iet p. G -20 du tome II . Dis- 
sertations critiques, ix). Il est question de 

6. 



Vi LETTUES 

donner advis, vous devez croire qu'au milieu mesme du mal extraor- 
dinaire j'auray soin de vous envoyer de mes nouvelles. 

V ous m'avez obligé de me faire part de cette belle préparation à la 
mort que j'ay veue dans le sonnet de vostre Epicure 1 . C'est un faune 
que j'ay surpris aultres fois dans ses bocages- avec un [bousseau 3 ] de 
paille , un pourpoint de satin blanc i et une grande chaisne au col de 
patenôtres 5 musquées. En ce temps là il aymoit l'une et l'aultre Vénus G 
i>t se servoit d'un Marotus aussy bien que d'une Délie. Je pense qu'il 
ne s'est point converti et qu'il a encore toutes ses pensées de vingt- 



Totila dans plusieurs écrits des contempo- 
rains de Balzac , notamment dans les Lettres 
de Costar, t. I. p. 629. 

1 Cet Epicure est évidemment Nicolas 
\ aiupielin, sieur des Yveteaux, né en 1567 
au château de laFresnaye, près Falaise, mort 
le 9 mais 1669. C'est un des petits poètes 
du ira" siècle dont on s'est, de nos jours, 
le plus occupé, et, pour le prouver, il nous 
suffira ilt- citer 1rs notices de MM. Viollet- 
te-Duc, J. Picbon. Blanchemain, Rathery 
J. Travers. On avait déjà bien des rensei- 
gnements sur ce singulier personnage (His- 
toriettes de Tallemant des Réaux; Origines 
de Caen , de Huet: Mélanges de VigJieul-Mar- 
aille; Parnasse français , de Titon du Tillet. 
Bibliothèque françoise , de 1 abbé G ouget , etc.). 

2 Balzac veut sans doute parler de ce 
grand jardin rrque possédait Vauquelin au- 
près de sa maison située dans la rue des 
-Marais, au faubourg Saint-Germain , vers 
tries Petits Augustins.* Yoir, sur ce jardin, 
le commentaire de M. Paulin Paris (L IV 
de son Tallemant des Réaux, p. 355). 

Le copiste a écrit housteau, mot qui 
n'existe pas. Faut-il lire bousseau, qui se- 
rait un diminutif inconnu jusqu'ici du mot 
housse, nom ancien d'une couverture que 
les paysannes mettaient sur la tète et sur 



les épaules , pour se défendre de la pluie et 
du froid? Le housseau de Balzac aurait été 
rrle chapeau de paille doublé de satin cou- 
fleur de rose* décrit par Vigneul-Marville. 
Peut-être tout simplement Balzac avait-il 
écrit chapeau ! Huet assure, du reste, que le 
costume de son compatriote n'était pas aussi 
fantaisiste que l'on a bien voulu le dire, et 
sa coiffure notamment, d'après le grave 
auteur, consistait, <r pendant les chaleurs de 
t l'été, s en run chapeau de paille couvert de 
«satin noir pour la légèreté. 1 N'oublions 
pas de signaler encore une autre version, 
celle de Tallemant des Réaux. qui prétend 
(p. 3 h 3 ) que Vauquelin parut devant M™* de 
Rambouillet avec nun chapeau de peaux de 
f senteur, r 

1 Tallemant dit (p. 343) que, la première 
fois que M"" de Rambouillet vit Vauquelin. 
iril avoit des chausses à bandes, comme 
-celles des suisses du Roy. rattachées avec 
irdes brides; des manches de satin de la 
« Chine, un pourpoint, etc." 

5 Chapelets. Le copiste appelle patenotles 
le bizarre ornement enroulé autour du cou 
de Vauquelin. Tallemant parle tout simple- 
ment (p. 343) dVune chaisne de paille à 
r son cou." 

6 Voir Tallemant. p. 34 a. 



I)K JEAN-LOUIS GUEZ l>K ItAI.Z w, 



v, 



cinq ans 1 ; c'esloit le Bouhail * I « ^ messer 1 Tibulle, <] ni dieoit à la figure 
de sa maistresse : 

Te leneam morieua déficiente menu '. 

Depuis quelque temps le messager d \ngoulesme part Ions les huit 
jours de Paris; mais la grosse teste ' oe Bçait rien et uc so veut enqué- 
rir de rien. Per Dio santol je n'en dis pas davantage; mais c'est un 
faquin qu'à la fin j'abandonneray, et qui ne tient plus à vostre amy 
que par vostre protection. 

J'ay leu une partie du livre que vous me promettez. En certains 
endroits il m'a donné du plaisir; en d'aultres il m'a fait peur, mais 
partout il m'a causé de l'admiration. Et hœc serio et ex animo libi dicta 
sunt. Vostre héros est donc bellandi fatidique potens, et l'ait honneur à 
nostre mestier. Peribit inter nos hoc arcanum ; mais je ne laisseray pas de 
gaudere in sitm, et de me glorifier d'estre vaincu par un prince, en un 
art qui m'a donné quelque gloire 5 , 

Si, pnestans Gapelane, velim tibi credulus esse. 

Je n'avois garde de vous rien mander de la lettre qui est à la suitte de 
la dissertation, ayant fait sçavoir, il y a desjà longtemps, à Rocolet, 



' Quelques-uns onl cru que celui que 
l'abbé deCbaulieu surnomma tria gloire de 
tr nostre aage et l'Épicure de son temps » 
ne se convertit jamais , Saint-Évremond et 
Vigneul-Marville, par exemple. Mais Huet 
a dit : <t 11 répara le scandale du sonnet li- 
treencieux qu'on a cité, lorsque, approchant 
«de la lin de sa vie, touché d'une sincère 
" pénitence, il en fit un autre plein de sen- 
rrtimens véritablement chrétiens et parlant 
rrd'un cœur humilié et contrit." Le premier 
sonnet est beaucoup plus connu que le se- 
cond : on le retrouve jusque dans l'article 
( non exempt d'erreurs) que M. Éd. de Manne 



a donné sur Vauquelin au tome \LV de la 
Nouvelle Biographie générale. 

* Le copiste , oubliant que Balzac s'amuse 
souvent à employer l'expression messer, a 
écrit mesler. 

3 Lib. I, Elegia prima, v. 60. 

' La grosse teste est l'infortuné Kocolet. 
Jamais imprimeur n'a été autant maudit par 
un auteur. 

s Quel pouvait être cet ouvrage alors 
manuscrit et resté probablement toujours 
manuscrit composé par le héros de Chape- 
lain? Le secret confié à Balzac n'a été que 
trop bien gardé. 



46 LETTRES 

que je ne désirois pas qu'au tiltre mesme de la dissertation 1 on niist 
le nom de Huygens 2 ny celuy de Heinsius 3 . Quand il aura violé en 
cela mes ordres, l'inconvénient ne sera pas grand, et nous remettrons 
à une aultre fois à effacer les noms odieux. 

Vous trouverez dans ce pacquet deux coppies de mon ancien remer- 
ciement à M. Guy et 4 , l'une pour vous, l'aultre pour nostre très-cher. 



' Dissertation sur une tragédie intitulée : 
Hebodes ixfa yTiciD.i . C'est . dans les OEuvres 
diverses, le septième discours, et, dans le 
tome 11 des Œuvres complètes, la troisième 
des Dissertations critiques (p. 53o). 

2 Le copiste a écrit Huggeus. La disserta- 
tion est adressée rA Monsieur Huygens de 
trZuyhchem, conseiller et secrétaire de Mon- 
seigneur le prince d'Orange.» Constantin 
Huygens. né en i5o,6, mort en 1687. fut 
à la fois célèbre comme littérateur et comme 
homme d'Etat. Il fut lié non-seulement avec 
Balzac, mais encore avec Descartes et avec 
Corneille. On a de lui une curieuse autobio- 
graphie : De vita propria sermones. Voir, 
avec un excellent article de Bayle (au mot 
Zuylichen) , une bien flatteuse lettre que lui 
écrivit Balzac, le 10 mars i63a (p. i5/). 
Pour d'autres lettres , voir pages ^7 9, 607, 
'487. etc. Nous signalerons encore une lettre 
du 9 juillet i64i, sur Huygens, à M' de 
Couvrelles (p. 5oi). On y voit que Huygens 
avait pris pour devise le mot constanter. 

* Heinsius (Daniel), dont M. Ernest 
Grégoire a très-bieu résumé la vie et indiqué 
les travaux dans la Nouvelle Biographie gé- 
nérale. Nous n'avons pas besoin de dire que 
son nom revient bien souvent dans les lettres 
de Balzac, par exemple page 219, où nous 
lisons, sous la date du 5 décembre 1 634 : 
*Je ne suis pas le seul qui vous regarde 
travée vénéra lion assis dans le throsne de 
irScaliger et donnant des loix à toute l'Eu- 



trrope civilisée... La lumière de vostre doc- 
trlrine esclaire plus d'un peuple et plus d'un 
npays.» Heinsius trouva les éloges de Bal- 
zac insuffisants. Celui-ci, dans une lettre à 
Chapelain du 2a août 1687, se plaint 
(p. 700) de l'injuste mécontentement du 
docte Hollandais, lui reproche son irhumeur 
rrsauvage,» mais ajoute pourtant : nJe le 
trtiens pour un des grands hommes des der- 
niers siècles, poëte, orateur, philosophe, 
rrcritique, etc.» N'oublions pas de citer une 
lettre latine de Heinsius à Balzac (p. 646 
du tome I des Œuvres complètes ). 

4 Sur François Guyet, né à Angers en 
1575, précepteur du futur cardinal de La 
Vallelte, prieur de Saint-Andrade (près de 
Bordeaux), mort à Paris le 12 avril iG55. 
voir Tallemant des Beaux. Huet, Moréri . 
Bayle. Charles Nodier (Mélanges tirés d'une 
petite bibliothèque, p. 38o). Voir aussi le 
Menagiana, où les vers latins de Guyet 
sont fort vantés (édition de 1715, t. I. 
p. 3i6; t. II, p. 287). La vie de Gnyel 
a été écrite en latin (i6Ô7,in-i2) par Port- 
ner, qui 1 appelle vir acutissimi ingenii. Bal- 
zac l'a souvent loué dans ses lettres, soit 
en lui écrivant directement (A Monsieur 
l'abbé Guyet, p. 669), soit en écrivant 
à ses amis (p. 346. 366). Il l'a aussi choisi 
pour sujet d'un petit poëme latin { tome H. 
seconde partie, page 4 h) : De hypercritico 
Galeso , ad .Egidium Menagium , ludus poeti- 
cus. 



DE IEAN-L0UI6 Gl B2 DE BALZAC. M 

Il y ;i des endroits remplis et des vers ajoustés qui, à mon ad vis, ae 
vous desplairont pas. Si je n'estais exlrêmemenl pressé par le courier, 
vous auriez encore une Silve *i uo je viens d'achever pour M'd'Avaux 1 . 
le la vous promets pour l'auitre ordinaire et demeure, Monsieur. ,de 
toute mon âme, vostre, etc. 

Je prendra y grand plaisir à l'aire iinpurement un volume de lettre- 
ml Pomponiutn Atticum, quand ce ne seroit que pour faire voir deux ou 
trois endroits où il est parlé de vostre ou de nostre héros, pour parlèl 
plus purement : 

Namque erit ille niihi semper Deus 2 . 

Je vous suplie de me mander de quelle grosseur sera la disserta- 
tion de M. Saumaise 3 . Je vous ay escrit au long par les deux derniers 
couriers. Aymez-moi bien tousjours, mon très-cher et très-aymahle 
Monsieur. Le redoutable Guyet s'est autrefois meslé de censurer Pé- 
trarque et Hetruscos et Romulidas. C'est pourquoy j'en dis mon petit mol 
dans le poème, et, s'il vous plaist, on mettra Galesus en la place de 
Guietus, etc. 



1 Dans la seconde partie du tome II des 
Œuvres complètes, on trouve (p. 6) une 
pièce de vers Ad illustrissimum comitem Clau- 
dtum Memmium, summum sacri œrarii prœ- 
fectum, Régis Christianissimi extraordina- 
rium in Germanium legatum. Cette pièce . 
dans les Œuvres diverses, suit le Discours" 
présenté à la Reyne régente. 

' Virg. Biicol. Ecloga i, v. 7. 

3 On voit combien Balzac se préoccupe 
du secours que Saumaise devait lui appor- 



ter par sa dissertation apologétique. Citons 
ici le Menagiana (t. I, p. 3 12) : nie priai 
rrM. Saumaise de prendre sa défense contre 
«ceux qui écrivoient contre lui. Il fut si con- 
jrtentde ce que je lui avois procuré un dé- 
fenseur d'une si haute réputation, qu'il 
«me dit un jour en me remerciant : Non 
nhomini, sed scienliœ deesl quod nescinit 
rrSalmasius. On ne peut rien dire de plus 
•r spirituel et en même temps de plus flat- 
« teur. -i 



48 



LETTRES 



XI. 

Du 9 novembre 1 663. 

béate lu, d'avoir passé quatre jours avec l'illustre Julie 1 ; et celuy 
qui s'escria autrefois, voyant la princesse de Sulmone, Ave, liegina 
eœlorum 2 , diroit bien aujourd'lmy à celle-cy : pluris est unus dies 
in atriis tuis 3 . Si vous ne vous souvenez du reste, demandez-le au 
paraphraste du Roy David, qui omnes ejus versiculos in numerato 
habet, et qui est encore plus souvent sur les bords du Jourdain 
que sur ceux de la Durance 4 . Mais pourquoy n'a-t-il point donné 
d'approbation au livre de nostre amy 5 , non plus que MM rs de Beau- 
vais et de Lizieux 6 ? Les Jésuittes en tirent grand avantage et me sont 
venus dire jusques icy que ces trois sages prélats n'ont point voulu 
approuver une doctrine creuse et mélancliolique. Il est bien vray que 



1 Julie-Lucie d'Angennes, marquise de 
Rambouillet et de Pisani, puis (i3 juillet 
1 64 5) duchesse de Montausier. Née en 1607, 
elle avait 38 ans quand elle épousa le futur 
gouverneur du dauphin. Voir Tallemant 
des Réaux, Voiture, Fléchier, et, de nos 
jours, Rœderer, Walckenaër, V. Cousin, 
Amédée Roux, Ch. Livet, etc. Déjà, le 
1" décembre i636, Balzac écrivait à Cha- 
pelain (p. 736): trLa princesse Julie est 
r admirable, et vous la chantez admirable- 
tfinent. Mais j'ay grand peur qu'elle sera 
n-cause que vous ferez une infidélité à la 
trPucelle d'Orléans, et que la vivante vous 
fffera oublier la morte. » 

' Tiré de l'antienne à la sainte Vierge , 
que l'on chante depuis complies du jour de 
la Purification jusqu'au jeudi saint exclu- 
sivement. 

1 Tiré du psaume lxxxiu, v. 10. 

' Godeau (Antoine), évêque de Grasse et 



de Vence. Sa Paraphrase des Psaumes de 
David, en versfrançois , parut à Paris , chez 
la veuve Camusat, en i648, ia-4°. Il en 
avait déjà paru plusieurs pièces détachées 
(Paris, Jean Camusat, i635, 1636,1637, 
i638, in-4°). L'ouvrage eut plusieurs édi- 
tions. Godeau, sur lequel on peut consulter 
Tallemant des Réaux , \eMenagiana, Moréri, 
Pellisson, Niceron, Cousin, M. l'abbé Tis- 
serand (A. Godeau, évêque de Grasse et de 
Vence, 1" partie, in-8", 1870), avait depuis 
longtemps les meilleures relations avec Bal- 
zac. Dès le 26 novembre i63i, Balzac 
adressait beaucoup d'affectueux compliments 
à ce cousin de Conrart (p. 263). Voir les 
autres lettres des pages 179 (10 mai i632), 
53a (12 avril i63g), etc. 

5 Antoine Arnauld. 

6 Augustin Potier de Blancménil et Phi- 
lippe Cospéan , dont il a été déjà parlé dans 
de précédentes lettres et de précédentes notes. 



DE JE IN l.nUIS GUE2 DE BALZAC. VJ 

j'ay remarqué en nostre apostre 1 une extrême aversion pour le pro- 
phète nouvellement décédé 1 el que plusieurs fois il m'en a parlé comme 
d'un animal puremenl Imaginatif et suject à la maladie de Bellero- 
plion'? Or est-il, Monsieur, (|iie tout le monde croit qu'il est le Dieu 
qui a Inspiré la Sibiileoule Socrate que Maton a débité, pour parler 
lousjours ' M 1 d'Espesses 5 , aed de perfectissimo opère alias, el de toute 
relie excellente famille, si fertile en capitaines, poêles, orateurs, 
théologiens, et cœtera 6 . 

Je vous rends mille grâces, Monsieur, de la continuation de vos 
soins, soit pour la correction de mon livre, soit pour la vraye 7 et 
agréable peinture que vous me faistes de nostre cour. M r l'Archevesque 
de Toulouse 8 pourroit bien estre historien suspect, s'il escrivoit la vie 
du cardinal mort, mais il est véritable de ce qui se passa chez celuy 
qui vit, et personne ne peut mieux sçavoir que luy une aventure qui 
arriva en sa présence. 



1 Balzac a souvent donné ce titre à Phi- 
lippe Cospéan. Mais il semble qu'ici l'ex- 
pression nostre aposlre se rapporte à 1 évoque 
de Grasse. 

5 Ce prophète était l'abbé de Saint-Gyran, 
qui venait de mourir quelques jours aupa- 
ravant (î î octobre). 

3 Le copiste a écrit Bellerophane , nom 
inconnu de toute l'antiquité. Balzac fait ici 
évidemment allusion à ces vers d'Homère 
{Iliade, chant VI) qui nous montrent Bel- 
lérophon devenu trodieux à tous les immor- 
•li'ls. errant seul dans les champs d'Alée, 
«dévorant son âme et fuyant les sentiers 
-fréquentés par les humains.» La maladie 
de Bellérophon était donc une sorte de 
mélancolie farouche. 

4 C'est-à-dire à la façon de M. d'Es- 
pesses. 

5 D'Espesses , appelé par le copiste 
d'Epesses, était Charles Faye , seigneur 
d'Espesses ou d'Espeisses, fils de l'illustre 



président et ambassadeur Jacques Faye, sei- 
gneur du même lieu. Voir, dans la seconde 
partie du tome II des Œuvres complètes 
(p. la), deux lettres de Balzac à M. d'Es- 
pesses, conseiller du Boy en son Conseil 
d Estât et privé, l'une du a6, l'autre du 
27 novembre 1 636. D'Espeisses tit eu l'hon- 
neur de l'Académie française des vers qui 
furent présentés à cette compagnie , le 
19 juin i634, par Cerisy et Desmarets. Voir 
principalement sur ce personnage les Histo- 
riettes de Tallemant des Beaux et les Lettres 
de Guy Patin. Ce dernier annonce sa mort 
le 5 mai 1 638 , et, à cette occasion, le pro- 
clame rrfort savant. » 

" Sur la famille Arnauld, depuis son ori- 
gine jusqu'en plein xvn' siècle , on trouvera 
les plus exacts et les plus intéressants dé- 
tails dtuis Port-Royal (t. I, p. 53 et. suiv.l. 

' Le copiste a mis vaine. 

8 Charles de Montchal. Voir la lettre VIII 
et les notes qui l'accompagnent. 



50 



LETTRES 



Vous trouverez dans ce pacquet la Silve que je vous promis par !<• 
dernier ordinaire, et j'ose me promettre que vous ne la trouverez p;is 
mauvaise. Elle demande la paix et l'extermination de la Maltôte, celte 
chère fille de feu Bullion l , et pire que la fatale Céléno, qui fait tant 
de ravages dans le troisième (livre) de l'Enéide 2 . 

Je viens de dicter un billet pour nostre incomparable M r Voiture, 
que vous me ferez la faveur de luy donner avec la Silve 3 . 

J'ay receu les despesches du petit il y a longtemps, mais je ne luy 
lis point de response, parce qu'il me mandoit qu'il partoit pour la cam- 
pagne; les trois mois expirent dans quinze jours. Je vous prie, Mon- 
sieur, qu'il ne perde pas un moment de temps, et, si vous jugez à 
propos de luy faire quelque nouvelle gratification pour l'avancement 
de l'affaire, ne me consultez point là dessus, car vous pouvez tout sans 
me consulter. 

J'attends ce soir le paquet que Rocolet a donné au messager d'Angou- 
lesme et j'ay grande impatience de voir les livres que vous m'envoyez. 
Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Je vous conjure, Monsieur, de faire sçavoir au vray si le dernier 
pacquet qui a esté porté au logis de Flotte, a esté envoyé à M r Mai- 
nard. Il m'estoit important et je serois fasché qu'il se fust perdu. 



1 Claude de Bullion, sieur de Bonelles. 
surintendant des finances en 1682, mort 
ie aa décembre 1660. Balzac ne l'a pas ca- 
lomnie'. Le cardinal de Bichelieu, dans un 
mémoire du 10 janvier i63g, publié par 
M. Avenel (Lettres, t. VI, p. 271-272). 
exprimait le vœu crue Bullion, qui était en 
quelque sorte son enfant gâté, fût un jour 
aussi opulent au ciel qu'il l'était en terre. Si 
l'on voulait d'autres témoignages contre 
BulKon, on n'aurait qu à consulter les flw» 



toriettes de ïallemant des Réaux [passim). 

2 Strophades Graio stant nomine dicta;. 

Insulœ Ionio in magno: quas dira Ceiœno. 
Harpyiaeque colunt aliae. etc. 

(V. 211 et seq.). 

! La Silve consacrée à glorifier Claude de 
Mesrnes, comte d'Àvaux, devait d'autant 
plus intéresser Voiture, que ce grand sei- 
gneur, après avoir été son condisciple, fui 
son protecteur et son ami. 



DE JEAN NOMS (il EZ DE liAI.Z \C 



51 



XII. 

1)11 1 .") IKIVl'IIlIlIC I li'l '.. 

Monsieur, J'a> receu dans an mesme pacquetle livre DelajréqttenU 
communion, un exemplaire de la Vieie Mamurrà el une tragicomédie 
de M r GoHetet 1 , accompagnée d'une de ses lettres en date du 3 ou A 
du mois passé, ce que je vous particularise de la sorte affin de me 
justifier auprès de ce cheramy, qui nfaccuseroit peut-estre de la faute 
de mon libraire, et auroit sujet de trouver estrange que j'eusse gardé 
si longtemps le beau présent qu'il m'a fait avec autant de secret que 
si je le luy eusse desrobé. Quand j'auray achevé une si agréable lec- 
ture, je lui en tesmoigncray mon sentiment et mon ressentiment 2 tout 
ensemble, affin de parler Lipse en françois, et cependant, Monsieur, si 
vous le voyez à l'Académie ou ailleurs, vous me ferez bien la faveur 
de l'assenrer de la continuation de mon service et de la parfaite estime 
que je fais de ce que j'ay desjà veu. 

Mais, au reste, que dites-vous de la fatale vecordie de Rocolet, à 
laquelle il a ajousté nouvellement je ne sçay quoy encore de plus 
mauvais, puisque plusieurs exemplaires distribués ont esté réduits à 
un seul et qu'ainsy il a fait ses largesses à mes despens de la chose 
du monde que je trouve la plus belle en son genre? En effet, Mon- 
sieur, Licinius imprimé me paroist encore plus honneste homme et 
plus agréablement sçavant que Licinius manuscrit, et toutes les satyres 



1 C'était Cyminde, tragi-comédie que Pel- 
lisson , dans sa liste par ordre chronolo- 
gique des oeuvres imprime'es de Guillaume 
Colletet, place entre un Recueil de poésies 
qui parut en i64a, et la traduction du latin 
de Scévole de Sainte-Marthe des Eloges des 
hommes illustres, qui parut en i644. 

3 On sait que ressentiment voulait dire 
alors, dans un sens très-favorahle , senti- 
ment renforcé, redoublé. Chapelain (Lettre 



à Mainard, écrite en août i6Sà,apml Lioel , 
t. I, p. 363) disait, quelques années aupa- 
ravant : trNous lûmes à l'Académie les 
« termes honorables avec lesquels vous pai- 
lliez d'elle, et fûmes ouïs avec ressentiment 
rrde tous, i Racine est le dernier de nos 
grands écrivains qui ait employé le mot 
ressentiment pour exprimer le souvenir re- 
connaissant des bienfaits. 



52 LETTRES 

des docteurs bataves n'approchent point du mérite de cette ingénieuse 
composition. Quand on la réimprimera, il faudra mettre avec elle la 
Métamorphose du perroquet 1 et prier cependant l'admirable autheur 
de ces belles choses d'exercer son urbanité 2 sur quelque aultre ma- 
tière qu'il choisira, ou que vous choisirez tous deux ensemble. 

Je croyois M r de Saumaise en Hollande il y a longtemps, me fon- 
dant sur les termes exprès de vos lettres, qui ne me parloient que de 
huit à dix jours pour le plus qu'il devoit séjourner à Paris; et. par 
conséquent, je remettois mon compliment après la publication de la 
diatribe, affin qu'il fust plus juste et plus régulier. Néanmoins, puis- 
que vous jugez à propos que je le datte du mois d'octobre, et que 
vous me permettez de le faire court, vous le trouverez dans ce pac- 
quet et le donnerez à nostre excellent ami pour le commenter à sa 
façon. 

Par le dernier ordinaire je vous envoyai un Protreptique 3 à 
\I r d'Avaux. Depuis, l'ayant retouché, comme vous verrez par plusieurs 
notables changemens, je vous prie, Monsieur, que les deux premières 
copies soient jettées au feu et qu'une de celles que je vous envoyé 
aille en Allemagne avec le passeport de M. Voiture, si hoc qualecunqitr 
est , possit A Diva Pigritia impetrari. 

Vous m'avez fait très-grand plaisir d'estimer mon Elégie et de 



1 C'est-à-dire la Métamorphose du pédant 
parasite en perroquet, Gargilii Macronis 
parasito-sophistœ Melamorphosis. Ce petit 
poëme latin parut à la tin de i6/i3 (in-4°), 
pour reparaître en i65a et en 1715. 

a M. V. Cousin (note delà page 1 2 3 de la 
Jeunesse de Madame de Longueville) prétend 
que le mot urbanité est de Balzac. Le Dic- 
tionnaire de Trévoux , dans une petite disser- 
tation sur ce mot, assure, au contraire, que 
Balzac, loin de l'avoir créé, le tolérait à 
peine : « Balzac disait que nous nous y 
n accoutumerions lorsque l'usage aurait mûri 
* parmi nous un mot de si mauvais goût, 



têt corrigé l'amertume qui s'y trouve. Mé- 
irnage, qui le protégeait, avouait qu'il en 
rr faut user sobrement . . . n 

3 Je ne trouve ce mot dans aucun dic- 
tionnaire. Balzac aurait-il été le premier à 
franciser le mot Protrepticus? Voir la défini- 
tion du poëme qui, chez les anciens, por- 
tait ce nom , dans la Poétique de Jules-César 
Scaliger (liv. III, chap. io5). Il y avait un 
Protrepticus dans Ennius (voir Patin , Etudes 
sur la poésie latine, t. II, p. 78). Le Pro- 
treptique d'Avaux est la pièce déjà indiquée 
dans une note de la lettre 10. 



DE JEAN-LOUIS GUM DE BALZAC. 

l'estimer sérieusement el eu ter s efficaces, ainsy que vous avez 

fait, "'l ;iins\ que fonl ceux qui sonl persuadés de ce qu'ils disent, 
tares cela, je disputera) le rang au Romain Callimaclms, cYsi le nom 
que Properce lui-mesme se donne '; ei, si ce malheureux proverbe de 
Una hirundo non facit m-'- ue rabbatoil ma vanité, elle me porteroil 
au dessus d'Ovide, que j'estime le roy de l'Elégie, ih'h déplaise au 
tyran Guyel qui aultrefois luy a voulu tant de mal 3 . 

Si vous ne laites une terrible réprimande à Rocolel, je fera y quelque 
clnise de pis, et il me sera plus qu'ethnique et publicain, tant j'ay 
sujet de me plaindre de ses continuelles bévues et de son insuppor- 
table négligence. Où en serois-je maintenant, Monsieur, si j'avois fait 
estât asseuré de présenter mon livre à la Heine immédiatement après 
la S 1 Martin? 

Si le père Hercule est de retour à Paris, mandez le-moy allin que 
je luy escrive, c'est à dire que je lace une mauvaise response à une 
très-bonne lettre que j'ay receue de luy 4 . C'est le vray Hercule Musa- 



1 LU nostris tumefacta superbiat l'mbria libris, 
Umbria Romani p.itria Callimachi. 

(Lib. IV, Carmen I : Roi.-.a, v. 63, 64.) - 

2 Ce gracieux proverbe e'tait venu de la 
Grèce en Italie : il est déjà cité par Arislote. 
Ronsard a dit : 

Le printemps ne se l'ait d'une seule arondelle. 

3 Les trois poètes favoris de Guyet étaient 
Térence, Horace et Virgile (lettre de Balzac 
du 38 octobre iG44, p. 669). Ménage 
possédait les corrections de Guyet sur 
Ovide. ( Voir ce qu'en dil le Menagiana, L III . 
p. tht.) 

* Hercule Audifîret. supérieur général de 
la congrégation de la Doctrine chrétienne , 
né à Carpentras en i6o3, mort à Paris 
en 1659. Il fut oncle et maître de Fléchier. 
l'évêque de Nîmes. Voir sur le P. Her- 
cule, qui passait pour un des meilleurs 
orateurs de son temps , les Mémoires de 



Trévoux de novembre 1711, {'Histoire de 
Fléchier, far l'abbé Delacroix (i865, p. 5 
et 9), etc. Balzac était en correspondance 
avec le R. P. Hercule. Le 1 5 décembre 1 643, 
il lui écrivait (p.5i5): « Pourmoy.je révère 
-rà tel poinct vostre vertu, que, s'il mestoit 
« permis, je jurerois volontiers par Hercule. 
fret dirois me Hercule, aussi bien que le car- 
«dinal Bembe et que le cardinal Sadolet.i 
Le 1 k juillet i646, il lui écrivait bien sa- 
gement (p. 566) : «Sortons du langage 
rr figuré, de peur de tomber dans le galima- 
tias, qui luy est si proche." Dans une. 
lettre à Conrart du a septembre 1600, Bal- 
zac disait (p. 885) : «Mille baise-mains de 
tema part à nostre tout bon et tout sage 
••Père Hercule. Dites-luy, s'il vous plaist. 
ir Monsieur, que j'ay grande confiance en ses 
«prières, et que je le conjure de se souvenir 
«de moy à l'autel.» 



5/i LETTRES 

gète 1 , et vous sçavez ce qu'en dit Eumenius en sa harangue pro iitsiou- 
ralione scholarum -. 

Noslre volume de lettres, ainsy lardé de latin, aura plus de con- 
formité avec celuy de Gicéron, qui n'est guères moins lardé de grec, 
et la bigarrure n'en sera pas désagréable à ceux qui auront connois- 
sance des deux langues. 

Je viens de lire dans une lettre ces mots : rtLe Cardinal Mazarin 
«est devenu pasle et resveur estrangement et ne parle presque plus. n 
J'attends là dessus un mot d'advis et vous supplie de me mander s'il 
ne songe pointa la retraite 3 et si je ne perdrois point une vingtaine 
de lignes que je désirerois dire de luy. 

Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc. 

H n'y a pas moyen d'obtenir une demy heure du courrier qui va 
partir, et mon copiste, qui s'est amusé ailleurs, en auroit besoing 
pour escrire la lettre que je pensois vous envoyer. Ce sera pour le 
premier ordinaire, celuy, Monsieur, qui part dans trois jours d'icy et 
qui arrive le mercredy à Paris. Je vous envoyeray par la mesme voye 
d'aultres copies de mon dernier poëme, car ces deux ne me semblent 
pas assez bien escrites. Que je sçache, je vous suplie, si mon dernier 
pacquet à M. Mainard luy a esté envoyé. 



' Il est inutile de rappeler ici la lé- 
gende qui attribuait à Hercule, le grand 
civilisateur, l'introduction des lettres, et 
qui lui avait valu l'honneur de partager 
avec Apollon le titre de conducteur des 
Muses. 

2 Panegyrici veleres opéra cl studio Beau 
Rhénan! (Bâle, i520, in-6°, p. ago). Voir, 
sur le rhéteur gaulois et sur sa harangue 
en faveur du rétablissement du collège 
d'Autan, prononcée en 296 ou 298, Y His- 
toire littéraire de la France par les religieux 
bénédictins de la congrégation de Saint- 
Maur (t. I, seconde partie, p. 66-/19). 
l'Histoire littéraire de la France avant Cltar- 



lemagne, par M. J. .1. Ampère (2° édition, 
t. I, p. 2o3-2oi), etc. 

3 Chapelain , s'il était bien informé, dut 
répondre à Balzac que Mazarin. encore 
plus amoureux du pouvoir que d'Anne d'Au- 
Iriche, ne songeait nullement à la retraite. 
Les événements du mois de septembre pré- 
cédent (emprisonnement du duc de Beau- 
fort à Vincennes , éloigiiement du duc de 
Vendôme, du duc de Mercœur, de l'évêque 
de Beauvais, de l'incorrigible duchesse de 
Chevreuse, etc.) avaient, à l'intérieur, non 
moins consolidé la position du cardinal-mi- 
nistre que ne l'avaient fait, à l'extérieur, 
les brillantes victoires du duc d'Enghien. 



DE JEAN LOI is GUEZ DE BALZ \< 



55 



XIII. 

Du i () novembre îii'i.'f. 

Monsieur, je vous escrivis au long il y a trois jours et vous envoyé 
aujourd'hui le complimenl qui ne put pas estre copié à temps. J'a) 
quelque opinion que vous ne le trouverez pas mauvais. H est, ce me 
semble de ma plus belle manière; et, s'il y a de la galanterie m regione 
Pedana 1 , peut estre que U> smiiiiiuiii rmon jiuliciinn . . . mais j'en ay trop 
ilii , cl c'est de vous., Monsieur, de qui je dois apprendre ce qui en est. 

Que le livre de M* ArnaUld est un sçavant, sage et éloquent livre! 
Il me paroist si solide, et si fort de tous costés, que je ne pense pas 
que tout ce qu'il y a de machines dans l'arscnac 2 de la Société en 
puisse esgratigner une ligne. Je dis davantage, il donneroit de la 
jalousie au Cardinal du Perron ressuscité 3 , si la gloire de l'Eglise ne 
lui estoil plus chère que la sienne propre. J'en parle de celte sorte à 
nos bons amys les Révérends Pères; et, quoy que j'aye plus besoin 
qu'homme du monde de douceur et d'indulgence, en cette occasion. 
je suis pour celuy qui me menasse de la foudre, contre ceux qui ne 
me promettent que de la rosée 4 . Obligez-moi, Monsieur, de luy rendre 



1 In regione Pedana. C'est là que Mardis 
Licinius fait naître son Mamurra (p. 69 du 
tome I du Recueil de Sallengre). 

8 M. Littré a cité, dans le Diclionnu'm: 
de la langue française, quelques lignes de 
Ménage très-favorables à la forme arsenac. 
Ménage invoque précisément l'autorité de 
Balzac . qui a toujours écrit arsenac comme 
l'avaient fait Rabelais et Clément Marot. Au 
contraire, Amyot, Mainard , Vaugelas, ont 
préféré la leçon arsenal, qui fut définitive- 
ment adoptée après que Pascal s en fut servi 
dans les Provinciales. 

Rnlzac avait la plus haute estime pour 
le talent du cardinal Du Perron. Dix fois, 



dans ses œuvres . il a rendu à ce prélat un 
hommage des plus flatteurs. C'est ainsi qu'à 
la page i35 du tome 1 il l'appelle «ce 
tf grand cardinal, qui a triomphé de tous 
cries esprits du monde. . . s C'est ainsi en- 
core que, dans les Dissertations critiques 
t. H, p. 629), il célèbre son entraînante 
éloquence et cite , un des premiers , ce mot 
si souvent répété du pape Paul V : r-Dieu 
ti veuille inspirer l'homme que je voy, car il 
«est a'sseuré de nous persuader ce qu'il luy 
rrplaira.3 Ralzac, comme il le rappelle avec 
fierté (p. 388 du tome I), avait, dans sa 
jeunesse , connu le cardinal Du Perron. 
4 II me semble que les terribles ana- 



56 



LETTIiES 



mille très-humbles remerciemens de ma part de l'honneur qu'il m'a 
fait de me juger digne d'un de ses présents. 

Je vous escris d'une main gelée et avec une très-mauvaise plume, 
pei' quam non licet uherius progredi. 

Je suis, Monsieur, etc. 

Je seray bien aise que M r Bourbon voye la Silve que j'envoye à 
M r d'Avaux, son ancien disciple. Il seroit bon aussy que M r le prési- 
dent Le Bailleul 1 en heust 2 une coppie, et qu'elle luy fut présentée 
par une main agréable. Je vous conjure, Monsieur, de vouloir cher- 
cher cette main. 



XIV. 

Du a3 novembre i6A3. 

Monsieur, Vous estes certes bien agréable dans vostre premier 
article, quoy que vous luy ayez dit des injures, après l'avoir fait : et 
ce libraire massif, sou Parménion 3 , les lettres couvées et grassouil- 
lettes, 

Quaeque satis per se pinguem redolere Minervam 
Nostra soient, nullo quamvis fœdante profano. 

m'ont plu extraordinairement. J'ay conclu pourtant de cet article que 



thèmes du jansénisme et que les complai- 
sances infinies de certains casuistes de la 
compagnie de Jésus ne pouvaient guère être 
plus heureusement caractérisés. M. Sainte- 
Beuve, citant ce passage (depuis : Que le 
livre de M. Arnauld est un savant, sage et 
éloquent /(We/^d'aprèsTouvrageduP. Ques- 
nel , que j'ai mentionné dans une note de 
Y Avertissement, dit trop malicieusement(Port- 
Royal, t. II, p. 68) : rrÔ Antithèse, ô 
Trope, que me veux-tu ?» 

1 Nicolas Bailleul ou Le Bailleul, succes- 
sivement conseiller au Parlement, maître 



des requêtes, ambassadeur en Savoie, prési- 
dent au grand Conseil, lieutenant civil de 
Paris, prévôt des marchands, président ;i 
mortier au Parlement , chancelier de la reine , 
enfin (î 643) surintendant des finances. 
Il mourut en i65a. Voir, sur ce personnage, 
les Historiettes de Tallemant des Réaux , les 
Mémoires du cardinal de Retz, ceux de 
M°" de MotteviUe, ceux de Montglat, les 
Lettres d'Arnauld d'Andilly, etc. 

s Le copiste a écrit veust. 

3 Le copiste a écrit Parmenon. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 57 

vous recevez mes pacquets quand on vous les porte, mais que vous 
m- les envoyés jamais quérir : et moy, Monsieur, je vous apprensque 
j'irois au devant «les vostres jusqu'à Poitiers et courroie après >'ux jus- 
qu'à Bourdeaux , si je ne les pouvois avoir aultrement. Vous el moj 
avons rayson, el n'en parlons plus. 

Je \icns à vostre second article, dans lequel m'es! apparu encore 
très-agréablement le spectre voisin de la Charité : 

Seu Fatums, dubii scions futuri 
Barbatos, Capripesque, Cornigerqne, 
Seu malit pater Incubus vocari; 

Illcsenex ', olidos vinccns prurilibus hircos, 
Lampsacio 2 haud multum castior illc Deo. 

Que je sçache, s'il vous plaist, si la nymphe de ce faune est jeune ou 
vieille 3 , et si, après le sousris dont vous me parlez, la Reine n'envoya 
point chez luy, pour l'exorciser, une légion de Missionnaires, voire 
mesme leur grand patriarche, M r Vincent, conseiller de conscience de 
Sa Majesté". Ce bon homme est un des restes de la Cour paillarde, et 
un des nourissons de M r Des Portes, de la religion duquel il est dit 
dans le Catholicon : tcAussy athée (pie le poète de l'Amirauté 5 , n 

Vous m'avez régalé d'un présent inestimable; je parle du poème de 
M r Ferramus 6 , que j'ay desjà leu une douzaine de fois ettousjours avec 



1 Nicolas Vauquelin de La Fresnaie, 
alors âgé de soixante-quinze ans. 
3 Le copiste a écrit : Lampkàrio. 

3 Celte nymphe était-elle la Du Puis, 
joueuse de harpe, que Vauquelin aima jus- 
qu'à son dernier jour? ( Voir Tallemant , déjà 
cité.) 

4 Saint Vincent de Paul , qui institua , en 
î Ga5, la communauté des prêtres de la Mis- 
sion, et qui, après avoir assisté Louis XIII 
dans ses derniers moments, avait été nommé 
par la reine régente membre du conseil de 
conscience pour la direction des affaires 
ecclésiastiques. Voir l'excellent livre de 



M. l'abbé Maynard (Saint Vincent de Paul, 
sa vie, son temps, ses œuvres, son influence . 
h vol. in-8°, 1860). 

5 (tAthéiste et ingrat comme le poëte de 
« l'Admirante. s (Satyre Ménippée, p. 9, édi- 
tion de Ch. Labitte.) Sur les sentiments peu 
religieux de Desportes , voir encore la notice 
de M. Alf. Michiels déjà citée , p. lx, lxi. On 
a une bien louangeuse élégie de N. Vauque- 
lin sur les œuvres de M. Desportes (p. 5-g 
de l'édition de M. Michiels). 

8 Charles Feramus , dont le nom manque 
à tous nos dictionnaires biographiques , 
était un avocat au Parlement de Paris qui 

S 



58 LETTRES 

un nouveau plaisir. Produobus versiculis, multa cum laude et dignilate 
nominis meiadditis UU heroum pari, quibus verbis grattas agent, non reperio : 
ita me plus Mi debere scntio quam qund declarare scrmone ullo possim : tu 
qui omnem dicrndi artcm mirabiliter tenes, promitto, si me amas, de tua 
Ma uberrima suavisstmaque facundia, aliquod genus verborum . ad liane 
rem idoneum, eique pro me gratias quam potes maœimas et quam am- 
plissinuis agito. Quod si etiam alterum ejus poema brevi ad nos miseris. 
tibi omnia secundum iïïum debebo. 

Sans avoir veu la Harangue de uostre Prince, gouverneur de Nor- 
mandie 1 , j'en fais bien plus d'estat que de celle du Mareschal gouver- 
neur de Languedoc 2 , quoy que je ne pense point qu'il faille accuser 
ce dernier de toutes les belles similitudes qu'il a récitées; la récitation 
estant, à mon advis, la seule part qu'il ait eue en sa harangue. 

Je vous ay escrit par les deux ordinaires de la semaine passée . et 
vous ay envoyé parle dernier mon compliment pour M r Saumaise. Ce 
compliment, et les louanges que je luy donne dans mon discours de 



mourut vers 1 653 ou i654. (Mémoires de 
l'abbé de Marolles, t. I, p. 36a.) D naquit 
à Boulogne-sur-Mer. Outre la pièce : Ma- 
crini parasita- grammalici Hf^pa (ou la 
Journée de Montmaur), on a de lui une 
élégie latine sur la mort de Pierre Dupuy 
l'.uis, i65a, in-i°), une épigramme la- 
tine sur les Origines françaises de Mé- 
nage, etc. Ménage, dans ces mêmes Ori- 
gines, a cité (aux mots Alian et Flegard) les 
commentaires inédits de Feramus sur la 
coût mue du Boulonnois. Voir encore de 
Ménage la 18 e et la 34' de ses épigrammes 
dans l'édition de Wetstein. Parmi les lettres 
latines de Roland Desmarets, frère de Saint- 
Sorlin, il y en a une à Feramus, où il loue 
beaucoup le talent de cet avocat pour la 
poésie, m quo génère excellis, dit-il. Sal- 
lengre, à qui j'emprunte la plupart de ces 
i. nseignements (Histoire de Pierre de Mont- 



maur, 1. 1 , p. vr), rappelle encore ce mot de 
Bayle, que Feramus fut un de ceux qui 
écrivirent le plus malignement contre l'in- 
fortuné pédant. J'ajouterai que La Mothe-le- 
Vayer , dans sa XCVII" Lettre, met Feramus 
au nombre des amis auxquels il a eu la 
douleur de survivre. 

' Le duc de Longueville. 

2 Charles de Schomberg, duc de Halluin . 
pair et maréchal de France. Le discours 
qu'il prononça le ai octobre i663, à l'ou- 
verture des états du Languedoc, se trouve 
dans la Gazette de France de ladite année, 
p. 1005-1009. Il est souvent question du 
maréchal de Schomberg dans les lettres de 
Balzac (p. 100. 102, 8i5, etc. 1. Mais il 
s'agit là du père de Charles de Schomberg. 
Henri, qui mourut à Bordeaux le 17 no- 
vembre i63a. 



DE JEAN-LOUIS (iHKZ DE B HZ IC. 59 

l'Urbanité el dans mon second poèmeà M' Mainard, mériteroient bien 
an peu * I ** reconnaissance dans sa Diatribe, qui pouroil estre mise à la 
lin el bien à propos. Non pas, Monsieur, que je m- sois sou jusqu'à l;i 
gorge «If cette viande gnatonienne ' el que je me soucie de ses 

louanges, mais quelques uns s'en soucient pour moy, cl Irniivcnl 

estrange que mon ennemy m'eust traité de vir disertiasimus, el <|uo 
mon défenseur n'ose pas se hasarder jusques là. De dire là dessus 
que c'est beaucoup de me deffendre, entre nous. Monsieur, je ne le 
crû] pas, el nie persuade que mon opinion se soustient toute seule et 
d'elle mesme, sans l'assistance de mon amy, lequel mesme a pris de 
I exl rait d'une de mes lettres que vous luy envoyastes le vray moyen de 
renverser toutes les objections de Heinsius. Si cette période que quel- 
ques uns demandent est ajouslée à la Diatribe, ces quelques uns seront 
contens; et quand cela ne seroit pas, je ne laisseray pas de demeurer 
extrêmement satisfait. 

Les trois mois sont expirés, velle aurem Bonarido 2 , et je voudrais 
bien qu'il eust. déjà mis entre vos mains ce que luy doit l'infidèle 
publicain. Puisque le massif 3 m'a escroqué mes vies de Mamurra, j'aj 
recours à la libéralité de nostre très-cher. 

Je suis, Monsieur, voslre, etc. 



XV. 

Du 3o novembre i643. 

Monsieur, Ce que vous m'escrivez de la très-parfaite personne 4 
m'oste l'espérance de faire jamais son Eloge; je ne puis plus que le 

1 Allusion à un personnage qui fut le primeurs, conseille à Chapelain, en riant, do 
type du parasite dans l'antiquité, à ce pincer l'oreille de Bonair, son chargé d'af- 
Gnathon le Sicilien dont l'excessive glou- ftiires. Sur l'adage aurem vellere, voir l'édi- 
tonnerie a été signalée par Plutarque en son tion déjà citée du livre d'Erasme, col. 22a. 
traité : S'il est vrai qu'il faille mener une vie 3 Rocolet, ainsi surnommé par Chape- 
cachée. lain, comme on l'a vu au commencement 

2 Balzac, impatient du retard des tré- de cette même lettre, 
soriers non moins que du retard des im- * Le duc de Longueville. 



GO LETTRES 

copier ou le paraphraser, ou le commenter, et en ce cas là Dieu veuille 
qu'Eustathius soit digne d'Homère l . Vous estes au lieu où se trouvent 
los très-parfaites personnes, et que je serois heureux d'estre cet 
Àubret(?) 2 aussy bien que vous très-humble et très-dévot auditeur de ce 
jeune Cbrisostoma 3 , de quo in hac etiam soliludine mira nobis narranlur : 
designatum Parisiensium prœstdem facile intelliges. Mais mon exil ne doibt 
point finir : je n'enteudray jamais que braire des asnes, et in œtermm 
ad bestias damnati sumus 4 . 

J'ay fait tout ce que vous m'avez ordonné par vos dernières 
depesches, et vous envoyé aujourd'huy pour M r Ferramus ma Sylve 
changée pour la cinquantiesme fois. J'ay achevé mon discours à la 
Reine et suis aussy las que si j'avois ramé quinze jours. Mais il me 
reste encore un aultre discours à faire, et vous aurez l'un et l'aultre 
au premier jour. 

Le petit m'a escril, et je vous prie de luy faire tenir ma response. 
Je voudrois bien que l'argent fut en seureté, et vous sçavez que mullo 
cadunt mter calicem* et ce qui s'ensuit. J'ay failly à rendre l'âme la nuit 



1 Encore ce sacrilège rapprochement 
entre l'auteur de Y Iliade et l'auteur de la 
Pucelle ! Personne n'ignore que l'archevêque 
de Thessalonique , Eustathe , nous a laissé 
un Commentaire sur l'Iliade et l'Odyssée, 
qui est d'une inappréciable valeur. 

s Je ne trouve nulle part la moindre 
trace de l'existence de cet Aubret, et je me 
demande si le copiste n'a pas mis Aubret 
pour Abbé. Alors tout s'expliquerait à mer- 
veille. L'abbé serait Gilles Ménage , qui 
avait déjà pris la soutane sans entrer dans 
les ordres, et qui était communément ap- 
pelé l'abbé Ménage. 

3 Le futur cardinal de Retz, qui allait 
élre sacré quelques jours après (3i jan- 
vier i66i) archevêque de Corinthe in 
partilms. Ralzac lui écrivait, le 1" dé- 
cembre i64A (p. 509) : <rVous traitez des 



rr choses divines avec toute la force et toute 
« la dignité dont est capable l'éloquence hu- 
re maine.» Dans le Socrate chrétien (t. II, 
p. 271), on trouve un grand éloge de 
l'éloquence de ir l'abbé deRaiz» à côté d'un 
grand éloge de l'éloquence de saint Jean 
Chrysostome. Chapelain avait recommandé 
Ménage à Paul de Gondi, qui ne larda pas 
à l'attacher à sa maison et à le combler de 
faveurs. ( Voir Mémoires pour servir à la rie 
de M. Ménage, en tête du Menagiana.) 

4 Allusion au terrible mot que pronon- 
çait la Rome de Néron contre les martyrs : 
Les chrétiens aux bêles! Combien de fois la 
spirituelle plaisanterie de Balzac a été re- 
nouvelée! 

5 Multa cadunt inter calicem snpreinaque 
labra. C'esl notre proverbe : Il y a loin de la 
coupe aux lèvres. 



M; JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 61 

passée, tanl ma toux .1 esté pressante el impétueuse. Encore à celle 
heure elle me tourmente H m'empesche d'aller jusqu'au boul il«' mon 
papier. le vous demande la continuation de mon bonheur, c'est à dire 
de vos bonnes grâces, ef mus. plus que personne du monde, Monsieur, 
vostre, etc. 



XVI. 

Du ib décembre 1 663. 

Monsieur, Je ne vous escrivis point par le dernier ordinaire, el 
aujourd'hui je fais un effort en vous escrivant. La fascheuse chose 
que le rheume et i'estrange chose tout ensemble dans un corps aride 
comme le mien! Je brusle et me noyé en mesme temps; et comment 
est-ce qu'il peut sortir des torrens de pituite de cet homme de brésil 
ou de pierre ponce ' ? Mais un second mal s'est venu joindre au pre- 
mier, et la cholique m'a deschiré les entrailles quatre jours durant. 
Voulez-vous que je vous die une chose que peut estre vous ne sçavez 
pas, et que j'explique la fable au plus grand poète de nostre temps? 
Promethée et Tityus avoient la cholique sans doute, et la cholique est 
ce vautour ou cet aigle 

Immortale jecur tundens , fœcundaque pœnis 
Viscera 2 . . . 

Vous me faites tort, Monsieur, si vous vous imaginez que je sois 
affamé d'éloges et de magnifiques superlatifs. Le disertissime Balzac se 
passera fort aisément de la célébration du doctissime Saumaise. Je ne 
fais le fin avec personne, et moins avec vous qu'avec tout aultre. Un 
amy qui vit sur ma table le commencement et la fin de la Diatribe me 

1 Nous lisons dans le Dictionnaire de sec, en effet, que le bois rouge propre à la 

Trévoux : trOn dit proverbialement, d'une teinture que l'on appelle brésil; quoi de 

"•chose très-sèche et qui brûle aise'rnent, plus sec, si ce n'est la pierre ponce? 
^qu'elle est sèche comme du brésil, qu'elle s Virgii.. Mneid. VI. 598-099. 

éprend feu comme brésil. » Quoi de plus 



62 LETTRES 

dist ce que je vous escrivis à l'heure raesme, à quoy depuis je o'aj 
pas songé. Ou je ne ra'entens point en odes, ou celle qui vous esl 
adressée est très-belle. \ ous m'avez extrêmement obligé de m'en faire 
part; et tandem aliquando il fault que les poètes changent de matière; 
celle de Montmaur est un peu trop rebatue et je commence à m'en 
ennuyer. 

Ce poète de 1er (Ferramum inlelligo) est digne du siècle d'or d'Au- 
guste et fait mieux des vers que la plupart de ceux qui ont la grande 
réputation de les faire bien. Je suis fasché de ce qu'il a mis Dousa 1 au 
nombre des grands personnages du siècle passé, ayant à choisir parmi 
les Turnèbes, les Cujas, les Lipses et les Muret. Dousa estoit bon 
homme, brave homme et gentilhomme de bonne maison, mais au reste 
très-misérable poète et grammairien à la douzaine. Mais que veut dire 
le docteur Palatin de son orateur Mareschal de France? Pense-t-il 
luy faire beaucoup d'honneur de croire qu'il soit autheur de la 
harangue imprimée dans la Gazette? Je connois, il y a longtemps et 
assez particulièrement, ledit orateur; mais, sur ma parolle, croyez 
que sa sœur 2 est beaucoup plus habile et plus judicieuse que luy 3 . 
La bataille de Leucate 4 et quelques aultres [avantures précé- 



' Jean Douza, seigneur de Norwik, qui 
fut gouverneur de la ville de Leyde (157a) 
et premier orateur de l'université de cette 
ville (i575), mort de la peste le 12 oc- 
tobre iGoi. Quelques auteurs, trop indul- 
gents, l'ont surnommé le Varron de Hol- 
lande. Ses vers latins ont été imprimés, 
en i586 (Leyde, in-6°), avec ceux de son 
iils ,~dont le talent et la mort furent égale- 
ment prématurés. 

1 Jeanne de Schomberg, mariée d'abord 
avec François de Cossé, comte de Brissac, 
remariée avec Roger du Plessis-Liancourl, 
duc de la Rocheguyou , marquis de Liancourt 
et de Guercheville , morte le 1 4 juin îôai. 
L'abbé Boileau (de l'Agenais) fit imprimer, 
en 1698, un excellent petit livre composé 



par M"' de Liancourt , sous ce titre : Règle- 
ment donné par une dame de haute qualité à 
M m '... sa belle-fille. Voir, sur M mc de Lian- 
court, une note de M. P. Paris (p. 5 du t. III 
des Historiettes), une note de ML Marty- 
Laveaux (p. i34 du tome I des Œuvres com- 
plètes de Corneille, dans la collection des 
Grands écrivains de la France), etc. 

s Tallemant des Réaux affirme cependant 
(p. 5fl du tome III) que Cbarles de Schom- 
berg avait bien de l'esprit et qu'il écrivait 
bien. Eu revanche, M. Cousin (Madame de 
Hauteforl, 3 e édit. p. io5. 106) ne dit 
rien de l'esprit du mari de son héroïne. 

4 La victoire gagnée par Charles de 
Schomberg sur les Espagnols , près de Leu- 
cate en Roussillon, le 28 septembre 1687, 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 

dentée]' l'ont ressuscité , car je l'a) veu mor! civilement, el Eau M 1 de 
Blainville*, qui n'eetou" pas sot, comme vous sçavez, m'ayanl on jour 
trouvé avec luy, faillit à me battre, et me lii une grosse réprimande 
sur le subie! de ma bonne renommée, comme si ce commerce m'eus! 
déshonnoré 8 . 

J'ay receu jusqu'à la trente-huitiesme feuille de mon livre; maiBJe 
ll'a\ ])ii encore les lire, et ne leur ay donné que quelques légères 
œillades. Je suis tombé sur l'endroit de l'esponge et du rasoir au dis- 
cours du charactère de la Comédie, et ne l'ay pas trouvé changé selon 
la correction que je vousavois envoyée, (le sera pour les cartons qu'il 
faudra refaire quand tout sera imprimé, et, ce pendant, Monsieur, je 
vous demande la continuation de vos soins el de vos bontés, ut te et 
mr prodeat (ligna editio. J'oubliois à vous dire que j'ay esté bien surpris 
de ne point trouver le nom de Monsieur Ménage au lieu où je pensois 



lui valut le bâton de maréchal de France. 
( Voir, sur la victoire et le vainqueur, Dora 
Vaissète, Histoire générale de Languedoc, 
i \. p. 610-616). 

' Parmi ces aventures précédentes, on 
peu) placer, entre les années 1622 eti63a , 
le siège de Sommière. où Schomberg lut 
blessé, l'attaque du Pas de Suze, la prise 
de Privas , le combat de Rouvroi , où Schom- 
berg fut encore blessé. Balzac n'aurait été 
que juste en parlant des aventures qui sui- 
\ irait la victoire de Leucate, le combat de 
Canet et de Sijanen i63g, la levée du siège 
d'Iihes, en i64o, la prise des villes de 
Perpignan et de Salces, en i64a , etc. Bos- 
suet a magnifiquement loué le maréchal de 
Schomberg dans l'épitre dédicatoire de son 
premier ouvrage : La Réfutation du catéchisme 
du .sieur Paul Ferry (Metz, i655, in-4°). 
On peut rapprocher de ces belles pages re- 
produites par M. Cousin (M™* deHaulefort, 
Appendice, Note huitième : Relations de Ros- 
met arec le duc et la duchesse de Schomberg, 



à Met: et à Paris), les vers dans lesquels 
Loret, payant sa dette de reconnaissance, 
célébra le sauveur de Leucate et le preneur 
de Tortose (Gazette du 10 juin i656). 

2 Jean de Varigniez, seigneur de Blain- 
ville, conseiller d'Etal, ambassadeur en An- 
gleterre (i6a5), mort à Issy, près de Paris, 
le 26 février 1628. M. Bazin (Histoire de 
France sous Louis XIII , t. II, p. g5) rap- 
pelle qu'en 1628 Louis \III donna à Saint- 
Simon -la charge de premier gentilhomme 
«•de la chambre, vacante par la mort d'un 
t habile négociateur, le sieur de Blainville. » 
Sur Blainville en Angleterre, voir les Mé- 
moires du cardinal de Richelieu (collection 
Pelitot, t. XXII, p. 5oo, 5oi; t. XN.II1. 
p. 1 65 ); Michel Le Vassor, Histoire de 
Louis XIII, t. II, passim, etc.; deux notes 
de M. Avenel (Lettres du cardinal de Riche- 
lieu, t. I, p. 684, 685, et t. II, p. ia5). 
etc. 

3 Voir, pour l'explication de ce passage. 
Tallemant. t. VI, p. 173. 



64 LETTRES 

qu'il deust estre, comme nous en estions demeurez d'accord, vous et 
moy. Je ne sçay que croire de cette omission qui m'a fasché, el suspicor 
carissimum illum noslrum ab illaudato viro laudari noluisse. 

Je me console de ce que M r de Montausier n'est que prisonnier ' ; 
le malheur nous l'a conservé, et je ne doute point qu'il n'ait fait 
tout ce qu'il faut faire pour mourir aussy bien que Monsieur son gé- 



néral 2 . 



Vous aurez bientost une copie de mon discours à la Reyne; mais je 
vous avertis de bonne heure que là dedans je ne fais point le faquin, 
c'est à dire le panégyriste déclamateur, comme sont tous les faiseurs 
d'oraisons funèbres qui n'ont rien dit dont le monde soit persuadé. Je 
parle en homme de bien et en bon françois, et tempère pourtant ma 
liberté de toute la discrétion que l'art et le jugement me peuvent 
fournir. M r l'Evesque d'Angoulesme 3 , qui voulutvoir hier mon discours, 
jure par sa mistre et par sa crosse qu'il n'a jamais rien veu de pareil; 
mais vous estes le primat de cet evesque et il faut attendre vostre 
décision là-dessus. 

Le feu Roy Henry III donna dix mille escus en dix mille pièces, 
pour un discours que j'ay veu et que je n'estime pas dix quarts d'escu 4 . 
Vous estes bien asseuré que la Reine ne me fera pas un si grand pré- 



1 Maréchal de camp dans l'armée du 
comte de Guébriant, Montausier fut surpris 
à Tutliiigen par les Impériaux et fait prison- 
nier avec Rantzau , les autres officiers géné- 
raux et une grande partie des troupes (2 5 no- 
vembre i643). Montausier fut emmené à 
Schweinfurt, où il fut gardé pendant près 
d'une année. On ne l'en laissa partir quV 
près le payement d'une rançon considérable. 
Voir mie lettre de Voiture ira M. le marquis 
«de Montausier, prisonnier en Allemagne,!) 
à la page 3i 1 de l'édition de M. Ani. Roux. 

* Le maréchal de Guébriant, dont Mon- 
tausier était le lieutenant , mourut la veille 
du désastre de Tutliiigen, le 2 4 novembre. 



à Rothweil, d'une blessure reçue le 16, au 
siège de cette ville. 

3 Jacques Du Perron, qui siégea de 
1637 à i646et qui était un neveu du car- 
dinal Du Perron. Voir une lettre que lui 
écrivit Balzac le 20 septembre i636 
(p. 427). 

4 J'ai vainement cherché quel était ce 
discours. Le Gendre, dans son Traité histo- 
rique et critique de l'Opinion (3 e édit. 1741, 
1. 1, p. 98 el 99) , a oublié de citer ce trait 
de générosité dans la liste qu'il donne des 
bienfaits de nos rois, et notamment de 
Henri III, à l'égard de divers écrivains. 



DE 1EAN-L01 [3 Gl B2 DE B ILZAC. 

sent, et néanmoins avec beaucoup d'apparence j'aurois droit d'espérei 
beaucoup, si le pauvre M 1 ' de Lizieux esloil auprès d'elle 1 . 

Mandez-moy, s'il vous plaist, quelque chose de ee cher aray; et, si 

vous ln\ escrivez. qu'il y ail. un article ppOT mny dans \oslre lettre; 

J'achève celle-cy avec un remède dans le ventre, qui commence à un* 
bien travailler, Jugez par là. Monsieur, si je prens plaisir de m'enlre- 
tenir avec vous, qui nùhi unus es omnia. 

Je vous recommande, Monsieur, les passages grecs. 



\\|[. 

[)n e i décembre iptid. 

Monsieur, J'estois mal lorsque je vous escrivis par le dernier ordi- 
naire, i'l ne suis guères mieux aujourdhuy. Ce sont des fruits de la 
mauvaise saison, et de ce cruel et funeste hiver, contre lequel je dé- 
clame depuis que je suis au monde : bienheureux sont les peuples qui 
-mil aymés du soleil 2 ! J'attends Un rayon de ce bel astre pour achever 
de fondre mon rheume et pour travailler au second Discours, de quo 
me tam amanter interrogas. C'est un second discours à la Reyne, et qui a 
quelque rapport avec le premier, mais qui n'en despend pas de telle 
sorte que je sois obligé de les faire imprimer tous deux à la fois. Vous 
aurez bientost le premier, et j'espère qu'il partira d'icy dans huict 
jours. Il n'aura point d'aultre filtre que le Discours à la Reyne, quoyque 
celuy de la Paix ou pour la Paix ne lui conviendroit pas mal 3 . Je ne 
sçay ce que veut dire le petit de l'aultre discours qu'il croit avoir parmy 
ses papiers, et je vous prie qu'il ne s'en mette point en peine, pourveu 
que le papier de M r Le Turc 4 soit converti en argent comptant. 



1 Philippe Cospéan, renvoyé de la cour lumière entrait dans son âme avec la joie, 

en même temps que l'évêque de Beau- (T. II des Œuvres complètes, p. lioh.) 

vais. 3 Le titre définitivement adopté par Bal- 

4 Le cardinal de la Valette prétendait zac fut celui-ci : Discours à la Reyne Régente 

jue Balzac était un adorateur du soleil, et sur In Pair. 

lisait, lui empruntant ses paroles, que la 4 C'est-à-dire le surintendant des finances. 



66 LBTTRES 

Je ne sçaurois vous alléguer d'auteur certain des nouvelles qui nous 
sont venues de celte grande et souveraine éloquence qui remue tous 
les esprits de Paris avec une force plus qu'humaine 1 . C'est la Renom- 
mée, Monsieur, de qui j'ay appris ces belles nouvelles, dès le com- 
mencement de l'Avent, et laquelle se peut appeler en cette occasion : 

Fama , bonum quo non aliud velocius nllum *. 

D'autres nouvelles moins agréables arrivèrent icy, il y a trois jouis, et 
on parle d'un duel où M r de Guise a eu avantage 3 . Les grandes guerres 
ont eu quelque lois de plus petits commencements. Quoy qu'il en 
arrive, je me déclare pour le sang de Saint Louis, et vous en verrez 
des marques dans mon discours qui ne vous desplairont pas. 

Mille remerciemens, s'il vous plaist, à M r Corneille, pour son ex- 
quis et riche présent 4 . Je ne suis pas encore en estât de le lire avec 
l'attention qu'il mérite, et j'ay la teste si empeschée, qu'à peine ay-je 
peu vous barbouiller ces mauvaises lignes. Je vous porte tousjours 
dans le cœur, et suis plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc. 



XVlil. 

Du 37 décembre i643. 

Monsieur, Je chante palinodie 5 et me desdis de tout le mal quej ay 
dit et de toutes les imprécations que j'ay fait contre le rheume et 



1 L'éloquence du futur cardinal de Retz. 
Voir, sur Paul de Gondi prédicateur, M. P. 
•Jacquinel (Des prédicateurs du xvn' siècle 
avant Bossuet, in-8", i863, p. 3o5-3i8). 

2 Vikgil. jfineid. IV, 17/1. Bonum a été 
substitué à malum. 

' Le duel dans lequel le comte de Coligny 
lut mortellement blessé , et dont il a été parlé 
dans une note de la lettre VI. 

* La tragédie de Polyeuctc, qui, représen- 
tée pour la première fois à la fin de l'année 



16/10, ne fut imprimée qu'à la fin de l'an- 
née i643. L'édition originale de cette pièce 
a pour titre : Polyeucte martyr, tragédie ; 
à Paris, chez Antoine de SonunaviUe et A 11- 
gustin Courbé, i6Î3( format in-4°). L'achevé 
d'imprimer ( Rouen , Laurens Maurry ) est 
daté du ao octobre t643. 

5 Le copiste a naïvement écrit Palidonie , 
comme s'il s'agissait d'un nom propre, du 
nom d'une femme aimée et célébrée par 
Ralzac. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE i; \l.Z \< . 67 

oootre la fluxion. Ce snni d'excellentes choses puisqu'elles m'ont pro* 
curé de si excellens Lesmoignages'de vostre amitié el de rostre estime. 
Kl c 1 1 1 ■ ne voudroit estre enrumé à ce prix là, voire nedésenrumer 

jamais : 

Tu Eacis ni loiis cupîam ttusire diebus, 

El gclidi Jovis ri-lci-iios inilii ferre liiinlllliis 

Dulce Bit, o i|u;iI] saudent mea auhile Bolel 

J'aj peceu dans un mesme paquel les lettres de M r Lhuilier 1 , el 

celle du seigneur Gronovius' 2 ; mais vous me menacez encore d'une 
aullre lettre; et, si je ne me trompe, l'antagoniste de G.» 3 me demande 
de nouvelles louanges. Ma condition sera-t-clle donc tousjours auss\ 



1 François LuiHier, d'abord maître dus 
comptes, puis conseiller au parlement de 
Meta, père de Chapelle. Voir son Historiette 
dans le Tallenianl des Beaux de M. P. Paris 
(t. IV, p. 191-197). Voir dans ce même 
volume, à Y Appendice (p. /189-5 1 G ) , plu- 
sieurs lettres de Luillier à, son ami Bouil- 
liaud. publiées pour la première fois d'après 
les niss. de la Bibliothèque nationale. Luil- 
lier fui aussi l'ami de Des Barreaux, de Gas- 
sendi ( qui fut le précepteur de son fils na- 
turel), de Peirescde La Mothe-le-Vayer et 
surtout de Théophile, qui lui a adressé cinq 
lettres en latin ( Œuvres complètes, publiées 
par M. Alleaume dans la Bibliothèque ehe- 
mrienne, t. II, p. Uiït-hik). Balzac lui 
écrivait quelquefois (a3 novembre ifi36, 
p. 4oi; i5 août i64i, p. £96) : c'est là 
qu'est le remarquable éloge de Peiresc 
[f Toutes les vertus des temps héroïques s'es- 
nloient retirées en cette belle ame, etc.»]; 
(3o novembre i644 , p. 569; 3 avril i664 . 
p. 638, etc.). Dans une lettre à Chapelain. 
du 25 août 16/11 , Balzac vantait beaucoup 
(p. 857) les vers latins de Luillier. Dans 
une lettre à Rigault, du 27 novembre 1 644 



(p. 668), Balzac s'écrie : a L'admirable 
it Monsieur L'Huiliier. » 

s Gronovius (Jean-Frédéric), né à Ham- 
bourg en 1611, mort à Leyde en 1671, un 
des plus savants philologues de l'Allemagne. 
Voir sur lui un bon article (de M. Ernest 
Grégoire) dans le tome XXII de la Nouvelle 
Biographie générale. Balzac lui adressa une 
lettre bien affectueuse, le 1" octobre 1660 
(p. 667). Le i4 août précédent, il le re- 
merciait (p. 688) des vers latins dans les- 
quels le grand humaniste avait célébré le 
bonheur qu'il avait eu dépasser (en i63g) 
une demi-journée dans TAngoumois, sous 
son toil hospitalier. Le 7 mars i644 , Balzac 
disait à Gronovius (p. 689) : « Qu'est deve- 
frnue la candeur et la sincérité germanique? 
trelle s'est réfugiée dans vostre cœur.» Et 
il ajoutait, en jouant sur les mots, et pour 
marquer combien son voisinage lui serait 
précieux : s Vous avez fait un livre De Ses- 
«terciis... je ne compterois que par lalens.n 

3 Mot laissé en blanc par le copiste. Il 
faut lire Chapelain. L'antagoniste était Cos- 
tar. Voir plus loin la lettre du 1" janvier 
i645,n° LXXV. 



t\b LETTKES 

malheureuse que celle du Poêla vegius du siècle passé 1 '/ Ne me lera- 
l-oi! jamais de présent sans en exigera moi? 

Semper et insidias potero tua dona vocare, 
Quisquis opus mihi mittis, et caetera. 

Un intendant de justice, nommé M r Vantorte, qui me vint voir ces 
jours passés, m'avoit appris la mort de M r Daligre 2 , dont il se dit allié. 
H me parla de beaucoup de livres dans la conférence que nous eusmes 
ensemble; mais particulièrement d'une certaine vie deFra Paolo, qu'il 
a leuc escrite à la main, et de laquelle il me conta plusieurs choses 
remarquables 3 . Je vous prie de me mander si ce manuscrit est à pré- 
sent imprimé, affin que j'en passe mon envie et que je commisse Paul 
par Fulgence. 

On a chargé le messager d'Angoulesme d'un ballot qui s'adresse à 
mon neveu, et dans lequel il y a une copie, pour vous, de mon Dis- 
cours à la Reyne. Je désire que Rocolet en imprime une cinquantaine 
d'exemplaires in-folio, sur la copie que je lui fera y envoyer dans Imict 



1 Le poëte limousin Jean Dorât, auquel 
Charles IX donna, en 1567. le titre depoële 
royal, complimenta tour à tour tous les au- 
teurs ses contemporains grands et petits. 
Balzac avait déjà écrit h Chapelain, le 8 no- 
vembre 1639 (p. 8o3) : n-Quelle pitié d'estre 
t obligé de louer tous les livres imprimez 
-nouvellement, c'est-à-dire d'estre de pire 
rr condition en prose que n'estoit Auratus 
h poêla regius , qui faisoit de bonne volonté 
» ce que je fais en forçat et eu condamné!-' 
Voir sur Dorât, auquel Guillaume Colletet 
avait consacré une ample notice, Elogiun: 
■loannis Aurati, poetœ latini, auetore Papirio 
Uassono (Paris, i588, in-&°); le Scalige- 
raua, le Menagiana, Scévole de Sainte- 
Marthe, Isaac Bullard, Adrien Baillet, Ni- 
ceron, Goujet, Moréri , Teissier, Bayie, Joly, 
Coupé , divers articles du Bulletin du Biblio- 



phile, surtout un article de M. le marquis 
de Gaillon (1857), Jal (article Dorât, dans 
le Dictionnaire critique de biographie et d'his- 
toire), etc. 

2 Etienne d'Aligre, chevalier de Malte, 
tué dans un combat naval contre les Turcs, 
le 28 septembre i664. C'était le cinquième 
des dix-neuf enfants du garde des sceaux 
Etienne d'Aligre. 

' C'est l'ouvrage auquej renvoie le Mo- 
réri (article Sarpi): <r Voyez sa vie par Fra 
trFulgentio, son compagnon.» L'ouvrage 
parut sous ce titre : Vita del Padre Paolo, 
dell' online de' servi (en Leida, 1G&6, petit 
in-12). La Vie du P. Paul a été traduite par 
un anonyme que l'on a pris à tort pour Fr. 
de Graverol (Leyde, Elzevier. 1661. et 
Amsterdam, 1 663 . in-12). 



DE JEAN i.onis GUEZ DE BÂL2 kl 

jours; et , si quelque mol dudil discoyrs vous donne quelque scrupule. 
je ne désire poinl vous faire de prière incivile en suitte de vostre scru- 
pule, ei vous pouvez «lin-, si vous voulez, que je me suis «-acl m'- de 
vous en ceste occasion, ei que vous n'avez point receu de copie, mon 
neveu ' ne sçachant poinl si c'est le discours ou une aultre chose qu'on 
vous envoyé. J'a\ un second discours dans l'esprit, où je puis dire 
quelque chose de bien exquis de M' le cardinal Mazarin, pourveu qu'il 
m.' tesraoigne le désirer, et que Son Eminence lace quelque cas de 
ma seigneurie, aultrement, mea me virtute involvam, et omittam tnirœn 
beatœ fumwm et opes strepitumque Romœ 2 . J'ay assez d'argent pour mes- 
priser lés couronnes et les chapeaux rouges; niais asseurez-vous, Mon- 
sieur, que j'auray tousjours du respect et de la révérence pour vous. 
Je ne m'expliqueray pas là dessus : vous lisez dans mon cœur ce que 
je veux dire; et qu'est-ce que je n'aurois point dit du Tyran mort, si 
vostre considération ne me retenoit? Je suis plus que touts les Marquis 
et touts les Evesques, vos chers amys, Monsieur, vostre, etc. 



XIX. 

L)n 'i jamier itiiu. 

Monsieur, Passe pour vostre modestie; mais il n'y a point moyeu de 
souffrir vostre médiocrité, et autant de fois que vous employerez cet 
injuste mot, autant de fois je m'y opposerai : 

Summa tenes dudum Pindi juga ; nec mihi tecum 
Divisi imperii jura Godellus ' habet. 

1 Le (ils de la sœur de Balzac, auquel, le et que M* de Campaignole, qui a esté maistre 

10 août îO/ii , il adressait une lettre (p. 562) it absolu de tout ce petit négoce, peut n'avoir 

avec celte suscription : A Monsieur de Cam- «pas songé à quelques-uns dft mes amis. » 

paignole, lieutenant au régiment des gardes » Omitte mirari beatœ 

du Roy. Le neveu de Balzac fut chargé de Furnum, et opes, strepitumque Rom*, 

distribuer à Paris bon nombre d'exemplaires HoBAT - Carmin - "*■ m ' od - " n .»■»»."■ 

du Discours à la Reyne, comme on le voit J Godeau, l'évêque de Vence. déjà pin— 

par cette lettre du i5 novembre i6A4 à sieurs fois mentionné. 
M. de Souchotte (p. 656) : <rJe pense bien 



70 LETTRES 

Et après cela demandez-moy ma censure de vostre dernier sonnet,, 
affin que je vous dise en une aultre sorte de vers : 

Meamne, quaeso, 

Censuram exigis, et bonus poeta 
Subis judicium mali poetœ? 
Prœscrtim tibi cum sit il le prsesto 
Anlistes pius, optimusque vates. 
Hospes nunc dominée Godellus urbis. 
Cujus, si sit opus, potes fideli 
Stare consilio, sed ipse nultis 
Eges consiliis, satis tibi unus. 

Vous n'estes pas seulement grand poète dans vostre sonnet: vous 
Testes dans vostre lettre; et la punition de Promethée 1 est une si belle 
chose, et expliquée si ingénieusement, qu'elle mériterait bien d'est re 
rimée. 

Si le messager d'Angoulesme n'a fait naufrage par les chemins, mon 
Discours àlaReyne arrive aujourd'huy à Paris. Dieu veuille que l'en- 
droit délicat ne vous fasche point et que vous ne vous preniez point à 
moy de ce quoy nous respondent les Espagnols quand nous leur par- 
lons des mauvais conseilz de leur Comte Duc 2 . J'aymerois mieux bras- 
ier tous mes ouvrages de mes propres mains que d'oster une seule 
sillabe de cet endroit, et je ne seray pas fasché de faire avouer à la 
race du tyran 3 qu'il ne devoit pas m'avoir mal traicté. Pour vous. 



1 Le copiste a écrit Promessée. Il ne se 
souvenait donc pas de la bonne leçon don- 
née par lui-même dans la première page de 
la lettre XVI? 

~ Voici le passage du Discours à la Reyne 
(t. II, p. h-jh) contre Richelieu ; «Mais 
« parce que si nous soustenions si aflirmative- 
tment qu'un Espagnol qui est hors de la 
fCour a commencé la querelle (Olivarez), 
tron nous repartiroit avec presque autant 
i d'affirmation qu'un François qui n'est 



a plus au monde ne l'a pas voulu finir; et 
(rqu'ayant dessein de perpétuer nos maux. 
<rpour rendre éternelle son autorité, il a 
rrtousjours meslé son ambition dans la jus- 
trtice de la cause de la France, je ne suis 
trpas d'avis que nous examinions cette ques- 
tion avec trop de curiosité...» 

s Le copiste a écrit Titan. Toutes les fois 
que Ralzac parle du tyran, c'est de Riche- 
lieu qu'il s'agit. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DU BALZAC. 71 

Monsieur, que je considère plus qiW les ducs, que les admiraux el 

les mareschaux de Franco, j'espère qu'après avoir Lien regardé l'en- 
droit, vous m'avouerez que ma douleur a esté sage (agîtOSCO lue verbo) 

el que dans mon ressentiment niesme j'ay caché mou ressentiment, (le 

u'esl pas \rniand qui doit estre voslre héros, c'est le comte de I) >is. 

ou son petit lilz, auquel je me viens d'aviser dédier mon Gygtiéfran- 
mis 1 par le changement el l'addition de quelque vers, comme vous 
verrez par la copie que je vous envoyé. Mon dessein est de l'aire im- 
primer le volumette incontinent après l'asques, et pareeque vous 
estiez à Colommiers- lorsque le Cygne i'ust fait et que je ne suis 
pas bien asseuré que le héros se nomme Henry 3 , mandez-le-moy. 
s'il vous plaist, et s'il sera mal d'ajouster au tiltre : in Colomerio mm 
otiantem. 

M r le marquis deMontauzier me fait tort s'il croit que j'aye besoing 
de la relation pour l'estimer plus que tous ceulx qui l'ont pris en un 
lieu où il ne pouvoit se desfendre et pour m'escrier avec [le poète | 
élégiaque : 

Inf'elix virtus Fortuuae forma superba \ 

J'ay pour luy une estime et un respect extraordinaire. Mais vous 
voyez, Monsieur, et par sa prison et par la mort de son général, si 
j'ay eu raison de dire des injures à Mars et d'appréhender cette so- 
litude d'hommes excellens dont nous menace la continuation de la 
guerre 5 . 



1 Olor gallicim, OEuvres complètes, t. II, 
■i° parlie, p. î o . Ad excellentissimum et gene- 
rosissimum pr'mcipem, Henricum Aurelianen- 
sem, ducem Longavilke. 

2 On lit dans une lettre de Balzac à M. de 
la INauve, du 10 septembre i64o, p. 63fi : 
irA Goulomniers, où M r le duc de Longue- 
» ville avoit mené M' Chapelain pour y pas- 
user quelques jours avec luy. » La véritable 
orthographe est Coulommiers (Seine-et- 



Marne). Voir une description du château de 
Coulommiers par l'abbé de Marolles (Mé- 
moires, édit. de 1755, t. I, p. 126, 127). 

3 Henry était bien le prénom du duc de 
Longuevitle. 

4 Je n'ai retrouvé ce vers nulle part , el 
de doctes humanistes, qui ont daigné le 
chercher pour moi, n'ont pas été plus heu- 
reux. 

5 Cette fin de phrase, depuis le motso/i- 



72 LETTRES 

Je ne me fieray plus à la parole de Rocolet, et, si je fais imprimer 
un aultre livre, ce ne sera pas luy qui sera le directeur de l'impres- 
sion. Quasi vero il n'y ait d'imprimeurs ni de compositeurs à Paris que 
ceux qui ont esté mis en prison. Je voudrois bien voir la diatribe im- 
primée, et apparemment elle l'est puisqu'elle ne contient que huit on 
neuf feuilles. 

Si vous voulez que je face response à Jan Federic Gronovius, vous 
me renvoyerez sa lettre que je vous envoyai par le dernier ordinaire. 
Je vous envoyai aussy une lettre pour le R. P. Hercule, et je m'asseure 
que vous la luy ferez tenir seurement. Je n'ay point encore receu celle 
de M 1 ' de Scuderi 1 , et Rocolet seroit bien fasché de ne garder pas un 
mois mes pacquels devant que de se résoudre à les faire porter chez 
le messager. Cette dureté de teste est insupportable et vous avez beau 
le protéger, je pense qu'à la fin il faudra lui donner le ban et le chas- 
ser honteusement de la République littéraire. Souvenez-vous au moins . 
Monsieur, que je ne veux point qu'il demande de nouveau privilège, 
et que je lui feray cession du mien par un escrit que je vous envoyerai 
au premier jour. 

Dousa en toutes façons n'est pas grand' chose, jw/s^Me peritus Apollo' 2 
luy a fait grand' grâce de le placer parmy ses illustres. Priez-le. je 
vous prie, de ma part, de le vouloir tirer de là et de mettre en son 



tude, est une citation textuelle du Discours 
à la Reyne (p. £78). 

' Georges de Scudéry, l'éditeur de Théo- 
phile (i63a), le critique du Cid (16.37), 
l'auteur de tant de mauvaises tragi-comé- 
dies, etc. Voir sur lui Tallemant des Réaux, 
Pellisson, V. Cousin [la Société française) , 
Livet [Précieux et Précieuses), etc. Balzac 
lui écrivit le 27 août 1687 (p. 56 1), le 
16 avril i643 (p. 587), etc. Non con- 
tent de prodiguer directement les éloges à 
Scudéry, il les lui prodigua indirectement 
en s'adressant à Chapelain et à Courait, 



trouvant des choses incomparables dans 
l'Amour tyrannique (p. 808 , Lettre du 8 jan- 
vier 16A0), et avouant qu'il dit aussi sou- 
vent le grand Scudéry que le grand Cyriis 
(p. 891, Lettre du ai octobre i65o). Scu- 
déry, qui fut l'hôte de notre épistolicr, paya 
son écot par une longue et flatteuse descrip- 
tion du château de Balzac [Poésies, in-4% 
i64 9 ). 

2 Feramus, tout à la fois poète et juris- 
consulte , comme on a pu le voir dans une 
précédente note. 



DE JEAN LOUIS Gl BZ DE B ILZAC. 73 

lien mi noslre Muret 1 de Limousin ou vostre Vettori «le Florence 4 , il 
s'appelle autreraenl \ ictorius. 

Le petil m'a escril an billel . dans lequel faj veu qu'on ne m'a poinl 
encore payé H que l'affaire est remise au quinsiesme de ce mois. Que 
j'a\ peu de sujet de me louer de l'Estal el des valets <l<- l'Estatl Ne se 
trouvera-t-il point quelque voix libre qui parle pour l'honneur de 
m. sire siècle, fi qui avertisse la Reyne qu'elle osl obligée de payer 
les debtes du feu Hov? Trois ou quatre mille livres de pension sur la 
première evesché 3 ou grosse abaye vacante Beroienl justement ce qu'il 
me faudroit pour le soulagement de ma vieillesse. Et Paris tout entier 
ne devroit-il pas demander si peu de chose ni possim pœuh commodius 
otiari? Mais vous me désespérez tousjours de voir une meilleure saison : 
je suis asseuré pourtant qu'il ne tiendrait pas àl'apostre 4 que je ne la 
visse, qnoy que vous puissiez en dire ou penser de luy. H parleroil 
encore, plus hault à la Reyne que ne sont les parolles qui .sont icy des- 



' Marc-Antoine Muret, né en i5a6, à 
Muret (Haute-Vienne). Ses poésies latines 
parurent, sons le titre de JuœmSa,k Paris. 
en i ôôs (in-8°). Voir les abondantes indica- 
tions données sur cet éminent humaniste par 
M. M. Audoin (tome XXXVI de la Nouvelle 
Biographie générale). Y ajouter les Lettres de 
PaulManuce, le Scaligerana , les Entretiens, 
de Balzae; le De claris interpr. de Huet; 
ï Académie des Sciences, de J. Bullard; les 
Eloges des hommes savans, de ïeissier, et 
surtout la notice (que je publierai bientôt 1 
de Guillaume Colletet. 

- Pietro Vettori, né, en 1^99, à Flo- 
rence, où il mourut en 1 585 , après y avoir 
occupé avec éclat, pendant près d'un demi- 
siècle, la cbaire d'éloquence grecque et la- 
tine. Editeur, commentateur, orateur, poëte, 
Vettori fut, à tous ces titres, un de ceux 
qui servirent le plus utilement la cause des 
lettres en Italie, et dont le nom restera le 



plus glorieusement attaché à l'histoire de la 
Renaissance. rrPour Victorius, disait Balzac 
rrle 39 mai 1 638 (p. 732), c'est un homme 
r:à qui je veux beaucoup de bien, quoiqu'il 
« n'en ait guères dit d'Ovide, et qu'il ne soit 
ftpasmesme entièrement satisfait de la lati- 
rnité de Virgile." Dans une autre lettre du 
29 juin 1 638 (p. 773), Balzac s'étend avec 
complaisance sur le mérite de Victorius. Il 
revient sur le même sujet (p. 7 7 &, Lettre 
du 6 juillet de la même année). Voir encore 
dans le tome II les Dissertations (p. 368). 
3 Autrefois le mot évêché était féminin, el 
le Dictionnaire de Trévoux a pu citer ces vers 
de Ronsard : 

Voudroit avoir le dos et le chef empesché 
Dessous la pesanteur d'une bonne evesché. 

Régnier a mis aussi évêché au féminin ( Sat. 11 
et Sat. m). 

' L'évêque de Lisieux , Cospéan , comme 
je l'ai déjà rappelé. 

10 



Vt LETÏIM • 

sus, soit, pour se faire honneur, soit pour me l'aire du bien. Ne m'ou- 
bliez pas quand vous escrirez à M* de Monlauzier. Je suis, Monsieur, 
vostre, etc. 



XX. 

Du 10 janvier iG4'i. 

Monsieur, Vous m'avez consolé de mon rheume , et le temps m'en a 
guéri. C'est un médecin à qui personne ne sçait gré de ses remèdes. 
Mais vous estes un consolateur qu'il ne faut pas traiter de la sorte. Je 
vous remercie donc, Monsieur, de vostre agréable consolation et des 
jolies choses que vous m'avez escrites sur le sujet de la toux univer- 
selle. En ce pais elle a fait encore plus de bruit qu'au lieu où vous 
estes, et Jupiter mesmeen a eu sa part, car il tonna, il n'y apas quatre 
jours. Hic dicunl tussire Jovem , et pourquoy non, puisqu'autrefois hiber- 
nas nive conspuit Alpes 1 1 

Vous me comblez tousjours de grâce et de faveurs, et je voy bien 
que vous ne fustes disner chezM r le Coadjuteur 2 que pour me régaler 
d'un plat excellent, et pour nourir mon ambition de la véritable viande 
îles Dieux, ainsy nostre Aristote appelle la gloire 3 . Je vous sQplie 
•le croire, Monsieur, que ces bons offices me sont extrêmement sen- 
sibles, et que, ne pouvant vous rendre la pareille en un lieu où il n \ 



Parias hibernas caea nive conspuet Alpes. 
Hobat. Satir. lib. II, sat. v, v. 4i. 

! Chapelain était un des familiers du fu- 
tur cardinal de Retz. Lui, qui aimait à dîner 
toujours chez les autres, il dînait souvent, 
avec son ami Ménage, chez Paul de Gondi. 

1 On ne trouve rien de pareil dans les 
livres qui nous restent d' Aristote. Après y 
avoir vainement cherché la citation de 
Balzac, j'ai, pour plus de sûreté, interrogé 
le savant traducteur des Œuvres complètes 
du philosophe, et M. Barthélémy Saint- 
Hilaire m'a fait l'honneur de me répondre 



que Balzac, en cette occasion, n'avait été 
qu'un infidèle écho. 

On lit dans une lettre de Guy Patin , du 
î" mars 1600 (édition de 171 5, 1. 1. p. 
107 ) cette phrase: rrComme pourroil être 
*ce que Néron appelle, dans Suétonne. la 
s viande des Dieux, sçavoir des champignons 
*de l'empereur Claude. » Voici le texte de 
Suétone (Nero Claudius, \WII1) : trNeque 
rclissimulanter, ut qui holetos, in quo cibi 
«génère venenum is acceperat, quasi deo- 
<rrum cibum. posthae proverbio grœco col- 
f laudare sit solitus.n 



DE JEAN-LOUIS (.1 EZ DE B \LZ \c. i:, 

,i poinl de grande seigneurs, je (esche tan! que je puis de taire Bçavoii 

111,1 rcciniiKiiss.incr à la postérité, (|iii jugera de nous ci des grande - si 
imenrs, Gdw dont vous tne paniez es! célèbre parla conférence qu'il 

rus! avec le l'eu Aue de Wrimar 1 , quand il Itiy demanda ravsou de la 

bataille de Nortiinghen B , Mais ne içathVon point à Paris que l« rela 
lions des gouverneurs de provinces ou de places son! onliiiaireiiienl 
apocriphes. et que les plus liravcs ri 1rs plus lialiilrs inandrii! souvent 
des QOUVelies ridicules, pour avoir ordre de inrtlrr sur pié une com- 
pagnie de gens d'armes, ou pour augmenter de cent hommes leurs 
garnisons! Les assemblées qui se sont, faites et qui se font ne sont mau- 
vaises, je vous en rrspous, qu'en ce qu'elles s'appellent assemblées el 
que ce nom est odieux à la Monarchie; car, pour l'intention et le pou- 
voir des assemblées, de his sk Regma seruru, comme je le suis dans ma 
solitude, où je ne pense point avoir à craindre de danger plus proche 
que celuy de la guerre de Cataloigne. N'ayez point peur non plus de voir 
de manifestes de Poitou, et beaucoup moins de voir de mon stile dans les 
manifestes; leur ayant coupé la gorge par cinq on six lignes du Dis- 
cours à la Revue, où je dis qu'il failli que la pauvreté soit humble et obéis- 
sante, et ma pas fière ny séditieuse, et rœlera 3 . Vous devez avoir receu ledit 
Discours, qui vauit bien a mon advis une des mauvaises harangues 
funèbres qui ont esté faites à L. le J. [Louis le Juste 4 ]. 



' Bernard, duc de Saxe-Weimar, sur le- 
quel on peut voir tous les historiens de 
Louis XIII. Il est bien regrettable qu'on n'ait 
pas traduit en notre langue l'excellent ou- 
vrage de Rœse sur le célèbre capitaine 
(a vol. in-8°, Weimar, 1828), ouvrage ré- 
digé d'après les papiers de Bernard et di- 
vers autres documents inédits. 

8 Le copiste a écrit Horlinghen. La ba- 
taille de Nortlinghen fut livrée le 6 sep- 
tembre i634. 

! Voici le passage lout entier: «Je l'ay 
r avoué, Madame, dès l'entrée de ce Dis- 
ir coure, et je ne crie autre chose à ceux que 



trje voy. Je crie de toute ma force qu'il 
rr faut que la pauvreté soit humble et obéis- 
sante , el non pas fière ny séditieuse ; qu'elle 
rr invoque et non pas qu'elle menace; qu'elle 
n agisse auprès de Vostre Majesté par la n\p- 
rrdestie de sa douleur, et non pas par les 
«murmures de sou chagrin. Il ne suffit pas 
«que le peuple ayt la fidélité dans le cœur, 
rr il la doit porter sur le visage : il doit évi- 
rrterla mine mesme et la ressemblance delà 
it révolte. 1 

4 \ oir dans la Bibliothèque historique de la 
France, et mieux encore dans le Catalogue 
des imprimes de la Bibliothèque nationale, la 



7« LETTRES 

Ce que vous me mandez du cardinal MaTzarin] m'a dégoutté de ce 

que j'ay dit de luy et m'a osté l'envie d'en dire davantage en un aultre 
lieu, ainsy que l'avois résolu. Il ne fault pas que les sçavans se pros- 
tituent à touts les heureux. Il fault conserver l'honneur des Muses hau- 
laines et braves; et, si la Cour nous fait tort, faisons luy justice, c'est- 
à-dire parlons et véritablement et noblement [modo tuto) dans les 
discours que j'ay tout preste pour cela. Vous en sçaurez davantage une 
aultre fois, et je vous demande cependant s'il ne seroit point à propos 
qu'à la teste ' de la dissertation Salmasienne il y eust une epistre ou 
une préface de deux douzaines de lignes adressée ou à M 1 ' le Chance- 
lier ou à M r le Coadjuteur, ou à quelqu'autre sur qui nostre amy jettera 
les yeux. 

Je n'ay point receu le Minitius Félix de M. Rigaut 2 , que les lettres 
de M r l'Huilier me promettent. Je vous prie, que je sçache quand ces 
Messieurs doivent estre de retour à Paris. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



longue liste des harangues funèbres de 
Louis XIII. 

' Le copiste a mis à la /este. 

2 Le Minutais Félix, de Nicolas Rigault, 
alors conseiller au parlementde Metz , comme 
son ami Luillier, parut en i663 (in-6°). 
Le Manuel du Libraire n'indique pas cette 
édition. Balzac faisait le plus grand cas de 
Rigault. C'est à lui qu'il adressa, le a5 mars 
1 633 , à propos du Tertullien que le savant 
magistrat allait publier (î 636 , in-fol.), 
cette fameuse lettre où le docteur africain 
est si bien apprécié: rr C'est un autheur avec 
r lequel vostre préface m'auroit reconcilié, 
"si j'avois eu de l'aversion pour luy, et si la 
a dureté de sa diction et les vices de son 
i» siècle m'avoient desgousté de sa lecture. 
*Mais il y a long temps que je l'estime, et 



«que tout espineux et triste qu'il est, il ne 
urne parust point désagréable. J'ay trouvé 
trdans ses escrits ceste lumière noire, dont 
rr il est parlé dans un ancien poète, et je re- 
rrgarde avec autant de plaisir son obscurité 
frque celle de 1 ebène bien nette et bien tra- 
"vaillée. Advouons aux délicats que vérila- 
irblemeutson style est de fer, mais qu'ils nous 
ir advouent aussi que de ce fer il a forgé d'ex- 
Tcellentes armes...» Balzac lui écrivait en- 
core, le aa novembre i64i (p. 668): 
b... Quand je m'imagine que c'est le cher et 
rr dernier confident du grand président de 
rrThou, qui est aussi mon cher et parfait 
rrami, vous ne sçauriez croire quel adven- 
ir tage je tire de la seule imagination d'une 
rrsi illustre société." 



DK JEAfl LOUIS GUEZ DH BALZAC. 77 



\\l. 

Du i« janvier i644. 

Monsieur, J'a\ receu, avec vostre lettre du 10 tic ce mois, la re- 
queste de M r Guyel à M' If Chancelier, de laquelle je oe vous diraj 
aultre chose, sinon qu'elle nie plaist bien davantage que le remercie- 
menl de Catulle à Cicéroil 1 , et cela sjius avoir dessein d'offenser la 
sainte el vénérable Antiquité. 

J'espère que ce placet, si latin et si poli, produira ce qu'il mérite, et 
ceque nous désirons, el une affaire sollicitée par Calliope en personne 
sianiail-elle mal réussir auprès de nostre Apollon? 

J'ay vu, par les dernières feuilles que Hocolet m'a envoyées, qu'il est 
mal servi dans son imprimerie, et qu'on y laisse les fautes que vous 
avez piis la peine de corriger. J'en ay trouvé de telles (comme vous 
diriez de mots obmis) que si on n'avoit tiré que dix feuilles du volume, 
j'arresterois tout à fait l'impression, et me servirois des Elzeviers, qui 
m'offrent leur travail et leurs soins, ainsy que vous avez pu voir dans 
la lettre du professeur allemand' 2 . 

Je viens à l'article amer, c'est un mot que je vous dois, avec tant 
d'aultres choses. Nous avons tous deux.rayson; et vous faites bien de 
persévérer, mais je ne fais pas mal de me repentir. Premièrement, je 
croy que la cause du deffunt n'est soustenable que par un excès de 
charité pareille à la vostre, et que, s'il n'a esté tyran, Busiiïs et Pha- 
laris ne l'ont point esté. Je croy de plus qu'il m'a voulu mal et qu il 
m'en a fait; et, par conséquent, je croy que ma guerre est juste et que 



Carmen sus. 2 Frédéric Gronovius. On sait quelle 

Ad M. T Cicebonbm charmante lettre de remerciment écrivit . 

Disertissime Romuli nepotum quelques années plus tard , Balzac aux Elze- 

Quot sunt, qiiotque fuere, Marce Tulii, viers, lettre qui parut pour la première fois 

Quoique post aliis erunt in annis, dans l'édition de i65a des Lettres choisies 

Gratias tibi maximas Catullus (Leyde),et qui, parun facheuxoubli.n'apas 

Arjit , pessimus omnium poeta, etc . , ,. , , . .... ■ r> ■ 

été réimprimée dans tes éditions de raris. 



78 



LETTRES 



j'ay droit de détester sa mémoire comme François, comme chrestien, 
et comme Balzac 1 : 

lnipii'Mi modo qui lantis terroribus orbera. 

Pressit et indigno regia colla pede 
Annibal il le saeer, Brenni furor ille togati 

Concidit. el vivit libéra Roiua metu. 
Gantet Io longum, sed Io pia Rom a triumpke. 

Non alias Christi sœvior boslis erat. 
Ipse etiam Eois late regnator in oris, 

Mamnietes. hostis mitior ante fuit. 

Mais remettonsà une aultre fois l'intérest delà Religion el de l'Estat : 
le mien, Monsieur, ne doit-il eslre compté pour rien? Et il sembleroit 
que j'approuverais l'injustice qui m'a esté faite, sijenemeretractoisde 
fausses louanges que j'ay données: il sembleroit à la pluspart que ce se- 
rait mon indignité et non pas la cruauté du deffunt qui m'aurait laissé 
au lieu où je suis, au dessous 2 des Grillets 3 , des Raconis* et ctetera, le 
moindre desquels il faut que j'appelle Monseigneur, moy qui estois 
bien premier en datte qu'eux dans les premières pensées de Son Emi- 
nence. Ce n'est pas pourtant ce qui me blesse le cœur, et, tout gueu\ 



1 Œuvres complètes, t. II. a* partie, 

p. 3a. 

Le copiste a écrit au dessus, ce qui 
forme un contre-sens. 

3 Nicolas de Grillet fut évêque de Bazas 
de i63i à i633, et évêque d'Uzès de iG33 
a i0(5o. Son nom n'est ni dans Moréri, ni 
dans Cbaudon , ni dans nos recueils biogra- 
phiques contemporains. On a de lui une 
Oraison funèbre prononcée dans l'église des 
Auguslins de Paris, le i" juini6ù3, pour 
le très chrestien roi de France Louys le Juste 
■ Paris, i6i3, in-4°). 

4 Le copiste l'appelle Draconis. Charles- 
François d'Abra de Raconis fut évêque de 
Lavaur de 1637 à 16Z16. Il composa plu- 



sieurs médiocres ouvrages. Le moins ignoré 
(je ne puis dire le plus connu) est le Traité 
contre le livre de la fréquente communion 
(Paris, î&ltlt et 1 645, 3 vol. in-û"). On 
sait que Raconis a été une des victimes de 
Boileau. Voir, sur ce personnage, Tallemant 
des Beaux (passim), doni Liron (Bibliothèque 
chartraine), Bichard Simon (Lettres choi- 
sies), l'abbé d'Artigny (Nouveaux Mémoires 
d'histoire de critique, etc., t. VII. chap. x 1. 
M. Sainte-Beuve (Port-Royal, t. II , p. 1 84 '). 
Je dois faire observer que M. l'abbé Maynard 
a mis sur Abra de Baconis une note apolo- 
gétique au bas de la page 34 1 du tome II 
de son Saint Vincent de Paul déjà cité. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 79 

que te suis, |a> mis mon aine mi dessus des mitres ci des couronnes. 
Il j ii un sujet, qui m'est |ilus proche, duquel je me suis expliqué à 

vous. Mais au reste. Monsieur, si mou procédé me succède mal et s'il 

reeule mes affaires au lieu de les avancer, ut mhividam ominari, je 

suis iles|à tout CODSOlé <lu mauvais succès. 

Je ne prétens point tant que mon discours soit un beau discours. 
que je désire qu'il passe pour uni- bonne action, et ne cherche point 
tant le nom de grand , éloquent et d'orateur figuré, que celuy d'homme 
de bien et de bon François. Je voudrois seulement n'avoir point parlé 
de t\^u\ personnes qui peut-estre ne vallent pas mes parolles. Mais 
à Dieu ne plaise que vostre très-humble serviteur ait mis le bon Dieu 
an rang des fantômes! Ne voyez-vous pas en termes exprès que ce sont 
les spéculatifs et les profanes qui courent après ces nouveaux fantosmes 
comme 1 fortune, destin, maligne influence du Ciel' 2 , et que c'est moy qui 
les laisse courir après ces fantosmes pour monter à la véritable source 
des choses, et conclure par où j'ai commencé, que la guerre est une pu- 
nition de Dieu, quichastie son peuple et cœlera. Les uns disent que c'est 
le comte d'Olivarès qui est la cause de la guerre, les aultres que c'est 
le cardinal de Richelieu; il y en a qui en accusent les astres ou la co- 
mète. Moy qui ne suis ny mesdisant, ny spéculatif, mais qui suis chres- 
tien, je trouve dans les maux que nous faisons la cause de ceux que 
la justice divine nous fait souffrir. Si j'avois dit le Roy assisté de M. le 
prince de Condé et de M. le duc d'Orléans, j'offenserois sans doute le 
dernier, et il sembleroit que je luy voulusse faire perdre son rang; 
mais je puis dire, il n'y a point de prince estranger qui puisse aller 
de pair avec M. le Prince, beaucoup moins avec M. le duc d'Orléans, 
beaucoup moins avec le Roy, sans offencer M. le duc d'Orléans ny le 
Roy, M. le Prince n'estant qu'un degré pour aller à eux. Hic simile ali- 
quid videbis, sapienlissime Capellane, si iterum orationem meam videas. 
Il n'estoit pas question de louer ex professo celuy qui avoit besoing de 

' Le copiste a mis venge, ce qui est in- de son discours , sont si claires, que l'on 
compréhensible. ne s'explique pas la chicane de Chajpe- 

3 Les paroles de Balzac, dans cite partie lain. 



80 LETTRES 

deffense et de justification pour la mémoire des choses passées, et 
néanmoins le nom de grand Prince le loue assez, et les aultres termes 
dont je me sers en parlant de luy. Mais après je deffie le plus bel 
esprit de messieurs vos panégyristes de ne rien dire de plus raison- 
nable ny de plus fort de cette personne-là, sans se rendre ridicule et. 
elle aussy. 

Pour l'endroit des commissaires et pour celuy du Parlement, j'ayme 
encore mieux qu'on le trouve mauvais au Palais royal, que si on le 
trouvoit à dire à Paris, et j'ayme mieux ruiner mes petites espérances 
que de renoncer entièrement à ma liberté et faire le Sirmond ' ou le 
(îhastelet 2 . Si Son Eminence Mazarine ne me sçait gré de la période 
qui est pour luy, il sera fort aisé de l'effacer, et il faudra donner ou à 
Mecenas ou à quelque autre Romain les louanges que je luy avois pré- 
parées pour l'aultre discours. Je suis très obligé à vostre amitié des 
advis que vous m'avez fait la faveur de me donner, et parfaitement. 
Monsieur, vostre, etc. 

Je seray bien aise de la clausule 3 de la Diatribe; mais je le suis 



1 Sirmond (Jean), neveu du P. Sirmond , 
le confesseur de Louis XIII , fut un des pre- 
miers membres de l'Académie française. Pel- 
lisson(t. I,p. 2 as) dit que, rr par la faveur du 
rrcardinal de Richelieu , qui l'estimoit un des 
r meilleurs écrivains qui fussent alors, il fut 
rrfail historiographe du Roy, avec douze cents 
rrécus d'appointements, i et qu'il <r fit pour 
rrce cardinal divers e'crits sur les affaires du 
-lemps, presque tous sous des noms sup- 
posés, il C'était à lui surtout que songeait 
Ralzac, dans la lettre XX, quand il parlait 
avec tant de mépris des Oraisons funèbres 
de Louis XIII. Sirmond, en effet, publia en 
i 643 (Paris, in-4") un mauvais discours 
intitulé: Consolation à la Reine Régente , sur 
la mort du Roi. 

1 Paul Hav, sieur du Chastelet, d'abord 



avocat général au parlement de Rennes, 
puis conseiller d'Etat ordinaire , un des pre- 
miers membres de l'Académie française, 
mort en i636. Il ramassa, dit Pellisson (t. I, 
p. 169), plusieurs pièces de divers auteurs 
pour la défense du ro'i et de ses ministres , 
les fit imprimer avec ce litre : Recueil de 
pièces servant à l'histoire, et mit au devant 
cette longue préface qui est comme une 
apologie du cardinal de Richelieu. M. R. Hau- 
réau (tome X de la Nouvelle biographie géné- 
rale, col. 71) prétend que Richelieu appe- 
lait familièrement Chastelet son lévrier, don- 
nant ainsi raison d'avance à la sévérité du 
jugement porté par Ralzac sur la bassesse 
du personnage. 

3 De clausulu, conclusion. Le mot man- 
que dans le Dictionnaire de l'Académie et 



DE JEAN-LOUIS Gl EZ DE BALZAC «I 

beaucoup pins de cette ciansule de vostre lettre:/; commence à trouver 
qu'il y a longtemps que vous me resteriez mas lettres. Qu'il \ a de bonté el 
de tendresse cachée sous ces mots, et qu'il faut que vous m'aynûez 
pour estimer si fort < I **s choses de si peu de prixl .le vous envoyé les 
derniers vers que j'ay faits; mais vous ae vous estes pas souvenu de 
me renvoyer vostre sonnet. Je desirerois que la Diatribe fui dédiée <>u 
à \l. le Chancelier nu à M. d'Avaux, ou à M. le BaiUeul, et nostre 
cher pourroit méditer deux douzaines de ligues qui luy pourroieni 
ser\ ir à luy el. à moy. 

Je n'exige rien de vous d'extraordinaire ny d'incivil, mais je ne sçau- 
rois m'empescher de vous dire que vous me devez plus aymer que 
vous ne devez adorer le mort. En mesdisant de vous et de vos ou- 
vrages, il vous a fait payer par vanité quelque chétive pension, prise 
de l'argent qu'il desroboit au public, et moy qui pour le plus n'ay que 
mille escus de rente 1 , je vous les donne dès aujourd'huy, si vous me 
voulez faire l'honneur de les accepter. Prenez-moy au mot, et vous 
verrez quel homme je suis. 

Dans le discours à la Reine où il y a Princes et Ministres, capitaines el 
soldats, tous ont desrobé, il t'ault mettre, s'il vous plaist, Empereurs el 
lïoys, Conseil et Ministres, tous ont desrobé. 



XXII. 

Du 21 janvier i6iû. 

Monsieur, Je vous assassinay, il y a trois jours, de la multitude de 
mes escritures. Hœc satis illuderat. Voicy encore une recharge, et parce 
qu'il m'importe de sçavoir en quelle disposition sera pour moy le Car- 
dinal Mazarin après la lecture du Discours, je vous suplie d'essayer de 
le descouvrir et de m'en mander la vérité. S'il est galand homme, et 

dans celui de Trévoux. M. Litlré n'en a cité nait sur sa modeste fortune dans un curieux 
qu'un exemple tiré de Calvin. document dont la découverte est due à 
' Il faut rapprocher ce renseignement des M. Babinet de Rencogne, et que l'on trou- 
détails que, neuf ans plus tard, Balzac don- vera à Y Appendice. 



8:2 LETTRES 

qu'il me veuille obliger, j'ay de quoy n'estre pas ingrat, et je lui adres- 
serais dans. peu de jours mon Cleophon sire ] De la Cour, c'est à dire 
tout ce que vous avez veu des ministres et des favoris qui peut faire 
un volumette exquis, et estre divisé en neuf chapitres raisonnables, 
affin qu'il y en ait autant que de Muses 2 . Ce seroit dans cet avant pro- 
pos que je parlerais de Casai 3 et de tout le reste comme il fault, mais 
je ne veux point faire d'avances sans estre asseuré du succès de ma 
dévotion, et, si vous trouvez quelque sarbatane * propre pour luy faire 
porter de ma part le désir que j'ay de le servir, peut-estre qu'avec 
toute sa haultc faveur il ne rejetterait pas la bonne volonté d'un arti- 
san!, lequel, aussy bien que Michel-Ange, peut mettre en enfer un 
cardinal ennemy 5 , et immortelles inimicilias exercere. Si vous me rendez 
cet office, je ne pense pas que ce doive estre par le moyen de 
M. Silhon 6 ; car, bien que je l'aye tousjours connu vertueux et mon 
amy, néanmoins la pauvreté se regarde en toutes choses, et, vous ex- 
cepté, je n'ay point encore veu de docteur qui ne fust intéressé et qui. 



' Au lien desive, le copiste a écrit sieur, 
Comme si la Cour était une seigneurie de 
Cléophon. L'ouvrage dont Balzac parle ici 
est Aristippe, ou De la Cour, qui ne parut 
qu'après sa mort (Leyde, Elzevier, 1 658 ; 
Amsterdam, Elzevier, i664, pet. in-12). 
Dans les Œuvres complètes, Y Aristippe. oc- 
cupe les pages 129 à 190. 

2 lï Aristippe parut divisé eu sept discours. 

' Tout le monde sait que, le a 6 octobre 
i(53o, au moment où, devant Casai, l'ar- 
mée française et l'armée espagnole en ve- 
naient aux mains, Mazarin, alors ;ïgé de 
vingt-huit ans, s'élança entre les combat- 
tants, apportant la nouvelle d'une trêve qu'il 
avait eu l'habileté de faire accepter aux 
deux généraux, et appelant par cette har- 
diesse heureuse la célébrité sur son nom. 
Voir, sur l'incident de Casai. M. V. Cousin : 
La jeunesse de Mazarin. 



4 On disait autrefois sarbatane (de l'es- 
pagnol cerbatana) aussi bien que sarba- 
cane, mais cette dernière forme a toujours 
été plus usitée. 

5 Allusion au tableau de Michel-Ange, le 
Jugement dernier. Ce n'est point un cardinal 
que le sublime peintre a représenté dans la 
fresque de la chapelle Sixtine , c'est un simple 
maître des cérémonies de la cour pontifi- 
cale, messer Biaggio. Voir le livre de M. Ai 
mengaud : Rome (in-fol., i856,p. 126). 

'' Jean de Silhon, né à Sos, dans l'Age- 
nais, à la (in du xvi c siècle, mort à Paris en 
1667. 11 fut secrétaire du cardinal Mazarin, 
conseiller d'Etat, membre de l'Académie 
française. 11 a été loué par Guy Patin et par 
Bayle, et aussi par Chapelain et par Pellis- 
son. Balzac lui a écrit plusieurs lettres ami- 
eates (p. 35a, 458.684,686, etc.). 



DE JEAN-LOI IS GUE2 DE BALZAC. 88 

m matière de livres. servis! fidèlement les aultres docteurs. Tout ce que 
dessus est remis à vostre Imii jugement, el quand le Cardinal oe sçaurn 

rien de ma |>arl et Défera rien pour iun\, je n en serav pas extrême- 
ment affligé; vostre seule amitié m'est nécessaire, je me puis passer 
des anllres choses facilement. Kl an reste, en l'occasion présente, je 
seWrt très aise que l'on scache que j'a\ en la discrétion de ne vous 
rien communiquer qui vous put desplaire; mais aussy, pour mon inté- 
rest el pour mon honneur, vous ne devez pas estre fasehé que l'on 
-cache qu'il n'y a que le seul endroit dont est question qui ne vous 
pou voit pas estre agréable. 

Mandez moy quel est ce gouvernement de Nostre Dame de la Darde ' 
el si le poète en tire de grands appoinlemens. Il faudra lui respondre 
au premier jour et au seigneur Colletet - par le premier ordinaire. 

Depuis \e sonnet médisant, le cher Ménage et le furieux Ogier 3 se 
sont-ils veus et racommodés? Si le dernier [ne] se pend un jour de 



Geonjes de Scudéry avait reçu de Ri- 
chelieu, en iC43, te gouvernement de 
\"dv-Dame-de-la-Garde, 

Gouvernement commode et be:iu. 
V i|iiî suffit, pour toute garde, 
Un suisse avec sa hallebarde 
Peint sur la porte du château. 

( Voyage de Chapelle et de Bachaumoul , p. 89 
de l'édition de M. Tenant de Latour, dans 
la Bibliothèque ehevirienne). Les vers de 
Chapelle et de Bacbaumont sont d'autant 
plus plaisants, que Scudéry avait fait une 
plus pompeuse description de sa forteresse. 

* Pour Guillaume Colletet, qu'il me soit 
permis de renvoyer à 1 Introduction aux 
Vies des poêles gascons, publiées d'après le 
double manuscrit que possédait la biblio- 
thèque du Louvre des Vies des poètes fran- 
çais (Paris, Aubry, 1866). 

3 Ogier (François), qui fut prédicateur 
du roi et qui est souvent ajipelé dans les 
écrits de ses contemporains le prieur Ogier. 



eut de terribles querelles avec le P. Garasse 
(Jugement et censure delà Doctrine curieuse, 
1623, in-8°), avec le frère André (Apologie 
de \l.de Balzac, 1637, in-8°). Balzac se 
montre ici bien cruel à l'égard de celui qui 
avait autrefois si chaleureusement défendu 
sa cause contre le jeune feuillant. M, P. Pa- 
ris a publié, d'après les manuscrits deCon- 
rart, une curieuse lettre inédite de Fr. Ogier 
à Balzac (page 1 1 1 du tome IV des Histo- 
riettes). Tallemant des Réaux (page 218 du 
tome V) parle ainsi du Sonne! médisant ; 
« Ogier, le prédicateur, fit en ce temps là un 
<r Sonnet qui disoit qu'il estoil surpris de 
avoir que Ménage persécutait un pédant 
et bien moins pédant que luy...» Tallemant 
ajoute : (r Ogier est hargneux et grossier, et 
rrpeut estre aussy pédant pour le moins 
trqu'un autre: pour l'éloquence, il se prend 
b pour le premier homme du monde. On les 
it accommoda. 1 



ti . 



86 LETTRES 

ses propres mains, ce ne sera pas sa faute; ce sera une assistance par- 
ticulière de -son Ange gardien, qui, à mon advis, doit bien veiller pour 
pouvoir empesclier ce mauvais coup. 

Je vous envoyé deux copies de mon Christus nascens 1 , ou en la langue 
des devosts, de mon petit Jésus. L'une pour M r d'Andilly et L'autre 
pour M 1 ' Vincent 2 , en cas qu'il y ait commerce entre luy et M r d'An- 
dilly. Je suis de toute mon âme, Monsieur, vostre, etc. 

Je ne sçay si M r de Grasse aura receu une de mes lettres qui a esté 
adressée à mon neveu. 



XXIII. 

Du aô janvier i6àâ. 

Monsieur, 11 estoit résolu hier que je vous escrirois aujourdhuv 
une demie main de papier. Mais il ne me reste qu'un petit quart 
d'heure jusqu'au départ du courier, et la journée que je vous avois des- 
tinée m'a esté ravie par des importuns. Je vous envoyé la cession que 
j'ay faite à Rocolet de mon privilège, pour le volume qu'il achève 
d'imprimer et pour le Discours à la Reine, auquel Rocolet, Monsieur, 
(bien loin de luy faire part des mistères denostre amitié) j'escrivis. il 
y a plus d'un mois, qu'il ne vous parlast point de mon discours, si 
vous ne luy en parliez le premier, n'osant pas luy en dire davantage, 
de peur de luy en dire trop, et parce que je sçay la portée de son gros 
esprit. Reposez-vous donc sur ma discrétion et ne doutez point du res- 
pect que je vous porte. Je feray plus que vous ne désirez de moy, et, si 
je suis obligé de publier un manifeste pour deffendre mon honneur 
et celuy de ma constance (à quoy je suis desjà préparé), je proteste- 
ray en termes exprès, nec sine honurifieentissinw nominis vestri mentione, 
que ce particulier est la seule chose dans laquelle je ne suis pas de 
vostre opinion. 

' Le Christus nascens est à la page 3i de la seconde partie du tome II des Œuvres 
complètes. — 2 Saint Vincent de Paul. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 

Quod fcli.r fau8tumque vit, et pw plures autwmmos in Cofomerio sm> olietta 
iiiiu .laiiniit Capelano invictissvmuB princept. Je m'en devoia estré advieé 
de moy-mesme pour faciliter l'intelligence du lecteur Germain. El je 
suis fasché que voua ayea cet avantage sur rnoy. Mais, à propos <l<^ Ger- 
main, ce Gronoviua Federic 1 n'eai paa si docteur à la douziesme que 
vous vous imaginez, «* I outre qu'il esl fort vertueux el bon amy, il a 
une grande el exquise littérature, el n'a pas plus de trente <l<'u\ ou 
trois ans'-. 

Ne verrons-nous jamais la lin de la Diatribe ny des Discours? Je 
vous suplie, Monsieur, de grossir le ton de voslre voix la première fois 
que vous parlerez au massif, et de luy dire que, si on ne corrige très- 
exactenient les cartons que j'envoyeray quand j'auray reçeu le reste 
des feuilles, il ne faut plus parler de commerce ensemble, .le n'ay 
point receu des nouvelles du petit; mais, s'il a de quoy contraindre le 
débiteur, cur non Deum et hominum implorai. Jidem , et pourquoy ne se 
sert il pas des remèdes du bon M r de Racan, que j'ay veu, en pa- 
reille occasion, deffcndrc luy-mesme, avec deux sergents, la tapisserie 
d'un comptable, sur lequel il estoit assigné 3 ? Je pense bien qu'on fait 
plus de cas d'un soldat que de douze docteurs de Sorbonne; mais je 
ne pense pas pourtant qu'on ait encore donné aux soldats des pensions 
sur les bénéfices; et, quelque ingrate et brutale que soit la Cour, il y 
a certaines grâces qu'elle ne sçauroit s'empêcher de faire aux docteurs. 
Le mal est pour moy que je suis des docteurs malheureux et disgra- 
tiés. Mais, si j'avois de la santé, je nie mocquerois bien du malheur et 
de la disgrâce. 

Je vous demande la vie du Servite et nostre Diatribe imprimée le 
plus tost que faire se pourra. 



1 Le copiste a métamorphosé le prénom J Voilà une bonne anecdote à joindre h 

Frédéric ou Féde'ric en ce mot latin -./œderis. toutes celles qui nous ont été conservées par 

'' Balzac était bien informé tant au sujet Tallemant des Réaux , soit dans son histo- 

de l'âge qu'au sujet du mérite de Gronovius : riette sur le digne ami de Malherbe, soit 

lesavantphilologue,néle3 septembre 1611, (passim) dans diverses antres historiettes, 
n'avait alors que 3 a ans et quelques mois. 



8fi LETTtiLS 

M 1 ' i'Evesque de Grasse doit avoir reteu ma lettre, et je vous prie 
rie me tenir en ses- bonnes grâces. Je ne sçay ce que je vous escris, lanl 
je suis pressé, mais je sçay bien que je suis plus qu'homme du monde. 
Monsieur, vostre, etc. 

Je vous ay escrit par les deux ordinaires de la semaine passée. 



XXIV. 

Du 2^ janvier ifj'i'j. 

Monsieur, Je vous escrivis de more, il y a trois jours, mais si à la 
liaste que je n'eus pas le temps de vous coppier une épigramme, par 
laquelle je vous dédie un certain recueil de Pièces rustiques , qui sera à 
la fin de mon volumette. Toutes les pièces sont choisies, et de la compo- 
sition d'excellens poètes, mais dont le plus ancien ne passe pas le pon- 
tifical de Léon dixiesme. Avec vostre permission, nous donnerons pou i 
filtre au Recueil : Rus et lusus rustici liber adoptivus, recueilli de plu- 
sieurs autheurs anonimes. Voicy l'épigramme, sive dedicatio operis ; 

Ad Joanxem Capellanum. 
Hi-ne tilii colles, hœc sylva, hic gemmeus amnis', 

Et doraus et dominus vilia semper erunt? 
Surit hicDî. Capelane, tamen; sunt plurima cœli 

Mimera, sunt mentis gaudia vera bonae. 
At si nulla mei tangit te gloria ruris, 

decus, o urbis sceptra tenentis ainor. 
Non ideo offendent fastidia tanta sodaleni , 

Desinet aut oculis velle placere tuis : 
Accipe selectos alieni ruris honores. 

Quoeque tulit docto vomere cultus ager. 
Qui coluere, piis sunt nomina grata Camœni- 

Nec veteri soboles inficienda Remo; 
, Nomina sed laleanl; tibi sat se Roma probabit, 

Barbaraque Ausonius poma negabit odor. 

Cette épigramme, Monsieur, ne vaut-elle pas bien une Ëpistre dé- 

1 Œuvres complètes, t. II, 2' partie, p. h-2. 



DE JEAN-LOUIS GUE2 DE BALZAC. 
ilic;i loirc. et, puisque vous estes si constant à mespnsrr mou village el 
les IVuis de mon village, ■ t « - trouvea-voos p.is belle nnni invention de 
viius envoyer an aultre village, et des fruis d'autruj jusques à Paris? 
Les IVuis seront exquis el romains, n'en doutée pas, el il v aura bel 
plat (|ui' vous n'estimerea guères moins que Bsatm Me ptiprotul nego- 

liis, ut jn-imi /[dis iiinrl<iliinit\ l'Yarastor-. Naugerius*, Flaininius 4 , Hii- 

chanan 5 , Suliola" (?) el autres semblables, sont mes jardiniers; na^ais 

sou venez-vous que je vous dis leurs noms à l'oreille, et qu'il faut que 
le lecteur les devine, et que, par l'odeur des pommes, il juge de leui 
terroir. \u reste, Monsieur, trouvez-vous bon que je me resjouissr 



Bealue ille, qui proeal negotus, 
Ul prisée gens mortalium. 
Quinti lloralii Flacci Ejmlon liber, od. il, v. i el ■!. 

■ Fracaslor (Jérôme), le poële-médecin , 
auteur de Syphilis (Vérone, i53o, in-4"), 
ce poëme que tant de critiques ont regardé 
comme le plus admirable de tous les mo- 
dernes poèmes latins, et que Jules-César 
Scaliger, si sévère pourtant, appelle divin 
dans le livre VI de sa Poétique. Voir, sur 
Fracaslor, les nombreux témoignages re- 
cueillis par Teissier ( (orne 1 des Eloges des 
hommes savants, tirés de l'Histoire de 1/. de 
Thou, p. 169-178). 

' Le copiste a écrit : Hangerius. Nauge- 
rius est le nom latinisé d'André Navagero, 
né à Venise en iâ83, mort à lïloisen 1629. 
Ronsard, dans une lettre écrite à Antoine 
de Baïf à propos de la Pœdotrophie de Scévole 
de Sainte-Marthe, lettre publiée plusieurs 
t'ois et tout récemment encore par M. Achille 
de Rochambeau (en tête de son volume La 
famille de Ronsarl, 1868), s'exprime ainsi : 
tr Je le veux préférer (le livre de Sainte- 
rriMarthe) à tous ceulx démon siècle, voire 
rrquand Bembe et Naugere et le divin Fra- 
treastor en devroit estre courroussez ...» 
Consulter sur Naugerius le Manuel du Li- 



lirniii' et la \ouvellc Biographie générale : 
les deux articles (le dernier de M. Léo Jon- 
bert) sont faits avec beaucoup de soin. 

* Marc-Antoine Flaminio, mort à Rome 
en 1 55o. Ses poésies ont été recueillies avec 
celles de son père en 1 763 : Carmma, 
edente Fr. Mancurlio (Padoue, in-8°). L'an- 
née suivante, Capponi publia à Bologne : 
M. ,4n/. Flaminii epislolœ familiales, nunc 
j/rii/aiiii edilœ et argumentis, nous, auctoris 
vila, aliisque accessionibus illustratœ (in-4°). 
Le nom de Flaminius figure dans le Scali- 
gerana, dans de Thou, dans Teissier, dans 
Moréri , dans Ray le , dans le Mcnagiana, etc. 

s Sur Buchanan (Georges) les citations 
seraient facilement innombrables. On en in- 
dique déjà beaucoup dans les Eloges des 
Savans et dans les articles des Dictionnaires 
de Moréri et de Bayle. 

' Je n'ai pu réussir à reconstituer le nom , 
qui doit être fort estropié, decepoëte latin. 
J'avais pensé d'abord à un auteur italien du 
\vi° siècle, Hubert Folieta ou Fogliela: 
mais cet historien de la ville de Gênes, ce 
biographe des hommes célèbres de la Li- 
gurie, fut-il jamais autre chose qu'un pro- 
sateur? Nulle part je ne vois la moindre 
mention de ses poésies. 



88 LETTRES 

avec vous de ce que j'auray de quoy faire un gros volume ad Atlicum 
des lettres que vous m'avez envoyées, et eu vérité je croy que ce sera 
le plus agréable de tous mes volumes. Je vous tiendray jusqu'à un 
billet, et n'eu soyez point en peine; mais il faut attendre pour cela 
une commodité aussy seure qu'a esté celle de M r d'Argence. 

Pour vostre beau sonnet réformé, vous auriez mon petit Jésus, 
changé en quelques endrois, si mon copiste ne s'estait allé promener 
à la ville. Quand il sera de retour, il en fera quelques copies que je 
vous envoyeray par le premier ordinaire. Vous me ferez bien la faveur 
de faire rendre mes lettres à M 1 ' le Gouverneur de Nostre Dame l e^au 
poète du fauxbourg S' Marceau 2 . 

Je suis Monsieur, vostre, etc. 



XXV. 

Du 1" février 1 664. 

Monsieur, Vos yeux sont très-bons pour voiries choses présentes, 
et vos raysonnemens sont encore meilleurs que vos yeux pour juger 
de l'avenir. Je sçay d'ailleurs que mon seul intérest vous intéresse dans 
les advis que vous me faites la faveur de me donner, et qu'il n'y eust 
jamais d'amitié plus noble ny plus magnanime que la vostre. Aussy, 
Monsieur, reçois-je tout ce qui m'est annoncé par vous, comme propo- 
sition d'éternelle vérité, et vous me feriez grand tort si vous doutiez 
de ma foy, de ma déférence, de mon zèle et de toutes les autres qua- 
lités qui accompagnent la yraye dévotion. Ma pensée n'est point 
exagérée par ces dernières parolles; et je vous jure sérieusement, et 
par un serment qui n'est point poétique, que mihi unus es pro omnibus, 
et que cette pure et généreuse amitié qua me dignaris amanlem est le 

1 Scudéry. Colletel (p. 22-2Ù). On sait que celte mai- 

2 Guillaume Colletet. Voir dans les Vies son, située dans l'ancienne rue des Morfon- 
des poètes gascons , déjà citées, une note, à dus (aujourd'hui rue Neuve-Saint-Etienae), 
la suite de l' Introduction , sur la maison de avait été habitée par Ronsard. 



DE IEAN-LOI IS Gl EZ DE BALZ IC 89 

Buuverain bien que je pense avoir trouvé en cette vie. Voylà l'essentiel 
de ma lettre el ce que mon cœur avoil à vous dire. 

Je viens au moins important, el vous prie de croire que la publica- 
tion de mon discours c'est poinl i chose que je désire avec ardeur. 

Il me suilii d'avoir parlé en homme de bien, el suis résolu de me taire 
à l'advenir, puisque les vérités le plus Bagemenl et le plu- discrète- 
ment proposées oe laissenl pas d'estre odieuses el de Faire mal auj yeux 
el aux oreilles des supérieurs. 

Rocolet ne me mande rien de M r le Chancelier: c'est qu'il veut faire 
le lin et me donner le change d'une autre façon; mais c'est un faquin 
en toutes façons, et je suis bien aise pourtant de pouvoir luy mander 
qu'il suprime le Discours, sans qu'il connoisse que j'aye eu aucun 
advis de Paris, pour la réformation dudit Discours. 

Au reste, Monsieur, vous me béatifiez de m'offrir une occasion de 
vous servir en Saiutonge. Nous y trouverons des [amys] et. s'il en est 
besoin, je y envoyerai un homme exprès , docte et intelligent en telles 
matières, qui vous empeschera d'estre trompé. J attens cependant 
vos procurations, et prélens de vous faire voir qu'encore que je ne 
sois pas homme d'affaires , je sçay tourmenter d'une étrange sorte ceux 
qui le sont. En un mot, mon cher Monsieur, l'excès de mon affection 
supléera au défaut de ma connoissance. J'achève ce mot dans une 
extrême précipitation. 

Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Il faut pourtant que vous sçachiez que je me sens très-obligé aux 
nouvelles faveurs que j'ay receues de M r Ménage. L'addition est trop 
belle et trop avantageuse pour moy. Je vous ay escrit par les quatre 
derniers ordinaires. Je vous prie que mon Christus nascens ne soit veu 
que comme je vous l'envoyé. 



90 



LETTRES 



XXVI. 

Du 7 février 1664. 

Sit hoc Miter res judicatas. En tout l'empire de la vertu il n'est point 
de bonté ny de sagesse pareille à la voslre; et en tout celuy de la 
volupté point de douceur ny de délices comparables à celle de vostre 
communication. H y a mesme je ne scay quoy qui chatouille dans les 
blessures qih'on reçoit de vous, et vous me blasmez avec tant d'amour, 
que vos blasmes me sont des faveurs, et que je croy vous devoir remer- 
cier de l'obligeante manière que vous apportez à me contredire. Je le 
fais, Monsieur, de tout mon cœur et avec tant de respect pour vous, 
que je ne veux plus vous répliquer, quoy que je le pusse faire très- 
aisément. H est juste que le dernier mot vous demeure et que vostre 
aulliorité impose silence à ma raison. Ce sera au public, s il en est 
besoin, à qui je rendray compte de mon procédé. 

Instabilis nec nos animi justa arguet uuquam 
Posterilas, nec quinque annos laudasse Neronis, 
Aut laudes célébrasse tuas. Armande, pigebit, 
Gum nondum daninatus eras. 

C'est à dire, en langue vulgaire, devant qu'il eust fait mourir de faim 
la bonne Reyne Marie 1 et que le Roy Louis le Juste l'eust accusé eu 
mourant d'estre cause de sa mort 2 . Si au reste vous avez trouvé dans 



1 C'est là une exagération de rhéteur. 
Balzac a changé un dénûment relatif en 
une misère absolue, extrême. La vérité est 
que Marie de Médicis mourut, âgée de près 
de soixante-dix ans, d'une fièvre compliquée 
des plus graves accidents (3 juillet iG4a). 
Il ne faut pas oublier que le cardinal de 
Richelieu lui avait fait accorder, le ao mars 
de l'année précédente, un secours de cent 
mille livres (Bazin. Histoire de France sous 
Louis XIII, t. III. p. 90). Balzac, qui 
avait fait un grand éloge de Marie de 



Médicis dans une lettre à Richelieu, du 
i5 mai 1620 (p. 4 du tome 1 des CBuoret 
complètes), en reparla très-favorablenn>::l . 
à plus de vingt ans de distance, dans celle 
des Dissertations politiques qui porte le 
singulier titre de : Les baisers de Pénélope 
(t. II. p. Soi). Repoussant d'avance les 
attaques de M. Michelet. il dit en cet en- 
droit : rr Cette bonne reyne, que nous sça- 
trvons n'avoir pas esté moins chaste que les 
n poètes nous figurent leur Pénélope. . . . - 
1 Le P. GrifFet (Histoire du règne de 



DE JEAN LOUIS GUEZ DE BALZAC. 91 

mes lettrée quelque terme qui vous a desplu, je voua suplie de n'en 
point accuser mon Intention, el de pardonner à un pauvre homme qui 
a m. il dormi la nuil et qui voub escrit à la haste le matin, le plue sou- 
vent sans revoir ses eSCritureS. 

Je suis liés satisfait de SI* Ménage el de tout ce que j'ai veu dans 
son billet, quoyque peu content de la peine qu'on vous donne de 
courir après le privilège. Vous devez avoir receu le mien, que vous gar- 
derez, s'il vous plaist, Jusqu'à ce qu'il le faille mettre entre les mains 

du sieur Hocolel. 

J'iillens la dissertai ion Salmasienne et la vie du Père Paul, et vostre 
jugement en quatre lignes de la guerre de nostre Monsieur Arnaut 
avec le Père Petau 1 , an sciliai '.pr&pitwm Marient nostro ilh fitliuiun exis- 
linias? 

Vous estes, ui semper, très-ingénieus et très-galand sur le sujet de 
Paris el de Corinte, qui n'est aujourd'huy qu'un meschant village el 
qui ne vaut pas une paroisse de trois cens livres de rente' 2 . 

Le petit m'a escrit par le dernier ordinaire, et sa lettre est du 3o du 
mois passé; il me mande qu'on lui faisoit espérer de luy donner le len- 
demain le reste de mon argent. Quoy qu'il en soit, je désire luy lesmoi- 



Louis XIII, t. lit, p. 601, Go-j. etc.) ne 
dit rien de cette accusation in extremis. 
Michel Le Vassor garde, à ce sujet, le 
même silence (Histoire de Louis XIII , t. VI, 
p. 691-703). Enfin, M. Bazin ne parle pas 
plus que ses devanciers de l'incident ra- 
conté par Balzac (Histoire de France sous 
Louis XIII, t. III, p. -209-219). 

' irLe savant et respectable Père Petau,» 
comme l'appelle M. Sainte-Beuve ( Port- 
Pwyiil, t. II, p. 18a), «ce profond auteur 
«de la Doctrine des temps et des Dogmes 
« Idéologiques n (ibid., p. i83), écrivit, 
contre la Fréquente communion d'Arnauld, 
un gros livre intitulé : De la pénitence pu- 
blique (i6&4). Voir sur le P. Petau l'ample 



article du tome XXXVII des Mémoires de 
Niceron, article dû à la savante plume du 
P. Oudin. On trouvera dans ces cent qua- 
rante pages les détails les plus complets sur 
la vie littéraire de l'adversaire d'Arnauld et 
de Saumaise. 

2 Le nom de Corinthe est amené ici à 
l'occasion de Paul de Gondi , sacré à Notre- 
Dame, le 3i janvier ihkk, archevêque in 
partions de Corinthe. ainsi que nous avons 
déjà eu l'occasion de le rappeler. De nos 
jours, comme du temps de Balzac, Corinthe 
n'est plus guère qu'une misérable bourgade. 
Voir Chateaubriand, Itinéraire de Paris à 
Jérusalem (première partie). 



92 LETTRES 

gner ma rcconnoissance sans attendre davantage, et je vous Buplie, 
Monsieur, de luy faire prendre dix ou douze pistoles, pour sa foire 
S' Germain, sans que je prétende par là m'estre acquité de l'obligation 
que je luy ay . S'il ne vous va voir, vous me ferez bien la faveur de luy 
donner cet advis par un billet de deux lignes et de luy mander que je 
luy ay escrit par la voye de Rocolet. 

Je vous fis sçavoir, il y a huict jours, combien je me sentois honoré 
d'estre vostre agent en ces quartiers. Envoyez-moy les pièces néces- 
saires pour cet effet; mais parceque difficilement il se trouvera des 
fermiers qui se veuillent charger de faire porter le prix de leur ferme 
à Paris, il ne faudra point apposer cette condition en la procuration 
qui sera envoyée pour affermer. Il suffit qu'ils s'obligent de payer à 
Angoulesme et c'est moy qui me charge de vous faire tenir vostre 
argent. 

J'ay encore changé mon Chrislus nascens, et je vous avoue que je 
suis un importun et peut-estre un impertinent changeur. 

J'escriray à nostre très cher M r Lhuilier par le premier ordinaire et 
n'ay pas une minute de temps pour escrire davantage. 

Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



XXVII. 

Du i5 février 1 664. 

Je vous jure, avec la formule si sciensfaUo, que je n'ay jamais rien veu 
de si sage que la lettre de M'd'Andilly à Monsieur le premier président 
de Toulouze 1 . Les choses m'en plaisent infiniment, mais d'ailleurs les 



' On trouvera cette pièce, qui est en effet dilly a parlé de sa querelle avec le président 

très-remarquable , dans lesLettresde M. Ar- de Gramond (p. i3a-i33 de ses Mémoires, 

nauld d'Andilly (p. 458-466 de l'édition de édition de 1734, Hambourg). Voir encore. 

i665, Lyon, in-12). C'est la lettre CGLXXIV sur cette affaire, YAvis mt'.s en tète desdits 

àM. de Montrave , premier président au Par- Mémoires par l'abbé Goujet (p. iv, v, vi). 

lement de Tolose, sur le sujet de l'Histoire de M. Sainte-Beuve a dit de la lettre à M. de 

Jf. le Président de Gramond. Arnauld d'An- Montrave (Port-Royal, t. IL p. 258) : fil 



I)K JKAN-LOUIS GUKZ DE BALZAC. 



paroles son! si justes el si bien placées, si pures el si ouées à leur sujet. 
• [ne je ne craindrai point dasscurer que celuy «j n i les employé de 
la sorte possède l'atticisme de la cour; et saporem illum vere urbanum 
que/m nos provinciales (si vous ne niVn voulez pas excepter) <kIc<> non 
unriwus ut nr sitspimnur quide m, el raiera. Mais, Monsieur, que veul dire 
ce Gascon, d'accuser un Romain de lascheté; je dis un Romain de la 
saine République, el. devant que Pompée et César eussent tout gaslé? 
N'est-ce pas l'historien dont vous m'envoyastes l'histoire cl une lettre 
latine, il y a quelque temps? Ver Dio Sanio voilà un beau juge de 
l'honneur et de la réputation des hommes 1 ! 

Les Jésuittes m'ont l'ait voir un livre qu'ils disent estre de la façon 
de M' le Prince 2 , et certaines lettres de M r de Marca 3 , qui s'est travesti 
en M r Euscbe. Je suis fasebé que nos amys se brouillent ainsy avec 



"y a, dans cette réponse, quelques accents 
«élevés qui sentent l'honnête homme et 
« l'éloquente famille. » 

1 Balzac ne pouvait apprécier avec bien- 
veillance un auteur qui, en continuant 
l'Histoire du président de Thou, d'abord 
de 1610 à 1617 (Paris. 1G&1, in-fol.), en- 
suite jusqu'en 1629 (Toulouse, i643, 
in-fol. ), avait flatté Richelieu autant qu'il 
avait attaqué la plupart des adversaires du 
cardinal. Guy Patin est encore plus sévère 
que Balzac, lui qui ne craint pas de dire 
(t. I, lettre 91): "Son livre est peu de 
it chose. . . il est rempli de faussetés et de 
rr flatteries indignes d'un homme d'honneur, v 
Bayle, plus équitable, a déclaré que l'his- 
toire de Gabriel de Barthellemi de Gramond 
est estimée, rappelant de plus que rrles 
« étrangers l'ont jugée digne de leurs 
* presses, tant en Hollande qu'en Allemagne. » 
Il loue aussi la bonne latinité du livre. Go- 
lomiez, dans sa Bibliothèque choisie, a été 
non moins favorable que Bayle à l'historien 
toulousain. 

! C'était vrai. Le livre du prince théolo- 



gien parut, en 16/ii, sous le voile de l'ano- 
nyme, avec ce titre : Remarques chrétiennes 
et catholiques sur le livre de la Fréquente 
communion. Voir, sur cet ouvrage , M. Sainte- 
Beuve et la piquante citation qu'il tire des 
Mémoires du P. Rapin (Port-Royal, t. II, 
p. i85). 

3 Ces lettres n'étaient point de Marca. 
Voici ce qu'en dit M. Sainte-Beuve (ibid.. 
p. i83) : "Les lettres d'Eusèbe à Polémarque , 
n attribuées au Père Lombard , et qui axaient 
rr précédé de peu le volume du P. Pelau. 
" lettres "écrites par un soi-disant évêque 
crà un soi-disant haut personnage, homme 
f de guerre et capitaine , affectaient des airs 
cr cavaliers et sentaient le collège à pleine 
tr gorge. » Dans les Supercheries littéraires dé- 
voilées, deQuérard (édition de MM. G. Bru- 
net et Jannet, t. I, 2' partie, col. 1266). 
c'est aussi le P. Nicolas Lombard, jésuite, 
qui est signalé comme l'auteur de la Lettre 
d'Eusèbe à Polémarque sur le livre de M. (/•- 
nauld (Paris, Hénault, 16W, in-A"). La 
même année , le P. Pin thereau .jésuite , prit en- 
core le pseudonyme d'Eusèbe pour répondre 



9/1 LETTRES 

nos amys. Mais, sans entreprendre de décider la doctrine contestée, 
el après avoir dit qiuv sypra me nihil ad me, je ne voy point d'esprit, à 
le considérer dans la pureté de son naturel, qui soit de la force de 
celuy à qui tant de gens déclarent la guerre. Celle dont me menasse 
le brave de vostre lettre 1 est certes digne de luy, et je vous avoue 
qu'il pouvoit estre vaillant contre moy, mais vous m'avouerez aussy 
que pour cela il ne se raquiteroit pas de ses pertes, et que, son inté- 
rest luy devant estre plus proclie que celuy de son allié, il devroit 
battre toute la France qui met enproverbe sa poltronnerie, et le chante 
depuis Amyens jusques àBayonne. S'il continue à me menasser, il faut 
que je luy dédie la vie de son allié, et que je luy face une Epislre qui 
soit digue de l'histoire. Y aura-t-il toujours de la tyrannie, et la vérité 
ne trouvera-t-elle jamais de protection? Mais encore le tyran mort 
valoit quelque chose : cettuicy n'est guères plus grand guerrier que le 
Drancès de Virgile 2 ; et si on soulfroit son joug avec patience, non tan- 
lama Ubertate sed eliam a servitute degeneraret genus humanum. 

Je ne sçay pourquoy je vous ay parlé de M r Vincent 3 : cet article 



à ce qu'il appelait le libelle diffamatoire inti- 
tulé : Théologie morale des jésuites (par 
Antoine Arnauld). 

; Le cardinal Mazarin. comme on le voit 
clairement par une des phrases qui suivent , 
où est établi un parallèle entre le tyran 
mort, qui valait au moins quelque chose 
[Richelieu), et le tyran vivant, qui, pour 
Balzac, semble en ce moment ne rien valoir 
du tout. Je dis en ce moment, car. en 
d'autres occasions, Mazarin fut tout autre- 
ment jugé par le correspondant de Chape- 
lain. Voir surtout une lettre du 3 avril îbhk 
(p. 686 du tome I des OEiwres compléta), 
où le successeur de Richelieu est déclaré 
*si nécessaire au bien général du monde » 
Voir encore une lettre h Mazarin du 7 no- 
vembre i64i (p. 99^). où Balzac s'écrie, 
tout en protestant qu'il ne veut rien ampli- 



fer et qu'il repousse les exclamations ora- 
toires : r C'est prendre son rang, par ad- 
t, vance, entre les demi-dieux de l'histoire, et 

ir estre véritablement del'ancienne Rome i> 

! Drancès. ainsi caractérisé (Mneid. lib. 
XI, v. 34o, 340: 

Largus opum , et lingua melior. sed frigida bello 
Dextera . . . 

Drancès. auquel Turnus dit un peu plus 
loin : 

. . . Quid cessas? An tibi Mavors 
Ventosa in lingua. pedibusque fugacibu- islis 
Semper erit. . . 

\ incent de Paul qui, très-influent sur 
l'esprit de la reine régente, aurait, plus faci- 
lement que tout autre, pu faire obtenir à 
Balzac un de ces gros bénéfices qu'il désira 
toujours si vivement , tout en ayant l'air de 
les dédaigner. 



DE JEAN-LOUIS GDEZ DE BALZAC. 

vous aura pu donner mauvaise opinion de raoy e( de ma philosophie. 
M.iis. si vous avez le don de pénétration, vous pouvez lire dans mon 
cœur que je refuserais l'archevesché de Tolède, si on me le vouloij 
donner, à la charge seulement de dire l<- Bréviaire. .!<• ne demande 
que du loysir, mais avec un peu plus de et emtera. 

Je suis en peine, Monsieur, de quelques lettres h de quelques vers 
doiii voue ne m'eserivez rien. Peut-eslre que j'ensçauraj des nouvelle» 
samedy, el cependant <>n vous l'ait une seconde copte <1<> l'Epigramme; 
mais vous ne la sçauriea bien entendre, si par malheur les lettres se 
sont perdues. 

Je suis. Monsieur, vostre, etc. 

Je vous suplie, Monsieur, de vous vouloir bien souvenir Je tout ce 
(jue je vous ay escrit par ma précédente sur le sujet de M r de Bonaii-. 
Je lin ay l'ait sçavoir et lui lais sçavoir de mes nouvelles par la voye de 
Rocolet. 



XXVIII. 

Du 32 février i(J4i. 

J'estoisen peine de ma dédicace, mais, puisque vous l'avez receue et 
qu'outre cela elle vous a plu, 

yEqualis astris gradior et cunctos super 
Altum superbo vertice attingens polum. 

L'Epigramme est vostre, et par conséquent vous eu pouvez faire ce 
qu'il vous plaira. Je vous en envoyai une copie par le dernier ordinaire, 
où il y a un hémistique changé, et à mon advis changé en mieux. 
Voicy encore deux copies reformées du Christus nascens, l'une pour 
M r d'Àndilly et l'aultre pour M r l'évesque de Grasse, auquel j'ay escrit, 
n'en doutez pas, par la voie de Campagnole; mais c'est un cavalier 
qui n'est pas si ponctuel que vous, ny si diligent à s'aquiter de mes 
commissions. 



96 LETTRES 

Je pense que je ne vous ay encore rien dit du billet de nostre Liés 
cher M r de Voiture. H est certes extrêmement obligeant, et agnosco 
veteris vestigia Jlammw 1 . Mais je vous prie de me faire souvenir des 
parolles de mes lettres. Ay-je voulu faire un si sale marché que celuy 
qu'il me reproche? et sçavoir d'un homme s'il a agréable qu'on parle 
«le luy, est-ce luy dire en langage suisse, point d'argent, point de 
louanges? Je ne veux pas m'enfoncer dans cette matière, je vous diray 
seulement que l'empereur Auguste estoit bien aussy grand seigneur et 
d'aussy bonne maison que M. le cardinal Mazarin. Cet empereur néan- 
moins escrivist autre fois en ces termes à un de nos chers amys : 
Irasci me tibi scito , quod non in plerisque ejusmodi scriptis mecum potissi- 
mum loquaris. An vereris ne apud posteros infâme tibi sit, qnod videaris 
familiàris nobiscsse' 2 ! Ce sera donc à Auguste, Monsieur, à qui j'adres- 
seray mon Cleophon ou à quelque autre honneste homme de ce siècle 
là, puisque les gens de cettuy-cy se tiennent si roides sur le point 
d'honneur 8 . 

M r de Scudéry m'ayant offert une couronne de sa façon , une si 
grande bonté m'a touché sensiblement, mais ma modestie n'a pas creu 
que je méritasse d'estre couroné, et j'aymeroys beaucoup mieux une 
petite éclogue qui parlast de ma solitude qu'un panégyrique 4 régulier 
qui me louast avec excès 5 . 

Rocolet ne vous a rien dit qui vaille, et mon privilège est générale- 
ment pour toutes mes œuvres sans qu'il y ait lieu de pointiller sur les 
termes. Qu'il se serve néanmoins du sien, si bon luy semble; je ne 



1 Mneid. lib. IV, v. a3. 
Suétone, Horalii poetœ vita. 

5 VAristippe fut dédié à la reine Chris- 
tine. 

4 Le copiste a mis panegyris, niais dans 
d'autres lettres il a écrit panegijric et pané- 
gyrique. Je crois donc pouvoir adopter cette 
dernière forme. Au reste, panégyrique n'était 
pas encore très-employé à cette époque, et 
Vaugelas, ne le trouvant ni dans Nicot ni 



dans Monet, déclara que c'était un mol 
nouveau. D'Aubigné, pourtant, comme l'a 
fait remarquer M. Littré, avait dit (His- 
toire universelle, t. II, p. â 87 ) : trnos fai- 
seurs de panegerics.» 

5 Le Dictionnaire de Trévoux cite, sous 
le nom de M"* de Scudéry, cette observation 
trop applicable au discours de son frère en 
l'honneur de Balzac : «Rien n'est plus en- 
te nuyeux qu'un panégyrique mal fait.') 



m: .11: \\ i.oiiis ci!!-/ DE 11 \i.z IC. 



97 



veux point user de mon droil et suis content de I u y donner pins que 
je ne luy ai promis. fay pourtant sujet de me plaindre <l<' ce privilège 
obtenu sans m'en advertir, vous ayanl fait [sçavoir], il y a |»lus d'un 
an, crue je luy voulois l'aire cession du mien. 

J'ay receu le mémoire <pie vous m'avez l'ait la laveur de m'en\o\er 
et l'ay mis entre les mains d'un homme qui a de bonnes habitudes 
au pais du Prieuré, ei qui m'a promis de nous y servir très fidellement. 
Vous pouvez croire que cette affaire m'est bien [dus chère que les 
miennes propres, et (pic quicquidvolovaldevolo, c'est-à-dire que Saint- 
Hilaire d'Hiers 1 m'est aujourd'buy l'archevesché de Tolède. 

Je vous envoyé une lettre pour nostre incomparable M r l'Huilier; 
elle avoit esté oubliée par le dernier ordinaire, et vous m'obligerez de 
la luy faire rendre seurcment. Je vous demande la mesme faveur pour 
une autre despesebe qui est importante, et je vous suplie qu'un de 
vos gens la porte au Collège de Navarre sur l'heure du disné, affin 
qu'il la donne en mains propres à celuy à qui elle est adressée. Un 
équivoque me faseberoit, et il sera aisé de l'éviter, parce qu'il n'y a 
point de plus célèbre pédant en tout le collège, ainsy qu'il me mande 
de luy-mesme -. Je vous baise très-humblement les mains et suis sans 
réserve, Monsieur, vostre, etc. 

J'ay escrit au petit par les deux derniers ordinaires, et luy ay en- 
voyé une lettre pour M me de Brienne 3 , jadis de la Ville-aux-Clercs. Je 



1 Un de ces petits bénéfices dont Tallemant 
des Réanx disait (t. III, p. 278) que Cha- 
pelain en avait plusieurs, ajoutant : n- Il court 
"après un petit bénéfice de cent francs. 71 

* Ce célèbre pédant, aujourd'hui si in- 
connu, était, comme nous l'apprend la lettre 
suivante, un certain Maury, qu'il faut peut- 
être identifier avec le poëte Jean Maury, 
mort en 1697. On a une lettre de Balzac 
(p. 54g) à M. Maury, docteur en théologie 
( 3o août i64o). Est-ce au même que Bal- 



zac avait écrit, le q3 octobre 1 636, pour le 
remercier de ses vers latins (p. k 1 8. A M. de 
Maury)? 

3 Le copiste a écrit Brière. Louise de 
Béon, fille de Bernard, seigneur du Masses, 
gouverneur de Saintonge, d'Angoulême et 
du pays d'Aunis, avait épousé, en i6q3, 
Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne. 
seigneur de la Ville-aux-Clercs, secrétaire 
d'État, l'auteur des Mémoires publiés pour 
la première fois en 1719 (3 vol. in-12. 

i3 



98 LETTRES 

croy qu'il vous aura apporté le reste de mou argent sur lequel vous 
lui donnerez, s'il vous plaist, ce que je vous ay prié de luy donner. 
Je veux croire qu'à présent vostre fluxion est au nombre des choses 
passées. 



XXIX. 

Du 29 febvrier i64i. 

A ce que j'apprens, l'épistre ad Menagium a donné l'allarme aux 
Hollandois et a troublé l'aime université de Leiden et Messieurs ses 
curateurs. Que ne fera-t-elle point quand elle sera publiée? et si le 
docteur Heinsius ' est assez téméraire pour \ respondre, DU boni, quel 
bon plat sera ce hachis de sa tragédie que nous promet M r de Sau- 
maise! J'attens cette célèbre Epistre, accompagnée de toutes les autre- 
pièces que vous me faites la faveur de me promettre. Mais, Monsieur, 
mon compliment à mondit sieur de Saumaise s'est-il perdu ? et n'a-t-il 
point sceu que j'av delà gratitude, ou, pour parler avec Grassot 2 , que 
je suis animal reconnoissant? Il me fascheroit qu'il creut le contraire. 
Du reste, je ne m'en mets point en peine et vous sçavez bien que je 
ne voudrais jamais qu'on respondit à mes lettres, de peur d'estre 
obligé aux répliques. 



Amsterdam). M™' de Brienne mourut le 
•>. septembre 1G67. Femme d'un secrétaire 
d'Etat . belle-tille d'un secrétaire d'Etat, elle 
l'ut aussi mère d'un secrétaire d'État ( Henri- 
Louis de Loménie). Balzac lui écrivait, le 
1 h décembre 1 644 (p. 58a ) : trll n'est point 
*rde lieu si reculé où la réputation de vostre 
" vertu ne soit arrivée. La voix publique 
ittn'ea vient entretenir jusques au désert, et 
•Houle la France est en cela l'écho de Paris. - 
Voir une autre lettre à U comtesse de 
Brienne, du 5 mai i645 (p. 672). 

1 Le copiste a écrit Heius. Heinsius ne 
répondit pas à la dissertation de Saumaise : 



Cl. Sahnam ad jEgid. Menaghm epiatola su- 
per Herode infanticida , Heinsii tragœdia, et 
censura Balzaci (Paris, V" Mat. Dupuis. 
iG44. pet. in-8°). Rappelons ici que la tra- 
gédie de Daniel Heinsius avait paru en 
i63a, que le discours critique de Balzac 
avait été publié en i636, et qu'enfin la ré- 
ponse de l'auteur avait vu le jour aussi en 
i636. 

' Jean Crassot, né à Langres, professeur 
de philosophie dans l'Université de Paris 
(au collège de Sainte-Barbe) depuis 1 587 
jusqu'en 1616, année de sa mort. On publia . 
en 1617. sa Logique (in-8°); en 1618, sa 



DE JEAN-LOUIS SUEZ DE BAL2 IC 99 

Ce M' Sarrau, dont vous me parles 1 , ne serohVil point beau-frère 
d'un des meilleurs e( |>lns chers amys quej'ay en ce monde, nommé 
M 1 de Morin, conseiller en la Chambre de l'Édil de Guyenne .' Il me 
semble que je l'aj ouy quelque fois nommer à ce cher amy; et, si ma 
mémoire ne B'équivoque, il esl de Bourgoigne, le lilz d'un secrétaire 

iln Mareselial de Biiotr 1 . Il ne faudra |>as seideinenl Iny donner un 



Physique (in-8°), et en 1619 son Corps de 
philosophie (a vol. in-/i"). IiC Naudceana de 
1701 (p. 11 3) dit: irM. Grassot est fort 
tf prisé en Italie.... Ce n'est pas sans raison 
••qu'il y esl loué hautement. Grassot a esté 
■ -un grand personnage., etc.» L'abbé de Ma- 
nilles (Mémoires, éd. de 1755, t. I. p. Go) 
i ilonné de singuliers détails sur ce profes- 
seur. 

1 Claude Sarrau, un des plus vertueux. 
magistrats et un des érudits les plus distin- 
gués du xvii° siècle, inter bonos optimus, in- 
ter doctos doctissimus , comme s'exprime son 
ami Jacques le Paulmier de Grentemesnil . 
dans Cl. Sarravii Epitaphium , en tête du re- 
cueil des Lettres de ce dernier (Ulrecht, 
i 697 ). J'ai réuni divers renseignements sur 
Sarrau et sur sa famille autour d'une Lettre 
inédite de Claude Sarrau, tirée de la collec- 
tion Dupuy et publiée dans la Revue d'Aqui- 
taine (1866, p. 390-399). Là j'ai cité un 
fragment d'une lettre très-élogieuse adressée 
par Balzac à Sarrau, ieao octobre i644, et 
imprimée à la page 04 1 du tome II de l'édi- 
lion de 1 665. 

' Le copiste a écrit Marins. Marie de 
Sarrau, sœur de Claude, sœur en même 
temps de cette marquise de Viliars qui paya 
de sa tête sa participation h la conspiration 
du chevalier de Rohan (167A), avait été 
mariée, le 18 octobre 1625, à François de 
Morin, seigneur de Tourtoulon, conseiller 
au parlement de Bordeaux et à la chambre 



de l'édilde (Juienne. lequel était lils de Jean 
de Morin, conseiller en la même cour, el 
de Catherine de Reyla. Balzac lui écrivit le 
9.0 février i630 (p. hih : A Monsieur de 
Morins, conseiller du Hoy en la chambre de 
l'édit, ù Agen). Une autre fois, Balzac le 
remercie (lettre sans date, p. 661) d'un* 
charge de muscat dont il dit : «C'est une 
f charge d'enthousiasme et d'inspiration que 
«vous m'avez lait la faveur de m' envoyer.» 
Enfin, Balzac parle de lui dans la lettre à 
Sarrau citée (note précédente): "Quand 
"M. de Morin ne vous seroitrien, et que 
«vous ne seriez pas le grand confident du 
«grand M' de Saumaise , vous avez des par- 
«ties essentiellement vostres, etc." 

3 La mémoire de Balzac s'équivoquait : 
Sarrau n'était pas de Bourgogne, mais 
d'Aquitaine, in Aquitania natus, dit Le' 
Paulmier. Claude Sarrau naquit très-proba- 
blement dans la maison paternelle située à 
Boynet, dans la commune actuelle deLaus- 
sou, près de Monflanquin (Lot-et-Garonne). 
Ce ne fut pas le père, mais bien le grand- 
père de Claude Sarrau qui fut le secrétaire 
du maréchal de Biron. Tous les deux por- 
tèrent le prénom de Jean et prirent le titre 
de seigneurs de Boynet (en Agenais). Le 
grand-père de Claude, consul de Monflan- 
quin, en 1610, fut anobli en 161 k pour 
services notoires rendus au roi et à l'Etat. 
(Papiers de famille conservés au château 
d'Arasse, prèsd'Agen.) 

i.'i. 



100 LETTRES 

exemplaire, mais il luy en faudra donner plusieurs, pour en envoyer 
quelques uns ad partes Infdelium, je veux dire en la contrée des Ba- 
taves, à M r Saumaise, à M r Gronovius et à M r Huygens, si vous le 
voulez; car je vous déclare, Monsieur, que le livre est à vous et non 
pas à moy; et je vous prieray d'en prendre une cinquantaine d'exem- 
plaires, pour les faire distribuer comme vous le jugerez à propos. 

Rocolet me parle d'un avant-propos et me menace là dessus d'une 
de vos ordonnances par vostre première lettre, à laquelle ordonnance 
je désobéis dès à présent, et vous suplie que ce soit le libraire qui 
parle, pourveu qu'il ne die rien d'impertinent. 11 ne faut point attendre 
mon intention, car en conscience mon intention seroit de supprimer 
le volume, et je seray bien aise qu'il passe dans le monde pour un 
fœtus expositus de vostre mélancolique amy. Si on met un avant-pro- 
pos, je ne pense pas qu'il doive s'estendre au delà d'une douzaine de 
lignes ou de deux douzaines pour le plus, et de istius modi prœfatutn- 
cuîœ scopo, in Ma ubi habitas rerum luce melius multo me et videbis et 
judicabis. 

Je vous envoiay, il y a huit jours, une lettre pour M r l'Huillier, la- 
quelle avoit esté oubliée. Je voudrois bien qu'elle le trouvast encore 
à Paris. Et, sans mentir, c'est un estrange homme de vouloir estre 
sénateur à Toulouse. Je ne m'estonnerois pas tant s'il y vouloit estre 
simple citoyen, ou s'il se venoit faire hermite à Balzac, car occupations 
pour occupations, celles de Paris doivent estre préférées à toutes les 
au! très. 

Je n'ay point de nouvelles de M r Mainard, et suis en peine de sa 
santé. Vous nous aurez bien fait la faveur de recommander les deux 
paquets qui vous ont esté adressés pour luy. Je vous ay aussy prié de 
faire rendre en mains propres à M r Maury une lettre que je luy ay es- 
crite, et ledit sieur Maury, comme je vous ay desjà mandé, est précep- 
teur du fdz de M r de Villemontée l , et loge au Collège de Navarre. 

' François de Villemontée, seigneur de de la Saintonge et de l'Aunis, de i636 
Villenauxe et de Montaiguiilon, maître des à 1661, conseiller d'État en 1657, puis 
requêtes en 1626, intendant du Poitou. évêque de Saint -Malo; mort en octobre 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 101 

Vous m'offensez de délibérer si vous me devez prendre au mol pour 
l'offre que je vous ay faite de vous faire tenir l'argent de vostre ferme 
à Paris. Je vous offre bien davantage, car je veux estre vostre fermier, 
si vous n'en trouvez point qui veuille traiter raysonnablemenl avec 

vous. 

Je suis de toute mon aine, Monsieur, vostre. etc. 



XXX. 

Du 7 mars ili'1'1. 

Monsieur, Que vous m'avez fait de plaisir de me destromper, et que 
je suis ayse de savoir que l'Evesque joueur de balon ' soit le véritable 
aulheur des Lettres d'Eusèbe! Je n'en avois leu que fort peu; mais ce 
fort peu m'avoit très peu satisfait et ne me sembloit pas digne de vostre 
amy de Béarn 2 . Je m'en estois mesme plaint, avec ma franchise de 
village, à son allié M. de Forgues 3 , et luy avois dit : Nollemfactum, et 
peut-estre quelque chose de pis. Mais un grand malheur pour moy de 
l'autre costé, c'est que ce bon prélat, dont le premier nom guérit de 
la fièvre quarte (yoealur si quidem Abracadabra) me menaça dernière- 
ment par un de mes amys, qu'il trouva je ne sçay où, de m'envoyer 



1670. Voir l'historiette qui lui a été consa- 
crée par Tallemant des Réaux (t. IV, p. 346- 
348). M. P. Paris a cité (p. 348) deux 
lettres écrites par Balzac, en juillet i64i et 
en avril i64a, à Villemontée. Beaucoup de 
lettres de cet intendant sont réunies dans les 
volumes du fonds français qui renferment 
la correspondance du chancelier Seguier. 

' Tallemant des Réaux , dans l'historiette 
intitulée L'esprit de Montmartre et Raconis 
(t. V, p. go), dit, au sujet de févêque de 
Lavaur : «Une de ses plus belles qualitez 
*estoil de bien jouer au ballon. 1 Chapelain 



était bien mal informé; il avait sans doute 
confondu V Examen et Jugement du litre de 
la Fréquente communion avec les Lettrex 
d'Eusèbe. 

s Pierre de Marca naquit, le 3 4 janvier 
i5p,4 , àGan, petite ville située à deux lieues 
de Pau. 

3 Bernard de Forgues , à qui Balzac écri- 
vait, le 7 mars i634, en l'appelant mon 
cher cousin, et qui alors commandait une 
compagnie en Hollande (p. 279), avait, 
comme je l'ai déjà dit , épousé M"' de Cam- 
paignole. 



103 LETTRES 

plusieurs volumes de sa façon, entre lesquels vraysemblablement 
doivent estre les Lettres d'Eusèbc 

Me miseram ! toi eoim pestes et dira venena 
Hoslibus eveniant talia dona meis'. 

Ce sont vos présents, Monsieur, qui véritablement m'enrichissent 
et après lesquels je soupire, et pour lesquels je pesteray, si le messager 
est si cruel que de les laisser à Paris ou par les chemins. Le plus dé- 
siré de tous viendra le dernier, et, à mon advis, nous ne verrons pas 
si tost le livre de M. Arnaud t. Quoyque son esprit soit d'une rapidité 
incroyable et qu'au mérite des grandes choses qu'il sçail faire il sçachc 
encore ajouster la grâce de les faire promptement; néanmoins je ne 
luy conseillerois pas de se haster pour ceste prochaine campaigne; et 
le Père Petau, qui est le Saumaise catholique, mérite bien que Ion se 
prépare et qu'on ne laisse rien au logis, quand il faut marcher contre 
luy. Je vis hier le tiltre de trois gros volumes dudit Père Dogmalum 
thrologicorum 2 , el tombay par hazard sur un chapitre dans lequel il 
traite cruellement Monsieur mon juge, l'auteur de l'épistre ad Mena- 
ffium 3 . Mandez moi, je vous prie, quel est le sentiment des doctes, et 
ce que croit l'Académie Puteane i de ces trois volumes. Le nostre 



' Ce pentamètre, souvent cité, est une 
réduction de l'hexamètre d'Ovide ( Epi- 
stola XVI, Paris Ilelenœ , v. a 18) : 

Hostibus eveniant convivia talia nostris. 

On retrouve Yhostibus eveniant talia dona 
mets dans une lettre de Balzac à Chapelain 
du i5 avril 1637 (p. 7^). 

' Le premier volume de cet ouvrage resté 
inachevé parut à Paris (in-fol.) en i64i. Le 
cinquième volume parut en i65o. On a 
réimprimé cette encyclopédie théologique à 
Amsterdam en 1700 (3 vol. in-fol.), à Ve- 
nise en 1745 (3 vol. in-fol.), à Venise en- 
core en 1707 (7 vol. petit in-fol.) . enfin à 



Rome en 1867 et années suivantes (gr. 
in-4"). 

3 Saumaise. avec lequel Petau avait eu 
déjà une violente querelle au sujet de quel- 
ques notes de l'édition donnée par le jeune 
érudit bourguignon (16-22) du De pallio 
de Tertullien. ( V oir les Mise ellaneœ e.rercita- 
tioues adversus Claudium Salmasium.) On re- 
grette d'avoir à le dire . Saumaise et Petau 
restèrent ennemis irréconciliables toute leur 
vie. 

4 Balzac a souvent parlé et toujours avec 
les plus grands éloges, de la docte assemblée 
qui se tenait, sous la présidence de Pierre 
et de Jacques Dupuy d'abord à la biblio- 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC 1<>3 

adoptif n'est point pour grossir le naturel, car ce seroni des volumes 
séparés, bien qu'ilzse puissent relier ensemble. Et au reste, Monsieur, 
je ne suis pas le premier honneste bomme faiseur de Recueils. Il \ en 
a devant nmv et des Empereurs ' el des Patriarches de Gonstantinople s 
qui ont fait la mesme chose. Henry Estienne a fait un Recueil des Ha- 
rangues des Historiens', des fragmens des anciens Poêles 4 , ci oatera. El 
la nouveauté mesme ae manquera point à nostre Recueil, non plus 
qu'à cette belle saison que nous attendons après Pasques, et « | ti «* nous, 
nos pères el nos grands pères, avons veu si souvent sans nous en l'as- 
cher. Je voulois en dire davantage, mais on me tire d'icy. C'est, Vlon- 
sieur, vostre, etc. 



thèque du président de Thon, ensuite à la 
bibliothèque du Roi. Dans une lettre à Luil- 
lier, un des initiés, il disait, le a 3 novembre 
1 630 , de la célèbre Galerie (page '101 du 
tome I des Œuvres complètes) , qu'elle n'était 
pas «seulement pleine des plus nobles dé- 
«pouilles de l'Antiquité, » mais qu'elle «était 
«habitée par toutes les grâces du siècle pré- 
«sent et par toutes les vertus sociables et 
«civiles. h Peu de temps avant sa mort . Bal- 
zac, écrivant à Jacques Dupuy, le 17 avril 
i65a, glorifie encore (Actes de l'Académie 
île Bordeaux , 1862, p. 5oi) le célèbre ca- 
binet, et ajoute spirituellement que son So- 
crate «ne veut pas d'autre Prytanée que 
«celui-là. « Voir, au tome 1" du La Bruyère, 
publié par M. Gustave Servois dans la col- 
lection des Grands écrivains de la France, à 
l'appendice (p. 566-548), une note sur ce 
cabinet, avec renvoi, pour de plus amples 
détails, à la vie de Pierre du Puy, par 
Rigault. à la préface du catalogue de la bi- 
bliothèque de Thou, par Quesnel, à la cor- 



respondance d'Ismaël Bouilliau, conservée 
à la Bibliothèque nationale. 

1 Balzac (ait sans doute allusion à I em- 
pereur Constantin VII , surnommé Porphy- 
rogénète, mort en 959, qui ne rédigea 
pas, mais qui lit rédiger une espèce d'en- 
cyclopédie où l'on recueillit, sous divers 
titres . tout ce qu'offraient de plus remar- 
quable les compositions historiques des an- 
ciens , et dont on n'a plus que quatre sec- 
tions : des Ambassades , des Vertus et des 
Vices, des Sentences, des Embûches. 

2 Pholius, dont la Bibliothèque si pré- 
cieuse n'a encore trouvé en France aucun 
traducteur, et dont il n'a pas même été pu- 
blié d'édition parmi nous depuis l'incorrecte 
édition de Rouen ( 1 653 , in-lbl.). 

1 Conciones, sive orationes , ex grœcis la- 
tmisque hisloricis excerptœ. Excudebat IL Ste- 
pliamis (îbjo . pet. in-fol.). 

4 Fragmenta poetarum veterum tatino- 
rum. Anno i56i. Excudebat H. Stephamts , 
in-8°. 



■104 



LETTRES 



XXXI. 

Du ih mars îWiti. 

Monsieur, J'ay leu l'imprimé et le manuscrit que vous m'avez fait 
la faveur de m'envoyer, et vous ne doutez pas, je m'asseure, que je 
n'aye leu l'un et l'autre con gralissimo gusto. La vie du [Servite] est 
Asiatique, mais elle ne laisse pas d'estre belle : les digressions m'en 
plaisent, et le superflu ne m'ennuye point. Je vous prie seulement que 
je sçache si elle est escrite de bonne foy, et si le Maestro Fulgentio 
n'a point esté le Philostrate de son Apollonius. Fama est que M r le 
Prince se vante de l'avoir tué par la seule force de ses parolles , juxta 
illud Isaiœ prophetw : Il occirn le Meschant par l'esprit de ses lèvres*. Je 
douterois bien autant de cecy que de l'endroit le plus difficile à croire 
qui soit dans toute sa vie, et cette éloquence homicide est un don 
du ciel si rare, que la terre n'en a point ouy parler depuis que les 
Apostres n'y sont plus. 

Richer 2 est nommé deux fois entre les correspondants que le Père 
avoit deçà les Mons; Richer autem estoit un homme très médiocre et 
qui se mesloit d'escrire en latin, mais non pas sans faire des solecismes 
et donner mains soufflets à Priscian 3 , ut Mi olim in Curia Parisiensi et 
ante ora fratrum objeclum est à Georgio Crittonio 11 . Mais qui est cet aultre 



1 Chap. II, verset h. On a traduit moins 
iitte'raleraent ce verset en ces mots : ifL'im- 
wpie s'évanouira devant le souffle de sa 
* bouche.» 

1 Edmond Richer, docteur en théologie 
de la Faculté de Paris, d'abord professeur 
au collège du cardinal Lemoine, puis prin- 
«ipal (i5p,&) de cet établissement, auteur, 
entre autres ouvrages, d'un petit livre qui 
lit grand bruit (1611) : De eccksiastica et 
politica potestate. Voir, sur Richer, dans le 
Moréri de 1769, un article rédigé d'après 
les mémoires manuscrits de l'abbé Goujet, 



qui résume très-bien tout ce que nous ont 
appris du biographe de Gerson Adrien 
Baillet, Ellies Dupin et Niceron. Voir, de 
plus, de curieux détails dans les Mémoires 
du cardinal de Richelieu (collection Michaud 
et Poujoulat, t. XXII, p. i36). 

3 Priscianus, l'auteur de Commentario- 
rum grammalicorum lib. XVIf. 

4 Le copiste a écrit Crislonio. Georges 
Critton, après avoir été professeur de droit 
à Toulouse , fut professeur de grec à Paris , 
au Collège royal. Il mourut le 1 3 avril 1611. 
On cite surtout ses notes sur X Anthologie 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE B U.Z \c. 105 

ultramontain nommé PomeHoM Pour l'Ecbassier, je l'âj \<'u aultre 
lois (estant petit garson) chez les libraires de la nie S 1 Jacques, «'i il 
me souvienl qu'il régnoil en ce païs là, el que je prenois grand plaisir 
de rescooter -. 

Reste à vous demander dos nouvelles du véritable Israélite M' Per- 
pot s , et vous me ferez sçavoir : un ait gentilis optimi et ioetisrimi rmlri 
il' IWoncour 4 , qùem ego foeio plurimi, et par est, et majorem in modumdi- 



(t584, iii-4° ) cl son Eloge funèbre de Ron- 
sard (i586, in-4°). Voir sur Critton Mo- 
réri, Niceron, Baylc(avec additions de Le- 

cli'ir •'! de ,lnl\ ). cl priueipalemcnl Goujel 
( Mémoire historique et littéraire sur le Collège 
royal de France, t. I. p. 5o3-536). 

1 Je suis obligé de répéter la question de 
Balzac: «Mais qui est cet aullro amy ultra- 
-nmntain nommé PomeHo?» 

- Jacques Leschassier, lils de Philippe 
Leschassier, secrétaire du roi, né à Paris en 
i55o, mort en i(>a5, d'abord avocat au 
Parlement, puis substitut du procureur gé- 
néral, eut une grande réputation comme 
jurisconsulte. Ses nombreux opuscules sont 
énumérés dans le Dictionnaire de Moréri. On 
en a fait un recueil (Paris, 16/19, 1 vol. 
in-4"; nouvelle édition, Paris, i65a). Voir 
l'Avertissement qui est en tête de ce recueil 
et aussi le Journal de Pierre de L'Estoile, 
ainsi que les Vies des plus célèbres juriscon- 
sulte* de Taisand (1737). 

3 Perrot (François), seigneur de Mé- 
zières, adversaire, comme Jacques Leschas- 
sier, de la cour de Rome. Il composa en 
langue italienne un écrit satirique intitulé : 
Aviso piacevole dato alla bella Italia, du un 
nobile giovane francese , etc. (i586, in-4°). 
écrit que réfuta Bellarmin. Perrot, qui passa 
une partie de sa vie en Italie, y fut très-lié 
avecFra Paolo. Il a reçu les éloges de Louis 
de Mazures en ses poèmes latins, d'Hubert 



Langue! en ses lettres à Philippe Sidney. 
de Liques, en sa vie de Pli. de Mornay, sei- 
gneur du Plessis (Perrot traduisit en italien 
le traité de la Vérité de la religion chrétienne . 
de ce théologien protestant , Saumur, 1612). 
de Golomiez en sa Bibliothèque choisie, etc. 
Les Italiens, dit le Moréri de 1759. en fai- 
saient une estime particulière, le traitant 
ordinairement de vrai Israélite, à cause de 
sa candeur et de sa débonnaireté. 

1 François Perrot appartenait à la même 
famille que Nicolas Perrot, seigneur d'Ablan- 
court, né à Chàlons-sur-Marne, en 1606. 
reçu dans l'Académie françaiseen 1 G37, mort 
en 1666. Voir, sur d'Ablancourt. Tallemant 
des Réaux, le Menagiana, Niceron, Bayle et 
les remarques de Leclerc et de Joly, l'abbé 
d'Olivet, la France protestante, mais surtout 
la notice biographique rédigée par Olivier 
Patru , l'intime ami du traducteur de Quinte- 
Curce (Œuvres, t. II, édition de 169a, 
p. 334 et suiv.). Nous nous souvenons 
d'avoir vu le testament (que nous croyons 
inédit) de Perrot d'Ablancourt dans le vo- 
lume 217 de la collection Baluze, dite des 
Armoires, à la Bibliothèque nationale. Bal- 
zac adressa d'assez nombreuses lettres à 
d'Ablancourt (le 7 mars 1 635 , p. 53a. le 
h juin i643, p. 544, lettre qui contient un 
éloge démesuré de la traduction de Tacite; 
le 5 juin i645, p. 61a), etc. Il disait de 
lui . dans une lettre à Chapelain du G juillet 



106 LETTRES 

ligo. Je vous conjure, Monsieur, de l'en asseurer efficacement et de luy 
dire qu'au premier jour il verra des marques publiques de cette pas- 
sion et de cette estime. 

J'ay receu la lettre de M 1 ' de Saumaise, très longue et très obligeante, 
et à laquelle je respondray lorsque je luy envoyeray un de mes livres. 
Mais je n'ose vous parler de l'impression. Le nombre des fautes que j'y 
;iy trouvées est incroyable, et je suis extrêmement fasché que ces 
faquins d'imprimeurs vous ayent donné tant de peine, pour faire pis 
qu'ilz n'eussent fait, s'ilz n'eussent point eu un si grand et si illustre 
directeur que vous. Sans parler de la ponctuation mal observée, et qui 
en beaucoup d'endrois gaste le sens, il y a plusieurs mots oubliés et 
quelques fois une demie ligne, principalement dans les trente der- 
nières feuilles. 

Vous aurez veu par ma dernière despesche et par un extrait de 
lettre que je vous ay envoyé, en quels termes on parle à Saintes du 
revenu de vo6tre prieuré. Nous employerons tout nostre crédit et toute 
nostre industrie pour vous faire avoir contentement. Je ne vous escrivis 
jamais si à la haste. 

C'est. Monsieur, vostre, etc. 

Je voudrois bien que le carton qui a esté osté de l'épistre ad Mena- 
gium ne se vît point. Faites en sorte que ledit Menagius prenne ce 
soin pour l'amour de vous; car souvent les libraires sont des paresseux 
ou pour le moins les relieurs, si on ne donne du canif dans tous les 
exemplaires. Une autre fois nous parlerons de la doctissime disser- 
tation. 



iti3() (p. 7g3) : irC'est un homme capable alors attendu; une autre à Conrart, du 

rrde tout ce qu'il voudra entreprendre, à quy 25 avril i648 (p.870); uneautre au même, 

«j'ay donné mon cœur et mon estime, et du 7 octobre 16/19 (p. 875); une autre en- 

trqui ne sera pas oublié en nos entretiens.» fin (toujours au même), du 10 décembre 

Voir encore une lettre au même, du 3o août i65o (|). 893). • 
de la même année (p. 295), sur le Tacite 



DE JE IN-LOUIS (.1 EZ DE BALZ IC. loT 



Du g i mars l 64 i. 

Monsieur, J'aj eu le cœur blessé de la nouvelle que vous m'avez 
escrite avec douleur, et mettant l'amitié à part à laquelle je suis très 
sensible, je vous avoue que je souffre encore quand on Eail brèche à 
la liberté publique, et que l'autborité vont opprimer la rayson. Quel- 
que bonne que soit la cause de nosfre amy, cet envoy ou celle citation 
à Home ne doit guères plaire à un homme de l'Église Gallicane, qui 
a ses affaires et ses livres à Paris 1 . Eu cecy néanmoins on l'ait plus de 
plaisir à Rome que Rome ne luy fera de mal. Je la comiois un peu et 
les maximes qui la gouvernent. Elle rapporte tout à sa grandeur et 
sait tirer avantage des moindres choses. Elle sera ravie de la défé- 
rence filiale de la Reine, et songera bien plus à l'humiliation des 
Evesques ultramontains qu'à la censure de M* Arnaut. Le pis que vous 
appréhendez pour luy n'a point de lieu en une affaire de cette nature, 
puisqu'elle [ne] choque ny l'infaillibilité, ny l'omnipotence deceluyqui 
s'appelle nostro Signore, à l'exclusion de Jésus Christ. Ce sont là les 
redoutables Mistères du Vatican; pour les autres, on ne fait que s'en 
jouer, et le véritable pis (?) qui arrivera à nostre excellent docteur 
est qu'il peut perdre beaucoup de temps dans les longueurs du procès, 
et que le [public] pâtira de cette perte. Je ne doute point qu'outre 
cela on ne luy ferme la bouche et qu'on ne luy lie les mains pour l'em- 
pescher de combattre son antagoniste le père Petau, qui devoit estre 
envoyé à Rome aussy bien que luy, puisqu'il est sa principalle partie, 
et que la question n'est pas décidée; et en ce cas là, Monsieur, le pro- 



' On lit dans le tome 11 de Port-Royal tr d'aller. à Rome défendre son ouvrage de- 

(p. 1 85 ) : ce Au plus fort de la controverse rvant le tribunal de l'Inquisition.» Pour de 

rtqu'excilait Je livre d'Arnauld (mars 16/1/1), nombreux détails sur cet incident, voir la 

«■ils (les jésuites) parvinrent h circonvenir Vie de messire Antoine Arnauld (1783, 

cassez la Reine régente et te cardinal Ma- p. 2/1-38). 
'•zarin , pour que l'ordre fût donné à l'auteur 

■ '.. 



108 LETTRES 

cédé de la Reine eut esté loué de tout le inonde; et Regina Juno pari à 
nobie elogio cehbrarelur ac Rex Jupiter, dequo dictum est: 

Rex Juppiter omnibus idem '. 

Au reste, n'ayez point peur que je vous brouille avec mes amys les 
Révérends Pères. Je suis le plus retenu et le plus discret de tous les 
hommes, quand il s'agit de vous alléguer. Ce n'est que pour moy que 
je suis téméraire, violent et estourdy, et quoy qu'on croye en toute 
nostre province que lesdits Pères soient mes gouverneurs, je n'ay pas 
laissé de les gourmander comme des marauds, sur le sujet de leur 
querelle avec mon amy, et leur en ay dit de vive voix beaucoup plus 
que je ne vous en ai escrit dans mes lettres. Ainsy je me moque au 
village de vostre moralle de la Cour. J'ayme mon aigreur et mes amer- 
tumes, et ne voudrois pas les changer pour tout le miel et pour tout 
le sucre de vos Vaugelas et de vos Voitures. Voilà suffisamment res- 
pondu à la fin de vostre lettre, c'est-à-dire à l'article qui me pressoit 
davantage. Remontons au commencement et disons quelque chose de 
l'invincible Saumaise. Je suis absolument de vostre advis : ou le doc- 
teur Heinsius a l'esprit ladre, ou il sentira les coups de fouet qu'on 
luy a donnés et ne se tiendra point au traité de paix. Mais je m'es- 
tonne que ledit traité n'ait esté avantageux puisque M r le Ministre 
Hivet en a esté le médiateur 2 . Ce faquin fait profession publique de 
me vouloir mal (sans aucune sorte de fondement) et ne s'est pas con- 
tenté de me dire des injures dans quelques mauvais livres qu'il a faits, 
mais sa haine a passé jusques à un frère qu'il a en Saintonge, Ministre 
de Taillebourg 3 , qui m'a voulu injurier aussy bien que luy, ut tnihi 



' Virgil. Mneid. X, 112. 3 Guillaume Rivet de Champvernon, ca- 

J André Rivet, célèbre théologien pro- det d'André, mort ta même année que lui. 

testant, mort le 7 janvier i65i. La France On mentionne trois ouvrages de polémique 

prolestante a donné la liste complète de ses de ce pasteur de Taillebourg, et on lui en 

très-nombreux ouvrages. M. Michel Nicolas, attribue généralement quatre autres encore. 

dans la Nouvelle Biographie générale, a cité Voir sur lui l'article de M. M. Haag et celui 

les principaux. de M. Michel Nicolas.. 



DE JEAN-LOUIS QUEZ DE BALZAC. 109 

maledicere jam illis su gentilitium. L'un et l'autre Boni deux chétifs en- 
nemys el avec lesquels je n'a\ garde de me commettre, quand je sçau- 
rois faire des Diatribes encore plus viste que ne les lait M' de Saumaise. 
Je ne sçw que vous dire de mon livre, car ne le dédiant à per- 
sonne, el l'advertissemeni du libraire faisant sçavoir «j m- ce sonl 

pièces recueillies par luy, pensez-VOUS qu'il faille qu'on lace des pré- 
Ben 8 en h HDiii ? De hoc ampHus deîiberandum, el, nous aurons assez 

de temps pour cela, le livre ne pouvant point eslrc publié devant les 
lestes de la Pentecoste. 11 y aui'oit pour le moins douze feuilles en- 
tières à refaire, niais je nie contente de la moitié, avec protestation de 
ne me plus lier à la diligence de Rocolet, ny au soin de son parent. 
Quand un mesme mot est répété dans une période, il pense gaigner 
beaucoup de sauter tout d'un coup jusqu'au dernier, une ligne ou une 
ligne et demie entre les deux. Outre quatre ou cinq fautes notables 
de cette sorte, pour la correction desquelles je fais refaire les cartons, 
il y en a plusieurs autres que je laisse, pour ce que par liazard il s'j 
trouve quelque sens, et que je ne veux point (sans nécessité) donner 
des corvées 1 à un homme qui (avec beaucoup d'innocence) me donne 
tant de chagrin. 

J'iray demain à Angoulesme pour conférer avec l'amy qui doit estre 
employé dans vostre affaire et qui a de si bonnes habitudes à Saintes, 
à Bvouage et à Marenes qu'on n'en sçauroit en avoir de meilleures. 11 
est très intelligent, très fidèle et très bon amy. Il est Jésuitte de plus; 
mais ne vous en allarmez pas, s'il vous plaist, car il n'est pas de ceux 
que j'ay gourmandes. 

Je vous recommande le petit Bonair et vous prie de luy faire 
prendre mon petit présent, affin de l'encourager pour l'avenir. J'attens 
le Minutius 2 , la Diatribe De Hellenistica 3 , et ne sçay pas pourquoy vous 

1 Le copiste a ëcrit courvée, ce qui est s Le copiste a écrit Minutin. 11 s'agit là 

une faute de lecture, car Balzac s'est servi du Minucius Félix, de Rigault, qui avait 

dans ses lettres imprimées de la forme cor- paru l'année précédente (in-6°). 

vée, ainsi que M. Littré l'a rappelé (à ce 3 C'est la dissertation de Saumaise : De 

mot) dans son Dictionnaire. hellenistica commentarius , pertraclans origi- 



Ho LETTRES 

oubliez celle de Scstcvliis. de Jean Federic', pour lequel je vous en- 
\o\a\ une lettre il y a quelque temps. 

.le cours la poste en vous escrivanl et ne vous garentis point la 
pureté de mes escritures. Solécisme, barbarisme, impropriété, je vous 
demande grâce et abolition de tout cela. Aymez-moy, puisqu'avec 
mille défauts et mille, imperfections je suis plus qu'homme du monde, 
Monsieur, vostre, etc. 

\uus me ferez bien la faveur de faire en sorte, par le moyen de 
M r Ménage, que le carton changé de l'Epistre Salmasienne soit changé 
en tous les exemplaires qui se débiteront. Pour les vostres, il faut 
prendre garde qu'eu corrigeant les vieilles fautes on n'en face de nou- 
velles, qvodnon raro evenit. 



XXXIII. 

Du 2 5 mars j 6'i i. 

Monsieur, La guerre de nostre amy fait autant de bruit que celle 
des deux couronnes, et les Novellans spéculatifs n'en parlent et n'en 
raisonnent pas moins. Outre ce que j'en ay appris de voslre lettre, j ay 
veu d'estranges relations sur ce sujet, et seroit-il possible que le Rec- 
teur de l'Université, dans la harangue qu'il a prononcée devant la 
Revue, eust reproché aux Révérends Pères les parricides des Roys; 
eus! appelé leur Société la mère et la nourrice des monstres 2 ? Bona 
verba, sapientissime Domine, magister noster . Disputez ad extremum potenliœ 

nés et dialectos linguœ grœeœ (Leycle, 1 643 , traité De sestertiis, attaqué par Saumaise. 

in-12). La même année. Saumaise publia fut défendu par Jean-Frédéric dans deux 

encore (ibirl. et dans le même format) : dissertations spéciales (Leyde. 1661 et 

Futms linguœ hellenisticœ. 166/1). 

' Ile sestertiis, sive subsecicoi-um pecuniœ s Ce fut le îa mars que le recteur de 

ncteris grœcœ et roiminœ libri IV (Deventer. l'Université harangua la reine de façon à 

1660. in-8"; Amsterdam. i656, in-8°; l'offenser, tant il attaqua violemment les jé- 

Leyde, 1671. in-h°. édition augmentée par suites. Voir la Vie déjà citée d'Antoine Ar- 

|e Lils de l'auteur. Jacques Gronovius). Le nauld, p. 25. 



DE JEAN-L0BI8 GUEZ DE BALZAC. III 

(comme « > 1 1 paiie au pais latin) pour les libertés el privilèges de 
l'Église Gallicane; soustenez qu'il n'esl pas de la dignité de I Estai 
qu'un François aille plaider à Rome; dittes, si vous le voulez, Non 
cedei frisin Gallica Italiao BupercHio : j'en demeure d'accqrd avec voua; 
mais en grâce ne désenterrez point les questions mortes, ne remuez 
pas les matières odieuses; ne touschezpoini aux vieilles pierres de scan- 
dale du temps de la Sainte Ligue. Et, dans celle Gèvre frénétique des 
esprits, la Sorbonne n'a pas esté pluaeage que les Jésuittes. J'ay leude 
si s thèses, criminelles de leze Majeslé, et frère Clément a esté cannonisé 
par Messieurs vos maistres, aussy bien que par nies Révérends Pères. 
Le monde s'est guéry depuis ce temps là, et nouvellement n'a-t-on pas 
veu plus d'un Loyolite, enneiny par escrit de l'Empereur et du lio\ 
d'Espagne, partisan du grand Arnaud et passionné pour la gloire du 
lîoy de Suède? Sed de lus hactenus, voire haclenissimus avec la permis- 
sion de Priscien, aflin que celle crambe 1 soit tandem aliquando desservie 
et que vous ne preniez pas la peine de m'en dire un seul mot par 
vostre response. 

Je n'ay point assez de foy pour croire les six mille livres de pension. 
On peut les faire espérer, on peut les promettre, on peut les payer la 
première année. Mais sans doute le publicain ne persévérera pas dans 
celte belle chaleur pour les Muses, et le docteur sera mal conseillé 
s'il s'embarque sur la parole d'un trompeur juré, et s'il quitte la place 
de Scaliger pour celle de Gasaubon 2 . N'avez-vous pas veu les plaintes 
elles lamentations sur sa pension que cestui-cy fait dans ses Épistres 3 , 



1 Allusion au vers i52 de la satire VII 
de Juvénal : 

Occidit miseras crambe repetila magistros. 

2 Le docteur dont il s'agit est Saumaise , 
qui occupait alors à Leyde, je l'ai dit, la 
chaire de Joseph Scaliger, et auquel connue 
on le voit ici, l'on avait offert à Paris la 
chaire d'Isaac Gasaubon. 

3 h. Casauboni Epistolœ (Rotterdam, 
1709, in-fol.). Cette édition, à laquelle a 



présidé Janson d'Almeloveen, est la troi- 
sième : elle contient 3oo lettres de plus que 
la seconde, et, en tout, n'en renferme pas 
moins de 1,100. On se souvient sans doute 
des réclamations adressées par Gasaubon à 
Sully, des refus non adoucis du terrible 
surintendant des finances [iniquissimus quœs- 
lorum prœfectus, comme l'appelle Gasaubon . 
Ep. GGXXV) et de la gracieuse intervention 
de Henri IV en faveur du grand érudit. 



112 LETTRES 

et la prose et les vers de 'et de Passerat 2 , qui mandient le 

payement de leurs gages, qui pestent sans cesse contre la cruauté 
de leur siècle, qui protestent qu'il vaut bien mieux estre maquereau 
ou bouffon à la Cour de France que professeur du Roy m inclita Aca- 
demia Parisiensi? Au reste, l'interest de ces Messieurs me fait souvenir 
du mien et m'oblige de vous demender pourquov, à la fin de Mars. 
on n'a point encore fait lestât des pensions de l'année passée, ou, s'il 
est fait, pourquoy le petit ne m'en parle rien. Je me sers de Juy en 
mes affaires de Cour, et pourrois me servir d'un autre qui a bien plus 
de crédit et plus d'intelligence que îuy, et qui s'est offert plusieurs fois 
à moy sans avoir d'autre pensée que de me servir, et sans aucun par- 
ticulier interest. Le Père Recteur attend son frère dans deux ou trois 
jours. En ce cas là je seray porteur de la lettre que vous luy escrivez: 
et ne doutez pas , je vous prie , que je ne leur recommande vostre affaire 
un peu plus fortement que si ma vie et mon bonneur dépendoient de 
vostre affaire. L'avertissement au lecteur est très-bon, et je vous en 
remercie de tout mon cœur. Reste à refaire les cartons et à corriger 
avec la plume les endrois dont j'ay envoyé la liste au sieur Rocolet. de 
qvo apud tesœpius questus sumel queri porro non desinam. 

Ni duri capitis moles et cornea fibra 
Praeceptis . Capelane , luis atque arle dometur. 



' Je ne sais par quel nom remplacer le 
nom illisible qu'a tracé le copiste, tous les 
poètes et tous les prosateurs du xvi' siècle 
et de la première moitié du xvn c ayant eu à 
se plaindre de l'irrégularité du service de 
leurs pensions. Peut-être faut-il lire Dorât. 

1 Jean Passerat, professeur au Collège de 
France, spirituel et aimable poë!e. mort le 
ik septembre 1602. Voir sur lui l'abbé 
Goujet, M. Sainte-Beuve, M. Charles La- 
bitte (en tête de son édition de la Satyre 
Wénippée), M. Louis Lacour (/. Passerat, 
chapitres inédits , précédés d'une notice sur sa 
ne, Paris, i856, in-8°), M. Charles Du 



Guerrois (Jean Passerat , poêle et savant, 
Paris, 1 856 , in-8°). Balzac, dans une lettre 
déjà citée à M. deMorin (p. 661), rappelle 
que Passerat garnissait sa bibliothèque de 
bouteilles, et qu'il les y rangeait en ba- 
taille. De nombreux témoignages conûrment 
le témoignage de Balzac : je n'en invoque- 
rai qu'un, celui du Journal de l'Estoile, où 
nous lisons (p. 338 de l'édition de M. Cham- 
pollion) : crAyant perdu la vue avant que 
rde mourir de trop estudier, et aussi (disent 
cr aucuns) de trop boire : vice naturel à ceux 
rrqui excellent en l'art de poésie, comme 
n-faisoit ce bon homme...- 



DE IE \ \ LOUIS GUEZ DE BALZAC. 113 

Vous ne m'avez poinl fait sçavoir si M' Rigaul esi à Paris, irj si 

M 1 Sarrau ' est. beau-frère de M' <le Moriii. 

Ergone* aulicœ artea tir summa virlute triumphabunl? Kl l'envie Bera- 
l-elle assez furie pour désarmer celle souveraine vertu, pour rendre 
inutile le héros de la rare de nos Dieux, le héros de mon discours à la 
Heine? 

Que pensez-vous du procès que Monseigneur son frère 3 a intenté 
contre nostre princesse au feint de safran? Mais comment le plus noble 
el le plus généreux de tous les espris' 1 peut-il avoir un attachement 
si particulier à la plus avare de toutes les créatures, ne t/ititl amplius 
êicom*! Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



XXXIV. 



Du 4 avril 166/1. 



Monsieur, Je ne suis pas hors d'inquiétude, mais je serois bien plus 
en peine que je ne suis, si vostre lettre qui m'a appris vostre mal ne 
m'en promettait la guérison. Elle me parle en termes si affirmatifs de 
cette prochaine guérison, et vous avez une telle connoissance de vous 



' Le copiste n'a pas manqué d'écrire 
Sarran. 

" Le copiste a écrit Egone. 

3 Ne faut-il pas lire son père, c'est-à-dire 
le prince de Condé, lequel, à cette époque, 
comme nous l'apprennent les Mémoires de 
M"" de Motteville (édition Riaux, t. I, 
p. 181) ttavoit de grands différends à de- 
T mêler 1 avec la duebesse d'Aiguillon, rcla 
s princesse au teint de safran ?» Voir encore 
sur ce procès, le Journal d'Olivier Lefèvre 
d'Ormesson (t. I, p. 1 83 , 3oa), et dans 
les Lettres de Guy Patin (t. I, p. 3-2 h) une 
lettre du 8 mars i66i, où l'on voit que la 
duchesse d'Aiguillon relâchant d'avoir com- 
ir position, a offert deux cent mil livres au- 



irdicl prince, qui ne veut pas boire à si 
b petit gué. s 

4 Chapelain. 

5 La haine de Balzac contre Richelieu 
s'étendait jusque sur la nièce du cardinal 
( Marie-Magdelaine de Vignerot, dame de 
Combalet, puis duchesse d'Aiguillon). Cette 
pauvre femme a été cruellement calomniée 
tant par Balzac que par Tallemant des 
Réaux, et, par exemple, bien loin d'être la 
plus avare de tontes les créatures, elle em- 
ploya presque toute sa fortune à soulager 
les pauvres et à fonder des établissements 
charitables, comme Fléchier l'a rappelé dans 
son oraison funèbre , et comme on l'a redit 
dans la Biographie universelle. 

i5 



114 LETTRES 

mesme, que je veux croire que vous aurez pris vos mesures justes, et 
n'aurez pas gardé le lit plus de quatre jours. Mais, puisque le Caresme 
vous traite si mal, que ne vous en plaignez vous à la souveraine mais- 
tresse du Caresme et vostre bonne mère? Pourquoy n'usez-vous de la 
bonté de l'Église, qui ne demende rien d'injuste ny d'impossible; qui se 
contente de l'obéissance et de la submission de ses enfans; qui ayme 
bien mieux des hymnes et des cantiques d'un grand poète comme 
vous, que des jeusnes et des abstinences d'un corps délicat et foibb? 
comme le vostre? 

J'ay receu avec vostre lettre celle que le Gombaud de Paris 1 escrit 
au Gombaud de Xaintes, auquel le Gombaud d'Angoulesme la fera tenir 
seurement. Mais ce que vous désirez d'ailleurs estoit fait avant que 
j'eusse receu vos ordres, et vous verrez, parle duplicata du billet dont 
j'ay accompagné vostre depesche , que ma paresse et ma longueur de- 
viennent actives, quand il y va de vostre service. L'homme à qui nous 
escrivons tous est en réputation d'homme de bien, et sa probité ne 
manque pas de l'intelligence nécessaire pour manier pareilles affaires 
avec succès. C'est pourquoy, à mon advis, nous devons nous en rap- 
porter à luy et croire qu'il sçaura faire toutes les choses possibles. La 
Xaintonge vous servira fidellement. La question est de sçavoir si vous 
n'avez point esté trompé par la Normandie. 

Je vous ay remercié de l'Avertissement au lecteur, que je trouve 
très bon; je désirerois seulement que vous prissiez la peine d'y ad- 
jouster une couple de lignes au commencement qui fissent entendre 
plus clairement ce qu'a pu sur moy la révérence de l'authorité pater- 
nelle et les prières d'un homme de quatre vint dix ans 2 , qui a exigé oV 



1 Jean Ogier de Goinbauld, né à Saint- étaient des parents de l'auteur d'Etulymioit 

.liist-de-Lussac, près de Brouage, d'une fa- et des Danaïdes. Voir une lettre de Balzac à 

mille de Saintonge, un des premiers mem- M' Gombauld, chantre de l'église de Saintes, 

bres de l'Académie française. Voir sur lui du 7 août 1 645 (p. 5a6). 
Tallemant des Réaux, Gonrart. Pellisson et " Guillaume Guez. Voir les notes de la 

d'Olivet, Moréri, Bayle, etc. Le Gombauld lettre IV. 
de Saintes et le Gombauld d'Angoulême 



DE JEAN-LOUIS GUBZ DE BALZAC. 1lf» 

iih>\ la publication de ce Discours par une lettre qui mérite aussy du 
jour d'estre publiée. Mais je vous supKe, Monsieur, de ne m'envoyer 
point cette addition, laquelle (s'il vous piaist) je ne veus voir qu'im- 
primée. 

Le petit est paresseux auss\ bien que moy et a gardé je ne sçaj 
combien de temps nue lettre que j'écrivais à Madame de Brienne. 
Il devroit contraindre le Tyran qui me fait tanl languir après mon 
argent et à qui je crie de centlieues loing : DU te perdant, publicane! 

On m'a dit que M r le Duc commanderait la seconde armée, et que 
le Maréchal Gassiou ' seroit son lieutenant. Dit tantum servate capui, 
l>our opposer à l'autre Du de malédiction qui m'est eschappée peu 
chresliennement. 

Je suis de toute mon ame. Monsieur, vostre, etc. 

Je vous ay escrit beaucoup de choses par le courier que vous me 
dites ne vous avoir rien apporté. Cela me met en nouvelle mauvaise 
humeur contre Rocolet, et je ne luy pardonneray jamais l'esgarement 
de mon paquet, s'il n'a eu le soin de le trouver. 



XXXV. 

Du u avril i64/i. 

Monsieur, Tout ce que je vous puis dire dans Testât où je me trouve , 
c'est que j'ay receu ce que vous m'avez envoyé, que je feray ce que 
vous désirez de moy et quelque chose de plus. Je n'eus jamais tant de 



' Le duc d'Orléans commanda , en 1 (thh , 
l'armée qui fit la campagne de Flandre et 
qui s'empara de la ville de Gravelines 
(29 juillet). Le maréchal de Gassion, qui 
commandait un corps séparé, était venu 
(en mai) rejoindre le duc d'Orléans à Ba- 
paume : il fut blessé devant le fort Philippe 
dans la nuit du 1 o au 1 1 juillet. Voir, sur 
Gassion . l'histoire de sa vie par l'abbé de 



Pure, la notice sur sa vie et sursa mort par 
Th. Renaudot, Y Histoire militaire de Louis A I \ 
par Quincy, la Chronologie militaire de Pi- 
nard, les divers Mémoires du temps, sur- 
tout ceux de M" e de Motteville et de Mon- 
glat, la notice de la France prolestante, et 
une belle page de M. Michelet (Richelieu ei 
la Fronde, p. 298). 



i5. 



116 LETTRES 

mal qu'hier et faillis à mourir de la cholique; mais aujourd'hui cette 
extrême violence a cessé, et il ne me reste que de la foiblesse, qui ne 
m'empeschera pas de vous obéir, et très-ponctuellement. En faisant 
donner à M r Flotte le paquet cy enclos, addressé à M r Maynard (qui 
n'est pas de moy, mais de ma nièce), vous luy ferez dire, s'il vous 
plaist, qu'il aura une de mes lettres par le premier ordinaire. C'esl . 
Monsieur, vostre, etc. 



XXXVI. 

Du 17 avril 16V1. 

Monsieur, Mon vautour me laisse aujourd'huy en paix et cesse de 
becqueter mes entrailles. Je suis en estât de vous escrire; et sans plus 
grande préface je vous diray qu'hier j'envoyai par homme exprès 
toutes vos pièces à M r le Chantre 1 . Elles sont accompagnées d'une 
lettre de M r l'Evesque d'Angoulesme 2 à M r l'Evesque de Xaintes 3 . 
et d'une autre lettre de M r de la Thibaudière 4 au mesme prélat, avec 
lequel il a estroite amitié. M r l'Official escrit de plus à son secrétaire 
pour la diminution de l'argent de Mesles (?), et en un mot je vous 
prie de croire que rien n'a esté oublié de ce que vous desirez ou que 
vous pouvez désirer de moy en cette occasion. Mais, Monsieur, je me 
plains un peu de la manière curieuse et oratoire avec laquelle vous 
m'en parlez, comme si vos affaires n'estoient pas miennes, et bien plus 
miennes que les miennes propres, pour lesquelles je n'aurois garde 
de me remuer avec tant d'empressement et de véhémence que je fais 
en cette-cy. Le bénéfice sera affermé, la peau et les os, comme on dit 
en ce pays, et si vous n'y trouvez entièrement vostre compte, ce ne 
sera pas la faute de vostre agent 5 , ce sera la mauvaise foy de vostre 

1 On sait que ce mot, dans les lettres de dans le tome I des OEuvres complètes une 
Hnlzac, désigne toujours Claude Girard. lettre du 20 mars 1639 (p. 48-2); une autre 

2 Jacques II du Perron, déjà nommé. lettre du 16 octobre 1 643 (p. 553), et di- 
' Jacques Raoul, qui siégea de 1 63 1 à verses autres lettres encore (p. 55 h , etc.). 

16/16. 5 Le copiste a mis argent. 

4 Un des meilleurs amis de Ralzac. Voir 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE B-ALZAG. 117 

résignataire. Mais est-il vray que ledit résignataire fait d'estrangea 
contes de deffunt son maistre, le grand Armand, principallemenl quand 

Il se met sur le chapitre de ses folies domestiques et <lo cette vie inté- 
rieure et Becrèle dont il a esté témoin? Un gentilhomme «le condition 
m'en a asseuré et qu'il avoit esté son auditeur une heure durant chés 
M 1 ' le duc de Saint-Simon ', où cette histoire anecdote fut dépliée. 

Je ne puis comprendre le choix que M' le Duc a lait-, si ce il i'sl 
qu'il veuille eslre, aussy bien que ce Romain, nnus Iota actes 3 , et qu'il 
ait dessein d'avoir un second qui ne luy donne point de jalousie, el 
qui ne partage point la gloire avec luy. J'ay peur que cette seconde 
armée 4 ne sera pas la mieux pourveue de toutes les choses nécessaires, 
et que quelques-uns ne seroient pas faschés que la grande réputation 
du général el caetera : 

Avortant omen Superi; neclivor iniqtuis, 
Nec tantum malefida ignavia gaudeat Auias. 

Je ne sçavois point la disgrâce de M 1 ' Esprit; mais, puisqu'il est inno- 
cent et que son innocence est mal reconnue, je plains son maistre 



1 Claude de Rouvroi , duc de Saint-Si- 
mon, né en 1607, mort en 1693, le favori 
de Louis XIII et le père de l'auteur des 
Mémoires. On devait d'autant plus maltrai- 
ter le cardinal de Richelieu chez le duc de 
Saint-Simon, que l'on était d'autant plus 
sûr d'être agréable ainsi au maître de la 
maison qui, en 1637, avait été éloigné de 
la cour par le tout-puissant ministre. 

1 Balzac, en se lamentant sur le mauvais 
choix fait par le duc d'Orléans , avait-il en 
vue le maréchal de la Meilleraye, qui com- 
mandait un des trois corps de l'armée de 
Flandre , un autre corps étant sous les ordres 
du Prince, et le troisième étant sous les 
ordres du comte de Rantzau? Balzac, dans 
ce cas , aurait été grandement injuste envers 
le cousin germain du cardinal de Richelieu, 
car Charles de la Porte , marquis , puis duc 



de la Meilleraye, fut un des meilleurs otli- 
ciers généraux de son temps, et Louis XIII. 
qui était bon juge en ce qui regardait les 
choses militaires, lui donna, en le créant 
maréchal de France (1 63g ), un éloge bien 
considérable. Du reste, la campagne de 
1 664 en Picardie et en Flandre montra que 
le duc d'Orléans avait bien choisi ses lieu- 
tenants. 

3 Horatius Coclès sans doute. Je n'ai 
trouvé Yunus tola actes dans aucun des ré- 
cits du légendaire combat de Coclès qui 
nous ont été laissés par Tite-Live . par Va- 
lère-Maxime et par Florus. 

4 Le copiste a écrit année. Un peu plus 
haut, il avait affreusement estropié le mot 
anecdote. Je ne relève pas toutes ses bévues : 
ce serait interminable. 



118 LETTRES 

beaucoup plus que lu\, et déplore la condition des Grands qui, en pa- 
reille rencontre, ne veullent pas s'esclaircir de la vérité 1 . Ils ne veulleiit 
pas cstre détrompés, pour ne pas sembler avoir failly, et font durer 
leurs cholères, affin de faire croire qu'elles sont justes. Assurez, je vous 
prie, ce cher amy de la tendresse de mon cœur et delà passion quej'ay 
pour luy. Il a beaucoup de vertu, je le sçay bien. Il est habile, bon et 
généreux. Expertus loquor, et j'ay tant d'indignation du mauvais trai- 
tement qu'il reçoit (cette fougue d'amitié me vient de saisir), que, si 
Aristide ne luy fait justice, j'ay envie d'effacer Aristide de mon dis- 
cours à la Reine. 

Mandez-moy voslre advis de l'extrait que je vous envoyé d'une lettre 
de M 1 Mainard. Si le secrétaire auteur 2 n'est pas mon amy, il le devroit 
estre. J'ai tousjours tasché de l'y obliger par toutes sortes de bons 
oflices, et, sans en faire de particulière énumération, il me doit encore 
cinquante escus d'argent preste que je luy donne de très-bon cœur. Je 
ne ferois pas cette bassesse que de le vous dire , si ce n'estoit pour 
vous advertir d'une plus grande bassesse et pour vous faire sçavoir ce 
qu'il importe que vous n'ignoriez pas ul valus tibi Me notas sit, qui m 
fronte Lœlium pollicetur. Dieu veuille que l'extrait ait menty, et que la 
jalousie de l'éloquence ne m'eust point fait perdre un de mes amys, 
le moindre desquels m'est en bien plus grande considération que le 
Dieu Mercure ny que la déesse Pitho 3 . 



1 Jacques Esprit perdit, en i664, les 
bonnes grâces du chancelier Séguier, dont il 
était le commensal et le favori. On lui repro- 
cha de n'avoir pas connu on d'avoir fait sem- 
blant de ne pas connaître les intrigues de la 
fille de son protecteur (M"' de Coislin) avec 
Guy de Laval, qu'elle épousa en bravant 
l'autorité paternelle. Le discret Pellisson se 
contenta de dire (t. I, p. 289) : "En 16AA 
rron lui rendit quelques mauvais offices au- 
près de M. le Chancelier, et il se réfugia 
npour une seconde fois au séminaire de 
irSaint-Magloire. . .* Tallemant des Réaux . 



qui paraît avoir été très-lié avec Esprit, a 
donné beaucoup de détails sur cette affaire 
dans une historiette spéciale (M. de Laval, 
Esprit, t. V, p. 207-290). 

2 Sans doute le secrétaire auteur, comme 
on le voit à la fin de la présente lettre. Il 
s'agit en cet endroit de Silhon, secrétaire 
du cardinal Mazarin et auteur du Ministre 
d'Etat, de L'Immortalité de l'âme, etc. 

3 Le copiste a écrit Dilo. Ai-je besoin -de 
dire que Pitho était la déesse de l'éloquence . 
de la persuasion? 



DE JKAN-LOUIS 6UEZ DE BALZAC. 1 10 

Tandem, tandem, déli\rcz-moy de la persécution du seigneur Flotte 

ci dites luy franchement que je n ;i y receu, ny ne veus recevoir le- 
livres de son docteur financier, Toui ce que je puis pour contenter sa 
vanité, c'est d'adjouster deux ou trois lignes qui le désignent, à la 
lettre que je luy escrivis l'année passée;, sur le sujet <lu premier |>ré- 
seui, cl de foire imprimer la lettre dans ie volume que j'ay tout prest. 
Pour relle-cy, je vous prie de la cacheter après l'avoir leue et. de la 
luy bailler eu mains propres. C'est-à-dire, Monsieur, que vous pren- 
drez la peine de l'envoyer quérir, et que vous luy ferez de grandes 
plaintes de ma mauvaise humeur et de la peine que vous avez à gou- 
verner un si bizarre animal que moy. Je vous prie de luy donner la 
lettre en mains propres, parce que peut-estre il l'ouvriroit en présence 
de son Trésorier, et scroit aussy estourdy que l'abbé comique ' qui fit 
autrefois une pareille béveue chez la Gargouille de Rouen 2 ; vous cou- 
noissez bien par ce nom l'apologiste de l'Évangile. 

J'ay receu vos livres par le messager, et de plus celuy d'Orasius 
Tubero 3 , de la pédanterie duquel je commence à me lasser. Ne laissez 
pas de me rendre office auprès de luy, et de le remercier de ma part 
exquisitissimis verbis. Vous me faites grand tort, Monsieur, si vous ne 
croyez que je suis plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc. 

Tiré d'une lettre de M. Mainard à M. l'Official : 

a Mais oserois-je vous demander quelle est l'amitié qui est entre 
trnostre Divin et Sillon? un gentilhomme d'importance, qui vient 
cefraischement de la Cour et qui m'a visité, m'a dit que ce secrétaire 

1 François Metel de Boisrobert, plus connu rm de 1769 citant l'abbé Saas (Notice des 

comme bouffon du cardinal de Richelieu mss. de la cathédrale de Rouen, 17/16. 

que comme académicien. Voir sur lui Talle- in-ia), etc. 

niant des Réaux , Guy Patin , Pellisson , Huet , 3 Pseudonyme de la Mothe-le-Vayer, qui 

Baillel, Titon du Tillet, Niceron, Goujel. avait publié, à une date qui n'est pas bien 

M. Labitte, M. Hippeau, M. Livet, etc. connue, mais après i63i, les Dialogues 

s On sait que Roisrobert avait été cha- faits à l'imitation des anciens, par Orasius 

noine de la cathédrale de Rouen. Voir Tal- Tubero ( Francfort, in-4"). Il en a été donné 

iemant des Réaux (t, II, p. 384), le Mo- plusieurs éditions. 



120 LETTRES 

trautheur n'appuvoit pas comme il devroit, chez son maistre, le mé- 
Trite des ouvrages de la Charante. Si cela est vray, comme presque je 
ttn'en ose douter, pensés ce que je pense, et quel est le murmure que 
rrj'en fay dans moy-mesme. n 

J'oubliois de vous dire que j'ay eu icy cinq ou six jours le bon 
M r de la Thibaudière et qu'il a tousjours grande vénération pour la 
vertu de Socrate 1 . Il me fut impossible de luy faire donner du Mon- 
seigneur à M r l'Évesque de Xaintes, mais ce n'est pas la première fois 
qu'il luy a escril, et ledit Evesque ne se tient pas si roide sur le point 
d'honneur que le lui conseille Pelrus Aurelius 2 . 

Je vous prie de vous souvenir de mon compliment pour M r d'Ablan- 
cour, je veux dire de mes propres termes, si M r Costard ne gouste point 
sa traduction, et y trouve grand nombre de fautes 3 . Sed hœc internos. 



XXXVII. 

Du 25 avril it)46. 

Monsieur, je vous escrivis au long il y a huit jours. Mon homme est 
arrivé depuis et m'a apporté la despesche que vous trouverez dans ce pa- 
quet. Je vous l'eusse envoyée par le courrier qui partit il y a troisjours, 
mais ma diligence n'eust rien opéré, et vous ne l'eussiez pas receue 
pour cela, ny plustost que celle cy; la fatale paresse de la maison Roco- 
lette et le peu d'intelligence qu'elle a à la poste ayant tousjours causé 
semblables retardemens toutes les fois que j'ay voulu estre diligent. 



1 Chapelain. 

s Pseudonyme de Jean du Vergier de 
Hauranne, abbé de Saint-Cyran. Le recueil 
des opuscules publiés à diverses époques, 
par l'abbé de Saint-Cyran sous ce nom d'em- 
prunt , parut en 1G/16 avec ce titre : Pétri Au- 
relii opéra, jussu et impensis Cleri Gallicani 
tleituo in lucem édita (Paris, 3 tomes in-folio). 

* Le premier volume de la traduction 
des Annales de Tacite par d'Ablancourt fut 



publié (Paris, in-8") en i64o. L'ouvrage 
entier parut en i646. Un autre traducteur 
de Tacite , Amelot de la Houssaye , a été de 
l'avis de Costar. Frémont d'Ablancourt, un 
des neveux de Nicolas Perrot, attaqua vive- 
ment celui qui avait osé critiquer le travail 
de son oncle : M. Perrot d'Ablancourt vengé, 
ou Amelot de la Houssaye convaincu de ne 
parler français, et d'expliquer mal le latin 
(Amsterdam. i684). 



DE JKAN-LOUIS GUEZ DE B ILZAC. 191 

M' de Saintes vous a donné son visa Bur vostre provision, bien 
qu'elle lui en forme irratieuse, pour vous garantir des lettres qu il eusl 
fallu prendre de la Chancellerie de Bourdeaux; car cela se pratiqua 
ainsj au ressort de ce parlement, lorsqu'il u\ a point de vis;i. I)n 
reste reposez-vous en entièremenl sur l'adresse el capacité de M' le 
Chantre, qui n passion de vous servir, et qui fera toutes les choses 
possibles. Nous l'avons prié de nous envoyer icj parun homme exprès 
vos provisions et autres pièces qui doivenl estre controllées à Bour- 
deaux, el après les avoir receues, nous les ferons tenir seurenieni ù 
\l Girard, qui prendra ce soin avec plaisir. Courage au reste, Mon- 
sieur, car il a tombé de l'eau depuis que M r le Chantre vous ;i escrit, 
et j'espère bien de l'augmentation de vostre ferme, pourveu que vous 
vouliez employer le crédit des Muses auprès de leur père ' : 

Versibus el paucis, sed quos miretur Lmyntas, 

Concilias pluvium si, Capelane, Jovem. 

\ous en serez quitte pour une Epigramme, si courte qu'il vous plaira ; 
voire pour le dessein dune Epigramme, et pour un simple Ex voto que 
nous mettrons un jour en bon lieu. 

Je suis donc au nombre des choisis, et M r d'Andilly m'ouvre la porte 
du sanctuaire. Asseurez-le , s'il vous plaist, que je n'abuseray point de 
cette grâce, et que je la sens desjà avec toute sorte de gratitude. Mais 
j'avois oublié à vous demander quel personnage joue en tout cecy le 
petit Abbate deM r de Liancourt' 2 et quels sont aussy les sentiments du 
bon ministre de la parolle, nostre cher arny Daillé 3 . Je ne doute 



•Allusion à la croyance qui voyait dans 
le père des muses, dans Jupiter, le maître 
des nuées, et qui ie confondait avec l'atmos- 
phère même. Balzac, conseillant à Chapelain 
de réclamer en faveur de ses prés altérés 
l'intervention des muses auprès d'un Jupiter 
pluvieux, se souvenait du distique attribué 
ii Virgile : 

Nocte pluit tota, redeunt spectacula marie. 
Divisum imperiuDi eunj Jove Ca?sar babet. 



2 Le copiste a écrit Lincourt. Roger du 
Plessis, duc de Liancourt, mort le i" août 
1676, fut un des meilleurs amis de Mes- 
sieurs de Port-Royal. 

' Jean Daillé. un des plus célèbres théo- 
logiens protestants du ira* siècle, né à Chà- 
tellerault en i5o6 .mort à Paris en 1670. On 
peut consulter sur lui Mceron. Bayle, Dreux 
du Radier. MM. Haag, etc. Balzac l'estimait 
beaucoup. Voir l'éloge qu'il fait de ce rare 

16 



)±2 LETTRES 

point que, tout rebelle qu'il est de l'Église, il n'admire l'éloquence, la 
doctrine et la piété de M r Arnauld, et qu'il s'escrie quelquefois, en 
lisant ses admirables escrits : 

Exoritur Perrone ipso, quo Roma snperba est. 
Nescinquid majus 1 . 

\ous estes le plus galand cbastieur qui l'ut jamais, et vostre fidélité 
envers le Garesme et son ingratitude envers vous, sont deux endroits 
capables de faire rire nostre bonne mère 2 , si elle estoit capable de 
joye parmi les contentions et les querelles de ses enfants. Dans les deux 
lignes que vous me promettez d'ajouster, n'oubliez pas les quatre 
vingt onze ans de mon père. Je mande à Rocoletque vous lu\ donnerez 
un advertissement fait par un de nos amys, pour mettre au devant 
du livre. Je vous supplie qu'il ne paroisse point que toutes les cor- 
rections ne soient achevées et dans tous les exemplaires. Vak. iuhe 
decus meum, et me amare perge, mais j'entens que ce soit de tout vostre 
cœur. 

Monsieur, les longueurs du petit commencent à me fascher; et que 
d'abord ne s'est-il servi de contrainte contre cette canaille de publi- 
cains? J'ay besoin de mon argent, et je vous supplie, Monsieur, de 
donner ce que vous en aurez à un homme qui me le fournira icy sur 
une lettre qu'il vous portera de ma part : mais cependant obligez-moy 
de presser mon homme, soit pour le reste de l'argent, soit pour la 
nouvelle assignation au cas que Testât s'en fait. Je seray bien trompé 
si Madame de Brienne ne me fait faveur; il n'y a point de mal néan- 
moins d'en dire un petit mot à M 1 d'Andilly, affin qu'il la face souvenir 
de ce qu'elle doit. 

personnage et de l'éloquence de ses serinons, ta vostre parti, et je luy dis quelquesfois : 

dans une lettre à M"" Desloges du îG jan- *Cum talis sis utinam nosler esses!' 

vier 1637 (p. 636). Voir encore une lettre ' Ingénieuse parodie de ces vers de Pro- 

à Daillé du 26 décembre 16.39 (P- 6o3), perce (lib. II, eleg. x\xiv . v. 65. 66): 

mie lettreàFeret du 8 août i644 (p. 622), (>dite Romam scriptores . cedite . Gr;ni . 

une lettre à Gonrarl du 2 septembre 1600 Nescio quid majus nascitur Iliade. 

(p. 885), etc. C'est dans la lettre à Feret 

que Balzac s'écrie : r? Je l'envie tous les jours ! L Eglise. 



DE JEAN-LOUIB GUEZ DE BALZ IC L28 
J'iiiiciis esclaircissemenl sur l'advia qui m'est venu de M' Mainard. 
lit n'oubliei pas de parier co il faut au seigneur Flotte de ce fan- 
tasque animal <|u<' vous avez tant il ;il à gouverner. 

J'ay pitié du pauvre Mon tmaur, et mentm mortalia tangunt 1 . Si j'estoiH 
M 1 Ménage, je solliciterais pour luy, et ferais une action de bonté en 

celle occasion. Je dors en achevant celle ligne. 



WXVIII. 

iin 9 ma] i <i'i 'i. 

Monsieur, jamais homme ne s'est servi de la Table si heureusement 
que vous. Vous estes tousjours riche en comparaisons nobles, illustres, 
véritablement poétiques, et cette dernière de Castor et de Pollux ne 
doit rien à celle de Promélliée de l'hiver passé, cum infeUcissimi illius 
mortalis furtum et pœnam ingeniosissime simul et amantissime in nostram 
tandem interprétâtes es. Mais, à vous dire le vray, Monsieur, c'esl de cet 
amoui' que je suis bien plus tousché que de cet esprit, et j'ay baisé 
une douzaine de fois de suite cette très-galante et très-obligeante lettre 
ijinv sic spiral amores, quœme sic milti sitrripit. 

Je viens à ce qui me presse et vous advertis que je suis à la moitié du 
livre de M 1 ' Amauld 2 . J'ai leu tout ce qui est de luy, et, en conscience, 
je n'ay jamais rien leu de plus éloquent ny de plus docte 3 . Je l'ay leu 
avec une continuelle émotion, avec un transport qui ne m'a point en- 
core quitté, et j'accuse nostre langue de disette, je me plains de ce 
qu'elle ne me fournit point des termes assez puissans pour vous expri- 
mer Testât où m'a mis cette incomparable composition. le grand 
personnage que ce cher amy! que je suis glorieux de son amitié! 
que l'Église recevra de services de cette plume! Ce sera le baston de 

1 Virgil. Mneid. I, 466. livre d 1 Amauld (Port-Royal, l. It, p. 68), 

2 La tradition de l'Eglise sur la péni- d'après le Père Quesnel. Un extrait de ce 
tence, etc., parut vers la fin du mois de même éloge a été donné à la page a g de la 
mars i644 (Paris, Ant. Vitré, in-6°). Viede Messire Antoine Amauld (1783). 

3 M. Sainte-Beuve a cité cet éloge du 

iG. 



126 LETTRES 

sa vieillesse; ce sera peul-estre son dernier appuy , et, s'il \ a encore 
quoique hérésie à venir, qu'elle se haste de naistre, et (jue tous les 
monstres se déclarent, affin que cette fatale plume les extermine. 
Tout cela ne me satisfait point. J'en passe bien davantage que je n'en 
escris. Je suis plein, je suis possédé de vostre livre; il me tourmente 
l'esprit , comme si c'estoit une inspiration divine qui m'agitast, et non pas 
le livre d'un homme mortel que j'eusse leu. Magnum neepectore possum 
r.rrussisse Devint Mais, Monsieur, je soustiens affirmativement qu'il lu\ 
faut changer de nom et qu'il ne se doit point appeller Préface. Je sous- 
tiens de plus qu'il faut le diviser en quatre ou cinq discours pour le 
moins, et je ne dis pas que, de la sorte, les belles choses en paroistront 
mieux et qu'elles seront considérées plus distinctement (cela ne per- 
suaderait point un autheur qui ne songe à rien moins qu'à sa propre 
gloire), mais je dis que les bonnes choses feront plus d'effet, qu'elles 
agiront plus efficacement, qu'elles entreront plus avant dans l'âme, et 
que tel pécheur ilesgousté, qui ne voudroit pas seullement toucher à 
ces excellens remèdes en masse, et qui en appréhenderait la grosseur, 
les avalera facilement quand on l'aura partagée et qu'on aura mis la 
masse en pilules. Osions tout sujet aux Eusèbes et aux Polemarques «le 
faire les grammairiens à bon marché; car sans doute, ne pouvant 
offenser le corps de l'ouvrage, ils esgratigneroient le tiltre; ils décla- 
meraient sur la disproportion des parties, ils appliqueraient mal cet 
ancien mot de Diogéne auquel néantmoins force impertinens s'arreste- 
roient sans passer outre: Et cynicum illum ah inferis excitarent, qui eum 
non' vosUb eivilatis amplum ac lalissimum videretaditum, ad incolas eonverstts: 
«Gustodite, inquit, urbem, ne per portant elabatarXii La peine de l'impri- 
meur doit estre comptée pour rien, on ne doit point faire considéra- 
tion sur son dommage, cjund cumfœnore pensahitur; le temps aussy ne 

1 Virgil. /Enrid. VI, 78, 79. Le véritable porte ainsi l'anecdote : « Passant à Mynde, 

le\(e est celui-ci : "il remarqua que les portes étaient très- 

Magnum si pectore possii "grandes et la ville très-petite. Habitants 

E\cussisse Deum -rde Mynde, sécria-t-il, fermez vos portes. 

' Diogène de Laertn (I. VI, ch. n) rap- "de peur que votre ville ne s'en aille." 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC 126 

presse pas, puisque la publication esl différée pour 1rs raysoue impor- 
tantes donl vous me pariez. His posùù, je vous conjure, Monsieur, de 
faire m Borte que nos illustres ;un\s croyenl mon conseil, el vous oe 
doutez point, je m'asseure, que par là obviant ïbùur delicati lectorisfas- 
tidio; el que : 

[ntervalia viœ fessis prœbere videlur 
Qui notai inscriptus millia crebra lapis' 

el qu'en un mot la moitié d'un livre ne se peut point appeler Pré- 
face, el que ce tiltre fait tort à un nombre infini d'admirables choses 
qu'elle contient. Je fais faire une copie de mon discours à la Reine, 
<[ui sera plus belle que si elle estoit imprimée, et lenvoyeray par le 
messager à M r l'abbé de Saint-Nicolas 2 , pour la faire tenir de ma part 
à M 1 ' le Cardinal Bentivoglio s : 

Quem viriiin aut heroa orbis pars optima est 

Jure colit. Phœbumque voco liaucl indoctus Arayntas 4 . 

Je vous suis trop obligé des soins que vous prenez après nostre 
impression et vous en remercie très-humblement. Elle doit estre bien- 
lost publique, et en ce temps-là vous me ferez bien la faveur d'en 
donner des exemplaires à qui vous le jugerez à propos, et de les don- 
ner, s'il vous plaist, Monsieur, comme si j'estois cependant aux Indes, 
et que vous jugeassiez de mon intention sans avoir de mes nouvelles. 



' Rutilius Numatianus, Itiner. lib. II. 

». 7 el 8. L'édition Panckoucke donne prœ- 
stare au lieu de prœbere. 

" Henri Arnauld, frère d'Antoine Ar- 
nauld, évêque d'Angers en 16/19, mort en 
1 699 avec la réputation d'un des plus ver- 
tueux et des plus éclairés prélats de France. 
Voir sur lui, outre tous les livres sur Port- 
Hoyal, et notamment le livre de M. Sainte- 
Beuve, l'article de M. Avenel sur Richelieu , 
Louis XIII et Cinq-Mars, dans la Revue des 
questions historiques du 1" janvier 1868. Le 
savant éditeur de la correspondance de Ri- 



chelieu s'est beaucoup servi, pour raconter 
la conspiration de Cinq-Mars, des lettres 
inédites de l'abbé de Saint-Nicolas conser- 
vées à la Bibliothèque nationale. 

n Henri Arnauld était l'intime ami du 
cardinal Bentivoglio. Il vécut pendant cinq 
ans à Borne dans l'intimité de l'illustre car- 
dinal. Voir, sur Henri Arnauld, comme sur 
Bentivoglio, diverses lettres de Balzac (p. -20N. 
aai , 639, etc.). 

* Quem virum a>it Heroa lyra, vel acri 
Tibia, sumis celebrare, CJio? 
Hor.AT. lib. 1 . Carmen mi . \ . t , a. 



12b' LETTRES 

Dans cette distribution il ne faudrait pas oublier M r le Mareschal de 
Bassompierre *, M r de Liancour, M r le Comte de Fiesque' 2 , M * la Mar- 
quise de Sablé 3 et M me la Comtesse de More 4 , nos bonnes amyes. 
Je manderay à Rocolet de vous fournir pour cet effet cinquante exem- 
plaires, et trente à M r de Campaguole, lesquels il distribuera par 
vostre advis et après avoir eu l'honneur de vous voir chez vous. 

Je receus, il y a huit jours, six cartons refaits, que je trouve bien 
et veux croire qu'on aura travaillé au reste avec le mesme soin. Mais 
pardonnez, je vous prie, à ma bizarre et superstitieuse ponctualité, 
qui fait que tant de choses m'offensent les yeux et que je change tant 
d'endroits de la ponctuation du correcteur. 11 faut contenter ce malade 
et donner quelque chose à cette mauvaise humeur, quam pro tua lui- 
manitate boni consules. H est grand dommage que je ne sois imprimeur 
de mon mestier; je disputerois de la gloire avec les Elzeviers et efface- 
rois celle des Plantins; pour le moins ne ferois-je pas comme les ba- 
lourds 5 , qui d'une ligne ne font qu'un mot, ut videre est in ea quam ad 
le un Ut mus, pagina. 

Je pense qu'il faudra mettre à l'entrée du livre le Privilège du Roy 
avec l'avertissement au lecteur; et à la fin une table et un advis de 



' François , baron de Bassompierre, mar- 
quis d'Harouel, qui allait mourir à l'âge de 
(>7 ans, le 1-2 octobre 1666. Le maréchal 
de Bassompierre était trop aimé de Mainard . 
pour n'être pas un peu aimé de Balzac. 

■' Sur Charles Léon, comte de Fiesque. 
je citerai les Mémoires du cardinal de Retz , 
ceux de Mademoiselle de Montpensier, ceux 
de Madame de Motleville et quelques pas- 
sages de M. V. Cousin {La Société français/ 
au rin' siècle, t. I . p. 9i3-aa5). 

Madeleine de Souvré. M. V. Cousin a 
ton! dit sur elle (Madame de Sablé, 1" édi- 
tion. 1 858 ; 3' édition . revue et augmentée . 
1 865 ). Balzac ( Lettre à Chapelain du 8 oc- 
tobre 16/10. p. 83a) avait appelé Madame 
de Sablé n-une femme extraordinaire.» 



1 Anne d'Attichy. Voir, sur la comtesse 
de Maure, M. Victor Cousin, Madame de 
Sablé (derniers chapitres et appendice), et 
la Société française au xvu' siècle (t. I , 
p. 198 20&). M. V. Cousin rappelle (p. h '1 1 
de sou livre sur Madame de Sablé), que la 
comtesse de Maure était fort liée avec Bal- 
zac. Dans mie lettre à Conrart du 10 sep- 
tembre i648 (p. 873), Balzac dit à son 
ami . qui était en même temps l'ami de ta 
comtesse de Maure : « Ayant été admirée 
ffsous le nom de Mademoiselle d'Attichi. 
net rendant encore plus illustre le second 
rtnom qu'elle porte, qui ne voit qu'elle 
» doit sa grande réputation à sa constante 
«vertu?» 

5 Le copiste a écrit : Balars. 



DE JEAN LOUIS QUEZ DE B HZ IC. 127 

trois lignes, qu'un de uns raya preatera encore au Bieur Rocolet. J'at- 
tends des nouvelles de Xaintes, el suis de toute mon ame, Monsieur, 
voatre, etc. 

Si le petit vous voit, je vous Buplie de le vouloir asseurer < j ne je 
guis extrêmement satisfait de luv et que je pense !u\ devoir beaucoup 
de reste. Je o'aj pas un moment de ioysir pour respondre à une 

lettre qu'il m'a escrite, je luy escriray par le premier courrier, el ce- 
pendant il me ferait grand plaisir de solliciter fortement la lionne 
comtesse de Brienne. 

Je vous envoieray une lettre pour donner douze cens livres a un 
homme (jui me les fournira icy, et qui la vous portera de ma part. 

Je suis tout à vous, mon très cher et très honoré Monsieur, quoy- 
que je vous en asseure très grossièrement et sans aucune ligure de 
Rhétorique. 



XXXIX. 

Du i| m;iv ilià'i. 

Monsieur, Je pensois hier me resjouir aujourd'huy avec vous, mais 
je suis bien loin de ma pensée. Vostre dernière lettre me fournit la 
plus belle matière du inonde, mais je n'ose la toucher. Cette harpie 
de douleur gaste et empoisonne tout : 

Furiarum maxima pulchrum 

Inficit ambrosiosque sodalem haurire Kqoores, 
El tecum g-aiidere vetat. 

Ayez pitié de moy, mon très cher Monsieur; vostre amv de Naples 
n'avoit point tant besoin de miséricorde . lorsqu'il vous la demanda si 
piteusement. Je ne vous spécifie point ma douleur, je vous dis seule- 
ment que je souffre et que je souffre en plusieurs façons, plus d'un 
mal ayant succédé à celuy de la cholique. 

Je vous supplie d'acquitter une lettre de douze cents livres que j'ay 



138 LETTRES 

donnée à un marchant d'Angoulesine nommé Gautier, qui me les 
doit faire toucher icy. Il m'a obligé de parler de pistolles de poids, ei 
je l'ay fait sur la lettre du petit cy enclose que vous ne trouverez pas 
extrêmement éloquente. M r le Chantre escrit à son frère et luy mande 
qu'il attend l'acte de la publication de possession qu'il a prise à vostre 
nom, et qu'il vous envoiera toutes les pièces aussy tost qu'il aura receu 
ledit acte. Pleust à Dieu que le Prieuré dont il s'agit fust le Prieuré de 
S' Martin de Paris, et pleust à Dieu estre obligé de me traisner à Rome 
pour vostre service, et pour remercier le Pape de vous avoir fait Car- 
dinal! 

J'escrivis il y a trois ou quatre jours au petit, et un mol à uostre 
excellent M r d'Ablancourt. Je vous recommande mes escritures,et suis 
sans réserve. Monsieur, vostre, etc. 

Je croy qu'il n'y aura point de mal que mon neveu présente un de 
mes livres à la Reyne, à Son Eminence, elcœlera. Je lui escris de vous 
voir sur ce sujet, et vous me ferez bien la faveur de luy départir Mi- 
sages conseils. Rocolet a ordre de moy de vous donner cinquante 
exemplaires, et trente à mon dit neveu, avec lequel je vous prié de 
faire une liste des personnes à qui il en faudra présenter. Vous pour- 
riez employer le petit pour en distribuer quelques uns, nempe à ceux 
dont on a besoin, Surintendant, Controlleur et quelque autre. 

Pardonnez-moy, mon cher Monsieur, la peine que je vous baille. En 
conscience, je voudrois que le livre fust encore où il estoit il [y a dix] 
ans, et une bonne nuit vaut mieux que tout le grec de Salmasius. Je 
suis mal, et quoyque mon mal ne soit pas mortel, mon chagrin est 
incurable. 11 vaut mieux que le livre ne paroisse qu'à la S' Jean et 
qu'il sorte de chez l'imprimeur en meilleur estât et moins incorrect. 
Au nom de Dieu, que je sçache ponctuellement la folie de Tubero 
sur le sujet de nos incomparables amys ! C'est un fou que j'ay des- 
couvert il y a longtemps. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC 129 



XL. 

Du i 5 mai i644. 

Monsieur, Je me plains du bien que vous m'avez fait. Vous avez 
grand torl de vous esfcre forcé pour l'amour de ni<>\ et d'avoir songé 
à me donner de la satisfaction dans un estât où vous en aviez si peu. 
G'estoil le moyen d'obscurcir ces lucides intervalles et de changer ces 
reprises en continuité ci d'ajouster la migraine à la choiique. J'use 
bien autrement avec vous du privilège de la misère; et, quand je 
souffre, OU je ne vous parle point du tout, ou je ne vous parle que 
de mes souffrances. Dieu vous pardonne vostre bonté et n'exige point 
à la rigueur la peine que méritent vos excès! C'est en effet un excès 
i'l une débauche d'avoir dicté trois pages entières, et, ut semper, très 
judicieuses et tressages, en un temps où apparemment vostre bouche 
ne devoit former que des hélas : Informesque sonos et singultantia verba 1 . 
Il ne lut jamais de malade plus intempérant et plus desreglé que vous, 
ou, pour mieux dire, d'amy plus ardent et plus ponctuel; car vous estes 
celuy-là par excellence ut loties, loties a me dictum est. Je ne seray pas 
peut-estre si malheureux que d'avoir encore des mauvaises nouvelles 
par le premier ordinaire : 

Et spero nieliora , el te , Natura , pudebit 
Tantiim opus abjecisse, tua? nec parcere iaudi : 
Teque, Dolor, gens sacrilegum Parnassia dicet 
Si pergas lacerare immiti vultare sanctum 
Heroïs pectus, ptenas et Apolline venas. 

A propos de vers et de latin, que n'avez-vous achevé les vostres? si 

ce vales insulsus ou si ce avoit été mis en vigueur, il donneroil 

de la jalousie au poète de Bilbilis 2 ; et croyez-moy, s'il vous plaist, 

Discordesque modos, et singultantia verba. aujourd'hui Baubola. Senecé (les travaild: 

Stat. Silvar. lib. v, Carmen V. v. 36. d' Apollon) a dit de Mainard : 

Qui malgré la fierté de l'Espagne jalouse. 
Martial, né à Bilbilis. en Espagne, Contraignit Dilbilis de cédera Toulouse. 



130 LETTRES 

Monsieur, ce petit son 1 de vostre chifllet 2 ne fait point de deshonneur 
au bruit esclatant de vostre trompette. 

L'homme que vous avez employé auprès de M me de Brienne, ne 
seroit-ce pas M' le Coadjuteur de Montauban 3 ? Mais, si ladite dame n'a 
plus de crédit, pourquoy avez-vous pris la peine d'employer auprès 
d'elle qui que ce soit? Nous sommes icy au bout du monde et assez 
mal instruits de ce qui s'y passe. D'ailleurs la cour est. un animal en- 
core plus varium et mulabile 11 que le Protée, le Vertumne et les aultres 
dieux bizarres des fables; cela fait qu'on y vise presque toujours à 
faux, et que, dans les provinces, nous faisons d'estranges équivoques en 
matière de faveurs et de favoris. Tesmoin le Mémoire que j'envoyay, 
il y a huit jours, à M r Bonair, de la composition de M r l'Official, sur 
le sujet de mes petites affaires. Je vous prie , Monsieur, de mander 
audit sieur qu'il me renvoyé ledit Mémoire, parce qu'il me fascheroit 
extrêmement qu'il tombasl en d'autres mains, et, si l'embarras de la 
maison Gordienne 5 ne luy permel plus de songer à moy, l'amy Mé- 
nage me pourra bien rendre un petit office auprès de M r le Bailleul, 
pour ma pension de l'année passée, et ce petit office se pourra faire 
de bonne grâce en lui présentant mon livre, quem quidem tibi, prœstan- 
lissime Capcllane, majorera in modum commendamus , rreditum jam pridem 
fidei tuœ fœlum. 

Je vous ay desjà escrit pour la distribution des exemplaires, et quoy 
<pie le livre ne soit pas dédié à la Beyne par une epistre liminaire, il 
me semble qu'il n'y aura point de mal que mon neveu lui en présente 
un, et le discours qu'elle a desjà veu vaut bien, à mon advis, une 
Dédicace. 

Outre les douze cens livres que je vous ay prié de bailler sur une 
lettre que je vous ay escrite, je mande à Bocolet de prendre de vous 

1 Le copiste avait mis : sort. et son successeur le 8 septembre i65a. 

' Chijflet est dans nos anciens diction- ' Varium et mutabile semper 

naires, pour sifflet. Femina. 

1 Pierre de Berthier, nommé coadjuteur VlCG,L ' Mneid - Iv < 56 9- 

de M"' Anne de Murviel . le 9 janvier 1 634 , 5 La maison de Brienne. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 131 

sept \iiij;i quatre livres, pour quelque payement qu'il doii faire d'ea 
lollfs que j'ay receues. Je commence à pester 1 contre les longueurs 
de M r le Chantre, et, si je n'a\ de bonnes nouvelles dans deux ou trois 
jours, je luj despescheray un homme exprès. Si je n'eusse espéré 
beaucoup de luy sur la parolle de son frère le Jesuitte, j'avois un 

autre ainy à Xaintes qui riOUS eu Si peul-eslre servi avec plus de dili- 
gence. 

Je suis malade en \ous escrivant, mais pourveu que vous vous por- 
tiez bien , 

Me meliore moi parte valere pulo. 

Je seray toute ma vie plus qu'homme qui vive, Monsieur, etc. 

Par le premier ordinaire, je vous envoyeray une lettre pour \l r de 
Saumaise, dattée du commencement du mois passé. Nostre incompa- 
rable M r Ménage me fera la laveur, s'il vous plaist, de la lui taire 
tenir avec un de mes livres et mon Discours à la Reyne, de la dernière 
revision, que Rocolet a charge de lui porter. Vous ordonnerez audit 
Hocolet d'en envoyer quelques exemplaires hors de France, et parti- 
culièrement en Hollande. Du reste, Monsieur, n'attendez ny mon con- 
sentement ny mon ad vis, car vous estes quelque chose de plus que 
mon plénipotentiaire. 

Il est certain que M me de Brienne m'a escrit, mais je n'ay point 
receu sa lettre, et M me du Masses 2 , sa mère, la mit entre les mains 
d'un homme qui la perdit au lieu de me la porter. 

J'admire tousjours l'antagoniste du Père Petau, et mon ravissement 
dure encore : il n'en fut donc jamais ny un si juste ny un si long. 



XLI. 

Du a3 may itiii. 

Monsieur, Je pense avoir receu de bonnes nouvelles, puisque vous 
ne m'en mandez point de mauvaises, et je veux croire que vostre dou- 

' Le copiste a écrit presser. — ' Voir une lettre de Balzac à M"" de Masses, du 17 août 
16M (p. 5851 

"7 



L32 LETTRES 

leur a cessé, ne voyant point dans vos lettres qu'elle continue. /Eter- 
innii sii de bac atroci materia silentium! Abeat nunquam rediturus crudelis 
aies, et (lies tibi luceant 1 quos meruisli, (Ulectissime et suavissime Capellane! 

Je [devinai 2 ] d'abord la cause de la longue Préface 3 , et je le dis à 
mon Ange gardien, qui fut seul le confident de ce secret. Mais, puisque 
le Privilège ne met point le livre en pleine liberté, je voudrais encore 
de bon cœur que la Préface eust changé de nom, et qu'elle fust divisée 
en plusieurs Discours. 

Je liray les traductions quand on m'aura rendu le livre que j'ai 
preste, et vous en escrirav mon sentiment avec la mesme liberté qui 
a accompagné mon premier transport, car je vous prie de croire que 
mon admiration ne procède point de mon amour, et que je vous eusse 
dit d'un admirable emiemv, ut est islud dwmoniuin hominis, tout ce que 
je vous ay dit d'une personne qui m'est extrêmement chère. 

.le vous rends mille très-humbles grâces de la continuation de vos 
soins dans la dernière affaire de l'impression , et trouve très-rayson- 
nable la conduite dont vous avez pris la peine de me rendre compte. 

Rocolet me mande que le Graveohns* n'a rien fait qui vaille, et 
j'ay grand peur que Rocolet luy-niesme ne fera pas mieux. J'ay perdu 
toutes mes prières, et, quoel notandum, reitérées une douzaine de fois, 
qui le conjuroient de choisir quelque main adroite et délicate, ad hoe 
o])iis stilo et calamo conjiciendum. H a eu deux mois entiers pour cela, et 
n'a songé qu'à refaire les cartons, qui est une besoigne séparée de 
l'autre, et qui ne la devoit point empescher, différentes personnes 
[devant] estre employées à deux différentes actions. Mais la dureté de 
la grosse teste est toujours à l'espreuve de mes prières, et il ne me sert 
de rien de luy escrire cent fois une mesme chose. Vous estes bon, 
certes, de le louer après cela de générosité, et les grands mots ne vous 
coustent guères. Je n'avois point désiré qu'il n'y eust point de mots eou- 

' Le copiste a écrit Luctant. i C'est au calligrapke chargé de copier 

2 Le copiste a mis deniray, ce qui n'offre le Discours à la Reyne que s'adresse cette 

aucun sens épithète appliquée par Horace à Maevius el 

' Du livre d'ArnauId. par Virgile à l'Averne. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE l! \l.X LC. 188 

pés tïitiir ligne à Paulin, car qu'est-ce qu'en souffre la beauté de l'im- 
pression ? Je désirais seulement qu'il \ eusl le moins d'ahbréviatiotn 
que Eaire se pouroit, el je «ois bien que la grosse teste ne m'a pas 
compris. An reste, Monsieur, je vous dis une fois pour toutes que je 
suis au Innil du monde; qu'on ;i imprimé à Paris quelques discours 
qui portent mon nom, mais que je ne dédie à personne; par consé- 
quent que mon livre n'est poinl mon livre, et que vous en ferez ce 
qu'il vous plaira. Voulez-vous qu'on n'en présente à personne? A lu 
bonne heure, et je le veux mieux que vous, personne ne s'en offensera, 
el on ne donne point ce qu'on a dcsjà abandonné. Mais, si néantmoine 
vous estes d'advis qu'il soit donné, je vous supplie que ce ne soit point 
eu mon nom, quand ce ne seroit que pour éviter les remerciemens 
de quelques personnes qui ne manqueraient jamais de m'escrire sur 
ce sujet des lettres dorées et que je donnerais au diable avec mon 
livre. 

Pardonnez à ma mauvaise humeur. Elle n'a pas empesché de vous 
faire ce matin une Epigramme amoureuse que voicy : 

Ad Joaineh Capellandm '. 
Ibit in annales nostri quoque fœdus amoris 

Mequc j tibi socium posthuma fama dabit. 
quantum mihi munus! Et ipsa superbiet ambra 

Grandior et fîet nomine nota tuo. 
Cuncta mei jamjam pereant monumenta laboris 

Hoc mihi dum servent sœcla futura decus 

ou bien : 

Hoc mihi dum servet gloria vera decus \ 

Je viens d'envoyer vostre lettre pour Xaintes au père Recteur d'An- 
goulesme, et l'ay accompagnée d'un mot pour M. le Chantre, qui est 

1 Seconde partie du tome II des OEuvres quantum dabit illa mil», si dicar ab omni 
complètes, p. io. Gente tiras, nec nos separet ulla dies. 

5 H V a dans le texte imprimé: Sub Terris gaudebo, et clara superbiet umbra, 
Et tibi me socium, etc. Grandior et fiet nomine nota tuo. 

3 Les derniers vers ont reçu cette forme Cuncta mei jamjam pereant monumenta laboris. 
définitive (édition de 1 665 ) : Hoc mibi duin servent sœda futura decus. 



\U LETTRES 

plus lioninie de bien, sans doute, que l'abbé avec qui vous avez traitté, 
et fflius quittent non incauta probilas mullorum lue sermonibus celebralur. 

Je vous prie de donner au sieur Rocolet le reste des quatorze cens 
livres, pour quelques bardes que je luy ay mandé de nf acbeter : au- 
quel sieur vous direz, s'il vous plaist, Monsieur, que, si-tous les exem- 
plaires ne sont généreusement corrigés, je compteray pour rien tout 
ce qui aura esté fait. Faites-vous apporter la correction de la page 365, 
où il faut mettre un grand P pour un petit avec un point au-devant; 
et celle de la page 396, où il faut mettre aussy un grand Q pour un 
petit; et, si ces deux corrections ne vous semblent pas bien nettes et 
bien délicates, obligez-moy de dire de ma part à la grosse teste qu'il 
en sera quitte pour deux cartons. Je suis sans réserve. Monsieur, 
vostre. etc. 

Le biberon ' aura sans doute receu ma despesebe. Je vous recom- 
mande mon paquet pour M r de Saumaise et ne vous dis rien de l'épi— 
gramme, mais je n'en pense pas moins. 



XL1I. 

Du 3o may i%Uh. 



Monsieur, J'ai receu deXaintes les pièces qu'il faut envoyer control- 
ler à Bordeaux, et que j'ay desjà mises entre les mains d'un bomme qui 
m'a promis de prendre ce soin. Cet homme ne sera point nostre cher 
M' Girard, qu'on attend aujourd'hui ou demain à Angoulesme; mais 
les pièces ne laisseront pas d'aller et de revenir très-seurement, et je 
les ay recommandées conceptissimis vei'bis' 1 à celuy qui leur doit faire 
passer la mer. Si la chose estoit pressée, j'eusse envoyé exprès pour 
cela; mais huit jours de plus ne gasteront rien, et la voye de la poste, 
de ce costé-là, n'estant pas bien seure, j'ay cru devoir attendre une 
meilleure commodité. 

1 C'est-à-dire le grand buveur, M. de ' Jurât Eumolpus verbis conceptissimis. 

Flnite. (Petron. Satyr. exiu.) 



DE JEAN-LOUIS GUBZ DE B ILZ IC. 136 

Je viius remercie de toul mon eœur de la faveur < 1 1 m* voua m'avez 
faite de donner à M. Furet 1 les douze cens livres que M. Gautier m< 
doii rendre icy. Pour la perte de l'escu ou des quatre francs, «*l !*■ n'est 

|i:is {'ronde et peul.-[ être] que le Iréhiielu-I du sieur Rôcolel s'accor- 
dera mieux avec celuy du petil amy. 

Si j'ay lionne mémoire, je vous aj escril au long par le dernier 

ordinaire et vous trouverez bon que je renvoyé Vostre Seigneurie II- 
lustrissime à cette longue lettre que je pense luy avoir escrite. J\ 
adjouteray seulement que la distribution des exemplaires ne se faisant 
pas en mon nom, ceux qui en recevront ne laisseront de m'en sçavoir 
gré, el ceux qui auront esté oubliés (ai modo rerum ejusmodi sit aliqwtd 
desidrrium) s'en prendront a mon libraire plustost qu'à moy. Ainsy il 
faudra que ce soit luy qui en donne une bonne partie aux personnes 
que vous luy choisirez dans la liste, aflin que vos gens n'ayenl pas 
lonte la peine de cette importune distribution. Vous voyez par là. 
Monsieur, que je me suis enfin résolu de faire une liste, et qu'il faut 
lousjours que vous soyez absolument obéi. Vous la recevrez par le cour- 
rier qui partira dans trois jours, car il n'y a pas moyen de vous l'en- 
voyer par cettuicy qui s'en va partir. 

Vous dites merveilles de vostre sac; vous mesprisez le pauvre corps 
humain d'une estrange sorte, et il y a certes grand plaisir de vous 
voir philosopher de la cholique, quand la cholique est passée. Pour la 
tirade des escritures, elle est très-belle et très-obligeante. Mais il vous 
doit suffire que vostre bonté me pénètre jusqu'au cœur, et que je 
sens vos tendresses avec des chatouillemens inénarrables. Du reste, 
reposez-vous sur ma foy et ayez, s'il vous plaist, un peu de patience : 
le despost vous sera rendu aussy religieusement que si c'estoit. et 
rœtera. Mon copiste y travaille, mais il n'y peut travailler que par in- 

' Balzac avait d'excellentes relations avec i65o (p. 812), où il l'appelle «homme de 
M. Feret, «secrétaire de feu Monseigneur «beaucoup d'esprit,») et une lettre à Con- 
fie duc de Weymar.n Voir la lettre qu'il rart, du 23 octobre i65i (p. 918). où il 
lui adressa le 8 août 1 644 (p. 622). Voir parle à la fois très-fiatteusement des deux 
aussi une lettre à Chapelain du 1" mars amis Feret et Drelincourt. 



136 LETTRES 

tervalles. H vous fait présent de l'épigramme de la semaine passée que 
j'av retouchée et mise en Testât où, à mon advis, elle demeurera. 11 \ 
paroist quelque sorte de simplicité, mais cette simplicité est romaine, 
el je n'ay rien fait en épigrammes qui me plaise davantage. 
Je suis de toute mon âme, Monsieur, vostre, etc. 



XLIII. 

Du 6 juin il\l)U. 

Monsieur, Vous aurez sçeu, par ma dernière despesche, que j'ay 
receu vos provisions; vous sçaurez par cette cy que je les ay envoyées 
à Bordeaux par un homme qui est à moy, n'ayant pas eu la patience 
d'attendre plus longtemps une autre commodité. Vous me manderez ce 
qu'il vous plaistque j'en face, quand elles seront de retour, c'est-à-dire 
si vous les voulez par la voye du messager ou par celle de la poste. 
Je tesmoigneray cependant au père Recteur le gré que vous sçaviv 
à M r son frère , dont je ne receus les lettres que le 27 du mois passé, 
quoy qu'elles fussent dattées du 1 5 May. Tous ces retardemens ne 
sont pas de grande conséquence, et j'espère d'avoir dans quatre ou cinq 
jours les pièces controllées. 

Que vous sçaurois-je dire. Monsieur, pour nostre cher et incompa- 
rable M r Ménage? Il est généreux et obligeant jusqu'à me couvrir de 
confusion et à me faire paroistre ingrat, si je ne proteste bien tost que 
je ne le suis pas, et si je ne rends un acte public de ma [rejconnois- 
sance. Je lui destine un discours qui s'appelera Fragmens d'une histoire 
qui s'est perdue, dans lequel, sur le sujet de son Mamurra, je prétens de 
lu\ conter des nouvelles de mon Barbon et de lui offrir disjecti mem- 
bra pedantis\ qui peut-estre mériteraient la peine d'estre recueillis. 
Mais je voudrois bien deux ou trois exemplaires de ceManVurra, et, si 
le livre se vend, dites, s'il vous plaist, à Rocolet, qu'il mêles envoyé. 

Vous avez la harangue manuscrite de la Casa , et hanc quidem ut in met 



. Disjecti membra poetse. 

Horat. lib. I, Sert. iv. \. 



I 
>ri- 



DE JEAN-LOUIS <il)KZ DE B ILZAI 137 

gratiam receruere velis, te etiam trique etiam rogo, affin que, sur une copii 
bien correcte que vous prrtKl rii'z la peine de me faire faire, nous puis- 
sions un jour la publier. Pay ou] dire que les Espagnols 6renl empri- 
sonner l'autheur de «•elle harangue, -le vous prie île vous en enquérir 
a quelque répertoire d'Italie, comme vous diriez à Paul Piesque 1 on 
<<t ambassadeur île Florence, si galand homme, donl vous m'avez 
escril quelquefois. 

Est-il possiltle que Madame de Kiienne se inesle d'escrire de belles 
lettres? Celle nouvelle nia un peu surpris, et jusques icy sa bonté 
in'esloil plus connue que son éloquence. Je seray bien aise de voir la 
copie, puisque l'original n'est pas venu jusques à nioy, et que moi 
mauvais destin s'est servi delà négligence d'un inaraut, pour me 
ver d'une si douce consolation. 

Je suis en peine du petit amy, qui m'est entièrement nécessaire dans 
mes petites affaires, cet autre, donl je vous ay parlé, ne se trouvant 
pas maintenant au lieu où vous estes. Le paquet que vous luy envoyastes 
de ma part, il y a quelque temps, se seroit-il perdu? Je ne veux pas 
le croire, et vous conjure de mettre en queste quelqu'un de vos gens. 
pour avoir des nouvelles et de l'homme et du paquet. Au reste. Mon- 
sieur, que vouliez-vous dire des longueurs fatales du sieur Rocolet'.' 
Dieu me garde de tomber une autre fois entre ses mains! H vaut bien 
mieux aller exprès à Leyden, faire soy-mesme imprimer ses livres, ei 
estre soy-mesme son correcteur. 

M 1 " Girard est icy et vous honore toujours parfaitement. H a com- 
mencé l'histoire de feu M r [d'Espernon] son maistre, qui ne sera pas 
une pièce à mespriser; il m'en a monstre quelque chose qui m'a plu 
extrêmement, et je suis trompé si vous ne l'approuvez aussi bien que 
moy, et si vous n'y trouvez des endroits instructifs et divertissans. Je 

' Je trouve cet éloge de Paul Fiesque trcela est, j'en espère bien, car c'est un dé- 
dans une lettre de Balzac à Chapelain, du <»mon dans les négociations, et non pas un 
h juin 1 64 1 (p. 85a): n-Quelqu'un m'a dit rhonime. et je ne croy point qu'en tout le 
"que le seigneur Paul Fiesque est à la Cour. k monde il y ait un esprit plus souple, plus 
-et qu'il se mesle de l'affaire de la paix. Si tradroit ni plus intelligent que le sien.» 

18 



138 LETTRES 

me précipite en vous escrivant ces mauvaises lignes. (Test, Monsieur, 

vostre, etc. 



XLIV. 

Du l3 juin i6ii. 

Monsieur, Je lus hier saigné, et aujourdhuy je vous escris avec 
une médecine dans le corps. Ce sera pour accuser la réception de 
vostre lettre du 5 de ce mois, et pour vous donner advis que mon 
homme est arrivé de Bordeaux, qui m'a apporté vos pièces controllées. 
J'attends de vos nouvelles pour en faire ce que vous m'ordonnerez, et 
vous advertis de plus que M. de la Thibaudière doit avoir receu la 
lettre que vous luy avez escrite : après en avoir considéré les grâces et 
la galanterie, je la mis entre les mains de son procureur, qui me pro- 
mit de la luy faire tenir seurement, et qui n'y aura pas manqué. 

J'ai leu le billet de M. Ménage et releu la belle ode qu'il m'a fait 
adresser, très-belle certes, et très-digne de son excellent esprit, //( 
pecrassel in elcctione materiw. Je vous ay desjà fait sçavoir que je luy 
rendrois du françois pour du latin, et du cuivre pour de l'or en toutes 
façons. Au reste, Monsieur, je n'estime pas moins que vous la lettre 
de Madame de Brienne. et, au premier jour de santé et de loisir, il 
faudra la payer d'une autre lettre. Mais l'excellent advis qu'on me 
donne avec la copie de la lettre ! 

M r l'abbé de S'-Nicolas juge donc à propos que j'employe une per- 
sonne qui soit puissante auprès de M r le C[ardinal] M[azarin] pour 
estre payé de ma pension. Si la chaleur avec laquelle la femme 1 a 
|iarlé de mes affaires à son mari ne produit que ces beaux advis, c'est 
une chaleur plus froide et plus stérile que de la glace, et j'ay ou y dire 
depuis que je suis au monde que c'est se moquer des gens, de leur 
donner des conseils quand ils demandent de l'ayde. Tout le monde 
sçait que la signora comorte a tout pouvoir sur son mary le secrétaire 

' M"" de Brienne implorant, en faveur de Balzac non payé, le secre'taire d'Etat, son mari. 



DE JEAN LOUIS GUEZ DE B ILZAC. L89 

d'Estat. Et. pourquoj ce secrétaire d'Estal ae sera-t-il j>;i^ cette per- 
sonne puissante ou ne me li fera-t-il pas trouver? voire mesme pour- 
quoy Le seul M 1 l'abbé de 6^-Nicfolas], sans l'assistance «lu secrétaire 
ny de sa femme, ne fera-t-il pas quelque chose de plus pour moy que 
de m'envoyer des conseils de cent lieues Loin ? Ne bous enfonçons poinl 
dans celle inalirre ; je suis si peu capable (lune pareille langueur, que 
je n'en sçaurnis parler que comme d'un prodige dans la morale que 
je me suis figurée. Dieu me garde d'une si sobre réserve en matière 
d'offices el d'amitié! Et tic his hacienus, après vous avoir dit que celm 
qui m'empeschera d'estre payé de la petite pension que le feu Roy me 
donnait, se fera beaucoup plus de tort que je n'en recevra y de dom- 
mage; et, si on maltraite Cicéron (vous nommez quelquefois ains\ 
vostre amy), uno proscriptus sœculo, prosrribet Antonium omnibus. Je 
suis, Monsieur, vostre, etc. 

Mon père a fait dresser un mémoire (dans lequel je vous puis pro- 
tester qu'il n'y a pas un seul mot de ma façon) pour estre présenté à 
M 1 ' le Chancelier, eu forme de placet ou de requeste; et hoc, par le 
libraire matériel qui, en qualité de valet de chambre, ou pour le 
moins de domestique de mondit Seigneur, pourra faire cela aussy bien 
qu'un conseiller d'Estat ou qu'un abbé favory '. Si le mémoire fait son 
effet, à la bonne heure, sinon, je suis desjà consolé. Je vous en envoyé 
une copie et vous prie de la mettre entre les mains du petit, avec 
quelque advis de vostre cru, et une très-exacte recommandation de 
servir son amy avec secret; et en effet, si le Chancelier promet au 
libraire, le petit achèvera le reste et ne sera pas inutile solliciteur 
auprès de luy. 

' La Caille (Histoire de l'imprimerie, on sait, la vie du chancelier fut en danger. 

p. 429) a rappelé que Rocolet crfut honoré Rocolet était alors capitainede son quartier, 

trde la bienveillance particulière de M. le et le roi, pour récompenser sa fidélité et son 

rfChancelier Seguier.» Rocolet sut se mon- dévouement, lui envoya, le 5 octobre 1 65 1. 

trer reconnaissant envers ce protecteur peu- par M. de Sainlot, maître des cérémonies, 

dant les (roubles de la Fronde, où, comme une médaille et une chaîne d'or. 

18. 



160 LETTRES 

Voulez-vous que je vous parle franchement? L'ode de nostre très- 
cher ' n'est pas une très-bonne chose, mais gardez-vous bien de le luv 
dire de ma part. Je vous supplie. Monsieur, que je puisse avoir par 
vostre moyen le discours de la Servitude volontaire 2 , et tout ce qui se 
trouve de l'Eschassier, advocat au Parlement 3 . 

Je suis bien aise que l'épigramme vous ait plu; mais, au lieu de Iwta, 
n'aymeriez-vous point mieux et clara superbiel timbra? H me semble 
que le mot de clara avec timbra l'ait quelque beauté. Quoy que vous 
puissiez dire à la justification du libraire espais, il est sans excuse. Il a 
receu les corrections devant Pasques, et n'y a fait travailler que la 
veille de la Pentecoste. Encore ay-je peur qu'il gastera tout et qu'il se 
servira delà plume où il faudra du canif, voire qu'il fera de nouvelles 
fautes en corrigeant les anciennes. 

J'ay envoyé vostre mot au Père Gombault 4 , et vous devez avoir 
receu la liste que vous m'avez demandée. 

Il y a quinze jours que je vous ay envoyé la liste que vous m'aviez 
demandée, et devant que les exemplaires soient en estât d'estre pré- 
sentés , vous aurez tout loisir de choisir ceux à qui vous prendrez la 
peine d'en donner, ou d'en faire donner par un de vos gens. Je vous 
prie de marquer les autres à qui Rocolet en présentera, et M", de 

' Ménage. exemplaire du Contr'un. Le D r Payen ajoute : 
* Très-probablement une copie manus- rrOn peut lire dans Tallemant des Réaux la 
crite, car on ne connaît pas d'édition de ce ^difficulté qu'éprouva le cardinal de Riche- 
discours à l'époque où Balzac écrivait cettp «lieu lorsqu'il voulut se procurer cet ou- 
lettre. M. le D' J. F. Payen dit, dans l'ex- rrvrage et le prix auquel un malin libraire 
cellent article sur Etienne de la Boëtie fie lui lit payer, n M. S. de Sacy a eu le tort 
qu'il a donné à la Nouvelle Biographie gêné- de dire ( Variétés littéraires, morales et his- 
rale (t. IV, col. 368) : * Après sa publica- toriques, t. II. p. 5i/i) : ^Montaigne a pu- 
n-tion dans les Mémoires de l'Eslat de France , n-blié sans hésiter le Contr'un. » 
itfe Contr'un tomba complètement dans l'ou- 3 Rappelons que le Dictionnaire de Mo- 
•bli jusqu'au moment où Coste l'inséra dans rétri donne la liste complète des ouvrages 
•s s éditions des Essais. n Ainsi, entre la publiés par Jacques Leschassier, de 1598a 
date de la publication du recueil de S. Gou- 1621, ouvrages réunis ensuite tous ensemble 
lait (1576-1578) et celle de la quatrième en 1669 et en i65a. 
édition des Essais, par Coste (1709, Lon- 4 Le copiste a écrit ainsi le nom de ce 
«1res, (i vol. in-19), il n'aurait paru aucun jésuite : Gaubault. 



DE JEAM LOUIS OUEZ DE BALZAC, 141 

Gampagnole aussy, selon que voua en demeurerez d'accord avec luy, 
qui pour cei effel aura l'honneur de vous voir, et de recevoir mis lions 
advis. Vous ne sçauriez croire combien cette distribution me chagrine. 
Je voudrois eslre aux Antipodes pour quatre mois, pourveu qu'eu ce 
païs-là je ne lusse pas privé de la consolation de vos lettres, el qu'au 
défaut ilf l'ordinaire «les antipodes., \ <>us trouvassiez un démon de 
bonne volonté qui m'en apportas! loul.es les semaines. \u reste, Mon- 
sieur, je ne désire pointsçavoir la fortune Je mon livre, n\ les divers 
jugemens qu'en feront les beaux esprits. Quand tout le monde me 
chiffleroit 1 , il me suffit pouT ma parfaite satisfaction que vous m'ayez 
desjà applaudi, .le suis d'ailleurs trop vieux et trop dur pour eslre 
capable d'estre corrigé si j'avois failli, et de his hactenus. 

Vous avez veu le mémoire que Rocolet doit présenter à M r le 
Chancelier. Je ne bazarde rien en le faisant présenter, et peul-estre 
qu'Aristide me rendra justice ou la demandera pour uioy. 

Obligez-moy de sçavoir de M r Ménage si M r de Saumaise n'a pas 
lait un commentaire sur Florus, et en quel lieu il est imprimé' 2 . Je 
voudrois aussy sçavoir si Gevartius 3 , outre ses Electes, n'a pas l'ait en- 
core un livre de Diverses Leçons, parce que, dans ses observations sur 
Stace, il promet de prouver clairement (je ne sçay où) que le poète 
Manille 4 n'a point vescu sous Auguste, et que c'est un pur équivoque 



1 Nous avons déjà trouvé l'expression 
chifflet. N'y avait-il pas dans le tardif emploi 
de ces expressions un peu de provincialisme? 

' Le Florus de Saumaise parut en 1 638 
(Lugd. Buta», apud Elzemrios, i vol. in-ia). 
Les notes du grand critique bourguignon 
ont été reproduites dans plusieurs éditions. 
e t notamment dans celle d'Amsterdam (170a, 
3 tomes en un volume in-8°), dans celle de 
Leyde (17'ji, in-8°), dans celle de Leipsick 
(i83a, a vol. in-8"). 

3 Le copiste a écrit : Genarlius. Jean Gas- 
pard Gevaerts, né à Anvers en 1.593, mou- 
lut dans cette ville en 1669. Ses Ekelorum 



libri très, in quibus plurima veterumscriptorum 

Inca obscura cl controversa cjplicantur, illus- 
trantur cl emendaniur, parurent à Paris, en 
1 G 1 9 , in-4°. Les Observations sur Stace sont 
dans l'édition des Silves qu'il donna en 
1G1G (Leyde, in-8°). Quant aux diverses 
leçons dont Balzac s'enquiert. ni les Mé- 
moires de Niceron (t. XXXVIII), ni le Dic- 
tionnaire de Morcri, ne les mentionnent, et 
on est autorisé à croire que ce livre n'a ja- 
mais existé. 

4 On croit généralement, avec Joseph 
Scaliger, Vossiu s, Saumaise, Huet, etc., que 
Manilius vivait vers le commencement de 



Ur2 LETTRES 

de nom, Cum sit verus Me Alaitiïius eelcbratus a Claudtano, el cœlm-a. J'ay 
cherché cette preuve promise dans ses Electes, mais je n'en ay pas 
trouvé un seul mot. 



XLV. 

Du 20 juin îli'ii. 

Monsieur, Vous m'avez blessé en me chatouillant. L'article de \ostre 
lettre qui me tesmoigne le désir que vous avez de me revoir, me re- 
présentant le malheur que j'ay de ne vous voir pas, a rempli mon 
oeeur de jalousie, et m'a fait souspirer plus d'une fois ces vers amou- 
reux : 

Allri. obime! del ruio sol si fa sereoo! 

Del mio sol . ond'io vivo, oltri si ;;ode, etc. ' 

A l'heure où je vous parle, je veux grand mal à cet Allri, quiconque 
puisse-t-il estre; l'ut-ce le cher M r d'Ablancourt, le bien-aimé M r Gon- 
rart, le petit homme. grand personnage 2 , le brave et magnanime Mou- 
losides 3 . Il y aura donc lousjours quatre ou cinq provinces entre vous 
et moy ? Je ne jouiray donc jamais que de la peinture de vostre con- 
versation? Je ne recevray que îles gouttes et des miettes par la vuye 
ordinaire, el cette bienheureuse abondance, cette plénitude dont vous 
nu' [tariez, sera toute pour l'hostel de Rambouil[let] et pour Mes- 
sieurs de Paris? Le nom de Rambouillet] m'arreste tout court. Je n'o- 
serois persévérer dans ma haine, et il faut que, pardonnant à la ville 

l'ère chrétienne; mais ou ne sait rien de même Claudia), composé, non un poëme. 

positif sur la biographie de ce poëte, qui mais un élégant traité en prose. 

n'est mentionné par aucun auteur ancien. ' «Un autre, hélas! s'éclaire à mon so- 

M. Léo Jouberl (Nouvelle biographie gêné- wleil, un autre jouit du soleil qui lait ma 

rate) rappelle que Gévart et Spauheim ont (trie!» 

pensé que les Astronomiques appartiennent 2 Balzac écrivait, le 4 janvier i65i 

à l'époque d'Auguste, el il objecte que le (p. 897), à Conrart. au sujet de Godeau : 

Mallius Theodorus dont Claudien a célébré rrCe petit homme, et tout ensemble grand 

le consulat et loué les connaissances astro- -personnage .« 

nomiques avait, d'après Te texte formel du 5 Montausier. 



DE JEAN-LOUIS GDBZ DE BALZA( 148 

en la considération deJ'hoetel, je mécontenta de roua murmurer cee 

autres vers : 

\ ruidem invideo '. doleo tamen : et miln longi 

l'Ailii mora diapliceal, mihi dicere fas Bit, 
Fortunatoa minium, tua si bona norinl 
Parisios ' 

J'attendra) encore buit jours le voyage d'un amy pour vous envoyei 
plus seoremenl vos pièces controollées : et, au défaut d'un amy, je les 

Feray donner au messager avec toutes les précautions nécessaires. 
Mais ne vous mettez point en peine de la despense qui a esté faite. 
\v Xaintes ny Bourdeaux ne vous cousteront rien, et vous devriez 
avoir honte de m'escrire si curieusement d'une chose de néant, et de 
laquelle nous ne nous souvenons plus ny M'' Gombault ny moy. 

Puisque M 1 ' l'abbé de S'-Nicolas délibère sur l'envoy de mes vers 
à Rome, il croit qu'il y a lieu de délibérer. 11 en fera ce qu'il luy 
plaira et quidquid illi videbitur, optimum miki videbitur. En voicy de 
nouveaux pour justifier les premiers, et vous les considérerez, s'il 
vous plaist, Monsieur, comme choses escrites du temps de Tibère ou 
de Néron, auxquelles nous n'avons point de part, ou, si vous me per- 
mettez de parler Tacite , procul amore et odio quorum causas longe habe- 
inus 3 . 

Vous estes, sans mentir, bien raisonnable sur le sujet de cette belle 
et grave simplicité des anciennes épigrammes, et il y auroit plaisir 
de voir là-dessus une diatribe de vostre façon. 

Avez-vous ouy parler d'un poète lyrique italien et favory du duc 
de Modène, nommé Fulvio Tesli 4 ? Si vous avez veu ses odes, je vous 

' Virg. Eclog. 1. v. il. Ses Rimes parurent à Venise en i6i3. Il les 

5 fortunatos nimium, sua si bona iiorint. revit et les corrigea dans une seconde édi- 

Agricolas!... lion (1617). Il fut le favori du duc de Mo- 

Vibc. Géorgie, lib. Il, v. i58, 45g. dène, François I", qui le nomma secrétaire 

1 Allusion au sine ira et studio du cha- d'Etat et ambassadeur. Ses œuvres choisies 

pitre 1 du livre I des Histoires. ont paru à Modène en 1817 (2 vol. in-8"). 

4 Le comte Fulvio Testi naquit en i5p,3 Voir Tiraboschi : Vita ciel conte F. Tesli 

h Ferrare et y mourut le 28 août i646. (Modène, 1780, in-8°). 



lui LETTRES 



prie que j'en sçache vostre opinion. Je ne vous sçaurois escrire la 
mienne de l'Apologie <p>e je n'ay point veue et que je n'ay pas grande 
curiosité de voir, puisque c'est la cour sainte qui l'a faite. J'attens les 
livres promis et suis de loute mon âme, Monsieur, ete. 



XLVI. 

Du 37 juin iO'i'i. 

Monsieur, Après vous avoir dit en courant que j'ay receu vos deux 
despesches pour Xaintes et que je les ai recommandées au Père Rec- 
teur avec les plus ardentes conjurations qui peuvent sortir de la 
bouche d'un suplianl, je viens et m'arreste à la grande nouvelle de 
nostre village. Le cher président Maynard y est arrivé, et avec lu\ 
toutes les Muses, toutes les Grâces, toutes les Vénus et tous les 
Amours. Ne pensez pas que ces derniers mots viennent du transport 
de mon esprit ou de l'excès de ma passion; c'est la sienne que je vous 
exprime imparfaitement, et je ne suis que le triste historien du Héros 
le plus guay et le plus galand qui fut jamais. Si vous ne m'en croyez 
sur ma parolle, voicy de quoy vous persuader, et je vous veux faire 
part d'un ouvrage qui m'a ravi. La belle chose, Monsieur, que la 
passion, conduite et employée par le jugement : c'est-à-dire, en vostre 
langage, la belle chose que le feu du ciel entre les mains de Promé- 
thée ou de quelque autre excellent ingénieur! Cettuicy le sçait mettre 
en œuvre d'une admirable manière, et je pense qu'il n'est pas plus 
net ny moins fameux dans sa propre sphère que dans les vers que je 
vous envoyé. Il a trouvé la pierre philosophale de la science des 
mœurs; et ce secret (estimé inconnu jusqu'à présent) d'aymer et 
d'estre sage tout ensemble ' sans doute lui a esté révélé. Le bonhomme 
Numa traitait ainsi avec la nymphe Egérie; et, si un prophète vouloit 
faire l'amour à une Sibille, il faudrait qu'il vinst prendre icy des leçons, 
et qu'il estudiast ce que Ménandre dit à Cloris. Menander aulem iste 

1 On connaît le dicton : Amare el sapere ri.r Deo conceditur. C'est la dix-septième des 
sentences de Publias Syrns. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 146 

mriis Socratsm meum solito eultu et observantia prosequilur, mêisque verbù 
inulitun illiaalutem dieit, etcœtera. M;iis, bon Dieu! que Socrate perd de 
parollesà complimenter Imynte! La Rhétorique aedevroil poinl avoir 
lieu en pareilles occasions, cl. il me semble que vous vous moquez r I < ■ 

moy de me dire que vous in'esles obligé «le ce que je ne veux pas estre 
un înaraul. 

Au reste, vous vous mêliez trop en peine de la despense qui a este 
l'aile en Xaiulonge el ;'i Bordeaux, (letle régularité si exacte m'a pres- 
que offensé ; et pourquoy, Monsieur, ne prendrez-vous pas un bouquel 
OU une paire de gans de vostre amy, encore qu'il soit plus pauvre que 
vous? Me parlons plus de parties et de comptes de quatre deniers. 
Quand vostre magnanimité devroit enrager, il faut qu'elle reçoive de 
moy ce petit présent : il faut que l'orgueil du roy des stoïques soit un 
peu mortifié. 

Je le vous dis tout de bon. J'aymerois mieux que la harangue délia 
Casa fut in bordello ', voire que son Galatée et que tous ses autres livres 
fussent confisqués, que si vous aviez pris la peine dont vous me parlez 
dans vostre lettre. Absit, absit, prœstanlissime Capellane, et gardez-vous 
bien de jamais succomber à la tentation qui vous est venue ! La chose 
n'est point pressée, et nous attendrons à loysir la main de quelque 
copiste italien que M r l'abbé de Saint-Nicolas ou quelque autre italianisi 
vous pourra fournir. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Les pièces de vostre prieuré partent aujourd'huy par le messager 
d'Angoulesme et arriveront à Paris un jour après cette lettre. J ay 
escrit de ma main le dessus du paquet où elles sont, et vous l'ay 
adressé au logis de M r Rocolet, imprimeur du Roy, et cœlera. Je mande 
audit sieur de le retirer à l'heure mesme qu'il sera arrivé et de le vous 
faire porter aussy tost. Il a esté recommandé au messager, conceptissi- 
mis verbis. Je pense qu'il faudra donner un de mes livres au comte 

1 Le copiste avait écrit : inbordela. Le et les prédicateurs s'en servent encore au- 
mnt bordello n'a rien d'obscène en italien, jourd'hui sans la moindre difficulté. 

10 



146 LETTRES 

de Cremail ', puisque j'apprens qu'il est encore à Paris, et ne faudra 
point se haster d'en donner à Conjuges 2 , baron de Noailles 3 et Abbé 
de Cerizi 4 . Si je ne suis pas bien traité des princes, je ne veux point 
que mes livres traisnent dans les palais. Vous verrez, par le mémoire 
que vient de faire M r l'official, la passion qu'a mon père de voir le 
quatrain de M r Maynard soubs ma taille douce 5 . Je vous suplie, Mon- 
sieur, qu'il ait au plustost ce contentement : et dites moy, en cons- 
cience, si vous vistes jamais un plus beau quatrain. Hoc unum desiderabù 
et dices : rr Digniori te debebatur. « 

Dieu vous veuille consoler, mon cher Monsieur, et se contenter 
pour cette fois de la mort d'une princesse 6 . 



1 Adrien de Monluc, baron de Montes- 
quieu , comte de Carmain ou de Cramai! . 
prince de Chabanais, fils de Fabien de Mon- 
luc et d'Anne de Montesquiou, et petit-fils 
du maréchal Biaise de Monluc. 11 fut gou- 
verneur et lieutenant général au pays de 
Foix. Il aima et cultiva les lettres, et plu- 
sieurs écrivains du xvn" siècle, Mainard 
notamment, l'ont honoré de leurs éloges. Il 
mourut le 22 janvier i646. 

2 Probablement M. et M"' de Brienne, 
dont il a été question dans une précédente 
lettre. 

' François, seigneur de Noailles, comte 
d'Ayen, baron de Chambres, de INoaillac et 
de Malemort. Il mourut à Paris le 1 5 dé- 
cembre i645, après avoir été chevalier des 
ordres du roi, conseiller d'État, capitaine 
de cinquante hommes d'armes, gouverneur 
d'Auvergne et de Rouergue , ambassadeur 
li Rome. 

4 Germain Habert, abbé commendataire 
de Saint- Vigor de Cerisy (ordre de Saint- 
Benoît, au diocèse de Bayeux), né à Paris 
en 1 6 1 5 , mort en 1 654. Il fut un des pre- 
miers membres de l'Académie française, 
ainsi que son frère aîné, Philippe Habert. 



L'abbé de Cerisy est plus célèbre par son 
poëme (La Métamorphose des yeux de Philis 
en autres, i63g, in-8°) que par sa Vie du 
cardinal de Bertille (i646, in-4"). Loret. 
dans sa Gazette, l'a singulièrement flatté en 
disant : 

Il exeelloil, sur toute eboze. 

Aux beaux vers, à la bette proze. 

Voir sur lui Tallemant des Réaux, le 
Menagiana(oh il est appelé lia des plus beaux 
esprits de notre temps) , Pellisson et d'Olivet , 
et une lettre de Balzac à M. Habert, abbé 
de Cerisy, du 29 avril i636 (p. 433). 

5 Tout le monde connaît ce quatrain si 
souvent réimprimé , et que je cite d'après le 
texte donné par Maynard lui-même (Œuvres, 
Paris. 16&6, in-A", p. ao6). 
Pour mettre sous l'image de M. de Balzac. 

C'est ce divin parleur dont le fameux mérite 
A trouvé chez les roys plus d'honneur que d'appny. 
Bien que depuis vingt ans tout le monde l'imite. 
Il n'est point de mortel qui parie comme luy. 

* Anne de Montalier, veuve de Charles 
de Bourbon, comte de Soissons. venait de 
mourir à Paris, le 17 juin. Elle était la belle- 
mère du duc de Longueville . dont la seconde 
femme ( Anne-Geneviève de Bourbon-Condé) 



DE JKAiVLOlilS tillKZ DE BALZAC 



i'il 



XLVI1. 

Du 'i juillet l'i'i'i. 

Monsieur, Les pièces de voslie Prieuré ont est»'- empaquetées et re- 
commandées avec tous les soins imaginables; et le messager d'Angou- 
lesme, qui s'en est chargé, arrive aujourd'hui à Paris, jour marqué 
(huis ma lettre au sieur Rocolel, affin qu'il relire le tout au plustosl 
et qu'il vous le fasse porter chez vous. 

L'ode de nostre très-cher a eslé retouchée très-heureusement, et je 
suis certes trop heureux d'estre chanté et célébré par une lyre si har- 
monieuse que la sienne. Que j'ay d'impatience de voir ce Diogène 
Laërce et ces corrections admirables dont vous me parlez 1 ! Mais il me 
semble que Marc-Anlonin le philosophe estoit le premier en datte, et 
il me souvient bien de la promesse qui m'en avoit esté faite '-. Non 
tccum (amen summo jure agam, prœstantissime Menagi, et dites-luy de ma 
part, Monsieur, qu'il peut commencer par où il luy plaira, quicquid 
traclaverit , hoc rosa fiel. 

Le nom de M r l'avocat général Talon 3 est en grosse lettre dans la 



n'avait pu cendre en personne les derniers 
devoirs à la comtesse de Soissons irpour es- 
itlre elle-mesrae, dit la Gazette, tombée ma- 
n-lade avant ce temps-là hors de cette ville. » 
1 Les corrections dont parlent avec tant 
d'éloges Balzac et Chapelain ne parurent 
qu'en 1 663 : /Egidii Menagii in Diogenem 
Laertium observations et emendationes ( Paris . 
in-8°). Elles furent réimprimées l'année sui- 
vante à Londres dans l'édition des Vies des 
philosophes, donnée par J. Pearson. On a eu 
raison d'annoncer l'édition sous ce titre : cutn 
uberrimis jEgidii Menagii observationihus , car 
les notes de Ménage n'occupent pas moins 
de a 38 pages dans ce volume in-folio. Les 
observations de Ménage, ainsi que celles de 
Gasaubon , ont été reproduites en deux vo- 



lumes in-8° (i83o-i833) à la suite de l'é- 
dition des Vies des philosophes qui a paru 
à Leipsick, chez Kôhler, en 2 vol. in-8' 

(! 828-3 l). 

" Les In Marcum Aurelium Antoninum 
notœ n'ont jamais paru. Voir, à la suite des 
Mémoires pour servir à la vie de M. Ménage ■ 
en tête du Menagiana de 1715, la liste des 
Ouvrages manuscrits et promis. 

3 Orner Talon, mort le 29 décembre 
»652, avocat général au parlement depuis 
la fin de l'année 1 03 1 . Voir sur lui les Histo- 
riettes deTallemant des Réaux, les Mémoire* 
de Madame de Motteville, du Cardinal de 
Retz , d'Olivier d'Ormesson , et surtout ses 
propres mémoires. 



l/ 4 8 LETTRES 

liste (|uc je vous ay envoyée, et seroit-il possible que vostre régularité 

n'aist pas pris la peine de lire ma liste? 

M r de Voiture m'oblige toujours à peu de frais et me fait grand 
honneur de me prendre pour un maistre faiseur de panégyriques. Il 
voudrait donc que ma rhétorique secondast celle du Cordelier, et que 
je tisse hors de temps ce que j'ay promis de faire bien à propos. Je 
croy que ses intentions sont aussy bonnes que les conseils de M. l'abbé 
de Saint-Nicolas estoient sincères; mais je ne veux vous parler ny des 
intentions ny des conseils, de peur de les appeler par leur nom , et de 
trouver du ridicule dans leur bonté et dans leur sincérité. 

Je suis bien aise de la bonne fortune de M r de Gerisante et liray ses 
beaux vers avec grand plaisir. Mais quelle vision de m'escrire et de 
m envoyer un mémoire pour me fournir de quoy luy respondre! 
Ce sont des corvées dont je me passerois facilement; et je ne cherche 
point nouvelle réputation ; pleust à Dieu de bien m'estre desfait de 
l'ancienne et estre aussi obscur que je suis connu ! 

L'histoire que vous m'escrivez est estrange, et, sans doute, les 
Picots 1 et les Des Barreaux 2 en triompheront. J'ay peur mesme que cet 
accident face tort à nostre party et au livre De la fréquente Communion, 
car je viens d'apprendre que ce Monsieur le désespéré estoit un des 
principaux missionnaires et qu'il régentoit à l'hostel de Liancour, quod 
quidem fieri non poterat, nisifavente et approbante d'Andillio. 

M r de la Thibaudière (qui vient présentement d'arriver) a receu la 
lettre (pue vous luy avez escrite, et je pense qu'il y fait response. Il dit 



' Picot était un des compagnons de plai- 
sir de Des Barreaux. Voir, sur ce person- 
nage, ie Tallemantie M. P. Paris (tome IV, 
pp. '19, 5-2, 57). Un Picot e'tait. à la même 
époque, maître de la musique du roi, mais 
rien ne prouve que ce ftit le même que 
l'ami de Des Barreaux. 

2 Jacques Vallée, seigneur Des Barreaux, 
né, non à Paris, comme l'assurent la plupart 
des biographes, mais à Châteauneuf-sur- 



Loire (département du Loiret), noneniBoa. 
comme l'assurent ces mêmes biographes, 
mais en novembre i5gg (Registres de la 
paroisse de Saint-Martial de (jhâteauneuf). 
On a une lettre de Balzac à Des Barreaux . 
du 16 octobre 1661 (p. 65o). On y voit 
que Des Barreaux était allé dans la maison 
de Balzac et y avait laissé tout le monde 
ravi de lui. 



DE JEAN-LOUIS GUE2 DE BALZAC. l v.i 

que loul le monde voua admire à Xaintes et particulièrement M'I'éves- 
i|ut', qui ne blasme en vous que le trop el l'excès des remerciemens. 

le ii a y | toi h i reçu la Consolation de M* Sirmond' ny la lettre des 
prélats au pape. 

Souvenez-vous, je vous prie, «les quatre vers «le \l r Mainard, pour 
mettre nu-dessous (le la taille-douce. Ce n'est qu'un ouvrage de deux 
ou trois jours, et on l'attend impatiemment au lieu où je suis, je 
veux dire les copies en latin que j'ay demandées a Hocolet. 

(Test, Monsieur, vostre, etc. 

Monsieur, .le viens de recevoir le riche présent de M 1 de Scudéry L 
auprès duquel je vous demende vos bons offices en attendant que je 
puisse luy témoigner moy-mesme ma gratitude. Outre les deux volu- 
mes d'excellente prose, il m'a envoyé des vers admirables que j a\ 
desjà leus avec autant de plaisir que de confusion. Car, en effet, 
quoyque ma pudeur n'y reconnoisse presque rien qui m'appartienne, 
je ne laisse pas d'y voir le beau parmy l'incroyable, et de considérer 
avec chatouillement d'esprit ce phantosme lumineux et cœlera. Si je ne 
respondsà sa lettre si tost que je le désirerois, vous sçavez bien que 
je suis malade et que vous avez de quoy me justifier devant toutes 
personnes raysonnables. 

Comme je vous ay envoyé une liste, vous m'en envoyerez, s'il vous 
plaist, une autre des exemplaires qui auront été distribués, et n'ou- 
blierez pas en cette distribution le brave Résident de Suède 3 , duquel 
je ne puis comprendre l'employ, si celuy de M r Grotius subsiste. 



' Consolation à la Reine régente, déjà ci- 
tée (note de la lettre xxi). Ce Sirmond e'tait 
un consolateur de profession, car, déjà en 
1617, il avait publié" (Paris. in-8°) une 
Consolation à M. le Maréchal d'Ancre sur la 
mort de Mademoiselle sa fille. Voir une lettre 
de Balzac à Sirmond, du h mars 1 6 3 1 , 
dans laquelle (p. 211) il le complimente 
sur un de ses poèmes. 



a Georges de Scudéry publia, en i644. 
A.riune, tragi-comédie en prose (Paris. 
in-4°); mais je cherche vainement quel 
peut être l'autre volume de prose dont parle 
Balzac, à moins qu'il ne s'agisse de la pré- 
lace apologétique assez étendue qui est en 
tête de sa tragi-comédie d'Arminius, ou fcs 
Frères ennemis ( Paris in-4°, 1 644 ). 

' Marc Duncan de Cerisantes, qui fut 



150 LETTRES 

J'aj l'ait un grand effort pour aller jusques au bout de la Consola- 
lion du Père R... 1 Je ne veux pas dire par là qu'il escrive mal; mais 
c'est que je ne puis plus souffrir le stile déclamatoire et que mes oreilles 
palissent lorsque ma rayson est offensée. Je vous suplie néanmoins, 
Monsieur, de faire asseurer le consolateur de mon très-humble service. 
L'éloge que j'ay l'ait d'un de ses livres se verra bientost dans le volume 
de lettres que je prépare. 

Je vous envoyé une seconde copie de la Cloris 2 du cher Président. 
Elle a esté retouchée et augmentée d'un couplet. Sçachez, au reste, 
Monsieur, que ses amours sont chastes et légitimes et que Cloris ne 
porte pas tout son argent sur la teste : elle en a dans ses coffres pour 
accommoder les affaires de nostre amy. 



XLVIII. 

Du 10 juillet i644. 

Monsieur, Je ne veux point me servir du privilège des malades, et 
mon indisposition ne me peut point empescher de m'entretenir aujour- 
d'huy avec vous, pour le moins à la mode de ce personnage des an- 
ciennes fables, qui philosophabatur, sed paucis. 

Je croy tout ce que vous me dites de la cour, et, quelque mémoire 
que j'y envoyé, je n'en espère quoy que ce soit. Celuy qui fut est en- 
core : il a gasté le présent et l'avenir, et je sçay quelle est la contagion 
des mauvais exemples. Je ne suis pas d'advis néanmoins de chanter 
palinodie; et, pourveu que j'en sois quitte pour la perte d'une pension, 
dont il faut mendier tous les ans le payement, prœclare mecum et libera- 

envoyé en 16/1/1 par le chancelier de Suède lation des dînes affligées) avait paru en i6a5. 

à la cour de France . cour auprès de laquelle 11 s'agit ici de quelque harangue consola- 

Grotius était déjà accrédité comme ambas- trice dans le genre de celle de l'académicien 

sadeur. Sirmond déjà citée. 

1 Je n'ai pu trouver le nom du religieux 2 Voir une lettre de Balzac, du ao août 

auteur de cette ennuyeuse consolation. Ce i()/i3 (p. 6/i5) à la Cloris de M. Maynard. 

n'est évidemment pas le P. Binet , de la Les éloges y sont prodigués tant au poète 

Compagnie de Jésus , dont le livre ( Conso- qu'à la femme qui l'inspire. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 151 

Hier agi exùtimabo. Sans avoir dessein de me faire moine, je médite une 
potraitte beaucoup plue obscure que celle que j'ay choisie iej . el suit 
résolu «If quitter un déseri ii'<»|» fréquenté pour un autre moins connu 
<'l |)lus esloigné des grands chemins. I tde aliis innwneris taeeam, il ne 
vicnl point d'homme du roj en ces provinces, soit de robe longue, 
soii de robe courte, qui ne me vienne relancer jusque dans mes Imi- 
pt lr temps ri la Seigneurie ) dont jeu»; voudrais jamais ouyr parler, sont, 
malgré moi, les sujets perpétuels de nos fascheoses conversations. 

Tandem, tandem, hsecomnia abrumpere liceat 
Et rare vero barbaroquc lajlari '. 

dette transmigration ne se fera point sans que vous en soyez pre- 
mièrement adverti et que vous sçachiez le lieu où vostre bonté me 
pourra trouver. Vous verrez par là, Monsieur, que je ne suis point 
fanfaron de philosophie , et qu'en retranchant un peu de ma despense, 
je me puis aisément passer des Majestés, des Altesses et des Éminences. 
Je ne suis que fasché de m'estre laissé duper à la bonne opinion que 
j'avois de quelques-uns, qui sont cause de trois ou quatre bassesses in- 
sérées dans mon discours à la Reine, contre mes premiers sentimens et 
par le sage conseil des mondains. J'en demende pardon à Dieu et vous 
conjure, Monsieur, de faire en sorte, par l'entremise de M r Ménage, 
que mondit discours ne soit point imprimé en Hollande, alfin que 
j'aye la liberté d'en oster et d'y ajouster ce qu'il me plaira , quand je le 
l'erav imprimer moy-mesme. M r de Saumaise, à qui l'excellent amy 
en escrira pour l'amour de moy, a assez de crédit en ce pays-là pour 
empescher cette impression , qui me fascheroit extraordinairement. 

Que voulez-vous dire de la bestise de Rocolet ? Il sçait que le mes- 
sager d'Angoulesme n'arrive à Paris que le lundy au soir; et il m'escrit 
du dimanche qu'il n'a point receu le paquet que je lui adressais pour vous, 
et qu'il ne se trouve point chez le messager, qui quidem n'estoit pas en- 
core arrivé. Ce faquin ne cessera-t-il jamais de me fascher et de me 

' Sed rure vero barbaroque lœtatur. 

(Martial. Epigr. lib. III, ep. lviii, De villa Fauslini ad Bassum , v. 5.) 



152 LETTRES 

donner des allarmes? J'aymerois mieux qu'il fust mort et toute la bou- 
tique bruslée que s'il avoit dit la vérité. Quoy qu'il ne sçache ce qu'il 
m'escrit, je n'auray point l'esprit en repos que je n'aye eu de vos nou- 
velles là-dessus. Je suis, mais de tout mon cœur, Monsieur, vostre, etc. 

Pourquoy me demendez-vous des ordres? Vous, Monsieur, de qui 
je dépens absolument et qui pouvez faire de moy et de mes livres tout 
ce qu'il vous plaist. Je croy qu'il n'en faut donner ny à Conjuges ny 
au baron de Noailles, et je croy, de plus, que vous estes trompé au 
jugement que vous faites de Silhon. Ne jugez point, Monsieur, par 
vostre vertu de celle des autres. Le mauvais estât où je suis ne me 
permet pas de vous en dire davantage. 



XLIX. 

Du 17 juillet i64'i. 

Monsieur, Vous aurez receu ma dernière lettre par une autre voye 
que celle du sieur Rocolet. S'il eust esté aussi diligent en la conduite 
de l'impression du livre qu'à l'ajustement des vers françois au-dessous 
de la taille-douce, nous n'aurions pas eu tant de sujet de crier contre 
ses fatales longueurs et de mettre en proverbe : Que la mort nous vienne 
de la boutique du sieur Rocolet. Le nom de Maillard est absolument néces- 
saire, ainsi que vous avez pris la peine de le mettre de vostre main 
dans l'épreuve que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer, que je 
treuve très-bien à cela près, et pourveu qu'on n'oublie pas l'apostrophe 
sur la première syllabe de l'imite. Il n'y a que cette nouvelle sorte de D 
qui ne plaist point à mes yeux. Mais tous les yeux ne sont pas si déli- 
cats que les miens, et de là ne dépendent pas les destinées de la 
France : ut de fato Grœciœ olim dictum est. 

Je viens de recevoir présentement ce que vous m'avez envoyé par le 
messager, et nous verrons à loysir la guerre pédagogique et les vers 
consolatoires. Le jésuite Le Moyne m'a envoyé par la mesme voye un 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 153 

manifeste pour son part\ ', mais je ue sça) si j'auraj le courage «Je le 
lire, et il me semble <| n** ces querelles devroienl finir, aussy bien que 
la Monmoréide, 

le suis toujours bien empesché de ma misérable personne, et je 
croj que je mourrais de chagrin, si la présence de M' Mainard ne nu- 
soustenoit. C'est, Monsieur, vostre, etc. 



Le messager d'Arigoulesnie qui part demain vous porte quatre rames 

de papier, du plus beau qui se face en ce pays. M 1 Costar, qui n'est 
pas si scrupuleux que vous, souffre que je le régale tous les ans de 
ces petits présens qui sont icy à ma bienséance 2 . Mais il faut vous traiter 
à vostre mode, et je vous mauderay au premier jour ce que je désire 
que vous me donniez pour mon papier, qui arrivera à Paris un jour 
après cette lettre. Il est adressé à Monsieur Chapelain, au logis de M. Roco- 
lel. et cœl., et doit arriver à Paris un jour après cette lettre. 



L. 

Du a5 juillet 1O66. 

Monsieur, J'ay leu la prose et les vers que vous m'avez fait la faveur 
de m'envoyer, et celle-là me semble meilleure que ceux-cy. Le poète 
est toujours asiatique et s'espand toujours plus qu'il ne faut. Qu'il au- 
roit besoin de cette r hache virgilienne pour couper le superflu et pour 



1 Pierre Lemoyne, né à Chaumont en 
1609, mort à Paris en 1671. Il publia en 
i644 (Paris, in-8°)le Manifeste apologétique 
pour la doctrine des Jésuites ici mentionné. 
En i65a, il fit paraître sa Dévotion aisée, 
en 1 658 , son poëme épique sur Saint Louis , 
en 1660, sa Galerie des femmes furies. On 
se souvient des plaisanteries de Pascal et de 
BoiJeau. Nicole et Le Maître de Sacy ont 
aussi critiqué en lui le théologien. Quant au 
poète, il a été apprécié tour à tour par le 
P. Rapin, par Titon du Tillet. par Baille!. 



par l'abbé Goujet. par Chateaubriand (Génie 
du Christianisme), par Viollet le-Duc (Biblio- 
thèque poétique) , etc. Rappelons que le P. Se- 
nault, de l'Oratoire, trouvait la prose du 
P. Lemoyne si emphatique, qu'il disait de 
lui : tt C'est Balzac en habit de théâtre. 1 

- Une des lettres de Costar à Balzac (p. 
6a5 de la première partie des Lettres de 
Monsieur Costar), débute ainsi : rr Quand 
fj'emploirois tout ce beau papier dont vous 
te m'avez régalé à vous écrire de très-humbles 
sremerciemens, je ne me satisferois pas.» 

20 



156 LETTRES 

réduire cinquante à dix ! La matière d Orbilius Musca ne finira-t-ellc ja- 
mais, et sera-ce l'éternel exercice des docteurs latins? Parlera-t-on sans 
fin de mangeurs, de parasites et de Gnatons ? Quoyque la dernière 
pièce soit latine, sçavanle, et, si vous voulez, ingénieuse, elle ne laisse 
pas de m'ennuyer. La variété plaist à l'esprit aussy bien qu'aux yeux, 
et vous sçavez que, pour ne les point lasser, il leur faut quelquefois 
changer les objets. Il n'y a rien à dire après ce qu'a dit nostre incom- 
parable ami, et c'est un dessein téméraire de vouloir ajousler quelque 
chose à son excellente Monmoréide? Le Diogène qu'il nous promet 
viendra-t-il bientost, et quand me verray-je si près d'un homme qui 
m'a fait du mal? Je veux dire M. Botru ', si l'abbé comique est véri- 
table, que j'ay souvent surpris en mensonge 2 . Si vous jugez à propos 
de luy donner de ma part un de mes livres, vous le pourrez faire, et 
toute autre chose que l'occasion vous peut conseiller, sans attendre là-dessus 
ma volonté. 

J'estime et honnore parfaitement les deux personnes dont me parle 
vostre lettre; mais permeitez-moy de vous dire encore une fois que 
c'est se moquer d'un homme que de luy donner des conseils quant il 
demende de l'ayde, et que les conseils sont ridicules quand ils ne se 
peuvent exécuter. Sed satis est ineptiarum, tandiu aliquando desinamus. 

J'attendois aujourd'hui quelques exemplaires, et M. Mainard les 
attendoit beaucoup plus que moy ; mais Rocolet n'a garde de perdre 
ses bonnes coustumes, et il n'a pas manqué de les faire porter chez le 
messager deux heures après qu'il a esté party de Paris. J'ay peur que 



1 Guillaume Baulru, comte de Serrant, 
né à Angers en 1 588 , mort à Paris en 
i 665. Il fut membre de l'Académie fran- 
çaise, conseiller d'Etat, introducteur des 
ambassadeurs, et ensuite ambassadeur lui- 
même. Chapelain (Mélanges) a dit de lui 
que rr les relations de ses ambassades ne peu- 
n-vent être mieux écrites. d Chapelain ajoute: 
fil a l'âme noble et bienfaisante, surtout aux 
r savants qu'il apprend être incommodés, 



trdont il y a plus d'un exemple. * Pour 
d'autres témoignages, voir Tallemant des 
Beaux, le Menagiana, les Mémoires de Mi- 
chel de Marolles, ceux de Daniel Huet, etc. 
2 A cette malice contre l'abbé de Boisro- 
bert, on peut opposer les innombrables 
compliments qui lui ont été adressés par 
Balzac dans ses lettres, notamment pages 
28, 77, i4o, 162, a34, 362, 39.5, 
467, 586, 716, 717, etc. 



DE JEAN-LOUIS GU^Z DE BALZAC. 165 

le quatrain du président irrite de iveau l'envie, el , si j'eusse pu 

i sans l'offenser) n*« le |>;is l'aire mettre sonlis la taille douce, je roui 
asseure crue je me lusse passé bien aisément de cette nouvelle gloire el 
que ee seroit encore an secret entre I n y el moy. La chose n'esl plus 
en son entier, et j'apprens que l'ancien intendant des plaisirs nocturnes, 

et moderne seigneur de Logerf 1 , s'est desjà inscrit en faux contre le 
second vers, et soutient t[iie je n'a\ jamais esté «le la cour: niais le 
président respond qu'il parle en ce vers de ma vertu el non pas de ma 
personne, et qu'un h ermite peut estre estimé dans le grand monde 
encore qu'il ne parte du désert, sic adversante frustra Poreherio, Deos 
Deasque testatuf mtegerrimus prwses se historiée locutum. Vous estes tous- 
jours le cher objet de mon souvenir et de ma passion, et quem de- 
feret impotenti amori. Alio modo, je suis de toute mon aine, Monsieur, 
voslre, etc. 

M r Maiuard part d'icy, après y avoir attendu inutilement l'effet des 
promesses de Rocolet. Je luy avois promis trois exemplaires, l'un pour 
luv. L'aultre pour le premier président de Tholoze 2 et le troisième 



1 C'est Honorât Laugier, sieur de Por- 
chères , mort , d'après la Musc historique de 
Loret, le dimanche a 6 octobre 1 653, à 
l'âge de ga ans. Il ne faut pas le confondre 
avec un autre académicien, Provençal comme 
lui, mais mort en i64o, qui s'appelait 
François d'Arbaud de Porchères. Tallemant 
des Réaux (t. IV, p. 3a 3) nous apprend que 
Lnugier ( Honorât), qui avait chez la prin- 
cesse de Conti rrl'employ de faire les bal- 
flets et autres choses semblables," prit la 
qualité d'Intendant des plaisirs nocturnes. La 
Nouvelle Biographie générale a prétendu bien 
à tort (au mot Arbaud), que ce fut le dis- 
ciple et ami de Malherbe qui, frsous la 
tr régence de Marie de Médicis , occupa à la 
trcour la singulière charge de surintendant 
fdes plaisirs nocturnes, n Le témoignage de 



Balzac montre une fois de plus combien 
Tallemant est généralement bien informé. 
Du reste, Sainl-Evreraond , auteur de la 
Comédie des Académistes , avait lui aussi fait 
dire à François d'Arbaud (ce qui rend plus 
excusables les méprises de nos critiques con- 
temporains) : 

Et vous n'ignorez pas que j'eus, dans la n 
Des nocturnes plaisirs la suprême intendance. 

2 C'était alors Jean de Bertiei\ baron de 
Montrabeet de Launaguet, nommé premier 
président du parlement de Toulouse le a8 
février i63a, mort en i65a< Balzac lui 
écrivit, le 7 janvier i663 (p. 636) : il lui 
parlait dans cette lettre de leur commun ami 
le poêle président Mainard. et aussi il y 
louait beaucoup les vers latins composés sui- 
te images de Tholose par le père du premier 



156 



LETTRES 



pour le comte de Clennont 1 . Je vous prie, Monsieur, que ces trois 
exemplaires soient donnés au père Flotte, le jour mesme de la réception 
de ma lettre, ou pour le plus tard le lendemain, affin que l'amy les 
puisse avoir au plus tost. Vous ne me mandez rien de Gevartius ny de 
Manile, et le cher semble faire le sourd quand je luy demende un 
exemplaire de la vie de Mamurra; je n'ay plus le mien, et il faut bien 
que j'en aye un autre, pour travailler à l'histoire du Barbon. 



Ll. 

Ou 28 juillet îètiti. 

Monsieur, Je vous fais ce mot pour vous recommander un paquet 
que vostre cher m'a laissé en partant d'icy. Je vous escrivis il y a trois 
jours et attends aujourd'huy de vos nouvelles. S'il vous vient quelque 
chose en la pensée, n'attendez point mon consentement et faites tout 
ce que vous jugerez à propos. Je pense qu'un exemplaire suffira 
pour la maison de M mc deBrienne, et la femme doit estre comptée 
pourlemary : aussi bien l'appelle-t-il son maistre. J'oubliois à vous dire 
que les foux de dévotion, que vous ajoustez aux foux d'ambition et aux 
foux d'amour, me plaisent extrêmement dans vostre dernière lettre. 

Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



président, auteur qu'il compare à Virgile 
Bayle, clans une noie de l'article Vérone de 
son Dictionnaire critique, a dit de Jean de 
Bertier: irC'étoit un grand homme. » Voir, au 
sujet de sa nomination , l'éloge de ce magis- 
trat dans la Gazette du 5 mars 1 63a , p. 98. 
' Voir une lettre de Balzac au comte de 
Clennont de Lodève ( p. 61 A ) où, le s sep- 
tembre 1 63ç) , il lui dit : rr On vous trouvera 
rrdans le chasteau que les Féesbastirent à vos 



rrpères sur les bords de la Dordoigne. * Il y 
a (p. 61 5) une autre lettre au même grand 
seigneur (du a5 juin 1660). Sur Alexandre 
de Castelnau, d'abord marquis de Sessac, 
puis comte de Clermont-Lodève, voir les 
Historiettes de Tallemant des Réaux , les Œu- 
vres de Théophile de Viau {Lettres, passim ) , 
au tome II de l'édition de la bibliothèque 
elzévirieime, i855, les Additions de Le La- 
boureur aux Mémoires de Castelnau , etc. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE B ILZAC. 167 



Ml. 

Du r aousl l'i'i i 

Monsieur, Je suis donc philosophe ton l de hou, cl les maux i lu corps 
ne nie mettent point l'esprit en désordre; Cajoliez toujours ainsj ma 

|)liiloso])hic, allin quelle se pique d'Iioiiueur, allin qu'elle soil ferme 
ei constante, affin qu'elle conserve le bien que vous dites d'elle. Sic 
commendatione tua crescam, et qttalem me velis faciès. 

J'ay lu les lettres que M r de Saumaise a escrites à M r Ménage, ••! je 
vous conjure, Monsieur, d'asseurer ce cher Ménage que je m'estime 
heureux d'estre aymé de luy, que je le porte tousjours dans le cœur, 
que je ne parle jamais de sa vertu qu'avec transport. Vi r Maiuard luy 
veut deniender ses bonnes grâces par une lettre qu'il luy doit escrire, 
s'il ne va bientost à la cour luy faire cete prière de vive voix. Cepen- 
dant il m'a chargé, en partant d'icy, de luy envoyer son Alcipe de la 
dernière révision; et vous le trouverez cy enclos avec de nouvelles 
beautés, et une magnificence horatienne qui ne doit rien , à mon advis, 
à celle du comte Fulvio. La Cloris attend encore quelque ajustement 
pourestre digne d'Alcipe, et pour se pouvoir dire achevée. Les lettres 
Salmasiennes ne parlent ny près ny loin de l'affaire de Heinsius, et je ne 
sçay si la réconciliation a tenu, ou s'il s'est fait une nouvelle rupture. 
Je serois bien aise qu'on fist à Leyden une impression des diverses œu- 
vres et qu'on y travaillast à l'heure mesme qu'ils auront veu celles de 
Paris affin qu'elle fust achevée à la S'- Martin ou un peu après. Il tau- 
droit qu'elle fust du charactère et de la taille de leur Cicéron , ou du 
livre Delingua hellenistica , que je trouve très-bien imprimé J . Mon Dis- 
cours à la Reyne serait mis à la fin des aultres Discours; et, pour cet effet, 
je l'envoyeray dans un mois à M r Ménage, reveu, corrigé et en lestât 
où je désire qu'il demeure. Vous le prierez donc, s'il vous plaist. de 
ma part, d'en escrire au plus tost à M r de Saumaise et de luy recom- 

1 La dissertation de Saumaise déjà citée. 



158 LETTRES 

mander la diligence. Ce secret périra cependant entre nous trois, affiu 
que la lumière de l'impression Elzévirienne apparaisse en France 
avant qu'on en ait ouy parler. 

Je viens de trouver parmy mes papiers une copie de la dernière 
lettre que j'ay escrite à mon dit S r de Saumaise, et je vous l'envoyé 
m'ymaginant que vous ne serez pas fasché de la voir, et de la faire 
voir à nostre très cher, qui certes me fait un peu trop languir en l'at- 
tente de son Mamurra, sans lequel je ne puis travailler comme il faut 
à mon Barbon. 

Je nesçavoispas que M 1 de Berville 1 lut à Paris; et sçachez, Monsieur, 
je ne croy pas seulement qu'il vaut deux fois plus que son amy, mais 
je croy encore qu'il vaut deux fois plus quel'amy de son amy, quoy que 
cet amy passe aujourdhuy pour l'oracle del'Estat, et que habeai omma 
jura in scrinio pecloris, et que M 1 ' d'Emery 2 ait esté contraint de lu\ 
demender son amitié. 

Le messager est venu pour la seconde fois et ne m'a rien apporté. 
tentas plumbei Rocoleti maxittas! Il faut s'arrester là pour l'honneur 
de ma philosophie, qui se mettrait bienlost en cholère, quelque bien 
que vous ayez dit d'elle. » 

Je suis , Monsieur, vostre , etc. 

Je vous escrivis il y a trois jours, et vous envoyay un paquet de 
M r Mainard pour le père Flotte. Par vostre dernière lettre vous me 
parlez de M r Gomberville; mais ne vous a-t-il point parlé d'une lettre 
que je luy escrivis, il y a quelque temps, à la prière d'un gentilhomme 



1 II est ainsi parlé de ce personnage dans 
une lettre de Balzac à l'abbé de la Victoire 
(M. de Coupeauville)du 26 décembre 1 63 1 
(p. 25a): irNostre M. de Berville ne désap- 
prouve point, je m'asseure, cette sorte de 
(r sagesse. " Voir des vers latins : CaroloBer- 
vilio (p. 68 de la seconde partie du tome II 
des OEuires complètes). 

s Michel Particelli. sieur d'Emery . que 



Mazarin avait appelé, en i643, au poste de 
contrôleur général des finances, et qui mou- 
rut en i65o, après avoir amplement mérité 
ces malédictions, qui, suivant sa remarque, 
étaient fatalement la part des surintendants. 
Le cardinal de Retz (Mémoires, t II, p. 1 29) 
l'a présenté comme « l'esprit le plus cor- 
it rompu de son siècle, v 



DE JEAN-LOUIS DUEZ DE BALZAC. 159 

de iiK-s amys <|ui me demendoit s;i eonnoissance '.' Je ne sça\ si die lui 
a esté pendue. 



un. 

Du - :nmsl i li'i 'i. 

Monsieur, Il n'y a point de mauvaise cause entre vos mains; vous 
sçavez plaider admirablement, et c'est trop peu à vostre bien dire 
d'appaiser un morte] quand il se fasche : il désarmerait Jupiter, quand 

il se met en fureur, quand il lève le bras pour lancer la foudre. Le 
gros homme 1 n'est donc pas seulement innocent, mais je suis cou- 
pable, si je ne le croy aussi juste qu'Aristide, et si je n'avoue avec 
vous qu'il n'y a pas un coin de la vastil.é 2 de ses entrailles qui ne soit 
rempli de vertu et rembourré d'excellentes intentions. Vous plaist-il 
que nous le mettions au nombre des hommes illustres ? que nous lui 
donnions rang parmi les héros ? Après l'éloge que vous en avez fait, 
il n'est rien de si haut à quoy il ne doive prétendre, et nous le place- 
rons, si vous voulez, vis-à-vis de saint Jean Porlelatin. Il a présenté te 
mémoire, et me mande que Solon luy a dit, en se plaignant de moy 
amoureusement, que je ne me souvenois plus de luy, et que je ne luy avois 
pas escrit depuis tant de temps. Ce reproche gracieux m'a obligé de luy 
escrire, et, affinque vous n'ignoriez rien démon petit particulier, je vous 
envoyé copie de ma lettre. Qu'il m'oblige ou qu'il ne m'oblige pas, la 
chose m'est presque indifférente, et un remerciement d'une douzaine de 
lignes m'incommoderoit peut-estre plus que quatre mille livres que je 
demende ne me pourroient accommoder. Que je hay la cour et que 
j'estime peu ses faveurs ! Que je suis las du monde et de moy mesme ! 



1 Roeolet. «-si mol que le son des trompettes n'es- 

5 Le mot Vastité, qui n'est ni dans le « chauffe, ny si dur que la doulceur de la 

Dictionnaire de l'Académie, ni dans le Diction- « musique n'esveille et ne chatouille ; ny âme 

nuire de Trévoux, avait été déjà employé par rr si revesche qui ne se sente touchée de 

Montaigne dans cette remarquable phrase -quelque révérence à considérer ceste vastité 

( Essais, liv. II. chap. xu ) : <t Il n'est cœur * sombre de nos esglises.» 



■ 160 , LETTHES 

Mais n'en parlons plus et laissons Balzac et le monde comme ils sont. 
Je vous ay desjà fait sçavoir quel est mon sentiment de la guerre parasi- 
tique et de l'histoire d'Orbilius. L'esprit et la latinité de ces messieurs 
me plaisent extrêmement; mais, au nom de Dieu, qu'ils changent tan- 
dem aliquando de matière, neve senescam in hoc ignobili sladio et crambes 
repetilœ proverbia 1 in se irritent. Je n'ay pu encore me résoudre à lire 
le manifeste du Révérend 2 : 

Simia quam similis, turpissima bestia, nobisM 

Vous ne sçauriés croire combien celte canaille me fait dépit. Mais, 
si les laquais barbouillent les murailles de figures sales et mal faites, 
faut-il pour cela accuser Raphaël d'Urbin? 

11 faut bien que le petit Bonair ait eu de mes livres, et que vous 
mentiez pour l'amour de moy, luy protestant qu'il est dans la liste. 11 
ne me le par donneroit jamais, si vous ne me prestiez cette fourbe offi- 
cieuse. Mais que fera-t-on à la damoiselle de Gournay 4 , qui se plaint 
aussi et se scandalise ? Je vous jure qu'on m'avoit asseuré qu'elle estoit 
morte, outre que la dernière fois qu'elle m'escrivist elle me mandoit 
que c'estoit pour la dernière fois, et qu'elle ne pensoitpas avoir le loysir 
d'attendre ma response en ce monde 5 . Je la tenois femme de parolle. 



1 J'ai déjà eu l'occasion de citer le vers, 
devenu proverbe, de Juvénal. 

3 Le père Leraoyue. Le 18 août 1 63g. 
Balzac écrivit bien différemment à Chape- 
lain (p. 79/1 ) : irJe ne vis jamais une plus 
r heureuse naissance (débuts littéraires du 
rr fécond écrivain), et vous dis de plus, mais 
tje veux que cela passe pour oracle, que, si 
"M. Chapelain est le conseil du P. Le Moine . 
rrle P. Le Moine réussira un des grands per- 
sonnages des derniers temps. » 

3 C'est un vers attribué par Cicéron (De 
nalura Deorum, lib. I, cap. xxxv) au vieil 
Ennius. Ce vers, que l'on a traduit ainsi : 

Tout difforme qu'il est le singe nous ressemble. 



sert d'épigraphe au poème d'Alex. Tho- 
massen (Pithecologia , Amsterdam, 177^). 

' Marie de Jars de Gournay, sur laquelle 
M. Léon Feugère (i853) et M. Ch. L. 
Livet ( Moniteur universel d'avril 1857 ) ont 
réuni à peu près tous les renseignements 
qu'il était possible de trouver. 

5 ha fille d'alliance de Michel de Mon- 
taigne n'avait guère moins de quatre-vingts 
ans quand Balzac plaisantait si cruellement 
sur le tort qu'elle avait eu de ne pas mourir 
encore. La pauvre fille ne tarda pas, du 
reste, à quitter ce monde ( 1 3 juillet 1 G45 ). 
Il est curieux de rapprocher de cette lettre 
si dure l'aimable lettre du 3o août 169 4 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 



Kil 



cl me l'imaginoia desjà habitante des champs Ëlysées; car, comme vous 
sçavés, elle ne connoist point le sein d' Abraham, et n'eust jamais grande 

passion pour le Paradis. 

Ce que je désire pour mes Irais ei pour mon papier, c'esl un Virgile 
italien d'Annibal dan» 1 que vous me trouverez entre cy ei Pasques; 
el \oiis m'envoyerez présentement une paire de gans de Frangipane 3 , 
avec quatre petites liolcs d'essences romaines, que je vous prie de 
demender de ma part à M m0 la marquise de Rambouillet ; mais je 
vous déclare que, si elles ne viennent de l'hostel, je n'en veux point, 
et que je les vous renvoyeray par le mesme messager qui me les 
apportera. Jay le discernement des esprits, autrement le don de 
connoistre les essences. Mille très-humbles baisemains à noslrc très- 
cher M r Ménage. 

Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

J'attens la liste que vous m'avez promise, et nouvelles du pacquet 



p. 1 1 7 ) où il lui disait : te Ce n'est pas un 
-péché à une femme d'entendre le langage 
rque parlaient autrefois les Vestales. Si mon 
-approbation est de quelque poids, vous la 
•■ pouvez adjouster en vostre faveur à celle 
rdeLipse et de Montaigne, etc.» et surtout 
le huitain si gracieux de la page i5 des 
Carmina et Epislolœ , intitulé' : De Maria 
Gornacensi , ail Marcian Antonium Molsam, 
et qui se termine ainsi : 

Filia (lipia pâtre est, tlij;na Sibylla Dco. 

Le correspondant de Dalzac n'avait pas 
beaucoup plus de sympathie pour M" c de 
Gournay que lui-même. Dans les Mélanges 
de littérature tirés des lettres manuscrites de 
Chapelain (Paris, 1726), on lit (p. 11, 
lettre à Godeau du 28 novembre i632): 
ttNous manquâmes heureusement la demoi- 
r selle de Montagne en la visite que M. Con- 



-rart et moi lui fîmes il y a huit jours. Je 
rrprie Dieu que nous le fassions toujours de 
unième chez elle, et que, sans nous porter 
«■aux insolences de Saint- Amant, nous en 
Tsoyons aussi bien délivres que luy.» On lit 
encore(p.i2, lettre au même, anne'eiG35): 
'rLa philosophie ne s'accommode pas avec 
«la marchandise, et je n'aime pas que la 
tt fille du grand Montagne publie qu'elle ne 
«fait réimprimer ses Essaijs que pour ho- 
~norer sa mémoire, et que néanmoins elle 
-y cherche de l'intérêt. . . 1 

1 La traduction de XEnéide par Annibal 
Caro parut pour la première fois à Venise en 
1 58 1 (in-4°). Il serait trop long de citer les 
nombreuses éditions qui suivirent celle-là . 
et parmi lesquelles il suffira de mentionner 
celle de Mantoue ( i586 ) et celle de Venise 
(1592). 

1 Ganls faits avec une peau parfumée. Ce 



162 LETTRES 

que je vous ay addressé pour M r Mainard. J'envoyeray demain un de 
mes livres à M 1 ' le Chantre , et vous sçavés bien pour l'amour de qui. 



LIV. 

Du iu aoust iPj'j'-i. 

Monsieur, Il n'est rien de plus vray que ce que vous m'escrivez du 
secrétaire d'Irène, autrement du poète Rufus 1 , et quand il ne m'admi- 



parfum, dit le Dictionnaire de Trévoux, a 
pris son nom d'un seigneur romain de la 
maison fort ancienne des Frangipani, qui en 
a été l'inventeur. Voir, sur ce seigneur ( Pom- 
peo Frangipani), Le Laboureur (Additions 
aux Mémoires de Castclnau, t. II, p. 65). 
Le Dictionnaire de la langue française par 
M. Littré cite, sur les gants de frangipane 
ou à la frangipane , une lettre du Poussin et 
une lettre de Voiture. 

1 Une gracieuse communication de M. P. 
Paris me permet de faire connaître le per- 
sonnage caché sous le nom de Rufus' : c'est 
Jean Baptiste Croisilles , abbé de la Couture , 
natif de Béziers, mort en i65i rrdans une 
-extrême pauvreté,» ditGoujet (Bibliothèque 
française, t. XVI, p. 167), d'après les 
Mémoires de Michel de Marottes (édit. in-12 
de 1755, p. 359). Balzac le surnomme 
Rufus parce qu' (fil estoit rousseau,« ainsi 
que l'assure Tallemant des Réaux, qui lui a 
consacré une de ses plus jolies historiettes 
intitulée : Croisilles et ses sœurs (t. III, 
p. 33). M. P. Paris a cité (Commentaire, 
p. ho) deux épigrammes contemporaines, 
d'où il résulte que Croisilles ne possédait 
d'autre rror que celui de sa barbe et de ses 
rr cheveux. » Pour la couleur et pour la 
gueuserie, on le voit, le signalement est des 
plus exacts. Quant à l'expression secrétaire 
d'Irène, ce doit être, si le copiste a bien lu 



ce dernier mot , une allusion à quelque épître 
écrite par Croisilles sous le nom d'une Irène 
imaginaire. M. P. Paris (Commentaire, 
p. 38) a rappelé que Balzac, en ses Entre- 
tiens (1657, p. 8/1), voulant justifier la 
préférence qu'il donne aux roses sur les 
autres fleurs, s'exprimait ainsi : rrJe pour- 
vois en prendre chez les sophistes et tra- 
rrduire une douzaine de lettres de Philos- 
rrtrato, toutes pleines de bouquets de roses. 
rrCe sophisle, qui fut le Croisilles de son 
n- siècle, j'entends le Croisilles, secrétaire de 
rrZcphir à Flore, se joue de vos roses en 
n mille façons, » Une lettre de François Ogier 
à Michel de Marolles (en tête de la traduc- 
tion des Epllres héroïdes d'Ocide par l'infa- 
tigable abbé de Villeloin ,1661) nous fournit 
d'autres éclaircissements : et C'était alors la 
rr fureur de certains écrivains de se l'aire 
« secrétaires, comme Ovide, des héroïnes 
cr amoureuses de l'antiquité : Croisilles fut le 
rr premier qui entra dans cette carrière, où 
«il réussit assez bien, et reçut beaucoup 
«•d'applaudissements de la Cour. Tous les 
rr rieurs pourtant n'étaient pas de son côté, 
rrsi ce n'est qu'on veuille dire que c'étoient 
rrses envieux qui l'appeloientpar mocquerie 
rrle secrétaire de l'Aurore.* Nous voyons 
dans les Mémoires de l'abbé de Marolles 
(édition déjà citée, 1. 1, p. 82) que Malherbe 
s'amusait à surnommer Croisilles le secré- 



DE JEAN-LOUIS GCEZ DE BALZAC. 168 

reroil pas, comme vous dites qu il fait, j«' ne laisserois pas de l'estimer 
extrêmement, et de louer l'élégance de ses muscs, en accusant aussj 
bien <|u<' vous leur mendicité. Je cro\ toul ce qui vous semble du des- 
sein de nostre très cher sur Diogène Laerce, et ne pense pas qu'il \ ait 
homme au monde plus capable de bien discuter lotîtes ces dill'érrutes 
philosophies que le Trismegiste Gassendi 1 . Il laul estre artisan pour 
connoistre cl pour Juger des secrets de l'art, nec sapientem intelligil nisi 
su pie us, ri calera. 

Les vers lyriques que le brave Cérisante vous envoya de Suède, 
l'année passée, me plaisent bien davantage que les hexamètres qu'il 
vous en a apportés, dans* lesquels je trouve quelque obscurité pour ne 
rien dire de pis. Je l'ay bien nommé au sieur Rocolet, avec l'incom- 
parable M 1 ' de Bcrville. Et, quoy qu'il ne fust point besoin de ce nouvel 
ordre, je luy ay escrit en termes exprès, qu'il fit. absolument ce que 
vous luy ordonneriez pour la distribution des exemplaires, puis- 



taitx des dieux. Une lellre du poète nor- 
mand h Balzac, de janvier i6a5, roule sur 
une querelle qui éclata, cette même anne'e, 
entre Balzac et Croisilles (p. 89-97 du 
tome IV des Œuvres complètes de Malherbe, 
publiées par M. L. Lalanne). A la page 91 , 
M. Lalanne a mentionné une Leltre du sieur 
de Croisilles contre M' de Balzac, écrite à 
M r le conte (sic) de Cramail (Paris, 1G25, 
in-f"). Marolles, Goujet et d'autres encore 
ont adopté, pour le nom de l'autour des 
HéroîdeSj de Tyrcis et Uranie, etc., la 
forme : De Crosilles. 

1 Pierre Gassendi, né en Provence à 
Champtercier en 159a , mort à Paris te 26 
octobre 1 655. Balzac avait raison de croire 
que Gassendi était le plus compétent des 
hommes en ces questions, car, dès i63o, 
comme l'a remarqué son plus récent bio- 
graphe (M. B. Aube, dans la Nouvelle 
Biographie générale) , il s'occupait, à propos 



d'Épicure, rrà traduire en latin le X e livre 
crde Diogène Laërce. Il fouillait les biblio- 
thèques, rapprochait les textes, comparait 
rrles différentes leçons, demandait à ses amis 
ndes explications sur les passages obscurs... 
cr II étudiait aussi les autres philosophes.!: 
Balzac, écrivant à Gonrart, le 3o janvier 
1 64 1 , disait à Gassendi, auteur de la Vie 
de Peiresc (De Vita Nicolai Claudii Peircshii, 
Paris, 1661 , in-4") : rJe connois qu'il sçait 
n- l'art d'escrire, et que sa latinité est du hou 
trtemps, et partant il fera grand honneur à 
fia mémoire de son ami. a Balzac avait dû 
être flatté de trouver dans la vie de Peiresc 
(à la fin du VI e livre) la mention de sa lettre 
à M r L'Huillier, qui est une sorte d'oraison 
funèbre du savant conseiller au parlement 
d'Aix , mention accompagnée de cet éloge : 
Cm iicmo non gallice modo, sed latine etiam 
scribentium, eleganliœ palmam non facile 
cedat. 



166 LETTRES 

qu'il en faut donner par dessus le nombre qui est spécifié dans la 
liste. 

Je sçay que Porchcrago 1 radote il y a longtemps, et qu'il a tous 
jours quelque Reine ou quelque Impératrice pour objet de son amour. 
Mais, ;i vous dire le vray, je ne me soucie guères de ses resveries, et 
guères davantage des morsures de l'Envie dont je vous avois tesmoigné 
quelque appréhension. Le quatrain français n'est pas plus magnifique 
que le latin, je ne suis auteur de l'un ny de l'autre; et pourquoy mon 
amy Bourbon et mon confident Mainard n'oseront-ils parler aussj 
bautement de moy que Gabriel Nauda?us a parlé de Colletet dans une 
lettre imprimée, qu'on me vient de faire voir, où il le nomme vatum 
qui nuncin Gallia castigatissime scribunt longe prœstantissiiiium- ? 11 est 
permis à un cliacun de trouver belles ses amours et d'appeler sa 
femme sa Junon , tesmoing ce coquin que vous avez veu autrefois dans 
les comédies de Plaute. 

J'ay receu la Lettre aux Evesques et le Traité de la servitude volontaire, 
mais je n'a y point encore receu les exemplaires de la vie de Mamurra. 
dont vous ferez, s'il vous plaist, reproebe au sieur Rocolet, et tout en- 
semble mes remerciemens à M r Ménage. Je vous renvoyé la lettre que 
M 1 ' de Saumaise luy a escrite, et vous suplie de sçavoir de luy quel 
homme c'est qu'un Gaspar Barlhius Allemand 3 , quia fait un livre de 



1 Honorât Laugier de Porchères. 

2 Je n'ai pas retrouvé le passage cité par 
Balzac dans le Recueil des lettres latines de 
Gabriel Naudé, qui parut h Genève (1G67, 
in- 12). 

3 Barthius (Gaspard), que Bayle appelle 
-l'un des plus savants hommes et l'une des 
■•plus fertiles plumes de son siècle , ^ naquit 
à Cuslrin.au pays de Brandebourg, le 22 
juin 1587, et mourut le 17 septembre 

1 058. Ses ouvrages les plus connus sont 
ses Adver.taria et ses Commentaires sur 
Stace et sur Claudien. C'est probablement 
des Adversaria que veut parler Balzac, car 



cet ouvrage de critique, dont le titre réel 
est celui-ci : Adversariorum commenlario- 
rum libri LX, antiquitatis tant genlilis quant 
clirisiianœ monumentis illuslrali, a le redou- 
table format du Calepin (Francfort, îGai. 
in-fol.). Le second volume n'a jamais paru. 
L'auteur laissa en manuscrit les livres LX1 à 
CLXXX, qui auraient rempli au moins deux 
volumes aussi énormes que le premier. 
(Voir sur Barthius, Moréri , Bayle, Nicerpn, 
trois dissertations spéciales de kromayer, 
de Lage, de Weinhold, toutes les trois en 
latin, indiquées par la Nouvelle Biographie 
générale, etc. ) 



DE IEAN-L0DI8 GUEZ UK BALZAC. 165 

critique plus gros que le Calepin, et <|ui promet encore nu Becond 
volume. 

Saperai i vescitur aura 

EtheiW ' 

Ne verray-je poinl les Minutitu de M'Rigault, el ue sçauray-je poinl 
«les nouvelles de son collègue nostre très cher 3 , c'est-à-dire ne m'en 
ferez-vous point sçavoir sans luy donner la peine de m'en escrire et à 
moj de luy respondre? 

Je viens présentement de recevoir une lettre très-obligeante et très 
cordiale de M' l'Evesque de Grasses et m'en vais de ce pas luy en tes- 
moigner mon ressentiment. Je dors 3 pourtant en achevant de bar- 
bouiller ce papier. C'est, Monsieur, vostre, etc. 

.l'atlens la liste que je vous ay demendée, affin de sçavoir tous les 
exemplaires qui ont esté donnés; mais je vous apprens, Monsieur, 
que Rocolet m'a fait très-grand desplaisir d'en donner en mon nom à 
des personnes que je ne connois point. Que ces personnes-là soient 
rayées de la liste que je vous demende. 



LV. 

Du as aoust i6i-'i. 

Il y a quatre jours que je souffre, et je vous écris après une nuit 
aussy mauvaise que celles de M r Ménage estoient autrefois heureuses. 
Qu'il y a de peine à se soutenir sur des ruines! Que mon corps me 
pèse et m'importune! Qu'il me couste cher d'estre homme et de 
vivre, 

Si sit vivere non valere vita ! 

Mais faut-il tousjours vous rompre la teste avec mes plaintes? Faut- 
il que je sois éternellement non minus querulum quam miser um negotium? 

' Superatne, et vescilur aura? 2 Llùllier. 

Quero tibi jam Troja. . . 3 Le copiste s ' obstine à metlre j e (bi , 

( VmciL. £neid. III , 33 9 . ) partout QÙ Ba]zac écrjt . j g ^ 



166 LETTRES 

Vous estes si bon, Monsieur, que vous voulez compatir à ma misère, 
et je pense d'ailleurs me soulager un petit quand je vous escris l'his- 
toire de ce qui m'accable; mais pourtant n'en parlons plus. 

J'escriray donc à ce M r de Lionne 1 , puisque vous me l'ordonnés 
ainsy, et 'n'oubliera y pas ce cher et ancien amy, de quo mihi nec bella 
necvera (quod gaudeo) nunciabanlur. Je vous remercie cependant de tout 
mon cœur de vos soins et de vos bontés accoustumées, dans lesquelles 
il entre toujours quelque tromperie innocente et bien inventée et 
quelque dol obligeant et ingénieux. Vous estes l'incomparable araj ; 
mais, quoyque je sois inférieur de vertu, je taseberay de vous égaler 
en lions désirs et en bonne volonté, affin que je n'ay pas dit à faux : 

lbit in Annales noslri quoque fœdus amoris a . 

Eusse esté à vostre advis un grand crime ou un grand malheur de 
monstrer à M r de Berville l'article dont vous me parlez? et sa Politique 
ou sa Morale en eust-elle esté extrêmement offensée, après luy avoir 
représenté que je suis un fort bien intentionné et que le chagrin me 
dicte tousjours plus de la moitié de mes lettres? Il doit à présent avoir 
eu un de mes livres; au moins l'ay-je ainsy ordonné, et en ay desjà 
escrit trois ou quatre fois. Mais vous ne me mandez rien de M r deBail- 
leul, de M r d'Emery, de M 1 ' ou de Madame de Liancour, et je ne sçay 
s'ilz ont ou estimé ou mesprisé mon présent. Je sçay bien qu'il falloit 
le leur faire présenter par quelque personne qui sceut présenter de 
bonne grâce, et qu'un valet du sieur Rocolet n'est pas assez honneste 
homme pour cela. Au reste, Monsieur, si vous voyez le petit, asseu- 
rez-le fortement de mon inviolable affection, et empeschez-le de trou- 
ver mauvais l'employ de M 1 ' Rivière dans l'affaire dont j'ay appris 



1 Hugues de Lionne, marquis de Berny, Lionne que M. Mignet dans sa belle Intro- 

alors conseiller d'Etat (depuis 1 643), qui duction aux négociations relatives h la succes- 

allait être bientôt (16/16) secrétaire de la sion d'Espagne. (Documents inédits sur l'His- 

Régente, et qui, plus tard, devait être un toire de France.) 

si liabile ambassadeur et un si grand mi- ! Voir ci-dessus, lettre XLI, du 2 3 mai 

nistre. Personne n'a mieux rendu justice à i644. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 107 

l'ouverture par vostre lettre, puisque c'esl luj qui a présenté mon 
livre à Son Eminence el ma lettrée M r le Chancelier, et que d'ailleurs 
on m'avoil escritque Ledit petit estoit si oicupc'- dans ses affaires par- 
ticulières, que difficilement |iourroit-il vaquer à celles d'autruy. Je 
ne respons poinl à sa dernière lettre, non plus qu'à celle de Mademoi- 
selle de Gournay, que je vous envoyé, et je suis assez malade pour 
ne vous escrire pointa vous-inesmc, si je ne sentois quelque sorte 
de soulagement quand je vous escris. 

Je désire sçavoir nu vray combien d'exemplaires nui esté donnés en mon 
nom, el en attends une liste très exacte. Je vous suplie que cela soit fait 
ponctuellement , et dans vostre régularité ordinaire. Je suis sans ré- 
serve, Monsieur, vostre, etc. 

J'ay trouvé d'estranges dislocations dans les exemplaires que Roco- 
let m'a envoyés. Et que sera-ce s'il y a des feuilles ainsy transposées 
dans ceux qu'on envoyé en Italie et ailleurs ? 



LVI. 

Du 39 aoust îtf.'ii. 

Monsieur, J'ay ouy dire autrefois à un bon Père que, dans une 
certaine légende, il y a une sainte-stupidité. Cet animal, sur lequel 
Silène couroit la bague, a esté célébré par plus d'un autbeur. Le 
grand Heinsius en a fait son héros dans un panégyrique deux fois plus 
long que celui de Pline 1 , et, si la mâchoire pesante 2 dont vous me 
parlez opéroit le miracle que vous voudriez, pourquoy ne seroit-elle 
pas aussy apothéosée, ou canonisée? Choisissez lequel des deux vous 

1 Ce fut sous le voile de l'anonyme que nouvelle édition, augmentée d'une troisième 

Daniel Heinsius publia, en 16a 3, à Leyde partie, parut à Leydeen 1639, encore sans 

(in-4°), son spirituel opuscule -.Laits Asini, nom d'auteur. L. Coupé a traduit en fran- 

in qua prœter ejus animalis laudes ac nalurce rais l'opuscule de Heinsius (Paris, 1796. 

propria, cum politica nonpauca, tumnonmdla in-18). 
alla diversœ eruditionis adsperguntur. Une * Toujours l'infortuné Rocolet! 



168 LETTRES 

sera le plus agréable. Mais attendons le miracle avec patience et trou- 
vez bon, cependant, Monsieur, que, sur vostre parolle, je ne trouve 
pas mauvais mon dernier latin. La copie que vous en avez eue est 
meilleure que l'original qui a esté envoyé à Solon l , et vous sçavez 
bien, affin déparier proverbe, que secundœ meœ curœ primis sapicnlio- 
res. Quœ eum ita sinl, je pense qu'il n'y aura point de mal de faiiv 
donner de ma part à M r de Priesac ou à M r de la Chambre 2 une autre 
copie cy enclose sur laquelle Solon pourroit peut-estre jetter les yeux 
à quelque heure de conversation ou de pourmenade. Ce ne sont point 
projets vagues et chimériques que ceux que je lui propose, et il ne 
tiendra qu'à luy qu'il n'ayt le plaisir de voir traiter ces belles matières 
par un homme qui ne gaste pas ce qu'il manie 3 , pour le moins qui a 
un peu plus d'adresse à manier de telles matières que le philosophe 
Pyrrhonnien 4 . Mais que veut dire ce docteur extravagant de conseiller 
M r Ménage pour vous régaler d'une extravagance? Si mon habillement 
n'est pas à la mode, c'est la faute de M r Melan 5 et non pas la mienne, 



' Le chancelier Seguier. Mainard lui aussi 
a surnommé Seguier trie Solon de nos jours» 
dans un sonnet (p. 33 de l'édition de i646 
de ses OEuvres) adressé à rPrieusac. que 
-la France a toujours honoré des tiltres 
ir glorieux de sçavant et de sage.» 

s Marin Cureau de la Chambre, né au 
Mans vers i5gi , mort à Taris le 39 dé- 
cembre 1669, et non 1675, comme l'an- 
nonce M. B. Hauréau (t. XXVIII de la Nou- 
velle Biographie générale, col. 5oi). 11 fut 
membre à la fois de l'Académie française 
et de l'Académie des sciences. L'abbé de la 
Chambre, curé de Saint-Barthélémy à Paris 
et membre lui aussi de l'Académie française , 
parle ainsi de son père dans une notice re- 
produite par Pellisson (Histoire de l'Acadé- 
mie française , t. I. p. a63 . 266) : et II étoit 
ttà tous les hommes de lettres un ami qui 
»ne leur manquoit jamais au besoin. La 
et réputation que son esprit lui avoit acquise 



trie fit connoitre au chancelier Seguier, et 
ttee magistrat voulut avoir La Chambre au- 
ttprès de lui, non-seulement comme un ex- 
rcellent médecin, mais encore comme un 
rthomme consommé dans la philosophie et 
rdans les lettres. 1 L'auteur des Charactères 
des passions fut aussi très-bien vu du cardi- 
nal Mazarin. On peut consulter sur lui Mo- 
réri, Niceron, Condorcet (Eloges des aca- 
démiciens de l'Académie royale des sciences), 
M. Hauréau ( Histoire littéraire du Maine) , etc. 
Balzac , le 1 5 septembre 1 645, lui écrivit une 
lettre qui portait cette adresse (p. 4io): 
A Monsieur de la Chambre, conseiller et mé- 
decin du Roi/, et ordinaire de Monseigneur le 
Chancelier. Le 1 5 juin i6ii, il envoyait à 
Chapelain (p. 853) toute sorte d'éloges du 
nbeau livre de M. de la Chambre. - 
• s Le copiste a mis mande. 

4 La Mothe-le-Yayer. 

5 Claude Melan ou Mellan, un de nos 



DE JEAN-LOUIS GDEZ DE BALZAC 169 

H unis vous souvenez bien de ce que je vous en escrivis, quand vous 
m'envoyastes l'espreuve de la taille douce : vous n'avez pas oublié le 
vers de oostre Ju vénal, qui parle ainsj de ma pari à oostre Melan : 

Si, Melanc, voles, liam de rhelore consul '. 

Croyez moy, Monsieur, ce n'est pas la fantaisie du peintre <|ui le 
fasche davantage, c'est le divin parleur du poëte françois et {'unicœauadœ 
du poëte latin. 11 pense sans doute qu'on lui osle les qualités qu'on me 
ilonnc, et je sçay, il y a longtemps, qu'il est du nombre de ces doc- 
teurs hipocrites, qui gloriam specie recusantium ambitiosissime cupiunl. 
Quand il vous plaira, je verray dans un article de moins de six lignes 
le sujet que vous avez eu de vous desfaire de la fille d'alliance 2 . J'en- 
tends les choses à demy mot, necest, Capellane, necesse historiam scrip- 
sisse omnem. 

J'ay envoyé mon livre à M r le Chantre 3 ; et affin qu'il vit de quelle 
sorte il estoit considéré de moy, je ne l'ay point envoyé aux autres 
amys que j'ay à Saintes. Je ne suis pas fasché de luy avoir tesmoigné 
par là la part que je prens en vos interests, et le gré que je luy sçay 
de vous y avoir servi. S'il a trop d'un volume, il en accomodera sou 
frère le Révérend et ainsy nous trouverons tousjours nostre compte, 
et ferons une action de ménage dans une action de libéralité. S'il y a 
des mescontens au lieu où vous estes pour la distribution qui a esté 
faite, il faut dire affirmativement que la liste a esté faite par mon 
neveu et rejetter sur luy toutes les fautes et toutes les plaintes qui 



plus habiles graveurs, né à Abbeville en 
1 5g8, morl à Paris en 1 688. Voir, sur lui , la 
courte notice de Perrault {Hommes illustres), 
la notice beaucoup plus étendue de Ma- 
riette (Archives de l'art français) et le Cata- 
logue de son œuvre par M. Anatole de Mon- 
taiglon (ibidem) , ces deux derniers morceaux 
ayant été" imprimés à part (Abbeville, 1 856, 
in-8°). Sur les divers portraits de Dalzac 
on trouvera de bons renseignements dans 



le Dictionnaire critique de M. Jal, au mot 

Balzac. 

1 Si forluna volet, tics de rhetore consuU 
Si volet boec eadem, fies de consnle rhetor. 
Jcven., Sat. vu, v. 1 1)7, 198. 

2 Mademoiselle de Gournay. 

3 Le chantre de la cathédrale de Saintes, 
Gombauld, frère du jésuite du même nom, 
dont il a été déjà parlé, et que Balzac ap- 
pelle, un peu plus loin, le Révérend. 



170 LETTRES 

commencent certes à m'ennuyer et à me faire haïr mon livre. Je vou- 
drais bien qne M 1 ' de Saintes en eust un exemplaire et je vous prie de 
le faire ajouter au mémoire que je demende au sieur Rocolet. J'en ay 
icy un parfaitement bien relié que je destine à la Sérénissime Reine 
de Suède, et je le vous envoieray par le messager avec deux rames 
de papier pour M' Ménage. La nouvelle de l'hostel de Rambouillet 
me béatifie et je n'ay garde de tant estimer ce qui me doit venir de 
l'Espargne, si M r le Cardinal veut estre obéi. J'escrisparvostre (entre- 
mise) aux deux hommes qui sont près de luy, et, ne sçachant pas bien 
leurs qualités, ce sera vous, s'il vous plaist, qui ferez mettre le dessus 
de mes lettres. J'ai envoyé à M r de Rivière la procuration qu'il m'a 
demendée, et désirerois entièrement que l'affaire ne tirast point en 
longueur. Je vous suplie d'envoyer de ma part à Mademoiselle de 
Scudéry i une de mes tailles douces de satin. Je suis tousjours mal , 
mon cher Monsieur, quoy que j'aye attendu à me plaindre en prenant 
congé de vous. 

C'est, Monsieur, vostre, etc. 



LVII. 



Du 5 septembre i66i. 



Monsieur, Avant que de venir à vostre lettre, je respons à vostre 
billet, et vous dis en premier lieu que j'en ay admiré la narrative. 
Que vous seriez habile historien, judicieux, exact, ponctuel dans les 
moindres circonstances des choses! Je conclus de vostre récit, Mon- 



1 Madeleine de Scudéry, née en 1607, 
au Havre, morte le 2 juin 1701, à Paris. 
Voir, sur la sœur de Georges de Scudéry, 
Conrart , Tallemant des Réaux , Somaize , 
Huet , Titon du Tillet, le Journal des Savants 
du ji Juillet 1701 (article de l'abbé Ros- 
quillon) , Mceron, surtout M. Victor Cousin 
(La Société française au irif siècle). Voir 



un grand éloge de M"* de Scudéry dans une 
lettre de Ralzac à Conrart, du 25 avril 
i652 (p. g38). Au moment où je corrige 
ces épreuves, va paraître un volume que 
recommande d'avance le nom de M. J. R. 
Ratkery : Mademoiselle de Scudéry, sa vie, 
sa correspondance, avec un choix de ses poésies 
(Tpchener. in-8"). 



DE JKAN-LOUIS GUKZ DK BALZAC. 171 

sieur, que la demoiselle l est folie de présomption , et trouve (rue voua 
avez très bien fait de mortifier sa vanité, en luy refusant un honneur 
qu'elle exigeoil de vous incivilement. Elle m'eust fait très grand plaisir 
de se laisser mourir comme elle me l'avoit promis. Cette bonne action 
eust espargné un exemplaire à Rocolet, cl a moy cinq ou sis lignes 
qu'il faut que je luy escrive, puisqu'elle n'est pas assez mal avec vous 
pour m'obliger de rompre avec elle. Je n'ay gueres meilleure opinion 
de la sagesse du philosophe Tubcro 2 , autrement du perpétuel alléga- 
leur, autrement du successeur des cornes Gritonienes s . Si vostre très- 
cher en estoit duppé, je vous conjure de le détromper bientost et de 
l'asseurer de ma part que cet impertinent rapsodieur n'a pas moins 
de malice que d'impertinence. J'ay affaire à quatre ou cinq fols de 
mesme espèce, qui m'ont bien donné de la peine, et maie sit moleslis- 
simis Mis simiis sub persona pkilosophorum lalcnlibits. 

Tout ce que vous m'escrivez du poëtc Rufus est plaisant et véritable. 
S'il croyait vostre conseil et qu'après cela il ne lut pas exactement le 
chapitre que Quintilien a fait de emendalionc, nous verrions bien de la 
bourre dans le volume dont vous estes le conseiller; et vous, le Père 
Teron * et moy trouverions bien en ce pais là des terres vagues , dé- 
sertes et incultes. 

Est-il possible que S 1 Paul 5 ait de la dureté pour Sénèque , et que 
M r Chapelain ne soit plus le gouverneur ou le favori de M r l'Evesque 
de Lizieux ? Est-il point fasché de ce que vous avez permuté la cha- 
noinie, dont il vous avoit fait présent, croyant que vous la deviez 
garder pour l'amour de luy, sinon comme une récompense ou un 

1 Mademoiselle de Gournay. Chapelain, le 6 février i64i, lui vanle 

2 La Motte-le-Vayer. beaucoup le talent politique de ce religieux 
" Allusion aux dilemmes (argumenlutn (p. 8'i3) et lui rappelle que Molin, par 

cornulum) du professeur Critlon. l'ordre du feu roy, traduisit du latin ses 

4 Le Père Vital Theron, de la Compa- deux poëmes sur les Couronnes et sur les 

gnie de Jésus, né à Limoux en 1672 , mort Dauphins. (Voiries Lettres de Mainard, Mo- 

à Toulouse en 1C57, était un des corres- réri, Bayle, les frères de Backer, etc.) 
pondants de Balzac. Voir une lettre du 20 5 Philippe Cospean, évëque de Lisieux. 

mars i643 (p. G02). Balzac, écrivant à 6 Chapelain. 



172 LETTRES 

bienfait considérable, au moins comme un bouquet, ou comme un 
ruban donné par une maistresse? Quoy qu'il en soit, il ne falloit point 
luy escrire en luy envoyant mon livre, et ce compliment me fait plus 
de tort auprès de luy que vous ne pensez, puisque vostre diligence 
me reproche ma paresse, et sans doute vos lettres le feront souvenir 
qu'il ne reçoit point des miennes. 

Je vous ay escrit par les deux derniers ordinaires, et ma précé- 
dente de jeudy vous fait mention d'un volume de Lettres sélectes ', ita 
enim non a me, sed a bibliopola vocabitur. Vous en trouverez un essay 
dans ce paquet, et vous verrez comme d'une lettre qui estoit trop longue 
j'en ay l'ait deux de raisonnable grandeur. Je vous prie de les donner 
à M r Ménage, pour M r Corneille, à qui elles sont escrites. 

Au reste, Monsieur, je prétens bien d'avoir part aux bonnes grâce* 
de M r de Cerisante, et vous sçavez bien que j'estime extraordinaire- 
ment sa vertu. Bon Dieu, qu'il y a de courage et de force dans ses 
beaux vers; et que la lyre qu'il touche avec tant d'adresse a d'avan- 
tage sur tous les tambours et toutes les trompettes des poètes Bataves! 
Je recoy à beaucoup d'honneur le dessein qu'il a de m'en adresser 
quelques accors ; et je ne doute point qu'ils ne soient capables de 
traisner après eux les plus insensibles troncs, les plus dures roches, 
en un mot les plus immobiles pierres de mon désert. Mais, Monsieur, 
vous me devez conter pour quelque chose de plus sec et de plus in- 
sensible que tout cela. A force d'avoir parlé, je suis devenu muet; et 
quelle source de louanges pour les Boys et pour les Beynes ne seroit. 
point tarie après tant d'hymnes et tant de panégyriques? 

Je vous envoyeray par le messager qui partira d'icy à huit jours 

1 Joan. Ludov. Guetii Dahacii epislolœ 1. 1, p. a3g, et David Clément, Bibliothèque 

selcclœ (à la suite des Carminum libri 1res). citricuse, 1769, in-4°, t. II, p. 3go. On 

Editore JEgidio Menagio, Paris, Aug. Courbé, trouvera les Epistolœ selectce dans la seconde 

i65o, in-4°. Ces lettres furent réimpri- partie du tome II des Œuvres complètes , 

me'es à Paris, en i65i, in-12. Voir, sur (p. 1-99), et dans l'édition donnée, à Leip- 

cette très-rare seconde édition, qui n'a été sick, en 1722, in-8°, du traité du Père Va- 

connue ni de d'Olivet, ni de Niceron, Dan. vasseur : De Ludicra diclione liber (p. 715- 

Georg. Morhof, Pohjhislor, 171 A, in-4°, 778). 



DE JEAN-LOUIS OUEZ DE BALZAC. 17:; 

un exemplaire admirablement bien relié pour la Sérénissime Reyne de 
Suède, avec un distique bu deux pour !<■ plus, à la dite Reyne, affin 
que mon présent ail une adresse qui le conduise, el qu'il n'aille pas i 
Copenaghen, au lieu d'aller à Stokolm. 

Rocolel me mande qu'il areceu la boëte une heure trop tard, e1 le 
messager estoit parti quand il l'a envoyée à son logis. Voylà certes un 
Ion;; exercice pour ma patience, et vous pouvez croire que je tais bien 
maintenant des vœux etau dieu Mercure et à la déesse Bonne Fortune, 
et au dieu Bon Evénement, et à quiconque des autres immortels pré- 
side aux chemins et aux voyages. 

Je vous rends grâces très humbles de la longue observation histo- 
rique que vous m'avez fait faveur de m'envoycr. Mais qui est ce Tris- 
tan S'-Amand et de quel mérite est son livre 1 '? Obligez-moy de me le 
faire sçavoir. 

Je désirerois bien que ce fut vous qui donnassiez de ma part un de 
mes livres à M r de Saintes et un autre à M r d'Angoulesme, quand il 
sera de retour à Paris. Vous estes maistre absolu soit de mon cabinet, 
soit de la boutique de mon libraire. Je n'en puis plus. E con queslo ci 
baccio con maggior riverenza le mani. C'est, Monsieur, vostre, etc. 

Je pense que je pourray me bazarder d'escrire à Son Eminence 
comme j'ay desjà escrit à Messieurs ses secrétaires. Mais ce sera en 
latin ut majeslate linguœ vindicem, et cœlera. 



' Jean Tristan, écuyer, sieur de Saint- 
Aniand, mort à Paris après i656. Cet an- 
tiquaire venait alors de publier la seconde 
édition de ses Commentaires historiques, 
contenant l'histoire générale des empereurs, 



impératrices, Césars el tyrans de l'empire 
romain (Paris, 3 vol. in fol., i6i/i). La 
première édition de cet ouvrage avait paru 
en un seul volume in-fol. fi 635 ). 



17û LETTRES 



LYIII. 

Monsieur, Vous voulez bien que j'ajouste à ma despesche de lundy 
un mot essentiel que j'y avois oublié, et que, par vostre moyen, je 
l'ace sérieusement à M r de Lionne la prière qu'il m'a faite par civilité. 
Je le conjure donc de ne point prendre la peine de me respondre, et 
luy demende cette faveur pour une seconde grâce. Les Dieux res- 
pondent aux hommes en les exauçant, et pour moy, quand je reçoy 
l'effectif, je ne cherche point les apparences. 

J'ay receu les trois vies de Mamurra, dont il y en aura une pour 
M r Mainard qui l'attend avec d'estranges impatiences. Mon Barbon 
sera prest en peu de temps l et j'espère que la dédicace n'en sera pas 
désagréable à nostre excellent amy 2 , Cujus sanctus. amor tantum mihi 
crescat in horas, et ce qu'il s'en suit. 

Je mettrois aussy en estât le Cleophon, sive de la Cour, affin qu'au 
plus tost il aille solliciter Son Eminence de vouloir transférer ma pen- 
sion de l'Espargne sur un Evesché. Si cela ne se fait dans l'année 
prochaine, je suis résolu de me rayer moy mesme de dessus l'Estat et 
de ne demender plus rien à personne; mais c'est une résolution cons- 
tante et déterminée, et je ne seray pas fasché d'estre mal traité, affin 
d'avoir plus de rayson de chercher ce véritable désert, dans lequel il 
faut que j'aille cacher la dernière partie de ma vie. Je suis accablé, 
Monsieur, de civilités et de complimens, et, si le jeu dure, je feray un 
livre de lettres pour respondre à ceux qui me remercient du mien. 
Vous ne sçauriés croire combien ce fardeau me pèse , et combien je 
me repens de n'avoir point évité le malheur que j'avois préveu. 11 fal- 

1 Le Barbon , déjà presque prêt en îGi/i, débutait ainsi : cr L'histoire de Mamurra est 

ne parut qu'en i648 (Paris, Aug. Courbé, tr digne de Rome triomphante et du siècle des 

in-8°). tr premiers Césars. . . » (p. 689 du tome II 

s Ménage aurait été bien difficile, s'il des OEmres complètes). Le Barbon occupe, 

n'avait pas été content d'une dédicace qui dans cette édition, les pages 691 à 717. 



DE JEAN-LOUIS V.UEZ DE BALZAC. 176 

loi I De donner que deux exemplaires 1 l'un a \<>us, l'autre à oostre 
très cher, à qui j'escris en vous escrivaat. Mais nous ne faisons jamais 
ce que nous avons résolu de faire, a< nos Juin trahunt '. Je suis de toute 

mon âme, Monsieur, voslre, etc. 

le m in vais faire mettre au net un volume de Missives, que l'im- 
primeur appellera Lettres choisies. Deux autres volumes ad Atticwm 
paroistronl immédiatement après. Je vous renvoyeray les originaux le 
plus tost que je pourray avec la Vie de Fra Paolo. 

Ce jeudi au soir, l644. 



LIX. 

Du 13 septembre îfiii. 

Monsieur, La philosophie, pour le moins celle que je connois, est 
une charlafante 2 du Pont neuf. Toutes les recettes qu'elle dit avoir 
contre la douleur ne sont que de beaux noms qui couvrent de l'inanité 
et du vuide, et quoy qu'en puisse dire nostre amy quand il dit : Sunt 
rerba et voces, et cœlera, je lui respons aussi hautement qu'il a parlé : 

Nec voces nec verba valent lenire dolorem, 
Non corpus succis Chrisippi atque arte Cleantis. 

Je vous laisse donc la philosophie et ne demende au bon Dieu que 
l'indolence que j'estime un peu plus que la sagesse de Cléantes et que 
la fortune du cardinal Mazarin. Ce cardinal tout puissant entend que 
je sois payé et commande à son secrétaire de me le faire sçavoir de 

1 Souvenir du vers de Virgile : * N'y a-t-il pas là une faute du copiste? 

. . . Quo fata Irahunt retrabuntque sequamur. L'origine du mot charlatan (ciarlatano) em- 

(Mneid. lib. V, v. 709). pêche d'admettre la terminaison tante. Nulle 

Ou du vers de Lucain : part on ne trouve d'autre forme que la 

Seil quo fata trahunt, Virtus secura sequetur. forme charlatane. 

(Phart. lib. II, v. 288). 



176 LETTRES 

sa part; cl néanmoins un des valets de l'Estat s'y veut opposer, et lie 
Héros qui peut tout ne pourra pas vaincre 

Semibovemque virum, semivirumque bovem '. 

Ce seroit certes une estrange chose, et je ne veux pas si mal penser 
de la conduite de la République. Quoy qu'il en arrive, Monsieur, et 
quand la République me feroit tout d'or, il n'y a point moyen de par- 
donner à ce Barbare les parolles qu'il a dites à M r Silhon : 

Flebit, et insignis lola ridebitur orbe, 
Semivirumque bovem fortis mactabit Apollo 2 . 
Nec semper ridere volet. 

J'en seroy quitte, à mon advis, pour ne point toucher d'argent de 
l'Espargne, car je ne pense pas qu'on pende les hommes si facilement 
qu'on faisoit au temps passé, et ce ne sera pas estre criminel de lèze- 
Majesté à l'avenir que de ne pas brusler d'encens aux bestes et aux 
monstres de l'Estat : 

Nunc et adoratas Tbebis Niloque profano 
Fas nobis damnare feras. 

Un homme, qui essentiellement ne vaut guère plus que Minet et 
ne vaut pas tant que Totyla, jouera mille pistoles d'un coup de dé. 



1 Centimanumciue Gygen, Scmiboveniquc virum. 
Ovide, Trisl. iib. IV, elej;. mi , v. 1 8. 

Voir, à propos de ce vers, une anecdote 
racontée d'après Sénèque ie rhéteur, dans la 
Notice sur Ovide qui est en tète des OEiwres 
de ce poète (Collection D. Nisard, p. xvi). 
La citation de Balzac est une épigramme 
(avec jeu de mots) contre le président Tu- 
beuf, qui rendit de grands services dans 
les finances, d'abord sous Ricbelieu, puis 
sous Mazarin, et dont le magnifique hôtel 
est occupé en partie par la Bibliotbèque 
nationale. 11 est souvent question de Tubeuf 
dans les Historicités de Tallemaut des Réaux , 



notamment à la page i5o du tome IV : 
rrOn dit que M. d'Orléans, le jour de la 
« Passion , estant au sermon entre la Rivière 
tret Tubeuf, il (Camus, l'évêque de Belley) 
rrdit, comme s'il eût parlé à Jésus-Cbrist : 
«Je vous voy là, Monseigneur , entre des bri- 
« garnis. n A la page i55 du même volume, 
M. P. Paris a cité contre ce financier une 
satire intitulée : Le Catalogue des partisans 
(i6A 9 ). 

2 Allusion aux. Cyclopes (Gygès, son 
frère Briarée, etc.) tués par Apollon parce 
qu'ils avaient fourni à Jupiter les foudres 
dont il frappa Esculape. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 177 

en perdra vint mille en demy heure, fera un festin à ses compagnon:) 
de débauche, qui me nouriroil largement toute ma vie : 

Scilicel ut salur et civili sanguine pli-nus. 

Il regrette an pauvre Balzac an morceau de pain que le Roy lui 
donne el fail le réformateur sur le sujet de deux milles livres, lu\ qui 
engloutil les millions entiers avec ses confrères, et de qui le Roy n'a 
que les restes. le t'invoque là dessus, Divc Satyre, et te promets une 
hécatombe de vers en présence de mon bon ange et de mon parfait 
am\ . qui en advertira, s'il lui plaist, Monsieur de Silhon, et ne sera 
pas si scrupuleux pour cet article que pour celuy du gentilhomme 
Normand. 

Celuy l que vous m'avez envoyé dalté de Ponponne est certes in- 
comparable, etjel'ay leu plus d'une fois avec beaucoup de chatouille- 
ment. Ce n'est pas d'aujourd'huy que le feu de nostre amy - me 
plaist et qu'il m'esclaire agréablement; mais que je suis malheureux 
d'en estre si esloigné ; que je m'eschauflerois auprès de ses flammes 
toutes célestes! Que ses enthousiasmes chrétiens animeroient une 
ame morte comme la mienne ! Fclices quibus isla licent. Je brusle d'im- 
patience de voir les nouveaux livres de Monsieur son frère , pour lequel 
je donne tous les jours des batailles, c'est-à-dire je les gaigne et bas 
en ruine toute la nation monastique, tous les peuples Petaviens, Raco- 
niens 3 , Eusebiens 4 et semblables qui ne se trouvent point dans la 
carte raysonnable. 

Pour Monsieur l'abbé de Saint-Nicolas, je ne vous en veux pas dire 
un seul mot, parce que vous voulez que je discoure sur cette matière 
et que je me respande en amplifications oratoires, et que je face telles 
ou semblables exclamations : l'amy des siècles héroïques! le père 
des faveurs et des courtoisies ! l'apprivoiseur des Lyons el des Lyonnes 
et ce qui s'ensuit! Il voit dans mon cœur la passion que je luy con- 
serve, et sçait bien que pour l'office qu'il m'a rendu auprès de Mon- 

1 L'article. s Le copiste a écrit : Draconiens. 

2 Arnauld d'Andilly. ' Le copiste a e'erit : Esséniens. 

a3 



178 LETTRES 

âeur le Secrétaire *, je déclarerois la guerre au maistre mesme du se- 
crétaire 2 , si la famille Arnaldiue (celte éloquente et vertueuse famille) 
estoit, mal avec le Ministre. Au reste, Monsieur, mon Rivière n'es! point 
le mien ; c'est celuy de Monsieur Mainard qui m'a forcé de l'employer 
en certaines choses, quoy que son visage me soit inconnu, et que je 
doute fort de son mérite aussy bien que vous. 

Le Monsieur Esprit exige-t-il des présens comme des dettes, et 
pensc-t-il que j'ay jamais considéré sa faveur ny estimé beaucoup sa 
personne? Je n'ay pas laissé de mander à mon libraire de luy faire 
présent de mon livre. Mais je voudrois souvent que le livre et le li- 
braire fussent au diable; j'ay failli à dire l'auto eur, qui est sans mentir 
trop persécuté de civilités et de complimens. Vous entrez mesme quel- 
quefois dans la conjuration contre mon repos, ô le plus cher et le plus 
parfait de mes amys, et le tout puissant ayant fait commander au 
secrétaire Cavalerice (?) d'expédier mon ordonnance, vous voulez que 
j'en aye encore obligation à un autre, et, si je vous voulois croire, 
j'employerois tout mon papier en remerciemens. A la vérité, voylà un 
peu trop de formalités pour un sage effectif comme vous estes, et 
pour moy, qui remercie tant de gens, je voudrois obliger tout le 
monde et que personne ne me remerciast. 

Je n'ay point encore receu la boette de la divine Marquise 3 , et 
vous envoyé un remerciement par avance; mais c'est celuy-là que j'ay 
fait volontiers et de bon cœur. Vous le vérifierez pour la gayeté ie 
mon stile, et je pense pouvoir espérer sans vanité que les parfums que 
me donnent les deux parfaites personnes 4 auront un jour plus de ré- 
putation dans ma lettre que cet unguentum quod Catulli puellœ 
Donarunt Vénères Cupidinesque 5 . 

n'en a dans les vers du mesme Catulle. 

Si vous ne connoissez pas bien Monsieur de Xaintes, je vous adver- 



' Silkon. 

2 Le cardinal Mnzarin. 

' La niarcruise de Rambouillet. 



' .Marquise de Rambouillet el sa fille Julio. 
! Xam unguentum daho, quod mea; puellae 
Donarunt Vénères Cupidinesque. 

Cjt. Cnrmetiiin, v. il, îa. 



DE JEAN-LOUIS Gl BZ DE BALZAC. 17!) 

bis (sur le rapport d'un grand personnage qui le eonnoisl bien) que 
c'est le plus habile homme de sa robe. Je m'aaseure qu'il a à présent 
le livre que je vous a\ prié de lui donner. Pour M 1 d'Angoulesme, 
celuj que je lu\ avois destiné a esté mis entre les mains d'un homme 
qu'il a en ce pays. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Le messager d'Angoulesme, qui part ce matin, vous porte un pa- 
quet, adressé au logis du sieur Rocolet, Vous trouverez dedans deux 
rames de grand papier fin, que je unis prie de donner de ma part à 
\] Ménage, avec le livre qu'il m'avoit fait la laveur de me prester. Il 
y a dans le même paquet un livre pour la Reyne de Suède, adressé 
à M' de Cerizantc; et vous m'obligerez bien, Monsieur, de le luy faire 
rendre, empaqueté et cacheté comme il est. J'ay fait mettre au bas delà 
première feuille : Pour la Sérenissime Reine de Suède, Jlllc du Grand Gtis- 
m-r; et j'ay l'ait marquer avec un ruban d'Angleterre couleur de rose 
endroit où il est parlé de l'éloquence de ce grand Prince et des fou- 
dres de sa bouche; tout cela affin de donner de la lumière aux deux 
épigramraes qui sont aussy dans la première feuille du livre et dont 
vous trouverez une copie cy enclose, etc. 

C'est tout ce que je feray pour la Reyne de Suède, si elle ne me 
fait l'honneur de m'envoyer sa figure dans une médaille, quand elle 
aura receu mon livre ' ; car véritablement cette marque d'estime de sa 
part et la représentation de son image que j'aurois devant les yeux 
m'exciteroit peut-estre à dire quelque chose de sa vertu, qui, sans cela, 
ne me viendra jamais dans l'esprit. Je vous suplie d'en toucher un mot 
à M 1 ' de Cerizante; et, s'il me veut honorer de ses escritures, j'ayme bien 
mieux l'ode latine dont il vous a parlé, et qui me seroit extrêmement 
agréable, qu'une lettre françoise, qui m'incommoderoit extrêmement. 

Je receus hier un poëme de M r de S'-Blancat 2 , qui me célèbre d'une 

1 L'ingrate reine rie Suède n'envoya pas tour de l'épifre dédicatoire mise par lui en 

de médaille à Balzac. Elle ne lui envoya tête des Carmiua cl rpistolœ de son ami 

jamais rien, sinon des compliments, et ce (iG5o). Voir, à ce sujet, le Menagiana (t. 

fut Ménage tpai reçut d'elle une chaîne d'or II, p. 5). 
de la valeur de quinze cents livres, en re- 3 Ni la Biographie universelle, ni la Nou- 

•23. 



180 LETTRES 

estrange sorle, car ses louanges vont jusqu'à l'apothéose et à la canonisa- 
lion. C'est sans doute pour me consoler du mespris que fait de moy le Bœuf 
sauvage 1 , aliter ou la Déesse, ou la furie, ou l'oyseau Harpie, juxta illud: 
Sive Deœ, seu sint dira; obscœnœve volucres 1 . 
Voici un eschantillon du poète gascon, dont je vous fais part, et 
vous verrez qu'il m'estime beaucoup plus que le financier ne me mes- 
prisc, à la honte mesme du financier, voire du Ministre : 

Armalusque super noctuque diuque Satelles 
Irnminet et populispariler dominoque minatur. 
Si quae nocturnse melior datur hora quieti 
Et vacat a vivis aniraus, per somnia Mânes 
Incursant, et opes raptas aniraasque reposcunt. 

Huic lœtus, seraperque sous, surgitque caditque 
Sospilo vigilique dies. Velut astra polumque 
Suspicit œterno supra caput ire rotatu , 
Securus, certusque sui; sic Regia jura 
Subpedibus, nostrumque orbem, terrasque moveri 
Et celsa ratione videt; nec flatibus ullis 
Excuti tur cursu felix, cui vincere Reges, 
Cui datur irumota Superos œquare quiète. 
Census opesque anirai superant; augustior alta 
Majestas de mente venit; fœtusque volucres 
Ingenii, qua premit equos de carcere Titan . 
Quaque premit positas adverso cardine metas. 
Balzacium cecinere Deum : non lœtior Echo , 
Non nunquam paribus respondit plausibus orbis. 

Si le bougre 3 entendoit le latin, que diroit-il de ces grandes et 



relie Biographie générale , ni le Manuel du Li- 
braire, ne font ia moindre mention de Jean 
de Saint-Blancat. Le Dictionnaire de Moréri 
rappelle que l'on doit à ce Toulousain des 
Salves, qui parurent dans sa ville natale (in- 
4°, i635). Voir, sur cet auteur, les Juge- 
ments des Savants de Baillet (t. V). Balzac 
se moque beaucoup d'un poëme de Saint- 
Blancat sur la naissance du Dauphin , dans 
une lettre à Chapelain, du ao décembre 
1 638 (p. 769). Dans une autre lettre à Cha- 



pelain, du 29 novembre i64i (p. 863). 
il reconnaît pourtant que Saint-Blancat ira 
*du feu et de l'esprit. » A la page 5i de la 
seconde partie du tome II des Œuvres 
complètes de Balzac, on trouve (Epistolœ 
Selectw) une pièce adressée Joanni Samblan- 
calo. 

1 Le président Tubeuf. 

2 Virg. Mncid. lib. III, v. 262. 

3 Ce vilain mot s'applique à Tubeuf. 



DE JEAN-L0UI8 GUEZ DE BALZAC. 181 

magnifiques parolles? Croiroit-il que le Dieu de SMBlancal ne 
mérite pas bien deux nulles livres de pension? Mais sa mauvaise hu- 
meur ne vient-elle poinl de ce qu'on ne lu\ a poinl donné de mes 
livres et qu'on en a donné à M r d'Emery, son supérieur? ou plustosl 
de ce que Gampaignol l'a (ait cocu dans une certaine amour qu'il 
avoil ? Cefte non liquet. 

fescrivis il \ a huil joins à M. de Bonair, par la voye du sieur Roco- 
lei , et vous envoyé la lettre qu'il a désirée, de moy : vous la luy ferez 
rendre s'il vous plaist. J'ay reccu celle du cher président, qui vous 
doil aller voir a la Saint-Martin. Adieu, le cher amy de mon cœur, je 
vous demende la conservation de ce que vous m'avez acquis auprès de 
Monseigneur le duc de Longueville, qui mie unus dignnsest qui « Cape- 
lano cekbrelur , etc. 

A» Serenissimam Ciimstinam Reginam Siècle. 

Fabricium Lie et Seipiadem , Christine , videbis. 

Maxima . sed magno corda minora pâtre : 
Gustavus liln uamque païen Non Julia tantum, 

Non habuil natum Juppiter ipse pareni. 

Ad Eandem. 

Hic te etiam invenies, Chrislina, hic Palladis artes 
Quas colis, hiesummi fulnien utrumque patris : 

Gustavus nempe ut dextra sic oie lonabat. 
quanto exemplo charta superba mea est. 

N'est-ce pas dire assez finement que Gustave est quelque chose de 
plus que le César des histoires et l'Hercule des fables l ? 



1 Les deux quatrains out été imprimés principem. C'est l'ensemble des vers latins 

parmi les Ludovici Guezii Balzacii carmina et des lettres réunis à la lin du second vo-, 

et episloke, p. 8. Le premier est précédé de lume des Œuvres complètes qui a été dédié 

ces mots : Ad Screnissinam Chrislinam régi- par Ménage à la reine de Suède. L'épitre 

nain Sueciœ , cutn Mi auctor opuscula sua dédicatoire, aussi flatteuse pour Christine 

mitterel; le second, de ces autres mots : que pour Balzac, n'a pas moins de quatre 

Ad eandem, doctissimam et disertissimam grandes pages. 



182 LETTRES 



LX. 

Du 1 9 septembre iCii. 

Monsieur, Vous avez grande rayson de mal espérer des choses du 
monde; mais en cela je ne seray pas plus trompé que vous; et, bien 
loin d'attendre de miracle de la mâchoire asinine, je n'attens pas seu- 
lement justice du législateur Solon. La dureté est dans tous les cœurs, 
la corruption s'en va estre universelle; la Cour est plus menteuse, 
plus infidelle, plus sorcière qu'elle n'a jamais esté. Mais, Monsieur, 
sur le point que je veux rompre entièrement avec elle, et que je \ai^ 
luy donner ma malédiction, par malheur, vous me mandez quelque 
petite chose qui me radoucit; un sousris, une œillade me rengagent : 

Age, rampe nexus, et jugum collo excule, 

Vindexque et assertor lui , 
Aude esse feiix; et procul cuncta amovens, 

Quœ mentem bumo adOxam tenent, 
Per liquida pari spatia decurre a;theris , 

/Eterna tantum cogitans : 
Et isla sortis iubricœ ludibria 

Miranda vulgo desere. 

Quand je parle de la masse corrompue et de la contagion de la 
Cour, j'en sépare toujours nostre bon et sage Monsieur Silhon, qui est 
Israélite parmi les ./Egyptiens, parmy les adorateurs de bœufs et de 
vaches. Pour moy, je ne seray jamais idolâtre de cette façon, et, quand 
je ne devrais rien avoir de 1 Espargne : 

Los, o quamvis pecus aurea corniger Apis. 
Non ego ero Pbarius qui lua templa colam. 

Il y a longtemps que vous estes accoustumé à mon jargon, et vous 
me pardonnerez bien cette mescolenze ' de prose et de vers, vous qui 
avez souffert je ne sçay combien d'années les lieux communs du Doc- 

1 Mélange. 



DE JEAN-LOUIS cl i;/ DE BALZAC 183 

leur bourru '. Sun histoire m!a plu «i oa*a desplu toul ensemble. Il 
esl {tiics grand seigneur pour appeller nos amys a coquins. M ; > i s su 

Millier me cli(ii|iie beaucoup plus ijiie si vanité. El pnurquoy le iveoil- 

(in encore chez Messieurs du Poy? Pourquov [nejluy a-t-on donné le 
ban pour toute sa vie? Pourquoi ne le traite-t-o« d'Orbiliua ou de 

Mamurra aussy bien que l'autre? 

Le gros paquet qui partist d'Angoulesme, il y a aujourd'hui huit 

jours, doit arriver ce soir à Paris, et vous y trouverez tout ce que je 
vous ay marqué par ma précédente, pourveu que la mâchoire face 
son devoir, et qu'on ne laisse pas vieillir ledil paquet au logis du mes- 



sager. 



Je vous envoyé un original nouveau de la lettre quej'ay escrite à 
Madame la Marquise de Rambouillet, pour lequel elle vous rendra le 
premier, que vous me renvoyerez, s'il vous plaist, par le premier ordi- 
naire, .l'ay receu son riche présent; cl je vous laisse à penser avec 
quelle joye et quelle satisfaction d'esprit. J'attens de vous en ceste 
occasion tous les bons offices que vous sçayez rendre à qui en a besoin, 
et je m'asscure que vous ferez un commentaire sur ma lettre qui 
vaudra une douzaine de lettres. 

.l'ay leu les deux derniers livres que M' d'Andilly m'a fait la faveur 
de m'envoyer, qui m'ont confirmé en ma première opinion. Si M r le 
Cardinal du Perron revenoit au monde, il admireroit M r Arnault ; et, 
sans porter les choses trop loin, je pense le pouvoir comparer aux 
plus anciens et plus éloquens Pères de nostre Eglise : je ne distingue 
point icy la Latine de la Grecque, car, s'il a l'ame et la vertu de Saint- 
Augustin, il a le corps et la beauté de Saint- Chrisostome. Une autre 
fois je m'expliquerai mieux sur ce sujet, et ne vous diray cependant 
que ce petit mot : que quand je regarde ses adversaires auprès de luy, Us 
ne me semblent que des nains ou des enfans. 

J'ay peur, au reste, qu'on trompera M r Saumaise; et, quand il n'y 
auroit que le seul M r le Prince qui le traverse dans le Conseil, pensez- 

1 La Mothe-ie-Vayer. — s Les frères Arnauld. 



184 LETTRES 

vous qu'il ne soit pas bien aise d'obliger Rome et le Pape en celle 
rencontre? 

Si la Revue de Suède m'envoye sa figure dans une médaille, il me 
semble qu'il seroit de la bienséanee que la médaille fut attachée à une 
ehaisne d'or, mais le plus grand présent que je puisse recevoir d'elle 
est de n'avoir aucunes nouvelles de sa part. J'ayme bien mieux une ode 
qu'une lettre de son Cerizante. Je suis en peine d'une lettre du jeudv, de 
laquelle vous ne me faites point de mention. C'est, Monsieur, voslre , etc. 



LXI. 

Du 26 septembre i644. 

Monsieur, Il vaut bien mieux que M r de Lionne me face paver sans 
m'escrire, que s'il m'escrivoit sans que je fusse payé. J'ay plus besoin 
d'argent que de compliment, liœc enim mihi dowi nascuntw, et nous en 
avons fourni des volumes à la France , qui parle Balzac depuis Calais 
jusqu'à Bayonne, ainsi que dit nostre président. Et en effet, Monsieur, 
plusieurs me rendent les mesmes espèces que j'ay données, et je reçoy 
mes propres parolles soit de vive voix, soit par escrit. Vostre conseil 
est très bon, et j'en devine plus d'une cause; mais vous et moy nous 
avons affaire à l'animal du monde le plus fantasque, qui est mon 
esprit. Je ne sçay pas seulement si j'escriray en latin, n'escrivant plus 
à quiconque n'est pas Monsieur Chapelain que par nécessité ou par 
humeur; l'humeur ne m'a point encore pris et je ne trouve point de 
nécessité, puisque je n'ay point receu la grâce première, que je tiens 
néanmoins asseurée sur la parolle de M 1 ' Silhon, car Son Éminence 
luy auroit-elle commandé en vain qu'il m'escrivist de sa part, etc.? 
Obligez-moy de le presser là-dessus par une recommendation de 
bouebe, ou par un billet de quatre lignes, ou par un amv allant à 
Fontainebleau, affin qu'il me face avoir contentement au plustost, et 
que, s'il y a des longueurs et des remises à dévorer, je les rachète 
par une vintaine de pistolles, ou par une plus grande somme, omne in 
mora perieufam judicans. 



m; .il', w-loiiis cm;/ ni-: HALZAC. 186 

Peut-estre que la préface de Cleophon ' satisfera pleinement Son 
Eminence, et cependant, si je luy escriB en latin, ne sera-ce pas lui 
escrire en la langue de l'Eglise H il»' l'Empire, el ne luy ferez-voua 
pas représenter accortemenl et avec quelque moi dicté par «rostre 
prudence, que mes dernières lettres escrites à Armand, son prédé- 
cesseur, mil esté latines? Mais chose estrange de mon latin. Je n'eusse 
pas entrepris hier an soir deux épigrammes pour deux cenl mille 
esens, cl ce malin je les ay laites ou reccues du Ciel en m'habillant, 
avec une félicité plus qu'ovidienne. Vous les trouverez dans ce paquet, 
cl je suis bien trompé si vous les trouvez mauvaises. Ce n'est pas (pie 
peul-estre je n'y change encore quelque mot; mais ce n'est pas aussy 
qu'elles ayent hesoin de mon changement, et morbus hic est plerumqw 
non judiciiim. Si j'osois, ne vous envoyerois-je pas encore la lettre à 
Madame de Ramhouillet relimée pour la troisiesme fois, et ne suis-je 
pas le plus grand replaslreur et le plus insigne fripier dont jamais 
vous ayez ouy parler? 

Que je sçache, s'il vous plaist, en quel estât sont les affaires de 
M r de Saumaise et s'il doit venir hientost à Paris. Je ne pense pas, 
pour moy, qu'un cardinal qui règne à la Cour y attire par de grandes 
récompenses un homme qui prétend d'avoir prouvé que S' Pierre n'a 
pas esté Pape, et que toute la grandeur romaine e ma gran machina 
fabricata sopra un niente. 

Je vous ay desjà prié de rejetter toutes mes fautes sur mon neveu, 
qui a les espaules honnes pour les porter et qui se consolera aysément 
de sa disgrâce auprès des Colletets, des Estoiles - et autres semblables, 
s'ilz se plaignent d'avoir esté oubliés dans la distribution des doctes 
présens ; ha enim loqui amas, prœstantissime Capellane. 

Je ne voy point dans les listes qui m'ont esté envoyées le nom de 

1 VArislippe devait d'abord être dédié l'auteur de La belle esclave, tragi-comédie 
au cardinal Mazarin. (il) A 3), et de diverses pièces de poésie. (Voir 

' Claude de l'Esloile, sieur du Saussay, Tallemant des Réaux, le Menagiana , Peliis- 
fils de Pierre de l'Estoile, le chroniqueur, son, etc.) 
fut membre de l'Académie française. C'est 

ai 



18G 



LETTRES 



M r Botru. C'estoit pourtant mon intention, comme vous sçavés, qu'on 
luy rendist cet hommage de ma part, et M r Ménage le luy tesmoignera 
bien , l'occasion s'en présentant, affin que je n'aye point pour ennemy 
le père des équivoques et des pasquinades, des bons et des mauvais 
mots. H ne seroit plus temps de luy faire ce petit présent, et ce sera 
me justifier que d'accuser mon libraire. 

Est-ce un grand personnage que M r Naudé ' ? Et qu'est-ce que son 
livre des Bibliothèques 2 ? A vostre loisir vous me ferez copier (je vous 
en supplie) la Harangue de la Casa, parce que je désire la mettre 
avec une préface à la fin des Lettres choisies. Mais je voudrois que la 
copie fut ex vera recensione Capellani, et qu'il prist la peine de la diviser 
en plusieurs sections, ou (pour parler Rocolet) en des alinéa, comme 
sont tous mes discours, qui est une chose qui aide extrêmement celuy 
qui lit et desmesle bien la confusion des espèces. 

Je suis persécuté plus que jamais de civilités et de complimens, et 
je voudrois bien qu'il me fust permis de faire ce que vous me conseil- 
lez. Mais quelle apparence et quel moyen de payer en taciturnité si 
grande abondance de belles parolles et tant de lettres dorées ? 

Ne jubeas numerare, diserte sodalis, ab istis 
Disce alias. 

En voicy donc deux entre autres, que je vous envoyé, dans lune 
desquelles il est fait mention de vostre Seigneurie illustrissime, et 
dites-moy en conscience si je me puis empescher de semblables lettres 
et si le dessein de cette retraite plus retirée et de ce désert plus caché 



1 Le copiste a e'cril Hatidé. Balzac feint 
ici malicieusement de ne pas connaître 
celui qui fut le plus zélé bibliophile, le 
plus savant bibliographe du svn* siècle. 
'Nous avons déjà vu qu'il avait été blessé des 
éloges donnés par le dévoué bibliothécaire 
du cardinal Mazarin à Guillaume Colletet 
( lettre LI\ ). Rappelons que , dans le Mas- 
cuvat (Paris, 16/19, ùt^")* Gabriel Naudé 



s'est moqué plusieurs fois du style guindé 
et des images outrées de Balzac. 

* h' Avis pour dresser -une bibliothèque, 
qui avait paru d'abord en 1627 (in-8% 
Paris), reparut en i6ii dans la même 
ville et dans le même format. Jean-André 
Schmidt l'a réimprimé (en latin) dans son 
recueil : De bibliothecis (Helmstadt, 1703. 
in-i°). 



I>K JRAN-LOIIIS (il HZ UV, liAI.ZAC, 187 

ii est pas fondé en raison, quand ce ne seroil que pour me sauver des 
faveurs incommodes du grand monde ? 

On fait ic\ bruil d'une entrevue de M' le Cardinal Mazarin et de 

M' de Ciliasleaiiiieul' 1 , sur quoy je vous demende un article politique 
de six lignes puni- le plus. 

Je me contente du présent qua je vous ay envoyé pour la Reyne de 
Suède, et je m'arresteray la, si elle ne m'oblige de paaser outre par 
quelque marque de son estime, à quoy Monseigneur de Gerisantes 
doil travailler [tour ma satisfaction, pour la gloire de sa maistresse. 

Monsieur Costar a esté icy et nous avons beu plus d'une fois à vostre 
santé. Cet homme, je le vous jure, a de grandes et belles connais- 
sances; et, s'il visoit à la gloire, et qu'il eust l'ambition de quelqu'un 
de nos amys, il laisseroit les plus estimés derrière luy 2 . Je suis de 
toute mon amc, Monsieur, vostre, etc. 



LXII. 

Du 3 octobre i6i4. 

Monsieur, Un temps fut que mes emportemens vous plaisoient, et 
que mes fougues vous sembloient belles. C'est ce qui me donnoit cou- 
rage de jouer quelquefois la folie d'Amynte en vostre présence , et de 
vous donner dans une lettre le divertissement de la comédie. Mais, 
puisque vous avez changé de goust, il faut que je change de procédé. 



' Charles de l'Aubespine, marquis de 
Chàleauneuf, ancien garde des sceaux, 
ëtait alors en disgrâce. Il ne devait être 
rappelé à la cour que trois ans plus tard 
(juin 16/17). 

s C'est un témoignage important à 
joindre à tous les témoignages réunis par 
M. Victor Fournel dans l'article Costar de 
la Nouvelle biographie générale et empruntés 
à Tallemant des Réaux, à Ménage, à Mo- 
réri, à Bayle, à Colomiès, etc. Costar dit 



dans la Préface de ses Lettres (i658 , in-6°. 
Courbé): rll se trouvera dans ce Recueil 
tr plusieurs lettres écrites à M. de Balzac. 
"qui témoignent assez l'admiration oùj'ay 
rr toujours esté de son esprit, de son érudi- 
« tion , de son éloquence et de sa vertu . . . » 
Et encore : <t II a élevé jusqu'aux plus hauts 
r sommets la noblesse de nostre langue et 
«■la réputation de nos esprits chez les estran- 
(tgers. » 



ai. 



188 LETTRES 

Je scrav aussy composé, aussy doucereux, aussy fade qu'un courtisan 
de Henry troisiesme, ou de sa sœur la Reyne Marguerite. Je seray tout 
sucre, tout miel, voire tout citrouille, si vous le voulez, sans oser 
demender à Dive Satyre un seul grain de son sel ny de son poivre 
pour m'assaisonner. L'importance est, Monsieur, que vous avez peur 
que j'aye appelle d'autres spectateurs que vous à la représentation 
d'une pièce que vous croyez dangereuse pour moy; et cette peur est 
fondée sur la prière que je vous ay faite d'en faire part à M r Silhon. 
Je m'asseure que sans cela vous m'eussiez abandonné vostre chère el 
bien ayinéc philosophie; et vous ne l'avez deffendue si agréablement 
el si fortement contre mes impatiences dans la douleur, que pour 
venir à mon ressentiment contre 1 injustice du Minotaure 1 . Sçachez 
premièrement, Monsieur, que vous estes l'unique tesmoin, non-seule- 
ment de ce qui se passe dans mon cœur, mais aussy de ce que je tire 
de mon cœur pour le mettre sur le papier et vous le communiquer 
par la voye de l'escriture. Sçachez, de plus, pour la justification de mes 
violences, que mes violences ne troublent point ma raison et que la 
cholère ne commande pas chez moy, mais qu'elle obéit. Je n'en suis 
plus tourmenté, mais j'en tourmente les autres; je m'y laisse aller de 
dessein et n'en suis point traisné par force. Ce n'est pas mon bourreau, 
c'est mon soldat. Je l'exerce, pour ce que j'y prens plaisir, pour ce 
que j'y trouve de la douceur, pour ce que je vérifie par ma propre 
expérience la comparaison d'Homère, qu'Aristote rapporte dans ses 
Ethiques. Et affin de chercher la vérité dans d'autres images, ce que 
vous appelez violence et emportement, ce m'est un jeu, un divertis- 
sement, une escrime; quelquefois un remède qui me purge, qui 
me soulage, qui me desbouche les obstructions, qui me dilate les 
endroits que le chagrin avoit estrécis. Cette cholère est toute inno- 
cente pour moy, et n'est jamais sans quelque joye et sans quelque 
agréable chatouillement, bien loin d'aller jusqu'à la douleur et à la 
lésion de son sujet. Toutes fois, Monsieur, si vous voulez user de toute 

Le président Tubeuf. L'allusion se retrouve partout, comme on le voit et comme on le 
verra encore. 



DE JEAN-LOUIS Gl EZ DE BALZAC. 



[89 



vostre puissance, je n'aj garde de m'opiniastrer dans une posture qui 
vous desplaist. le renonce solennellement à toute sorte de violence el 
d'indignation , mumww ab antiquitale îaudelur indignatio Vaforiana. .I< 
quitte [tour jamais une passion <|ui m'a fait tant de bienjusques icy, el 
vous promets de devenir mouton, de devenir M* de Vaugelas poui 
l'amour de vous, et non pas pour la peur (pie vous me faites <lu Mi- 
notaure. 

Je vous suis extrêmement ol>li<;é des soins de vostre amy de Fon- 
tainebleau* et Iny ay obligation à luy-mesme de son souvenir. Feu M r du 
Maurier 1 estoit un très habile homme, le meilleur secrétaire de son 
temps, et j'ay veu des lettres de luy pleines d'esprit et de jugement 2 . 
Je ne sçay si on peut dire la mesme chose de celles de M r du Maurier 
d'aujourd'IiUY 3 , ny (si) sa conversation est moins escholière ou moins 
pédante qu'elle n'estoit cum una Parisiensem ou Palalinam insuîam in- 
cokbamus. Pour son frère, duquel il vous parle dans sa lettre, seroit- 
ce celuy dont on m'a parlé d'une si estrange sorte, et qui estoit bour- 
geois de Sodome longtemps devant que d'estre capitaine dans Loudun ? 
C'est-à-dire que, sans aller à la guerre, il scait faire tourner le dos 
aux hommes, et qu'il a appris il y a longtemps l'art de dompter el de 
subjuguer. Je sçay cet horrible secret d'un jeune gentilhomme de mes 
amys, quo non formosior aller, et sur la pudicité duquel le dit frère a 
eu de très dangereux desseins, lorsqu'ilz estoient ensemble ou à l'Aca- 
démie ou au collège ; mais peut estre que c'est le frère chaste qui est 



1 Benjamin Aubery, sieur du Maurier. 
ambassadeur en Hollande et en Angleterre. 
(Voir, sur cet ami de l'amiral de Coligny, 
ainsi que sur sa famille, les Mémoires con- 
cernant les vies de plusieurs modernes, par 
Ancillon; la France protestante, et surtout 
la thèse de M. Ouvre : Auhcrij du Maurier, 
ministre de France à la Haye; in-8°, 1 8 5 3 . ) 

2 J'indiquerai de curieuses lettres écrites 
de la Haye par du Maurier à Peiresc, pen- 
dant les années 1C18 et 1619 (Bibliothèque 



nationale, Fonds français, vol. Ç)5h!>, p. a3i- 
aio). 

3 Louis Aubery, sieur du Maurier, mort 
en 1687, auteur, en i645, de l'Histoire de 
l'exécution de Cabrières et de Merindol, et, en 
1682, des Mémoires pour servir à l'histoire 
de la Hollande. Ces deux ouvrages ont été 
fort estimés. Louis Aubery avait eu l'inten- 
tion d'écrire l'histoire des dernières années 
de Louis XIII, mais ce livre ne fut jamais 
achevé. 



190 LETTRES 

Yoslre amy et non pas le frère pédéraste; Dieu le veuille ainsy pour 
l'honneur de rostre amitié. 

^ ous ay-je rien dit par mes précédentes de nostre Monsieur de Mon- 
tausier? L'honneur qu'il me fait de se souvenir de moy m'oblige sen- 
siblement, mais Testât présent de sa condition m'afflige encore plus 
sensiblement. Faut-il qu'un vray gentilhomme comme il est, un gen- 
tilhomme qui vaut un prince, et patriœ hue prima meœ, faut-il qu'un 
homme de si haut cœur, et qui a si bien et si dignement servi, soit 
oublié par le prince qui a receu de si considérables services? Et que 
in rcgio Palatio nulla ipskis ratio habeatur'} Car on nous asseure icv que 
sa rançon couslera à sa mère près de vingt mille escus, tous frais faits. 
Si je n'appréhendois là-dessus la sévérité de vostre philosophie, ne 
seroit-ce pas le sujet d'un second emportement, beaucoup plus impé- 
tueux et plus rapide que le premier ? 

Je n'oserois vous rien dire de cette foule de lettres eucharistiques '. 
Je suis heureux, Monsieur, je le vous avoue, mais je le suis un peu 
trop, et j'ay un peu trop de peine à souffrir constamment ma bonne 
fortune. Rogo ipse me ut felicitatem meam fortiler feram. Que M r de 
Lionne me fera de plaisir de ne prendre point de peine inutile , et que 
son collègue , aussy nostre cher amy, sera honneste homme , s'il fait mon 
affaire sans m'en escrire un seul mot! En cas que cela soit, je veux 
dire que l'assignation soit bonne, je vous conjure qu'on en compose à 
l'heure mesme par le moyen de mondit sieur de Sillion, qui est à la 
source des affaires , et qui pourra bien me faire donner par quelqu'un 
de l'argent contant, en perdant cent escus sur deux mille livres. Quand 
la chose seroit asseurée, Me ego sum qui tuta etiam, timeoque morarum 
damna senex. 

A ce que je voy les \alois' 2 ne sont pas si bons poètes que les Bour- 

1 Par allusion à i'étymologie . Xapis. frère de Henri de Valois. A ce moment, il 

grâce. venait de publier (Paris. i643. m-!\°) des 

* Il est ici question du grand érudil vers latins satiriques avec notes et éclaircis- 

Adrien de Valois, né en 1607, mort en sements. contre Pierre de Montmaur. sous 

1692, Pauteur du Notitia Galliarmn, elle ce titre : P. Montmauri opéra in H tomos, 



DK .h:\n-l mus mit:/ m; iiai./.ac. 191 

bons 1 ; mais c'esl peu! eatre la jalousie de la maison qui les empescbe 
de les bien louer. Geltui cy feroit toute autre chose que des vers, s'il 
s'en estoil conseillé (du) bonhomme Horace, el sa médiocrité est si 
basse, qu'elle mérite en italien le nom de viUà. 

Vostre soiiiiel esi un des meilleurs que j'ave vcu de vous; com- 
mencé, poursuivi el achevé comme il faut. Les muses sscheveléès, le 
débris du Temple qui embarasse les allées du bois de lauriers, Va t/uod 
iidii m hoc poematio mih/i non summopere placet? 

Je vous envoyé mes deux épigrammes augmentées, dans lesquelles 
je croy que vous trouverez du latin et de la poésie. Si on imprime 
quelque chose, je vous suplie qu'elles ne soient point de l'impression 
qui leur osteroit la (leur de la nouveauté que je réserve à mon volu- 
melte, <[iiod brevi dabimus cum bona venia illustrissimœ dominalionis 
vesirœ. 

Bourbon a esté mon maistre en la langue grecque , et vous vous 
souvenez- bien de son élégie, en suite de mon épigramme qui com- 
mence par : 

Et paler inter se Damon et alumnus Amyntas. 

La plume me tombe des mains, et je suis malade en achevant cette 
lettre. C'est, Monsieur, vostre, etc. 

Je vous recommande un second papier pour M r Mainard. 

Je sçay quelle est la civilité de Madame la Marquise; mais je vous 
suplie, Monsieur, que je ne sois point cause qu'elle prenne de la 
peine. Je suis desjà trop satisfait de la bonne réception de ma lettre. 

Surtout souvenez-vous que je ne suis point de ceux qui specie recu- 
santium ambùiosissime cupiunt. 



rata a Quinto Januario Frontone. Cet son de Longueville) les derniers aux pre- 
opuscule a été inséré dans Y Histoire de miers. Beaucoup d'autres critiques ont jugé 
Montmaur, par Sallengre. non moins sévèrement que Balzac et que 
1 Je n'ai pas besoin d'expliquer le jeu de Chapelain les vers d'Adrien de Valois, no- 
mots de Balzac opposant les Bourbons aux tamment ceux de ces vers qui ont été re- 
Valois et accusant, en riant, son cher cor- cueillis par son fds (Charles) dans le Vale- 
respondant de sacrifier (à cause de la mai- siana ( i6g4 ). 



192 LETTRES 



LXI1I. 

Du 10 oclobre i66ù. 

Monsieur, Je suis bien plus espouvanté que vous de cette longue 
tirade de négoce, dont vous estes venu à bout. Et en vérité quand 
je considère les peines que ce négoce a données à M r Silhon, et 
celles que vous avez voulu prendre , je voudrois de bon cœur que le 
négoce fut à recommencer pour ne le commencer jamais. Ce peu d'ar- 
pent couste certes trop à vous , à M r Silbon et à moy, et j'ayme bien 
mieux une autre fois n'estre pas payé que d'estre payé à ce prix-là , 
je veux dire aux despens de vostre repos et par une infinité de cor- 
vées , de desgousts et de rompemens de teste que je vous cause. J'en suis 
honteux, Monsieur, que vous ne sçauriez vous imaginer la confusion 
dans laquelle je vous escris cette lettre, et, sans avoir dessein de faire 
le fin, je vous prie de croire que la nouvelle de l'ordonnance circons- 
tanciée de tant et tant de difficultés m'afflige au lieu de me resjouir. 
Je demeure d'accord avec vous de angusliis rei pecuniariœ impeditissimis 
his temporibus, de la bonne fortune que c'est à un provincial d'estre 
considéré à son absence, et de trouver place dans une mémoire rem- 
plie des affaires de toute l'Europe. Je vous avoue encore que ces petites 
douceurs que je reçoy de temps en temps me font quelque bien , et 
soustiennent une partie de la despense dans laquelle m'engage (absit 
verbo invidia) la célébrité du lieu où je suis. Mais, ayant résolu de 
changer de lieu, et par conséquent n'estant plus obligé à cette des- 
pense, ne sentant d'ailleurs en mon ame aucune tentation d'avarice, 
je me passeray très aysément d'une pension qu'il faut obtenir tous les 
ans comme une chose nouvelle, qui m'est accordée comme une au- 
mosne, pour laquelle j'ay besoin de mille solliciteurs, et ce qui me 
fasche davantage, qui importune, qui fatigue, qui tourmente la per- 
sonne du monde pour laquelle j'ay le plus de respect et de révérence. 
Ces sortes de faveurs et de gratifications me pèsent plus que la pau- 
vreté , et mon hommage estant une fois rendu à Son Eminence par la 



DE JEAN-LOI is GUEZ DE BALZAC. 198 

présentation d'un petit ouvrage, j'ay dessein de la Buplier, par une 
requeste on par une lettre publique, de vouloir me faire la grâce de 
m'oster de dessus l'estat, ou de me taire asseurer ma pension sur une 
évesché ; ma pension autem de quatre mille Unes, comme elle me lui 
promise au commencement, sans qu'il soil permis, à l'avenir, à M' Tu- 
beuf d'en rogner imis les ans une partie. 

Je vous envoyé la nouvelle procuration pour M* Bonair, auquel, ni 
mus erat meus, je me lusse adressé d'abord, si vous ne m'eussiés fail 
sçavoir quelque temps auparavant que les affaires qui lu\ estoient 
survenues en son particulier l'occupoient de lelle sorte, que difficile- 
ment luy permettoient-elles de pouvoir songer à celles d'autruy. 
Lorsque je receus la lettre où estoit l'article de ce nœud gordien, c'est- 
à-dire de Pintricatissime ' embarras du petit dans la mayson gordienne, 
Al 1 Mainard estoit icy, qui me proposa son M' Rivière, logé à ce qu'il 
me disoit avec vostre M 1 " Maigne, et m'obligea d'accepter les offres que 
ledit M' Rivière luy faisoit de me servir dans la sollicitation de mes 
intérests. Par là, Monsieur, il me semble que je n'ay point péché contre 
le petit amy, que je croyois accablé de son propre faix, selon les termes 
de vos lettres, et que je faisois conscience de surcharger. Si, après cela 
et après les autres eboses qui se sont passées entre luy- et moy , dont 
je conte l'argent qu'il en a receu pour la moins considérable, vous 
avez beaucoup travaillé à me le conserver, je ne vous dis rien sur ce 
sujet, sinon que je vous suis très obligé et à luy très peu. Pour mon 
autre malheur duquel je m'estois confessé à vous, il me vient encore 
du mesme endroit et de la mauvaise relation qui avoit esté faite au 
bon Président, laquelle il me confirma de vive voix, après m'en avoir 
escrit. Mais je ne sçaurois vous dissimuler, Monsieur, que la prière 
que vous me faites là-dessus pour vostre interesl m'a piqué le cœur et 
que j'en suis tout de bon malade. Ah! Monsieur, que j'ay peu besoin 
de remontrance à cette occasion, et que mon esprit est esloigné des 



1 On ne trouve ce mot nulle autre part. exemple) disaient, en pareil cas, inarfr/raft/e, 
Les contemporains de Balzac (Mézeray, par mot déjà employé par Montaigne. 



19.1 LETTRES 

soupçons et de la trop grande crédulité que vous me reprochez tacite- 
ment. Je n'ay jamais perdu d'amys par ma faute, je n'en ay jamais 
bazardé par ma delfiance; j'ay souffert non-seulement leurs mauvaises 
humeurs et leurs bizarreries» mais encore leurs vices et leurs injus- 
tices. Ils m'ont offensé impunément. Je suis revenu après avoir esté 
chassé. J'ay esté lasche pour estre bon, que diray-je davantage? Il 
n'est rien de si tendre que mon cœur, ny de si dur que ma patience . 
et, si je suis tel pour les moindres de mes amys, voire pour mes mau- 
vais amys, que dois-je estre pour vous, mon très cher et honnoré pa- 
tron» mon vray et unique consolateur, pour lequel je n'ay pas seule- 
ment de l'amour et du respect, mais de la dévotion, du culte? La 
parolle me manque en ce lieu, où je me diray sans plus de parolles. 
Monsieur, vostre, etc. 

J'ay receu la lettre que Madame la Marquise m'a fait l'honneur de 
m'escrire, et en conscience je ne leus jamais rien de plus sage, de 
mieux sensé, ny de plus modeste, en un mot de plus digne d'une hon- 
neste femme, voire d'une princesse romaine. Je le vous dis très sérieu- 
sement, Monsieur, j'estime plus un billet de cette manière que toutes 
les longues amplifications de nostre pauvre défunte \ qui avoit appris 
de M r de Vaugelas à faire des exclamations et des périodes de demie 
lieue de pays, que cet excellent grammairien appelle des périodes 
nombreuses. 

Si la Reyne ny Monsieur son agent- n'entendent point la bienséance 
dont je vous avois escrit, j'en seray très ayse, pourveu que nous eu 
demeurions là et qu'il ne me vienne point de compliment du Sep- 
tentrion. 

Je trouve vostre dernier sonnet parfaitement beau, et vous envoyé 
mes vers pour les Mânes du Père Damon 3 en Testât où je désire qu'ils 
demeurent. Vous me ferez plaisir de donner cette copie à nostre très 

1 Madame des Loges. la seconde partie du tome II des OEuvres 

8 Cerisantes, agent de la reine Christine. complètes.) 
3 Le poète Mie. Bourbon. (Voir p. 33 de 



DE JEAN-LOUIS GtFEZ DE BALZAC. 195 

cher M' Ménage, (jnrm aemper medullitus diligo. Obligez moy aussy, --'il 
voua plais t, Monsieur, de faire .tenir seuremenl à \1'' !<' Prieur Talon ' 
la lettre cy enclose, qui es! escrite dès le temps que je vous envoya] 
la sienne. 

Voicy le troisiesme paquel pour M' Mainard, que je voussuplie de 
rendre en mains propres au bon l'ère Flotte. 

J'ay eu quatre ou cinq accès de fièvre tierce, mais ce ne sont que 
mes petits maux. 

\\ine/.-inoy lousjours, je vous on conjure. 



LXIV. 

Du ait oclohre iG'1'1. 

Je ne vous escrivis point par le dernier ordinaire, parce que vis 
major m'en empcscha, et que, dès la première limite de ma lettre, une 
violente esmolion nie saisit qui me fit tomber la plume des mains. 
Grâces à Dieu , l'émotion est passée et je suis en estât de vous remercier 
de la continuation de vos courtoisies et de vos faveurs. Mais je ne sçav 
si je seray capable de profiter de vos bons préceptes, car quel moyen 
de domter ce monstre d'humeur, qui est un animal dans l'animal, 
comme disent les médecins de la matrice des femmes? Il n'y a point 
moyen, Monsieur, de faire un courtisan parlait de l'humoriste achevé 
dont parle vostre première lettre. Le comte Baltazar 2 y manquerait 



1 Jacques Talon, prieur de Saint-Paul- 
aii-Bois (diocèse de Soissons), cousin ger- 
main de l'avocat général Orner Talon , et 
secrétaire du cardinal de La Vallette; il a 
rédigé les mémoires du belliqueux prélat, 
qui parurent un an après la mort de l'au- 
teur: Mémoires de Louis de Nogaret, cardi- 
nal de La Vallette, Paris, 1672, 2 vol. 
in-12. (Voir une lettre de Balzac, p. 38 1 : 
it A M r Talon , secrétaire de Monseigneur le 
r cardinal de La Vallette, « et d'autres lettres 
au même, p. A70, 534, etc. \ 



s Castiglione ( Balthazar) , mort en 1 5 2 y . 
l'élégant auteur du Cortegiano (ou l'Art de 
devenir un courtisan accompli), Venise, 
i5a8, in-f\ Les Italiens appellent cet ou- 
vrage 77 libro'd'oro. (Voir, sur le comte Bal- 
thazar, un excellent article fourni par Gros- 
ley au Dictionnaire de Moréri de 170g.) Les 
autres critiques français qui se sont occupés 
"de cet homme de lettres, qui fut aussi un 
homme d'État distingué , sont Niceron . 
Ginguené, Valéry, M. Philarèle Chasles. En 
Italie, i! faut citer surtout , après l'éloge de 

25. 



■19 fi LETTRES 

et y perdroit tout son latin, je voulois dire tout son italien. Mais vous 
me remonstrez qu'il ne faut donc rien attendre de la Cour et que ses 
maximes ne s'accommodent pas avec les fantaisies des solitaires. J'en 
demeure d'accord avec vous, et voicy, sur cet article, ma solennelle 
déclaration. M r Sillion la sçait il y a longtemps, et je pensois aus-\ 
vous l'avoir laite il y a longtemps. Si je désire quelque chose de la 
Cour, c'est sans bassesse et sans lâcheté que je la désire. J'ay du pain 
el des habillemens tout ce qu'il m'en faut, autrement victumetvestitum. 
Reste à avoir des œufs de Portugal et des rubens d'Engleterre, de 
quoy je me passeray très aysément quand il me plaira. Un liomim- 
qui despense un peu plus que son revenu n'est pas fasché qu'il luy 
vienne de dehors un peu de secours; mais, en se retranchant, il n'a 
que faire de ce secours, et par là il se peut donner à soy mesme une 
bien meilleure et bien plus seure pension que celle que luy donne le 
Roy très chrestien. 

Je vous envoyé cinq responses que j'ay faites dans les intervalles de 
mon mal. Mes ouvrages aux Indes 1 ne m'eussent pas cousté davantage ; 
et si vous sçaviés qu'à l'heure que je vous parle j'ay cinquante 
paquets sur ma table venus de Perigord, de Rouergue, de bas Poitou , 
o\ cet., et presque autant de solliciteurs qui me tiennent à la gorge pour 
me faire respondre aux lettres douces qu'ils m'ont apportées ; si vous 
sçaviés qu'on m'a envoyé des Sermons, des Harangues et des Tra- 
gédies pour examiner, et que ceux qui me demendent deux mots de 
correction attendent de moy des louanges plus longues que le pa- 
négyrique de Pline ; si vous sçaviés beaucoup d'autres choses qui me 
travaillent, sans doute, Monsieur, quelque dur que vous soyez à mes 
plaintes depuis quelque temps, vous seriez touché de tant de malheurs 
et diriez avec un demy souspir que c'est ajouster trop d'affliction à un 
affligé. Ne reprendrez-vous jamais pour moy voslre visage doux et 

Castiglione par Berabo, sa biographie par en i58o, et a été imité par Faret sous le 

Serassi (Padoue, 1768). Le Cortcgiano a été titre de YHonnêle homme en i633 . 
traduit en français par Jacques Colin ' Faut-il lire : Z)eu,r voyages aux Indes?... 

d"Auxerre en 1 537 , par Gabriel Cbapuis 



DE JEAN-LOUIS OUEZ DE BALZAC. 197 

compatissant; cet esprit consolateur qui se couloit autres lois si 
agréablement dans mon ame; l'huile et le baume de vostre pitié, 
«lotit j'ay bien [dus de besoin que de la sonde et du rasoir de VOStre 
philosophie ? Je sçay que, si vous voulez, vous m'accablerez en cet 
endroit du pois et de la force de vos raysons, el que j'auray toujours 
loil avec vous. Mais le. cœur me dit que /"»" amplitu mecum âges 
summo illu et lycurgœojure, cl. que vous voudrez traiter un malade déli- 
cat avec une méthode qui ne soit pas rude. DU me perdant, amicissime 
Capelktne , si je n'ayme mieux estre consolé qu'estre payé, et si un 
article de douceur que je trouve dans une de vos lettres ne me fait 
plus de bien que trois ordonnances du Roy, sollicitées chaudement par 
!\l r Silbon. Vous dites que rien ne vous peut desplaire en moy que ce 
qui me peut nuire; et je vous respons, mon très cher Monsieur, que 
rien ne me peut nuire que ce qui vous peut desplaire, appréhendant 
beaucoup plus la diminution de ma faveur auprès de vous, que la 
perte de ma fortune ou toutes les autres disgrâces imaginables. Aymez 
moy donc tousjours, je vous en conjure, si vous désirez que je vive, 
ou que je ne vive pas malheureux. Les parolles me manquent pour 
vous asseurer icy avec quelle passion je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Je verray très volontiers du latin de M r du Maurier, et sur vostre 
parolle (sans autre plus exacte et plus particulière information de vie 
et mœurs) je le tiens desjà aussy chaste qu'Hippolite, ou que ce poète 
italien duquel il est dit : Ne se pollueret , maluitillemori. Mais, Monsieur, 
que vous me dites de belles et grandes choses de M r son frère, et que 
les magnifiques termes dont vous vous servez pour me les dire me 
font envie de devenir mathématicien! En sçauroit-il plus que M. Des 
Cartes \ qui croit en plus sçavoir que les grands démons, car pour les 
petits lutins, il leur fait leçon deux fois par jour? 

' René Descartes, né un an avant Balzac sophe, le a5 avril 1 63 1 (p. a35), où se 

(3i mars i5g6), mort quatre ans avant trouvent ces mots : tr Je ne vis plus que de 

lui (11 février i65o). On connaît l'amicale rt l'espérance quej'aydevous aller voir à Ams- 

lettre écrite par Balzac à l'éminent philo- rterdam et d'embrasser cette chère teste. 



198 LETTRES 

La mort de la belle dame nie touche par la contagion de vostre 
douleur; mais dans celle de 1 éloquent Cardinal 1 je n'emprunte mon 
deuil de personne, et verissimis lachrimis illum luximus. De iraische 
mémoire, je luy avois de grandes obligations; et sans doute, s'il eust 
esté Pape, il nous eust envoyé le chapeau et à vous et à moy, et nous 
eussions esté ses Cardinaux Bembo 2 et Sadolet. Diis aliter visiim, -el 
submissi fata jeramus 3 . Le A alois qui n'est pas prince du sang n'a 
garde d'approcher ni de .la versification ni de la latinité des Guyet-* 
des Madelenet 5 , des Ramas G et des Ferramus ; et ne pas faire de 
solécismes ny des positions brèves n'est pas pour cela escrire purement 
en latin et savoir faire des vers, sed de his alias. Je vous en envove 



rqui est si pleine déraison et d'intelligence. » 
On connaît aussi la réponse de Descartes à 
lialzac. du i5 mai i63i, lettre où il le 
presse tant de venir le -rejoindre en Hol- 
lande (p. 200 du tome VI des OEuvres 
complètes publie'es par M. V. Cousin, 182Û, 
in-8°). Pour d'autres lettres de l'auteur du 
Discours de la Méthode, voir ce même tome, 
pages 197, 198, etc. Rappelons qu'aux 
pages 189 à 197, on trouve le Jugement 
de M. Dcscarlcs de quelques lettres de Bahac, 
lettres où . dit-il, nies grâces se voient dans 
t toute leur pureté. 1 

' Gui Bentivoglio qui, né à Ferrare en 
1 ."1 7 (| . mourut le 7 septembre iGA'i, au 
moment où il allait probablement être appelé 
par le conclave à succéder sur le trône pon- 
tifical à Urbain VIII, dont il avait été l'in- 
time ami. Balzac avait déjà fait un grand 
éloge du cardinal Bentivoglio dans une 
lettre du 3 octobre i63i (p. 208), vantant 
surtout ses Relations, son style si sobre et si 
chaste, etc. 

2 Le copiste a écrit : Rembret. 

5 La première moitié du vers est de 
Virgile (Mi. lib. II, v. 4a8). Balzac, en 



bon chrétien, l'aura complété par une leçon 
de résignation. 

4 Le copiste l'appelle : Guyers. 

5 Le copiste a lu : Modelâtes. Gabriel 
Magdelenet, né en 1087 à Saint-Martin-du- 
Pui, mourut à Auxerre en 1661. Le recueil 
de ses poésies latines ( Gab. Madekneti Car- 
minum libellus) parut en 1662 (Paris. 
in-12) par les soins de Louis-Henri de 
Lomenie, comte de Brienne. el reparut en 
1725. Voir son éloge par Pierre Petit en 
tète de ce recueil ainsi que dans le Morai 
de 1709, qui rapporte son épitapbe et qui 
rappelle que le talent poétique de Magdelenet 
a été récompensé par les pensions de 
Louis Mil et du cardinal de Richelieu et 
par les suffrages de Nicolas Bourbon, 
d'Adrien Baillet, de René Rapin, etc. Voir 
encore Aiceron (Mémoires, tome XXV) et 
Papillon (Bibliothèque des auteurs de Bour- 
gogne, tome H). 

6 Ramus (Pierre), im des plus savants 
humanistes du xvf siècle, massacré le 26 
août 1072. On peut voir, sur Ramus, les 
récents travaux de MM. Franck. YYadding- 
ton. Haag et Saisset. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 






que je lis avant hier el dont'je demeure extrêmement satisfait, si 
voslre jugemenl ue < ir-sa I »ns»> le mien, Ce sera un secret, s'il vous 
plaist, entre vous et 1 1 1 < > y , et le momie les verra une autrefois. Mais je 
prétens, Monsieur, que vous disiez que je suis un galant homme el 
que je n'entens pas mal l'urbanité* «quand vous aurez leu les responses 
que je vous envoyé. Je ne voy plus en achevant relie ligne. 



LXV. 

Du 3l octobre i li'i 'i. 

Monsieur, Vostre lettre m'a donné la vie, et j'avoue que vous esles 
le meilleur comme le plus sage de tous les hommes. Je ne mérite point 
les belles larmes que vostre bon naturel vous a fait venir jusqu'au 
bord des yeux; tout ce que je puis vous dire, c'est que je les trouve 
belles et que je les ayme beaucoup mieux que la rigide indolence de 
dame Philosophie qui les a si subitement resserrées. Cette tendresse, 
cette mollesse, cette lâcheté, si Zenon le veut ainsy, me plaisent bien 
davantage que ce fer, ce marbre, ces diamans du redoutable 1 et de 
ses confrères. Mais, pour ne pas oublier ce grand personnage sur la fin 
de ma lettre, disons en un mot en cet endroit. , puisqu'il nous est tombé 
entre les mains; et, en premier lieu, n'admirons ny vous ny moy l'épi- 
gramme qu'il a faite pour M r Bourbon. Sa Muse, en effet, n'est pas 
une si belle vieille - que celle du bon père de Toulouze 3 et mollo sente 
ingiuria del tempo. Elle s'alfoiblit extrêmement avec l'âge, et duxit in 
obscura qui lot quinquemia cella, etc., n'a garde d'estre de la force de ces 



1 Le redoutable, c'est François Guyet, 
que Balzac appelle ailleurs kypercriticus. 

1 Guyet étant né en 1675, sa muse était 
bien vieille en i6/i4. C'était presque une 
septuagénaire ! 

* Theron ( Vital) , dont il a été parlé dans 
la lettre lvii, et qui n'avait pas alors moins 
de 7a ans. Balzac, le 9 mars 1 643 , dans 
une lettre au P. Theron (p. 607), plaisan- 



tait très-agréablement sur la vieillesse du 
poëte : a Les hyvers de Naples me la repré- 
sentent, ces hyvers tous pleins de lumière 
r?et tous couronnés de roses; celle de Massi- 
rmissa a esté moins verte et moins vigou- 
rrreuse, et l'enfant qu'il fit à quatre-vingts 
crans n'estoit point une production coin- 
rrparable au poëme que vous avez fait à 
rr soixante-quinze.» 



200 LETTRES 

autres vers, que je luy ay ouy chanter autrefois sur ia carcasse d'un 
mot bien différent de cettuy-cy : 

Die ubi mme , Cosme , es ; nam te nec Tartara civeni 

Accipiant mânes, qui nihil esse putas, 
Nec superis gralus venias qui gaudia Cœli 

Pro levibus nugis, vel moriturus, habes. 
Restabat misero tumulus, te legibus arcent, 

Eque sua trahilnx putre cadaver humo. 

La conclusion de l'Ëpigramme n'y est pas, et dès ce temps là qu'il 
estoit plus Irais et plus vigoureux qu'aujourd'huy il ne peut aller 
d'un mesme pas jusqu'au dernier distique, dans lequel il tomba au 
lieu de finir. La pièce la plus achevée que j'aye veue de luy est celle 
qu'il a faite contre la bière ' , encore y a-t-il : 

dignusque suillo 

Jure si t. 

qui n'est pas digne du reste, et que le juge Tarpa 2 eusl condamné à 
l'esponge. Ce demy poète ne laisse pas d'estre craint de ceux qui sont 
poètes tout entiers; et quoy-que son authorité soit plustot usurpation 
et tyrannie que légitime puissance , la longueur du temps y a accoustumé 
les espris ; et après l'eucharistique que je luy ay fait ne faut-il pas tout 
souffrir d'un homme que nous avons reconnu pour lieutenant général 
d'Apollon au pays de son obéissance? Au reste, Monsieur, une de mes 
curiosités seroit de sçavoir son sentiment et celuy de M' de Bautru sur 
le sujet de la guerre sainte des Jésuites et des Jansénistes ; et ce qu'ilz 
disent de l'émotion des Docteurs, dans cette grande et inébranlable 
tranquilité où ils se sont mis en despit de tous les remords et de toutes 
les syndérèses dont l'esprit humain est travaillé. Je ne pense pas qu if 
y eust jamais de plus pure ny de plus parfaite neutralité que la leur 
en toutes ces matières contestées, et quiconque les accusera d'interest 
ou de passion leur fera, à mon advis, un insigne tort. 

1 Francisa Guieli in eenisiam. Balzac a "Le copiste a écrit Taspa. Tout le monde 

cité ce morceau dans une lettre à M. de connaît ce vers d'Horace (Satir. i.I, X, v. 38): 

MOPWI (p. Goi ). Quœ neque in aede sonent certantia. judice Tarpa. 



DE JEAN-LOUIS GUE2 DE BALZAC 201 

Vous pouvez voir à l'heure présente (si le courrier n'estoit morl 
par les chemins) < | ne j'aj obéi à vostre désir el à vos pensées; et M r le 
Coadjuteur .1 une response à Bon coraplimenl , qui ne sera pas la plus 
mauvaise des Lettres choisies. Les autres responses son! encore peut- 
estre meilleures, «'l il me semble que, pour un malade, je fus assez 
galand homme, le jour que je respondis à ces chers amys. Mais tous 
ceux qui m'escripvent ne sonl pas mes chers amys, el souvenl je donne 
au diable leur amitié. Je suis persécuté, je suis assassiné «le civilités 
el de complimens. Il me vient des lettres el des escritures de toutes 

les parties ^\u monde, el | • vous4e dire avec un enthousiasme plus 

haut : 

Fiet loto stilus ini|>ius orbe : 
Unie mihi Tectosages, illinc Normania chartas, 
Relsja; etiam raittunt , Scotique atque ultima Tbule ' , 
Prœsentemque Arctoa intentât epistola mortem. 
Hostibus ab noslris laies veniatis amici. 
El tanti constet tibi lama, o bubn Genevaj. 
Qui \is esse aliquis pJacidamque relinquere uoetem, 
Invideo tibi, bubo, niniis tua si bona nosti, 
Obscnrœ. serl nota parmi), bona suiurna quietis. 

Ayant appris par la Gazette que M r le Duc est de retour d Allemagne 
j'ay cru qu'il n'y avoit point de mal de vous envoyer quelques copies 
des vers que j'ay laits pour luy. Ils sont changés et augmentés d'un 
distique; et, sans avoir dessein de préoccuper vostre suprême judica- 
trice 2 . je ne croy pas pouvoir jamais rien taire de meilleur ny de plus 
digue du pairiciai romain, dont il vous a plu nouvellement de m hono- 
rer. Les demis latins, eslrangers dans la bonne antiquité, s'arresteront 
peut estre aux mots de puer et de.pueri, mais non ceux qui sont véri- 
tablement poètes et romains et qui sçavent l'histoire d'Auguste. 

Outre les copies de l'Épigramme, vous trouverez dans mon paquet 
mon ancien poème chrestien, reveu et augmenté de plusieurs vers; et 

Tibi serviat ultima Thule mot : judiciaire. Je ne trouve nulle part le 

(Virg. Georg. lib. I. v. 3o.) mot judicatrice. 

1 Molière, en pareil cas. a employé le 

a 6 



202 LETTRES 

je vous suplie, Monsieur, de le taire rendre de ma part à M' I évesque 
de Grasse. Je l'ay mis dans ledit poème, en la place de Damon, qui 
n'y estoit pas assez désigné, et que personne n'entendoit sans expli- 
cation. Damon est assez loué ailleurs, et cette place estoit donc à noslre 
très cher Prélat à qui j'ay donné un nom le plus approchant du sien 
que j'ay pu, je dis du sien de Provence et non du sien de Paris ou de 
Dreux ', qui à mes oreilles n'est pas fort beau, n'en desplaise à 
Monsieur son frère. Encore de bonne fortune le nom est Romain et a 
esté connu à la cour d'Auguste, et porté par un poète de ce temps-là 
qui a escrit de la chasse, et duquel Ovide dit: [plaque venanti Gratins 
arma dédit 2 . Je ne sçauroia finir ma lettre sans vous remercier de 
i-erhef des bontés 3 de la vostre. Vous estes en vérité un souve- 
rain médecin des âmes malades, et vous sçavez esgalement parler el 
guérir; c'est à dire qu'en vous seul on trouve du laureus et de la 
violette; vous n'ignorez pas ce que disoit Henry le Grand de l'un et 
de l'autre. Tout de bon vous m'avez escrit les meilleures et les plus 
belles choses du monde. C'est, Monsieur, vostre, etc. 

Qu'est-ce, Monsieur, que la Traduction Françoise de l'histoire de 
Strada 4 ? el la nouvelle que les Jésuites m'ont dite de l'impression de 



' Le copiste a écrit Dieux. Le nom de 
Provence de Godeau était celui de sa ville 
épiscopaie, Grasse. Balzac parle de son 
non) de Paris ou de Dreux ( Antonius 
Godellus), parce que, si le prélat-poëte 
naquit à Dreux, il passa presque toute sa 
jeunesse à Paris, où il logeait chez son 
parent Gonrarl, el il pouvait, par consé- 
quent, être considéré comme Parisien. 

2 Ovide a dit en réalité (Pont. lib. IV. 
Epistoh xvi, v. 34 ) : 

Aptaque venanti Gratins arma daret. 
Gratins, surnommé bien à tort Faliscus 
par le commentateur Barthius, vivait du 
temps d'Auguste et a laissé un poëme 



intitulé : Cynegelicon liber, en cinq cent 
quarante vers. 

3 Le copiste a écrit hepenté, ce qui ne 
signifie rien. Je suppose que Balzac, en cet 
endroit, s'était servi d'une épilbète tirée du 
Nepenthes homérique. Déjà, dans une lettre 
à M. de Morin, il avait dit (p. (36a), du 
muscat que lui avait envoyé ce magistrat : 
t C'est le véritable Nepenlhe chanté par 
it Homère. * 

Du Bartas avait employé le même mol 
I Seconde Sepmaine , T'jour) : 

Serois-tu le Nepenthc ennemi de tristesse? 

1 Le premier volume de la traduction 
française du De bello belgico , par Du Ryer 



DE JKAIS LOUIS GUEZ DE BALZAC 



203 



s;i seconde Décade ? Empeschez M r de Grasse de me remercier de mon 
poème, mais si à quelque heure de loysir il luj prenoil fantaisie de 
faire une Eclogue oui consolasl \m\ nie île ses maladies, de ses 
chagrins el de ses autres disgrâces, Amynte lin en seroit bien fort 
obligé. Ce Scœvola Sammarthanus, optimus lalinitalù auctor '. parlanl 
de la bataille de Gerisoles, mé1 \nguianus et non pas Inguienus n\ 
Enguienus. 

Enquerez-vous , je vous prie. Monsieur, s'il esi vray, ce qu'a escril 
<l \nl)i<;né dans son histoire, qu'un cardinal espagnol donna un soufflet, 
à Rome, an cardinal de Joyeuse 2 . La loy de l'historien m'est un peu 
suspecte. Que je voudrais avoir ma part des conversations que vous 
aurez bientost avec nostre brave Marquis, eut maxima quœque voveo! 



LWI 



Monsieur. Je ne prétens pas avoir- la peste. Ce n'est point mon dessein 
que mes maux aillent jusqu'à vous par contagion . et il vaut bien mieux 
les tenir secrets que de vous les faire sçavoir à ce prix là. Une autre 
fois, quand je ne pourray pas vous esciïre, je seray tout autre chose 



parut (iri-f , à Paris) en i644. Le second 
volume vit te jour en i6ig. La première 
décade du savant jésuite avait été publiée à 
Rome en i63s, in-f J . La seconde décade, 
dont Balzac s'informe ici, fui publiée en 
1667. 

1 Scévole 1" de Sainte-Marthe, né à 
Loudun le 2 février 1 536 , mort te 29 mais 
1623, fauteur des Poemala (i5ja. iu-8°) 
et des Gallorum doctrina ilhistrium... elogia 
(1598, in-8°). Voir sur lui l'estimable 
Etude de M. Léon Feugère (Paris. i854. 
in-i 2 1 



' Histoire universelle , première édition. 
1616-20, in-f°, tome III, p. 3o8, ebap. vi 
du livre III : rrA Rome y avoit quelques 
rt partisans pour le roi Henri III tant qu'il 
"vescut, mais si foibles. que le cardinal de 
fJoieuse ne put tirer aucune raison d'un 
-soufflet qu'il reçut dans le consistoire par 
.-un cardinal espagnol, en maintenant 
-l'honneur de son roi.* Aucun autre histo- 
rien, que je sache, n'a mentionné ce scan- 
daleux soufflet, et le silence du président de 
Thou doit surtout être remarqué. 



36 



206 LETTRES 

que malade dans les lettres de mou secrétaire. Me présentant devant 
vous, je me farderay, comme laisoit Solyman quand il donnoit audience 
aux Ambassadeurs '. Je joueray le mesme personnage <jue Tibère, 
qui rioit et laisoit desbauche, ayant la mort sur le bord des lèvres -. 
Que voulez-vous davantage? La lionne mine, les couleurs el les 
masques ne me manqueront point pour vous desguiser mon infirmité. 
En un mot, il n'y aura rien dont je ne m'avise pour vous espargner 
de l'inquiétude et des allarmes. Cette inquiétude et ces allarmes 
m'obligent néanmoins sensiblement, et je vous. avoue que les preuves 
continuelles que vous me donnez de vostre bon naturel me- consolent 
trop des niches, n'osant pas dire des injures que je reçois de ma 
mauvaise fortune ! 

Je voudrois de très bon cœur que M r le Gard. Mazarin n'eust point 
ouy parler de moy ny devant, ny après sa maladie, et que les ressors 
qui ont joué pour remuer M 1 ' de Lyonne et M r Silbon fussent demeurés 
en repos durant ce temps là. Peut-estre qu'au mois de Janvier toute 
la République sera morte et qu'il n'y aura ny pensions ny pensionnaires. 
Voylà ce qui s'appeloit de l'argent comptant dans -la bouche de son 
Erainence, et par les relations de Messieurs ses Secrétaires dont vous 
avez pris la peine de m'informer. N'en disons pas davantage et trouvez 



' Balzac avait tiré cette particularité des 
Lettres de Busbecq , dont les œuvres com- 
plètes [Omnia quœ exstant) avaient paru à 
Leyde, chez les Elzeviers, en 1 633. Voici le 
passage de la première lettre de l'ambassa- 
deur à Constantinople, tel ijue l'a traduit 
l'abbé de Foy (1768, t. I, p. 19a) : «\\ 
«(Soliman) est dans la soixante-dixième 
'tannée de son âge, d'une santé assez bonne, 
rr n'ayant cependant point de couleur, ce. 
r- qui dénote qu'il a quelques maux cachés, 
mnais il sait aussi bien que les femmes 
irréparer celte injure du temps; il se met du 
«rouge; il prend ce soin surtout les jours 
« qu'il congédie quelque ambassadeur, afin 



rr qu'il rende compte de l'embonpoint el de 
rrla bonne santé dont les couleurs de son 
rt visage semblent annoncer qu'il jouit. -> — 
On a raconté la même chose de Mazarin 
mourant. (Voir les Mémoires inédits de Louis 
Henri de Loménie , comte de Bricniie , publiés 
par F. Barrière, tome II. 1828. p. îa'i- 
197.) 

2 On lit dans Suétone (chap. LXXII) : 
rrS'étant l'ait porter jusqu'à Misène, il ne 
rr retrancha rien de son genre de vie ordi- 
rriiaire, pas même les festins ni ses autres 
rt pkiairs, soit intempérance, soit dissimu- 
lation.» (Conférez Tacite, Annal, lih. VI, 
cap. l.) 



DE IEAN-LOUIS (il KZ DE B ILZ IC 305 

bon, s'il vous pl.iisi, Monsieur, que je me loue extrêmement de vont 
el que je me plaigne extrêmement de l'Estat. 

Si m I iiiin tamenel tacito sul> | tore soins 

Hœc uosti . Genius que meus; nec tertiua olter 
ludiil eflusos i I<> snrdo in littore queslus. 

Je vous advertis que ce modoei ce littore ne smii pas deux chevilles 
de mon dernier vers, puisqu'en effel c'est au bord do la (.lharanle, où 
j'aj fait arrester mon carosse, que je vousescris ma lettre. La vostre 
me promet quantité de belles choses, et j'aifens particulièrement cette 
espée Fatale qui sera bieutosl plus célèbre <pie Durandal et que toutes 
les autres armes de la fabrique de nostro Arioste. J'ay grand peur 
pourtant que l'armurier ' ne gaignera |>as son procès, et, s'il le 
gagnoit, j'aurois certes très mauvaise opinion du gouvernement et de 
la politique des Gotz. Il y a bien de la différence entre un jeune 
passevolant doSaumur et un vieux routier de Hollande, confirmé dans 
son mestier par une parfaite connoissance du monde passé et par une 
longue pratique des choses présentes. Il semble que M* Ménage en 
soil desgoulé depuis quelque temps et qu'il vous ayt fait "part de son 
degoust. Mais Hugues Groot tant qu'il vous plaira, mihi magnus Grotius 
et prœcipuum sœculi sut omamentum semper habebitur, sans approuver 
néanmoins ses grimaces et son faste de légat. Je serois bien aise de 
pouvoir avoir par vostre moyen tous les vers de M* Gombault qui sont 
imprimés 2 , et principalement ceux qu'on m'a dit qu'il a faits pour le 
feu Roj de Suède. 

J'admire toujours de plus en plus l'esprit et les livres de M 1 ' Arnault, 
et les Jésuites, mes chers amys, commencent à m'en sçavoir mauvais 



' Cerisantes, auteur de la pièce sur ce moment, il n'avait été publié de lui que 

ïépée dont il sera parlé dans la lettre sui- quelques pièces détachées, parmi lesquelles 

vante. je citerai Amarante, pastorale, in-8°, i63i. 

2 Les poésies de Jean Ogierde Gombauld Les Epigrammes ne parurent que beaucoup 
furent réunies pour la première fois à Paris, plus lard (1657, in-12). C'est, sans contre- 
on 16&6, in-4°, chez Aug. Courbé. Jusqu'à dit, le meilleur ouvrage de Gombauld. 



206 LETTRES 

gré, parce que je continue à les mortifier sur ce sujet en toutes nos 

conférences. C'est estre mauvais courtisan , 

Sed mihi liberlas raalefida dulcior aula. 
Ipsaque non lanti est ul verum dicere nolim 
Purpura Piomanusqtie favor. 

Je vous baise très- humblement les mains, el suis plus qu'homme 
du monde. Monsieur, voslre. etc. 



LXVII. 

Du t'-i novembre i()h!t. 

Ouy, Monsieur, vous m'avez persuadé, sans que j'aye rien à voue 
répliquer; je voy bien que vous aymez comme les Dieux et les pères 
aiment, comme Juppiter aimoit Hercule, fortement et vigoureusement. 
Je remarque vostre tendresse au travers de vostre sévérité. J'adore la 
main qui me chastie. Je confesse, avec le Juif qui fut plus sage que 
tous les Grecs, que mcliora sunl ruinera diligentis quam oscula adulautis\ 
Ce texte a esté traité par vous à plein fonds et avec tant d'efficace, 
avec une si" douce violence, qu'il faut se rendre pour jamais à cette 
souveraine rayson qui use si agréablement de son pouvoir absolu, 
qui sçait plaire à l'esprit en le convainquant, qui ne me combat que 
pour me sauver. Je vous demende souvent. Monsieur, de semblables 
amertumes, ainsv appelez-vous vos faveurs, et je vous dis dans le 
sens du poète : mihi calices amariores 2 , puisque l'amer en ce vers est 
une louable qualité du vin que le poète trouvoit bon. 

Le messager m'a apporté le paquet promis, et j'y ay trouvé tout- ce 
que vostre lettre me marquoit. Que vous puis-je dire du discours de 
M. Silhon, si ce n'est que c'est une pièce à durer pleine d'artifice, de 
jugement et de beautés chastes, s'il en fut jamais 3 ? Ce seroil une 

' Prov. cap. sxvn, v. 6. seconde partie du Ministre d'Etat, qui avait 

■ inger mi calices amariores. paru quelques mois auparavant (Paris. 

Catch.. Carmen ixvii. v. 2. in-i°. i643). La première partie de ce 

Balzac veut sans doute parler de la recueil de discours avait été publiée en 



DE JEAN LOUIS GUEZ DE BALZAC, 207 

belle chose, si par là nostre cher amy estoit fondateur d'un estai 
nouveau, et ce Beroh l'enchérir sur celuj qui remua une infinité de 
(iieiTcs et bastil les murailles d'une ville au son de son lut 1 . 

Monsieur de Cernantes es! an grand el sublime poète, et je le 
remercie très-humblement de son Espée mille fois plus riche que 
celles que j ;i\ veues autrefois dont te pommeau estoit tout d'or et tout 
de diamans, 

Madame (la musa t- m'oblige de 8e souvenir de moy en la distribution 
de ses présens, et je vous prie de luy en tesmoigner mon ressentiment 
la première fois que vous la verrez. 

Pour Monsieur Rigault, il faudra le remercier une autre fois, el 
cependant lire avec attention sa Diatribe de Vullu Chrisli 3 . J'escris à 
son confrère, nostre incomparable M 1 ' Lhuilier, et vous trouverez ma 
lettre dans ce paquet. Mais je vous suplie de luy dire que je prétens 
bien d'estre courtisé de luy, voire de son confrère Tertullian", pour 



i 63 1 . On sait qu'il y a eu d'autres éditions 
de cet important ouvrage. Nous en avons 
sous les yeux une en trois volumes in-ia, 
d'Amsterdam (îGGi). Dans cette édition, 
la troisième partie est formée par le traité : 
De la certitude des connaissances humaines, 
qui avait paru pour la première fois en 
celte même année 1661 (i vol. in-i , 
Paris |. 

' Ampliion 

Dictus et Ampbion Tuebanœ conditor arcis 
Saxa movere sono testudinis, et prece blanda 
Ducere quo vellet. 

Horat. Arspoetica, v. 39^1-396. 

On connaît les beaux vers inspirés par 
\mpliion à Lucrèce, à Virgile, à Ovide. 

3 Denyse de Courbe, veuve de Gamusat, 
qui avait été nommé, en 1 634 , libraire 
de l'Académie. Après la mort de Camusat 
( i63g), l'Académie, résistant noblement 
au cardinal de Richelieu , qui protégeait le li- 
braire Cramoisy , garda pour libraire Denyse 



de Courbe. Voir là-dessus Y Histoire de l'Aca- 
démie française de Pellisson (t. I, p. 126- 
129) et deux lettres de Chapelain à Bois- 
robert (t. Il, p. 3 7 8-382). Chapelain fut 
un de ceux qui soutinrent le plus énergi- 
quement la cause de la veuve, et cette bonne 
action doit lui être comptée. 

3 Rigault, dans cette dissertation, alors 
manuscrite et qui fut imprimée en 1 64g au 
milieu de son commentaire de saint Cyprien 
(in-f°, p. a35-246), avait cru devoir sou- 
tenir que Jésus-Christ était dépourvu de 
toute beauté. Le P. Vavasseur, jésuite, lui 
répondit en un volume spécial (Déforma 
Christi, Paris, i64g, in-8°). M. Feuillet de 
Conches, dans le tome I de ses Causeries 
d'un curieux (p. 87-91), a donné d'abon- 
dants détails sur la question traitée par 
Rigault et par Vavasseur. 

1 Rigault, que Balzac surnomme Tertul- 
lian à cause de tous ses travaux sur ce 
docteur. 



208 LETTRES 

leur faire voir deux nouveaux volumes d'Ëpistres ad Atlicum outre les 
lettres choisies, qui paroistront les premières et le plus tost que je 
pourray. Aymons chèrement, Monsieur, ce Monsieur Lhuilier; il est 
certes très aymable, nec patriœ lux parva luœ sunctique Senalus; lequel 
est pourtant in partibus Injidelium, et qui sent un peu trop la poudre à 
canon pour un esprit doux et pacifique comme le sien. 

Quand je songe à l'ordonnance d'argent comptant commandée par 
son Eminence, et vivre vocis oraculo recommandée et sollicitée puis- 
samment par Messieurs. ses Secrétaires, je vous avoue que j admire le 
bon ménage de Monsieur Tubeuf, qui encore a voulu retrancher 
cinq cens livres sur deux mille, qui jusques icy ne sont qu en papier, 
quoy que 1 ordonnance s'appelle d'argent comptant en la langue de 
M r le Cardinal. Je suis très-affligé de la peine que cette petite affaire 
donne à M 1 Silhon, et à vous, Monsieur, dont je ne voudrais point 
prostituer les pensées à de si bas et si misérables soins. Il s'en faut 
bien que je ne sois ministre d'Estat, mais je fis hier un présent de 
douze cens livres qui n'a point esté mendié de la personne qui l'a recen. 
et que j'ay fait avec la mesme facilité desprit que j aurois donné un 
bouquet d'œillets ou de fleur d'orange 1 . Je suis, Monsieur, tout de feu 
pour vous, et de toute mon àme, vostre, etc. 

Je fis, il y a deux jours, une épigramme pour Monsieur le Cardinal 
convalescent, qui a esté trouvée aussy bonne que celle des victoires 
de M. le Duc. Vous voyez par là, Monsieur, que je paye comptant, 
et que les avant-coureurs de Cléophon ne sont pas fantosmes et 
chimères comme les parolles des financiers, puisque vous ne voulez 
pas que je die de M r Tubeuf. Je vous demende la continuation 
des bonnes grâces de nostre Marquis, que j estime bien plus que celuy 
de Brandebourg. 

1 Orange se disait autrefois pour oran- l'expression : fleurs d'orange , au lieu de 
ger; Olivier de Serres, Corneille (dans son fleurs d'oranger. 
Menteur). M°" de Sévigné. ont employé 



I)K JKAN-I.m IS GUEZ DE BALZAC 209 



lxviii. 

Du ■'» novembre 1 644 

Monsieur, Je vous remercie en toute humilité, comme il se disoil 
jadis, des bons offices que vous avez rendus à mes derniers vers. Vous 
aurez, à mon advis, la niesme boulé pour ceux qui arrivent aujourd'hui 
à Paris, et je ne doute point qu'ils ne trouvent par vostre moyen un 
Hue itur à M' le Cardinal, aussy bien que leurs frères à M' le Duc 
Puisque ce Cardinal très bon et dès grand est si mal obéi dans un 
allaite de rien, il faut qu'il y ait ou haine ou aversion pour moi dans 
l'esprit du financier. Et en ce cas là ne voudrez [vous] point un jour 
me souffrir une douzaine de lignes de belle et généreuse vengeance en 
quelque endroit escarté, soit prose, soit vers? Et pourquoy auray-je 
plus de respect pour M r Tubeuf que Catulle n'en a pour un favori de 
Jules César, nommé Monsieur Mamurra, duquel il a dit : 

(Juis hoc potest videre, qiiis potest pati 
Mamurram habere, quod coma ta Gallia 
Habebat uncti 1 ? 

J'ay rendu vostre lettre à M r Girard : mais par celle qu'il vous avoit 
escrite le bon seigneur vous avoit desguisé la vérité, car je vous 
apprens que ses escritures 2 sont bien avancées. Je luy ay desja donné 
trois audiences, et de deux heures la moindre, qui ne m'ont pas duré 
trois momens. Ou je ne me connois point en histoires, ou celle-cy ira 
loin. Elle sera estimée de l'avenir comme du présent, et ! passera à la 
postérité avec l'approbation et les éloges de nostre siècle. Vous y 

' Voici les vers de Catulle (Carmen xxix, v. i-l>) : 

Quis hoc polest videre, quis potest pati. 
Nisi impudicus, et vorax, et aleo, 
Mamurram habere, quod comata Gallia 
Habebat uncti et ultima Brilaunia ? 

[.Histoire du duc d'Espernoit, qui ne parut que plusieurs années après (1 655). 



210 LETTRES 

trouverez du bon et du beau, du fort et du délicat. Mais il ne faut 
pas préoccuper vostre jugement. Je suis asseuré que vous m'en direz 
tout ce que je vous en voulois dire, et que vous estimerez mon parrain 
le plus heureux maistre qui fut jamais, d'estre encore si bien servi, 
après sa mort, dans un monde où il n'est plus. 

Mais vous. Monsieur, estes-vous fidèle historien, et dois-je croire 
l'article obligeant que vous m'escrivez sur le sujet de nostre Marquis? 
Tant d'estime, tant d'affection, tant de tendresse pour moy? 

Armipolens si me tanto dignatur honore 
Montosides voluitque meas laudare latebras , 
Dico tibi, non me vivit felicior aller : 
Non Phœbi consanguineus. sublimior as tris, 
Persarum rex ipse Sapor 



J'aurois grande envie de voir la vintaine de vers dont vous me 
parlez; mais mon respect arreste ma curiosité, et il me suffit de sçavoir 
que je suis heureux; je ne cherche point le quomodo; à la bonne heure 
<jue je sois heureux in œnigmate , et que ma félicité soit un mistère tant 
qu'il plaira à Montosides, au brave et sage Montosides. Je vous envoyé 
une copie de mes derniers vers que vous me ferez la faveur de luy 
donner. H y a quelques changements dans les Mânes de Bourbon, parti- 
culièrement au troisième vers de la première épigramme, où vous 
verrez que j'ay troqué une pensée Platonique pour une pensée plus 
populaire. Au reste, Monsieur, si j'ay pris l'un pour l'autre dans sa 
lettre, vous avez eu peu de charité de ne pas remédier d'abord à ce 
mot, les lettres vous ayant esté envoyées ouvertes. 

Mais de quoy s'avisent ces Messieurs du pais Grec et Latin, je veux 
dire de l'Académie putéane, qui jusques à présent ne connoissoienl 
point le François et in patria peregrinabantur? Pour en parler plus 
favorablement, je les prenois pour des Gaulois et pour des Druides, 
et ils se meslent maintenant de corriger leur précepteur en langue 
vulgaire; celuy qui a donné de l'esprit à touk' la France, ut nuper 
dicebat quidam magni nominis [talus 1 . En cela, Monsieur, et en tout 
' N'est-ce point le cardinal Bentivoglio qui a parle' ainsi de lîalznc? 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 21) 

le reste , je sera] toujours de vostre opinion al ne Bçaurois pas treuvei 
mauvais que, pour justifier l'autheur, vous accusiez le copiste. 
Mille, mille très humbles remerciemens à vostre très cher M' îVI «'■- 

nage el de ses Boins pour moj et de ses mesmes présens au sme 

iiio\ . J';n changé <•( ajousté quelques vers dans le poème où je parle 
de M r de Grasse; je 1rs vous envoyé pour les lus faire tenir, s'il vous 
plaist. Je suis de toute mou ame, Monsieur, vostre, etc. 



LXIX. 

Du -j-j novembre i644. 

Monsieur, Les esloignés l'ont ce qu'ils doivent, quand ilz font des 
équivoques, et qu'ilz jugent mal des choses el des personnes qu'ilz ue 
\oyent pas bien. Ego cerle legatum illum, magnum virum putabam, cl 
magnum etiatn, ni Rotnœ dicilur, in agibilibus [ . Il y a près de trente ans 
qu'on m'en avait parlé en son pays de cette façon, nempê, comme d'un 
oracle de leur Eslat et du successeur désigné de Barnewelt 2 . Je sçavois 
d'ailleurs la familiarité intrinsèque qu'il avoit eue avecques luy; les 
éloges qui luy a voient esté donnés, en matière mesme de politique, par 
le président Jeannin et par tous nos autres ambassadeurs; l'élection 
que le grand Gustave avoit faite de luy pour son secrétaire. Tout cela, 
à vous dire le vray, me tenoit dans le respect, et je me tigurois pour 
le moins un Ossat luthérien ou un \ illeroy sçavant, soubs la figure de 
ce Batave. Je vous rends grâces, Monsieur, de la vérité que vous 
m avez fait voir à la confusion de toutes mes apparences. Vostre 
science de cour a dissipé mon ignorance municipale, et je voy bien 
qu'il faut s'arrester à la fidèle relation que j'ay receue, et au bon la- 
tin qui m'a appris autrefois que magis magnos clericos non sunt ma- 
gis magnos sapientes 3 . Le portrait que vous m'avez fait du Résident est 

' Grotius, ambassadeur de Suède en qui se rendit à la cour de France en qua- 
France. lilé d'ambassadeur, 

5 Grotius avait, en i5o8, accompagné 3 Kabelais , Gargantua, t. I , ch. xxxiï. 

à Paris le grand pensionnaire Barneveld. MM. Burgaud des Marets el Rathery, à la 

•37. 



212 LETTRES 

encore une très belle chose, et je conclus de son carosse doré et es- 
cussoné, de son point de Gennes, de ses livrées chamarrées, voire de 
ses vers sur les cheveux de la Reine, qu'il pourroit bien en estre 
amoureux, et rouler en sa teste quelque roman, digne du beau nom 
de Gerisantes. Quant il n'y auroit que ce nom-là à luy objecter, et qu'il 
a esté luy-mesme son parrain', sa politique me seroit suspecte, et diffi- 
cilement luy fierois-je la négociation de la paix, ou quelque autre 
affaire de ce mérite , de peur qu'il ne la voulust traitter par les 
maximes d'Amadis et d'un air trop haut et trop généreux pour un 
siècle si lasche et si intéressé que le nostre. Cœlerum, Illustrissime Do- 
mine, appello fidem memoriœ tuœ, et vous advertis que c'est à un autre à 
qui vous envoyastes il y a plus d'un an le poème de YEspée, escrit à 
la main. Je ne l'ay veu que depuis un mois, et de l'impression de 
Stokolme. 

M 1 ' de la Thibaudière me parla dernièrement des Danaïdes, tragédie 
de M' Gombault 2 , et m'en dit mesme quelques vers qu'il sçavoit par 
cœur. 

Le bon M' Rigault est trop obligeant, et son remerciement m'a 
touché aussy bien que vous, qui sentez ce qui me touche encore plus 
vivement (jue moy. 

Je vous demende, mais avec ardeur, les bonnes grâces de M' le 
Comte de Fiesque, et vous conjure de l'asseurer comme il faut de ma 
passion et de mes respects. Je les luy dois, et comme bon serviteur 
très obligé et comme personne assez raisonnable pour connoistre ce 
qu'il vaut. 

Pour vostre héros de Catalogne 3 , je suis bien glorieux de l'impa- 

page i55 du tome 1" de leur excellente édi- 2 Les Danaïdes ne parurent qu'en 1608 

tion des Œuvres de Rabelais, rappellent (in-12). L'abbé de Marolles. dans ses Mê- 

que Régnier nous donne, dans 'sa troisième moires, a singulièrement vanté ces trimmor- 

satire. la traduction de ce latin de cuisine: n- telles Danaïdes, où se lisent de si beaux 

N'en déplaise aux docteurs, cordeliers , jacobins , irvers. » 

Par Dieu , les plus friands derra ne sont pas les 3 L e marquis de la Trousse, comme on 

p ' le verra par les lettres suivantes. 

' Le vrai nom de Gerisantes était Duncan. 



DE JEAN-LOUIS 61 EZ DE BALZAC. 213 

tience qu'il a de lue' mon livre. Il s'y verra dès l'entrée comme voua 
sçavei, et je voua prie de I m y dire de ma part que, pour estre mou 
Romain, il ne luy manque rien que d'estre nay en un autre siècle. •!<' 
parie du siècle des grandes occasions et de la vertu libre el indépen- 
dante, ne le tenanl pas moindre artisan que Fabrice OU Scipion , si son 
estoffe esloit pareille à la leur. Mais en cel endroit matière ne vaudrait-il 
pas mieux (\\x estoffe? là faul le sça voir de Messieurs de l'une et de l'autre 
académie 1 ; n'y ayant rien si aisé, au lieu où je suis, que de prendre un 
mol pour un antre, el de faire des incongruités et des barbarismes: 

Dicerc saepe aliquid conor, sed lurpe fateriest, 

Verba niihi desunt, (ledi(lici(juelo(jui. 
Et voces proprias non quœro aut nomma certa, 

Nullus ailest a quo iloctior esse queam. 
Al veniam sperabo a te, vestigia ruris 

Inque ineis chartis si peregrina legis. 
/Equus eris scripto cujus, Capelane, fuisse 

Scis febi'iin, tempos, barbarieinque locum. 

Ovide etmoy avons fait cet épigramme, et ne vous semble-t-il pas 
que, pour avoir sujet de le faire, j'ay fait tout exprès l'impropriété dont 
il est question ? 

Le petit se remue donc de toute sa force et il ne tiendra pas à luy 
que ce Ligoure ne soit bon payeur. Mais sçavez-vous bien , Monsieur, que 
ce Ligoure est de ce pays et qu'il avoit espousé une sœur de feu M r Fa- 
vereau, nostre cher amy 2 ? Hoc ego Mi nomine, etc. Les publiquains 



L'Académie française et l'Académie 
puléane. 

2 On trouve dans le Recueil de 1 665 une 
lettre de Balzac, non dale'e, à M. Favereau, 
<r conseiller du roy en la cour des Aydes» 
(p. 3 A 3 ) , et une autre lettre du 20 juillet 
1 638 (p. 363). Voir sur Favereau le Pati- 
niana (édition de 1701, p. 77), qui le fait 
mourir en i638, et qui lui attribue une 
satire très-violente contre le cardinal de 
Richelieu (i636).CeM. Favereau, dit l'au- 



teur du Paliniana (p. 78), frétait un bon et 
rtsçavant poêle et fort honnête homme, qui 
rr haïssait horriblement le cardinal. « On ne 
croit guère aujourd'hui que Favereau ait 
composé la MilUade (voir une note de 
M.EdouardFournierà la page 5 du tome IX 
des Variétés historiques et littéraires, 1859). 
L'abbé de Marolles a dit quelques mots de 
Jacques Favereau (p. 275 du t. III de ses 
Mémoires). 



■2Ut LETTRES 

ne connoissent ny parenté, ny alliance, ny droit de nature, ny droit 
des gens. Quoy qu'il en arrive, je vous demeure tousjours infiniment 
obligé , et suis aussy plus que personne du monde, Monsieur. vostre,etc. 

Je suis en peine du cher Président, qui devoit estre à Paris à la 
S 1 Martin. A ous luy donnerez, si! vous plaist, ou luy ferez tenir le 
paquet que vous trouverez cv enclos. 



LXX. 

Du 5 décembre i664. 

Monsieur, Je recevray tousjours vos advis avec respect, et. bien 
que je n'aspire point à la gloire du bon courtisan, bien que je sois im- 
pénitent dans tous les peschés que je fais contre tous les principes de 
la Cour, je ne laisse pas de trouver très bonnes les remonstrances que 
vous me faites sur ce chapitre. Je vous reconnois, et par conséquent je 
vous ayme et vous honnore, soubz quelque figure que vous ap- 
paroissiez à moy. Je tiens l'amertume et les médecines qui me sont 
présentées de vostre rnain en mesme degré de faveur et d'obligation 
que les douceurs et les parfums dont me fait présent Madame la Mar- 
quise de Rambouillet. Mais à ce que je voy, Monsieur, vous ne vous 
lassez point de me faire donner des parfums; et je vous avoue que 
ceux qui viennent de Tiliers ne sont pas moins bons en leur genre, nv 
u envoyent de moins douces fumées au cerveau que ceux qu'on pré- 
pare en Italie. 

Je suis certes trop obligé aux bontés de Monsieur le Comte de 
Fiesque, mais ce n'est pas d'aujourd'huy que je sçay qu'il est bon et 
qu'il est généreux pour moy. Il m'en a rendu des preuves il y a long- 
temps. 11 a maintenant mes drois et mes avantages au lieu où l'on 
donne les rangs et les préséances. Ante ora patrum. magnœque in mani- 
bus urbis\ En un [mot], il m'a fait triompher jusques dans Rome, où 

Queis nnti ma patrum . Ti'ojie sub mœnibus altis. 

(Vibg. Mneid. lib. I, v. 99.) 



DE JEAN l.onis GDEZ DE BALZAC 246 

encore, ni mesme temps, il lit berner solennelement Le livre du 
naoyne, mon ennemy '. Voua ignoriez peut estre cela , c'est-à-dire \ <>u- 
ne sçaviez pas un <l**s beaux endrois de mon histoire. Je le vous ap- 
prens, affin que vous preniez \os mesures la dessus dans le remercie- 
ment que je vous demande pour ce brave comte, rujus aiiiii/intHi m< 
cUentem, etcui omnia medobere samie el ex anime projileor. 

Mais ne vous ay-je rien dit pour le faiseur de choses prodigieuses ? 
Si ma mémoire ne me trompe, il y en a un article dans ma dernière 
despesche, et je vous conjure de rechef, Monsieur, de me rendre office 
auprès de luy. Je vous conjure de bien asseurer vostre thaumatnrgue 
qu'il n'a point un plus dévot ny plus zélé serviteur que moy. Je sçaj 
bon fji-ô à mes muses de me fournir de quoy plaire aux vostres ; mais 
il faut que je vous dise de plus que je serois un ingrat, si je ifavouois 
que c'est vous seul qui m'avez fait poêle, ayant esté mon premier ins- 
pirateur, et celuy qui m'a soufflé dans lame l'entousiasme , si je laisse 
les autres derrière moy : 

Ausus ego Ausonia? divina lacessere cantu 
Ingénia .... 

Hoc totuin muneris esse lui 

Proliteor, Capelane. 

Je n'ay point retouché les vers Mazarins, parce que je les ay trouvés 
achevés (à ma façon) et dans l'enfantement et après, à la mienne 
volonté (sic loqui amabat Cappalellus)' 2 . Que le Dieu entende la 
langue du prestre, et que nostre petit sacrifice attire sur moy quel- 
que petite bénédiction du ciel! Je n'ay garde de vous recommander 
mes affaires. Je suis honteux, confus, et. quid non? de la peine qu'elles 
vous donnent et de la bassesse, si esloignée de vostre magnanimité 

1 Est-ce le livre du Père Goulu? dicateur. Il a rappelé (lettre du -jio août 

2 Le copiste a écrit Cappetellns. Je sup- i63o, p. 387) qu'il avait fait «son cours 
pose que Balzac a ici latinisé le nom de rren langue française sous niessire Nicolas 
(joëffeteau (Cappa, Coiffe). Balzac avait rrCoëfleteau.» Balzac écrivit à son ancien 
beaucoup connu, dans sa jeunesse ce pré- professeur le i5 août 1628 (p. ai 5). 



216 LETTRES 

et de vostre philosophie, dans laquelle elles vous font quelquefois des- 
cendre : 

Parce bone ac tanlam noli demittere mentem 
In ccenum, sordesque meas. 

Je ne seray point satisfait que je n'aye donné à nostre très cher 
Monsieur Ménage des marques choisies, esclatantes, immortelles, etc., 
de ma passion, de mon estime, de ma reconnoissance, etc. Je suis sans 
réserve, Monsieur, vostre, etc. 

La profusion pour laquelle vous me voulez donner un tuteur ' est 
véritablement une dette que j'ay payée pour un autre, et cet autre 
s'appelle Campagnol. 

Je vous envoyé une nouvelle copie de mon poëme pour M r de 
Grasse, et vous suplie de la luy faire tenir par la voye de M r Conrart. 

Le poème est, à mon advis, où il en doit demeurer. 



LXXI. 

Du 13 décembre i644. 

Monsieur, J'ay tout l'hiver et toute l'^Eolie dans la teste. J'ay pour- 
tant desjà appris les beaux vers que vous m'avez fait la faveur de m'en- 
voyer, et je puis dire par conséquent que la muse de nostre Marquis 
a fait le mesme voyage que la Junon de Virgile, et qu'elle est venue 
aussy bien qu'elle: 

Nimborum in patriam, loca fœta furentibus Austris 2 , 
Nempe meurn , Capelane . caput . . . 

Sans ces beaux vers vous n'auriez point de lettres aujourd'huy de 
moy. Le mal présent et pressant (agnosce gallicam lipseitatem 3 ) seroit 
une trop juste excuse de mon silence et me dispenseroit d'escrire pour 

' Allusion aux 1.200 livres données par ' Virg. Mneid. lib. I, v. 55. 

Balzac, dont il a été question dans une pré- ' Allusion h l'habitude qu'avait Juste 

cédente lettre. Lipse de jouer sur les mots. 



DE JEAN-LOUIS GDEZ DE BALZAC. '217 

loui autresujel que celu\ cy. Mais il faul avouer que lajoye esl mais- 
tresse de la douleur. Il n'y a poinl de Lempeste, d'inondation, voire de 
déluge de cerveau, qui puisse retarder les bons mouvemens du cœur, 

qui ne face place à la gratitude d'Amynte 1 , co i !<• feu à la piété 

d'Enée; qui m'empesche, Monsieur, de vous dire que ce n'est pas nue 
épigramme <le vingl el deux vers, mais un collier de vingl et deux 
perles plus grosses que des olyves, que je pense avoir receu par le 
dernier ordinaire. Je vous en diray davantage une autre l'ois pour le 
magnanime Montosides, et cependant, pour me conserver le rang qu'il 
me donne au pays latin, je luy envoyé le plus achevé de nies poèmes. 
le plus cher des enfants de mon esprit, celuy pour lequel j'abandon- 
neiois tous les autres. Vous avez veu l'ébauchement de ce poème, 
mais parce qu'à vostre advis c'est une marchandise de contrebande, 
vous pouvez la recevoir et la rendre les yeux fermés, et je n'ay garde 
de vouloir choquer tant soit peu la délicatesse de vostre prudence. 

J'cnvoyeray à M 1 Girard l'extrait de l'article qui le regarde. Je luy 
a\ donné le mesme conseil que vous , quoyque je ne me sois pas si 
bien expliqué que vous, et je bay mortellement, aussy bien que vous, 
toutes les histoires panégiriques. Le poète Maistre des Requestes est 
trop grand poète pour rendre office à un autre poète. Un abbé co- 
mique 2 , à défaut du médecin Bourdelol 3 , eust esté plus propre pour 
cela. Au reste j'ay receu une lettre d'un semblable abbé, que je vous 
envoyé affin d'en considérer l'apostille. La fluxion m'arreste tout court 
en ce lieu cy et je demeure, Monsieur, vostre , etc. 

' Amyntas est le nom pris par Balzac comte de Noailles, pendant l'ambassade à 

dans ses poésies latines, p. 1. i5. 16, 3a. Rome de ce dernier, puis médecin du prince 

34. 35, 37, etc. de Condé et du duc d'Engbien, enfin nié- 

1 Boisrobert. decin delà reine de Suède, mort le 9 février 

3 Le copiste a écrit Bowdelon. Il s'agit i685. Voir une lettre de Balzac à M. Bour- 

ici de Bourdelot (Pierre-Michon), neveu delot, premier médecin de la reine de 

d'Edme Bourdelot. médecin de Louis XIII. Suède, écrite d'Angoulême, le 10 septembre 

oncle de Pierre-Bonnet Bourdelot. médecin i653 (p. 1029). 
de Louis XIV, et lui-même médecin du 



28 



218 LETTRES 



LXXfl. 

Du i5 décembre 16 h k. 

Monsieur, Revoyant hier l'épigramme que jay laite pour Son Emi- 
nence, une subite inspiration me saisit, comme vous verrez par les 
nouvelles copies que je vous envoyé. J'y ay changé deux distiques, el 
en ay adjousté un, qui fait ce me semble un bel effet : car ne vaut-il 
pas bien mieux que ce soit le monde malade, qui prie luy-mesme 
M' le Cardinal de se vouloir bien porter pour l'amour de luy ? Mais 
qui connoistra ce bel effet, si ce n'est vous et nostre Marquis? Kl de 
vos Messieurs de la Cour, qui sçavent tout sans apprendre rien , n'y 
en aura-t-il pas plus de quatre qui ne connoistront point Mecenas 
sous le nom (YElliruscus Eques, quoyque ce nom soit connu par les 
cuistres de Parnasse, et que l'histoire d'Auguste soit toute pleine de la 
politique et des bons conseils de ce chevalier? Ma fluxion n'est point 
arrestée et j'en soufl're mesme beaucoup en dictant ces mauvaises lignes. 
Je ne sçau rois pourtant les finir, sans vous parler de mes amours, je 
veux dire de la très chère , comme très excellente épigramme qui m a 
béatifié, et a mis ma colline au dessus de Suirentimim collent 1 1 Mille 
très humbles remerciemens, s'il vous plaist, au sage et magnanime 
poète nostre amy. C'est, Monsieur, vostre, etc. 



LXXIII. 

Du 1 y décembre 16V1. 

Monsieur, En despit de ma fluxion et de son opiniastreté je vous 
diray que, dans toutes les causes que vous connoissez, vous estes un 

1 C'est ainsi que je propose de lire un par les poètes (surtout par Ovide) et par 

mot que le copiste a écrit Pollii, forme Hes prosateurs (surtout par Pline l'Ancien) 

inacceptable, puisqu'on ne saurait l'expli- pour que j'aie besoin de justifier ma correc- 

quer. Les collines de Sorrente (Surrentini tion. 



colles) ont été trop célébrées dans l'antiquité 



DE JEAN MM is Gl BZ DE B ILZAI 119 

juge très rigoureux, mais auss\ que rostre rigueur est très intelligente 

cl très juste. Je n'appelle donc point de ferres! crue vous avei donné 
contre le Batave '. Je ne leus jamais rien de mieux sensé ny de plus 

judicieux; et . si vous aviez l'ail (le celle manière les éloges ili's illustres 

de ce temps, ce seroil un livre tout d'or, el que je préférerois aux 
Charactèru de Theophraste. 

Je vous envoyé la lettre de M' de Grasse, el vous demende pour 
lin mi compliment aussy passionné que celu) qu'il vous demende poui 
Madame de Longue ville, encore qu'il ne soit pas si beau qu'elle est 
belle 9 . Vous m'aurez bien fait la faveur de luy faire tenir mon poème 
de la dernière revision, sans prendre la peine de lui escrire pour 
cela, car autrement j'aymerois mieux que le poème fut demeuré ic] 
ou à Paris. 

Nec vesanduB amor loties et sedula nostri 

Cura Capellani. 

Vous avez obligation de ce second / à M* Ménage, qui vous en a 
fait présent dans sa dernière élégie, et ainsy Messieurs les poètes se 
jouent de nous et de nos noms à leur fantaisie. 

Puisque vous appeliez épigramme ce que je vous ay escril sur le 
mot douteux 3 , il faut vous faire dire vray et vous envoyer une véritable 
épigramme, voire une double épigramme , comme vous verrez par le 
septiesme distique, sans lequel les six premiers achèvent le poème. 

Si modo tanta licet parvis dare Domina rébus 4 . 

Mais, Monsieur, que l'Académie Putéane ne se glorifie point, s il 
vous plaist, de mon épigramme. Je vous l'adresse à vous seul, et pré- 

1 Grotius. ragé, dit-on, par cet échec, le nain de Julii 

' L'enthousiasme de M. V. Cousin n'a ne tarda pas à prendre le petit collet, 
rien laissé à dire sur la beauté de Madame a De verbo parum proprio , quod illi seri- 

de Longueville. Je rappellerai . à propos de benti ercideral ai Joun. Capelanum, p. 3y 

la malice de Balzac contre Godeau, que le de la seconde partie du tome 11. 
futur évêque de Vence, ayant recherché une ' Allusion au vers de Virgile: 

jeune Glle en mariage, fut refusé par elle Si pana licet cooiponere magui». 

tant il était laid et rabougri, et que. décou- [Georg. lib. IV. v. 176 . ) 



220 LETTRES 

lens estre le pédagogue de tous les autres, quelques Parisiens du 
Marais ou du faubourg S' Germain qu'ils puissent estre, el de hishac- 
tenus. 

En conscience, Monsieur, l'ordonnance de cinq cens escus vaut-elle 
la peine qu'elle vous donne et tant d'ordres réitérés par SonEminence, 
pour ne pas les nommer commendemens, ne sont-ce point des actions 
de théâtre, et une simple représentation de sa bonne volonté? Je me 
contente là-dessus de vostre pensée, sans qu'il soit besoin que vous 
preniez la peine de me faire de nouvelles remonstrances, ny une nou- 
velle carte de la Cour, à laquelle je suis résolu de renoncer comme au 
diable et à ses pompes. Je reviens à mon Scipion et à mon Fabrice, 
et ne veux plus louer que les Romains du temps passé, puisque ceux 
de cettui-cy se moquent de moy et de mes louanges. Le rheume me 
tient à la gorge, et j'ay pris et quitté la plume cinquante fois pour 
venir à 

C'est, Monsieur, vostre, etc. 

H y a quatre vers de l'épigramme qui sont tirés presque mot à mot 
d'une élégie des Tristes d'Ovide; c'est pourquoy, et cœt. Ma response 
aux civilités et aux louanges de M r Rigault sera de vieille datte et du 
mois passé, bien qu'elle n'ayt pas esté encore envoyée, parce qu'elle 
n'a pas pu estre mise au net , cegrotante Ma jamilia. Nostre très cher 
l'aura par le premier ordinaire. 



LXXIV. 

Du a5 décembre id\h. 

Monsieur, La place n'est plus tenable, el affin que vous sçachiez les 
dernières attaques que j'ay souffertes, je vous diray que le suivant 
d'un petit seigneur m'a escrit une très grande lettre, et veut absolu- 
ment que je luy responde, et qu'un lieutenant d'une compagnie de 
gens de pié, prisonnier je ne sçay où, me demende une aussy élo- 



DE IEAN-L0U18 GUEZ DE BALZAC 221 

q uen te consolation que s'il estoit Cardinal de la Valette 1 . Voyla a 
quels termes je suis réduit, et en vérité j'aymerois beaucoup mieux 
donnerai] Buivanl un manteau d'escarlate toul neuf el payer la moitié 
de la rançon du prisonnier, que de faire ce que l'un H l'autre désirent 
de moy. Cette persécution qui ne finit point, et qui vient de tous 
cosiés 1 me chasse à la fin de mon village; et je viens présentement de 
me laisser persuader aux prières d'une personne qui m'est très chère, 
qui, compatissant à nies peines il \ a longtemps, ne cesse de me 
conjurer depuis ce temps-là d'aller passer quelques mois de repos en 
sa niayson. Sa mayson autem ne se trouve point dans la carte, est 
esloignée des grands chemins, personne n'en sçayt le nom que ma 
sœur, et, quand j'y seray, j'espère d'y estreaussy enchanté que si j'estois 
dans un des palais que Messer Ludovico Ariosto [nous décrit]. Ce qui 
m'est dur et sensible à la veille de mon départ et dans l'imagination 
de mon absence, c'est que je ne pourray pas recevoir de vos nouvelles. 
ny vous faire sçavoir des miennes si souvent que je voudrais, et qu'il 
faudra que cette ordinaire consolation, que cette manne de tous les 
liuict jours 3 manque à la tranquillité dont je vais jouir. Mais y a-t-il 
condition de vie qui n'ayl ses defaulx et ses incommodités avec ses 
avantages? Je ne [me] souleray pas de mon bonheur, mais je le 
gousteray, mais je le mesnageray avec art, et mon ceconomie me don- 
nera de quoy subsister en attendant que l'abondance revienne. Qu'elle 
est belle vostre abondance, Monsieur, et qu'il y a plaisir de vous escou- 
ter sur les sujets qui vous plaisent, et dans les articles que vous esten- 
dez un peu plus qu'à l'ordinaire ! J'ay tousjours infiniment estimé Mon- 

' Lu Consolation à Monseigneur le cardinal léances de son correspondant dans une lettre 

de La, Vallelle , général des armées du Roy en à Godeau, du h mai 1 633, où se trouve 

Italie,, forme le Discours troisiesme dans tes (p. 2Ô3) un grand éloge de la conversation 

Œuvres diverses. de leur ami commun, «de laquelle je ne 

2 Balzac se plaint amèrement de cette « reçois qu'un petit rayon en quinze jours 

même persécution dans la 21 e de ses Dis- «par la voye de l'ordinaire. Ce n'est que 

serlations (p. 3y5 du tome II). «tester d'une chose dont vous faistes des 

Autrefois Chapelain n'écrivait pas aussi «festins. » 
souvent à Balzac, si l'on en croit les do- 



222 LETTRES 

sieur de la Trousse ', niais vostre lettre vient de m'en rendre amoureux, 
et mon estime n'est plus que feu et que flamme. C'est donc luy que 
nos preux et nos paladins ont figuré : 

Me decus nostrum, bello qui miscet amores, 
Qui vultus radios et dextra fulmina jungens 
Victor ubique animis tint jura voleutibus, et me, 
Dum mihi tanta refers . castis sic ignibus urit 
Ut caros mihi Romulidas , jam gloria magni 
TroBsiadi caros faciat minus. 

Au reste, Monsieur, cessons d'admirer Jonin le Jésuite 2 , et son 
compagnon le Polonnois 3 . L'ode que vous m'avez envoyée de Monsieur 
Ferramus doit estre l'objet présent de nostre transport, et pour mo\ 
je vous avoue que je n'ouis jamais de meilleure musique que celle-là. 
Non ille ipse numerosus Horatius numéros habet suaviores, et nui majori 
atm voluptale pectora erudila descendant. Je suis passionné et intéressé en 
cecy, je le vous confesse, mais c'est principalement de la passion des 



' Pellisson (Histoire de l'Académie, t. I, 
p. 126) nous apprend que Chapelain, rrau 
rt sortir des classes, entra chez le marquis 
n-de la Trousse, grand prévôt de France, 
^•qui lui confia d'abord l'éducation de ses 
n-enfants, et ensuite l'administration de ses 
«•affaires,» et qu'il rry demeura dix-sept ans 
rentiers.* Les enfants de Sébastien le 
Hardy, sieur de la Trousse, furent François 
le Hardy, sieur de la Trousse, qui épousa 
Henriette de Coulanges , tante de Madame 
de Sévigné; François le Hardy, seigneur de 
Fay, maréchal de camp et gouverneur de 
Roses. Il y avait aussi une fille, qui devint 
Madame de Flamarens. Voir, dans une note 
de M. Livet sur le passage de Pellisson 
1 ibid. ) , un extrait d'une lettre de Chapelain 
à Balzac, du 17 juillet i638, au sujet de 
la mort de l'aîné de ses élèves. Sur le grand 
prévôt et sur ses enfants, il faut consulter 



le Tallemant des Réaux de M. P. Paris 
(t III, IV et Vil). 

s Jonin (Gilbert), itjésuite célèbre par 
trses poésies,» dit le Moréri de 1759. Le 
Père Jonin naquit en Auvergne (1596) et 
mourut à Tournon (Yivarais). le 9 mars 
i638. Voir, sur lui, outre les ouvrages spé- 
ciaux sur les écrivains de la Compagnie de 
Jésus, et notamment le Recueil des Pères 
de Backer, Adrien Raillet (tome V) et Titon 
du Tillet. 

3 Malhias-Casimir Sarbiewski. né en 
i5g5 , mort le a avril 1690, à Varsovie. 
Coupé a traduit en français quelques-unes 
des poésies latines de Sarbievius dans le 
tome XIV des Soirées littéraires. On cite de 
G. Langbein : Commentalio de M. C. Sar- 
bierii cita (Dresde. 17.53. in-8". 175/1. 
ia-lt°). 



DE JEAN LOUIS GUEZ DE BALZAC. 234 

belles choses h de l'interest « I < * la vérité; et, quand je n'aurois point 
trouvé pour moy les trois incomparables couplets, je ne laisserais pas 
d'eatre ravi des beautésde tout le reste. En attendant que je puisse 

[Ministre reconnaissant, laites en socle, Moiisienc, <pie je ne paroisse 

pas ingrat, et pardonnez à la précipitation d'un homme qui vous escrit 
le jonc de Noël. Il esi plus que ions les autres hommes, Monsieur, 

vosice, etc. 

Si vous me faites l'honneur de respondre à cette lettre, vous pour- 
ce/, encore envoyée vos despesches au sieur Hocolet. Mais une autre 
fois il faudra les adresser tout droit à Madame de Campagnole à Saint- 
Gybardeau '; et, quand je vous escriray, je me serviray aussy d'une 
autre, adresse que celle du diligent Hocolet. Mon rheume m'incom- 
mode tousjours, quoyqu'il ne soit plus dans sa violence. 



LXXV. 

Monsieur, je pars aujourd'huy pour le voyage dont je vous justiliay 
la nécessité par ma dernière despesche. Je ne vous parlay point de l'al- 
tération de ma santé, nouvellement esbranlée, que le changement 
d'air pourra peut estre racommoder. Je ne vous parlay pas non plus 
de quelques douleurs ou blessures domestiques, parce qu'en la langue 
des anciens jurisconsultes [ce] sont causes de pudeur, et qu'il n'y a point 
moyen de s'en expliquer qu'à l'oreille et en secret. Tant y a, Mon- 
sieur, que mon absence de mon village est fondée en plus d'une 
rayson, et il falloit le quitter nécessairement pour quelque temps. 
Mais, quoyque je veuille que le monde croye que j'en suis esloigné de 
cinquante lieues, toutes les fois que vous me ferez l'honneur de m'es- 
crire, ma sœur me peut faire tenir vos lettres en un jour, par un 
homme exprès, que je luy puis renvoyer le lendemain avec mes res- 
ponses. Je luy laisse cette charge en partant d'icy, avec ordre de man- 
der à Rocolet de ne m'escrire plus, c'est-à-dire d'attendre à m'escrire 

' Saint-Cybardeaux est aujourd'hui une dans le canton de Rouillac. à 20 kilo- 
commune du département de la Charente, mètres environ d'Angoulème. 



22Zi LETTRES 

que je sois do retour de mon voyage, et ainsy celte avenue sera pour 
le moins fermée aux complimens de Paris et de la Loyre; m'estani 
fortifié par d'autres moyens contre la persécution et les attaques d«'s 
provinces d'Adiousias '. 

Vous envoyant la lettre de M' de Boisrobert, je n'a) point songé 
aux offres qu'il me faisoit dans ladite lettre, ny eu intention de chan- 
ger le petit amy pour le grand, ou le pauvre pour le riche. Je voulois 
sedemenl estre esclairé par vous de la vérité d'un mot de l'apostille 
et sçavoir sur quel fondement la mauvaise conscience estoit reprochée à 
une personne en qui j'ay lousjours trouvé beaucoup de fidélité, sans 
parler de son industrie et de ses soins. Vous me confirmez, Monsieur, 
en mon ancienne opinion. Je vois bien que d'ordinaire les passions 
jugent mal, et que c'est un miracle quand nous sommes équitables à 
ceux à qui nous ne sommes pas affectionnés. Je ne vous diray rien 
pour Monsieur noslre Marquis, parce que j'aurois trop de choses à vous 
dire : d'ailleurs sa générosité est si pure et si désintéressée, que je 
sçay qu'elle n'attend autre prix des actions bienfaisantes que la satis- 
faction d'avoir bien fait. Quand il luy plaira, j'enfleray mon thrésor 
de ces autres précieuses marques de son souvenir, dont il m'a voulu 
obliger estant en prison, et vous diray à vous seul, sans avoir dessein 
de luy faire valoir ma passion, que je suis résolu de choisir quelque 
lieu bien remarquable, pour y placer le ressentiment qui me demeure 
de ses faveurs, ce qui s'appelle au pays latin, m bono lumine collocare. 

Au reste, mon cher Monsieur, vous m'avez régalé de la plus jolie 
chose du monde, je dirois de la plus belle, si j'osois contredire Messer 
Arislotile, qui ne veut pas qu'on donne de la beauté à ce qui est de 
petite taille. Sans plus de préface, l'épilaphe de vostre belle est ex- 
trêmement à mon gré, et, en pareilles matières, les choses historiques 

1 Balzac avait dit dans une lettre de la «duise, y Tallemant des Réaux (t. I, p. 278) 

lin de l'année iG38 (p. 46a) : «■ It est cer- nous apprend que ce fut Malherbe qui le 

"tain que la raison est de tous les pays, et premier appela ceux de delà la rivière de 

«par conséquent aussy bien de celuy iVA- Loire, habitants "du pays 'd'A-Diou-Sias. n 
ttdiousias, que de celuy de Dieu voux con- 



DE JEAN-LOUIS 61 EZ DE BALZAC 225 

me plaisenl bien fort quand eflea sont exprimées avec grâce el orne 
ment. Mais seroit-ii possible, Monsieur, que vos muses eussent luit un 
tram pour vostre très-humble serviteur, <•! qu'une fois en ma vie je 
fusse célébré par le poète des Héros el des Héroïnes? Si cela est, que 
ma douleur eal heureuse] el il \ a bien plus de gloire à estre vostre 
malade à deux couplets une fois payés, que d'estre celuy de la Reyne 
à cinq cens escus de pension 1 . Je meurs d'impatience de voir cette 
gloire mienne (comme parlent nos voysins), et cel acte d'humilité de 
vus muses. Et cependant je vous prépare une silve qui ne parle point 
de Porpliirion, et que je n'estime pas pourtant moins que l'Apologie 
d'Amynte*. Je l'ay faite pour un de mes chers amys, desespéré d'avoir 
perdu sa maistressc que la dévotion lui a ravie, et qui s'est allé jetter 
dans les Carmélites de Bordeaux, quoyque son amant et toute nostre 
province criast après elle : Quis hic furor est? Ergo te vivant sepelias el 
antequamfata poscani, indemnalum spiritum effundas. 

\ nus ne me dites rien de M r Costar, et M r Costar me parle de vous, 
dans une lettre qu'il m'escrit, avec tant d'amour et tant de respect, 
que, si vous estiez sa maistresse et son maistre tout ensemble, il ne 
vous pourroit pas traitter d'une aulre façon. Y auroit-il pour luy quel- 
que dureté dans vostre cœur, et seriez-vous de ceux qui ont un peu 
trop bonne mémoire 3 ? 

Non ita sit, neque te quicquani Natura créa vit 
Mitius. aut pectus finxit meliore métallo. 

Je suis bien en peine de nostre cher Président, et n'ay point de 



1 Allusion à Scarron qui avait demandé 
à la reine Anne d'Autriche la permission 
d'être son malade en titre d'office, et qui 
obtint d'elle, à cette occasion, une gratifi- 
cation de cinq cents écus , convertie ensuite 
en pension. M. Guizot ( Corneille et son temps, 
p. 433) dit : trLes différents biographes de 
-Scarron supposent que cette pension fut 
I- accordée en 1 643. On est porté à croire 
r qu'elle ne le fut qu'en 1 645 . n On voit par 



la lettre de Balzac que l'auteur du Typhon 
jouissait déjà de cette pension en i 644. iNo 
tons que Balzac composa des vers latins sur 
une maladie de Scarron : De morbo Scarro- 
nis ad erttditissimum Costardum (p. 18 de 
la seconde partie du tome II). 

' Amyntœ Apologia scripta anno i6â3 , 
pi 1 5 de la seconde partie du tome II. 

: Ce passage des Historiettes (t. V, p. 1 5 1 ) 
explique bien la phrase de Balzac: "En ce 

->9 



226 



LETTKES 



nouvelles de trois ou quatre paquets que vous avez fait rendre à l'éter- 
nel biberon ' son correspondant. Dans peu de jours je vous renvove- 
ray les originaux des lettres que vous appelez précieuses et qui ne le 
sont que par le prix que vous leur donnez. M r de Campagnol vous les 
mettra entre les mains, et m'a promis qu'elles ne se perdront point, 
s'il ne se perd avec elles. Il faudra, s'il vous plaist, après cela, que 
vous m'envoyez les autres avec la Harangue délia Casa, ex recensioite 
Capelani, nempe, s'il y a quelque lieu corrompu, vous prendrez la peine 
de le restituer et de me le rendre en estât d'estre imprimé sans en 
faire une nouvelle copie. 

Vous trouverez dans ce paquet une lettre pour M r de Boisrobert. et 
vous me feriez plaisir de luy donner une copie de mes derniers vers. 
Je suis de toute mon ame. Monsieur, vostre, etc. 

A Angoulesme, le 1" janvier i6?i5. 



LXXVI. 

Du a5 janvier i64â. 

Monsieur, Je respons à vos deux dernières lettres que je viens de 
recevoir, et commence par l'incomparable sonnet; ce sonnet qui fait 
tant d'honneur et donne tant de réputation à ma cholique, ce sonnet 
qui adoucit toutes mes douleurs et enoblit tous nies maux, qui mat- 
tache sur le Caucase avec des chaisnes de perles et des clous de dia- 
mant, en un mot, qui m'eslève dans le ciel et m'y asseure ma place. 



t temps-là, les odes de M. Godeau et de 
•'M. Chapelain à la louange du cardinal de 
■t Richelieu parurent, et ensuite M. Chapelain 
"eut pension de M. de Longueville. Costar. 
" par une estrange démangeaison d'escrire. 
•et pensant se faire connoistre, en lit une 
"censure qui le fit connoistre en effect. mais 
- non pas pour tel qu'il se croyoit estre ; il 
"n'y avoitque de la chicanerie , et, ce qui ne 
rrse pouvoit excuser, sans avoir jamais veu 



«M. Chapelain, et sans avoir rien ouy dire 
"qu'à son avantage, il s'eserioit en un en- 
adroit : Jugez, après cela , si M. de Longue- 
t ville n'a pas hien de l'argent de reste, de 
"donner deux mille livres de pension à un 
"homme comme cela?» (Voir aussi p. 1 5a . 
1 53 du même tome, et p. aa5 du tome l 
des Œuvres complètes de Balzac. ) 

1 Comme je l'ai déjà fait remarquer. 
c'est M, de Flotte que Balzac désigne ainsi. 



DE JEAN-I.oilis GUEZ Ut; BALZAC. . i±l 

faisant semblant de m'arruscr qu'autresfois j'v suis entré par surprise! 
Jamais fable ne fut mise en œuvre avec tant d'arl ai plus d'orne- 
ment; ikiii pas mesme celle des (Jeans dans le dernier poème du père 
Malherbe 1 . Et, bien que ce soit fable sur Sable, H que le second Pro- 
métée ne soil pas plus coupable que le premier, néanmoins il y a tant 
de beauté en cette double liction, qu'il semble que Tune n'ait esté lait 
que pour l'autre , et il faut avouer 'que, depuis Orphée iusques à vous, 
les nuises n'ont point menti de meilleure grâce. Seulement un petit 
mol de vérité vous est eschappé en despil de vous; et, quoyque I en- 
tente soit au diseur, je vous puis bien asseurer que personne ne lira 
cette présentation de l'encens des dieux aux indignes mortels, sans songer 
d'abord à Porphirion 2 , quelques sermens et quelques protestations 
que vous puissiez faire la-dessus. Vous ne pouvez plus vous en desdire, 
mon lion Monsieur : 

Non vox missa sacro revocatur Apollinis ore. 

jEternum est quodeunque canit : Tuus ergo. meusque 

Itle oliin . cui tôt posait Balzacius aras. 

Cui mundi , Jove posthabito , transcripsit habenas . 

Indignns mortalis erit. Culpam ipse fatebor. 

Erroresqae meos; nec solus grandia tingit, 

Spesque ratas Bacchus jubet esse, et somnia vera , 

Res quoque amor fallax; rnultumque imponit Amyntae. 

Multa niihi narrât miracula : credulus iltis, 

Delusus rerum specie, simuiachra sequutus. 

Atque f'avens caris aflectibus, esse putavi 

Quem volui, et pulchros feci mihi semper amores. 

Soit que je die vray de vostre héros, soit que je blasphème contre 
sa mémoire, n'admirez- vous point aussy bien que moy cette belle ex- 

1 Balzac veut parler de la pièce : Pour le Voir les quatre admirables strophes qui re- 

roi, allant châtier la rébellion des Rochelois, gardent les Géants, à la page 23o du tome H 

et chasser les Anglois qui en leur faveur étoienl des Œuvres complètes de Malherbe, publiées 

descendus à l'île de Ré. C'est une des plus par M. Lud. Lalanne ( Grands écrivains de la 

belles odes de Malherbe, qui avait près de France). 

soixante-treize ans quand il la composa. ' C'est-à-dire à Chapelain lui-même. 

ag. 



228 LETTRES 

tcmporanéité '? Raillerie à part, et je vous le dis dans toute la sério- 
sité 2 de la prose, le sonnet est infiniment beau, et je vous suis infini- 
ment obligé. Mais, pour retomber dans la raillerie (je parle en cet 
endroit de la vostre) tout ce que vous m'escrivez de Quadrigarius 3 . de 
Girostome * et des autres doctes fous est certes de la meilleure et de 
la plus délicate. Et vous m'avez fait rire encore de bon cœur des 
bonnes nouvelles de S 1 Géré 5 , qui ne m'eussent donné qu'un peu de 
repos d'esprit, ou, pour le plus, de joye languissante, sans vostre assai- 
sonnement, et si vous ne les eussiez tirées, pour me les envoyer, ou 
de la gueule, ou du gaufre, ou de l'abisme des sausses et des ra- 
gousts. 

Jusques icy la matière n'est pas fasclieuse, et vous voyez aussy que 
je ne suis pas de mauvaise humeur. Mais pourquoy m'affligez-vous, 
Monsieur, par vostre dernière lettre? Et pourquoy voudroit-on que, 
n'estant point personne publique, n'ayant ny office, ny bénéfice, ny 
mayson, ny femme, ny enfans, je n'eusse pas la liberté de changer 
d'air, et de me promener quand il me plaist, en Auvergne, en Gas- 
coigne, en Languedoc, voire en Italie et en Grèce, si je m'ennuyois 
en France? H me semble qu'un homme si peu engagé que moy dans 
la société civile, peut faire tous les voyages sans extravagance et sans 
estre obligé de publier de manifestes ny d'apologies. Je ne vous allè- 
gueray point sur ce sujet les courses continuelles du père d'alliance de 



1 D'exiemporaneus (ex tempore), instan- 
tané. M. Littré n'a cité, sous le mot ea- 
lemporanéitéj, que le seul nom de Dide- 
rot. 

2 Ce mol a été employé plusieurs fois par 
Balzac dans ses Œuvres diverses. Les au- 
teurs du Dictionnaire de Trévoux assurent 
que Vaugelas avait bonne opinion de ce 
néologisme et qu'il disait: rr Si l'on faisoil 
^-l'horoscope des mots, on pourroit, ce me 
t semble, prédire de celui-ci qu'un jour il 
^s'établira, puisque nous n'en avons point 
rt d'autre qui exprime ce que nous lui fai- 



sons signifier." Vaugelas a été mauvais 
propbète. 

3 Quadrigarius est un bistorien latin 
dont les ouvrages , souvent cités par Tite- 
Live et par les anciens grammairiens, sont 
depuis longtemps perdus. Nous ne savons 
auquel des contemporains de Balzac s'ap- 
pliquait le nom du vieil historien. 

1 Peut-être faut-il lire Chrysostome! Cha- 
pelain se serait moqué en cet endroit d'un 
orateur, comme il s'était moqué d'un histo- 
rien, à propos de Quadrigarius. 

s Mainard était auvent à Saint-Céré. 



DE JEAN LOI is GUEZ DE BALZAC. 220 

la demoiselle 1 , parce que peut astre vous mi' respondriez qu'il B'ha 
billoit aussy quelquefois toul de blanc ou toul de vert. Je vous dira] 
seulement que feu M 1 l'Evesque d'Orléans l'Aubespine 9 (quem konorit 

nuisit iiniiiiiiii) a csti'' passer des années entières en Provence, quoyqu'il 
l'usi obligé «le résider en bod diocèse; el les macarites ■ Jansenius et 
Gyranius ne se renfermèrent-ils pas quatre ou cinq ans dans un chas- 
teau de Biscaye, pour lire ensemble les anciens Pères 4 ? Mais le 
public est un mauvais interprète et glose sur tout. A vous dire le vray, 
je ne pense pas qu'il songe à inoy, et je suis trop caché et trop obscur 
pour estre veu ny remarqué de ce .Monsieur le public. Au pis aller ce 
n'est point luy à qui je veux rendre mes actions agréables; c'est vous 
seul, Monsieur, que je désire qu'elles contentent, et je suis triste jus- 
qu'à la mort et suis inconsolable et désespéré, si vous les trouvez 
mauvaises. Soulagez-moy donc l'esprit au plus tost par un aveu et une 
approbation de ce que j'ay fait; et je vous suplie que ce que j'ay fait 
ne s'appelle point retraitte (dans les compagnies où l'on peut s'enqué- 
rir de moy) puisqu'on effet ce n'est qu'un petit voyage, et une visite 
de quelques mois que j'avois promise il y a longtemps à un gentil- 
bomme de mes amys. La mayson de ce gentilhomme est presque au 
miheu d'une for est qui nous fournit de quoy rendre les jours de jan- 
vier aussy clairs et aussy chauds que ceux du mois de juillet. Cette 
commodité me manquoit à Balzac, où nous avons bien assez de bois 
pour faire de belles ombres, mais non pas pour faire d'aussy grands 

Michel de Montaigne, dont Balzac s'est ' Gabriel de l'Aubépine, évêque d'Or- 

beaucoup occupé dans ses Dissertations cri- léans du 28 mars 1606 au 98 août i63o. 

tiques (t. II, p. 597, et surtout p. 658 S 3 De fiixap/Trçî. défunt, trépassé, avec 

661). a dit ( Essais , livre I. chap. xxxvi): ce sens particulier de mort qui jouit de 

-Et puisque nous sommes sur le froid, et l'éternelle félicité, de bienheureux. 

-François accouslumez à nous bigarrer 4 Le futur évêque d'Ypres et le futur 

rt(non pas moy, car je ne ni habille guère abbé de Saint-Cyran passèrent cinq années 

•que de noir ou de blanc, à l'imitation environ (161 1-1616) dans une terre appar- 

"de mon père) adjoustons dune aultre tenant à la famille Duvergier de Hauranne. 

rpièce, etc. « Ce doit être, non Balzac. proche de la mer, et appelée Champré ou 

mais bien son copiste, qui a écrit le mot Campiprat (Saime-Beuve. Port-Royal, der- 

vert au lieu du mot noir. nière édition, t. I. p. 280). 



àâO LETTRES 

feux que j'en ay besoin. Pour mon loisir, je le possède tout entier, el 
personne ne me le trouble, estant maistre du maistre de la mayson. 
dont la complaisance en est venue jusques là que d'avoir voulu faire 
tuer tous ses chiens et tousses coqs, aflin que le repos que je suis 
venu chercher chez luy fui plus parfait. Je ne l'emploieray pas tout à 
dormir, et, pour vous faire voir de quelle façon j'en use desjà. acco ' 
ma composition de devant hier, que je vous ay fait copier par M r mon 
scribe. Je pense que ce sera un chapitre de mon Cleophon , pourveu que 
vous le gousliez et qu'après l'avoir leu, Vostre Seigneurie Illustrissime 
me donne courage de continuer. Vous me mortifierez estrangement , 
si vous avez mauvaise opinion de cet essay et si vous me mandez que 
je suis un mauvais paraphraste de Tulle 2 et un misérable commenta- 
teur de Tacite. J'espère mieux delà réussite de mon papier, et veux 
croire que ma prose et mes vers seront receus de vous aussy favora- 
blement qu'à l'accoustumée. Je vous promis ceux-ci il y a quinze 
jours, et vous en fis l'argument assez au long, si ma mémoire ne me 
trompe. La Carmélite est plus dévote et son amant plus enragé que 
jamais. Pour la sylve (que je ne changerois pas pour toutes les précé- 
dentes), elle peste un peu contre sainte Thérèse et le Mont Carmel; 
mais, outre que le désespoir des amoureux est assez connu, elle sera 
suyvie d'une épigramme qui luy servira de correctif, et nous avons de 
quov appaiser les Pères de l'Oratoire et contenter tout ensemble la 
dévotion et l'amour 3 . 

Je ne suis pas moins obligé à M r Silhon du succès de la petite 
affaire, que s'il m'avoit fait tout d'or, veu qu'en effet je voy bien qu'elle 
ne luy a pas moins donné de peine que la plus grande affaire du 
monde. Quoyque je l'aye remercié d'avance, il y a plus de trois mois, 
je ne laisseray pas de luy en escrire encore, et envoyeray ma lettre 
au petit amy. Mais, Monsieur, voicy encore un endroit fascheux et un 
de ces articles amers ainsy que vous les appelez. Puis-je lire ces termes 

\oici. conde partie du tome II des Œuvres com- 

" Cicéron (Marcus Tullius). plètes, Céladon desperatvs, et Euridke re- 

'• Voir ces pièces à la page 3p, de la se- Intn Celadoni desperato. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE B ILZAC ïl\ 

douteux de la lin de vostre lettre, s'il ne vaut eiUnt pas aussi/ eommodt 
que je If crojf de recevoir e$e 86y livret de 1/' Gombault, et cetera, sans 
m'escrier que] torl est-ce faire à la noblesse il»' mon amitié? Mon 
1res cher me Iraitera-l-il toiisjours en inarault ou pour le moins en 
marchant? Vous devei agir plus absolument en telles rencontres, et, 

puisque vous De l'avez pas l'ait, nie faisant mesine faveur, il suffit 

maintenant que vous mandiez à M 1 Gombauld qu ? il me garde la somme 

dont est question jusqu'à ce qu'il se présente commodité pour me la 
faire tenir à Angoulesme, où, si je ne suis, ma sœur la recevra en 
mon absence, après plein pouvoir et ample procuration que je luy ay 
laissée en partant. 

Je cours la poste il y a une heure et suis si las que je n'en puis plus. 
Combien de solécismes, barbarismes, incongruités, me seront eschap- 
pées dans celte furieuse précipitation ! Et combien faudroit-il d'épi- 
grammes pour les expier! Si faut-il encore que je vous die (puisqu'il 
m en souvient) que l'épitbète ^infortuné doit estre mon épithète i-er- 
pÉtubl, et que celuy de viste de pié n'appartient point si légitimement 
à Achille. Prenez garde néanmoins, Monsieur, si cet infortuné est bien 
en sa place dans le sonnet, estant si près du throsne d'or et de l'em- 
pire que vous me donnez, qui sont les deux plus grandes fortunes que 
la plus haute ambition sçauroit concevoir. Il faut aller jusqu'au cin- 
quiesme vers pour s'esclaircir de la doute que les quatre premiers ont 
donnée, et, sauf vostre meilleur advis, ne seroit-il point à propos de 
changer ce premier demy vers, pour la plus grande perfection de 
l'ouvrage, qui en conscience est un chef-d'œuvre? Je suis plus qu'homme 
du monde, Monsieur, vostre, etc. 

J'ai respondu, il y a quinze jours, aux aultres articles de vostre lettre, 
bien que je ne l'aye receue qu'aujourd'huy, et vous avez veu ce que je 
vous ay mandé du paquet des originaux, et de la promesse que M r de 
Campagnol m'a faite de le vous mettre luy-mesme entre les mains. Je 
connois par les lettres que m'escrit ma sœur que cette despesche faite 
tl y a quinze jours n'arrive qu'aujourd'huy à Paris, parce qu'elle fut 



233 LETTRES 

envoyée trop tard au courrier. Elle esloit pleine de beaucoup de choses 
dont j'ay perdu tout à fait le souvenir, et, si par malheur elle ne vous 
avoit pas esté rendue , je vous prie de l'envoyer demender à Madame 
Barbot à l'enseigne du S'-Esprit, rue des Maturins. Mon neveu l'a 
adressée à cette femme et recommandée ardentissimis verbis. II y a voit 
dans le paquet une lettre pour M. de Boisrobert. 

J'ay eu des nouvelles du Président par un homme exprès qu'il 
m'a envoyé le jour mesme , je pense, que je m'en plaignois à vous. 



LXXVII. 

Du 3o janvier i645. 

Monsieur, Vous me guérissez en me plaignant : vos bontés sont les 
remèdes de mes maux, et, sans entrer dans l'hipothèse de la chose, je 
pardonne journellement au genre humain; je luy ay mesme quelque 
obligation, puisque sa dureté me fait esprouver vostre tendresse. Vous 
me donnez tant de sujet de me louer de vous, que je ne me veux ja- 
mais plaindre de personne; et me tenant lieu, comme vous faites, de 
toutes choses, je compte pour rien toutes les pertes après lesquelles 
vous ne laissez pas de me demeurer. Si je vous possède, je suis riche; 
après cela il n'est plus en la puissance de ma mauvaise fortune ny de 
mon mauvais mesnage de m'appauvrir quoyque vous puissiez dire ou 
penser, Monsieur, de la conduite d'un homme qui fait gayement des 
présens de vingt cinq mille escus, et qui a toutes les peines du monde 
à tirer quinze cens livres de sa pension. Cette énigme finira là, s'il vous 
plaist, nec ero ambitiosus in malis quœ per le haud amplius mala snnt. 

Je vous escrivis un livre il y a quinze jours; ma sœur me mande 
quelle adressa mon paquet à Rocolet; mais, puisque la voye du sieur 
Barbot est asseurée, je m'en serviray désormais, comme je fais aujour- 
d'huy, et il suffira qu'un de vos gens porte vos responses à la poste, 
le mercredy ou le dimanche après disné, parce que ledit Barbot n'aura 
plus d'affaire à Angoulesme, lorsque mon neveu n'y sera plus; quand il 
n'y auroit qu'un billet à m'envoyer. il faut toujours faire une couver- 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC 288 

luit 1 il l'adresse ordinaire d Madame de Campagnole à Ingouleme, et hot 
ad majorent cautelam, affin mie les importuns ne puissent Bçavoir <j u«- 
nostre commerce continue. En vérité vostre Comète vaul un soleil, ei 
je ne vis jamais rien de mieux conceu , de mieux poursuivi, «le mieux 
achevé. Le Promethée esl pourtanl incomparable, et je vous confirme 
îcy de sons froid toul ce que je vous en a) ilil dans la plus chaude 
esmotion de ma joye. Je vous remis encore de seconds liés humbles 
remerciemens, et vous prie de croire que j'en lais ma |>lus haute va- 
nité, (uni a te sic amari, etiamparvum meritum, magna virlus rit. Je ne 
pensois pas avoir escril une si belle lettre à Monsieur l'abbé : mais (a 
mauvaise lettre que c'est si elle l'oblige à une réplique! Au pis aller 
je suis hors du monde, et il n'y a plus de Belleroplion ni d'Astolphe 
pour \ porter les paquets de M 1 ' de Boisr[obert]. 

Je vous envoyé une copie de mon Céladon pour nostre magnanime 
Montorides, et je vous prie aussy de luy faire voir ma paraphrase du 
passage de Tacite. Que je sçache, s'il vous plaist, de quelle sorte la 
Cour le traite, et s'il y a quelque justice pour son extraordinaire vertu, 
pour ses grands services, pour ses pertes qui ne sont pas petites au 
jugement de tout autre que de luy. 

J'attends icy mon neveu dans deux ou trois jours, par lequel je vous 
escriray et vous envoyeray les originaux des lettres. Je vous manderay 
à quel messager je désire que les autres soient confiées; et il fault que 
je les aye, mon cher Monsieur, et que j'en face part au public, quand 
ce ne seroit que pour luy faire voir l'estime que nous faisons de nos 
braves. 

Si vous avez reveu la Harangue délia Casa, obligez-moy de l'envoyer 
de ma part à M r Costar, qui m'en fera faire une copie par son excellent 
Tyron 1 . 

J'ay receu le Menteur , qui m'a plu extrêmement 2 , et je vous prie, 

1 Le Tyron de Costar était un certain Ltliée qu'en 1666 (Paris, chez A. de Som- 
Pauquet dont il sera parlé" plus loin. maville. in-4"). V Achevé d'imprimer est du 

2 La comédie du Menteur, représentée dernier octobre, 
pour la première fois en 1662 , ne tut pu- 

3o 



2SÛ LETTRES 

si M r CoroeiHe vous va voir, de le bien remercier de ce plaisir extrême 

qu'il m'a donné. 

M r de Saumaise m'a escrit la plus obligeante lettre du monde, 
mais il ne me mande point, qu'il parte de Leyden. Je suis. Monsieur 
vostre, etc. 



LXXV1II. 

Du 6 lévrier îG'iô. 

Monsieur, Vous estes mon public, vous estes mon monde, et, pour- 
veu que je vous plaise, il m'importe peu de desplaire à 1 autre monde. 
qui n'est pas le mien : 

Ule vel heroum censor, ncc regibus a?quus 
Sceptrifens. Populus me sibilet, at uiilii plaude'. 
Hoc salis est, Capelane, mihi, sert et hactenus ista. 
Plusque satis. 

Si ce u est, Monsieur, qu'il vous fault dire un mot de l'historien Plas- 
sae 2 . 11 fait le Tacite en cette occasion et ne débite pas sa science, ny la 



. . . Popuius me sibilat; at mibi plaudo. 
Hofut. Salirar. iib. II, v. fr] 

Antoine GombaudPlassac. chevalier de 
Meré. trop souvent confondu (notamment 
dans le Dictionnaire de Moréri et la Nouvelle 
phie générale) avec Georges deBrossin. 
chevalier, puis marquis de Meré. Voir surlui 
une bonne et piquante note de M. P. Paris 
[Historiettes, t. IV, p, n5). Seulement le 
savant éditeur, tout en relevant l'erreur de 
ceux qui ont pris Georges de Brossin pour 
» îombaud de Plassac , en a commis une autre 
en attribuant au chanoine Joly rrune notice 
rrbien (aile des ouvrages du chevalier de 
rrMeré.n Cette notice (Eloge historique et 
critique de M. le chevalier de Meré) est de 
Michault, de Dijon. L'abbé Joly s'est con- 
tenté d'y ajouter quelques notes (Eloges de 



quelques auteurs français . 17^3, in-8). Sui- 
tes deux Meré je renverrai encore à une 
note de la dernière édition de Port-Royal 
(t. III, p. 61 1-61 ), note où sont cites 
l'annotateur des Mémoires du Père Rapin 
(M. L. Aubineau), Ménage, Vigneul-Mai- 
ville, Mathieu Marais, Sorel. et M. Sainlt- 
Beuve lui-même, auteur du Chevalier de 
Meré ou de l'Honnête homme au xvn' siècle . 
dans le tome III des Portraits littéraires. 
Indiquons de plus une note de M. D. L. 
Gilbert (p. 3 95 du tome I des Œuvres de 
La Rochefoucauld, 1868). et surtout le 
curieux opuscule publié par M. le comte de 
Brémond d'Ars (Le chevalier de Meré, son 
véritable nom patronymique , sa famille, etc.. 
in-8°, Niort, 1869). Balzac a écrit à M. de 
Plassac-Meré , le 1" janvier »664 (p. 5i3)j 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC 

vérité que je ln\ a) dite, mais ses divinations et les choses qu'il a ima- 
ginées. Je vous ,i\ parlé comme à rnoy-mesme, el en effel il \ s quel 
que blessure dans le cœur; mais toutes les apparences sont sauvéi 
et je ne me suis jamais plainl à personne. Je viens de trouver le sonnet 
encor plus beau que je ne lis la dernière luis que je te (eus, et bénj 
sdii Le cbien de mal, je voulois dire le vautour, qui vous s fait faire 
<|uaiorzo si l'xcclli'iis vers! L'objection de l'épilhète (au lieu où il est ) 
a du fondement, si je ne me trompe; mais, si vous prenez la peine de 
changer, j'aymerois beaucoup mieux un épithète d'amour que d'estime. 
Les poètes latins traitent si bien et si amoureusement les personnes 
qui leur sont chères: leur mimée dimidiwn meœ 1 , leur vita mihi chariot 
Ma, cœteraque de génère hoc, me plaisent extrêmement, et ne sçauroit- 
on se servir de mon autre ame Balzac ou de quelque chose qui lut 
mieux, mais qui lust semblable? Je m'en rapporte à voslre souveraine 
judicatrice, et attens pour cet effet une seconde copie de l'incomparalilc 
Promethée, que je vousdemende encore de vostre main. /Equalis aslris 
gradior, et ce qui s'en suit. [Je me resjouis] de ce que mon Céladon est à 
vostre goust, et certes vous m'en dittes des choses qui sont parfaitement 
belles et plus Jjelles cent fois qu'Euridice, devant mesme qu'elle fut 
tondue 2 . L'excellente chose que c'eust esté et le beau miracle de mes 
vers, s'ils luy eussent fait deschirer son voile et rompre la grille, pour 
se venir jetter comme vous dites, entre les bras de son serviteur. Mais 
le lambeau est tout de bon admirable. Est-il possdîle, Monsieur, et ma 
politique de village est-elle digne de ce grand éloge? Je me mets bien 
à cette heure au-dessus des astres auprès desquels je me conlentois de 
me tenir pour la gloire que vous aviez donnée à Céladon, quem jam U 
auctore non mediocriter, et cœtera. 

J'ay receu le beau présent de Monsieur d'Andilly, et luy en suis 
infiniment obligé, quod velim, meo nomine carissimo capili signifîces. 

le i*" octobre 1639 (p. 6a3). le 3 dé- ' Horatics, Carnunum lib. I. Carmen 111 . 

cembre 1662 (p. 626); à M. le chevalier de v. 8. 

Mai, le 4 octobre i646 (p. 529). le si ' La religieuse dont il a été question 

août 16/46 (p. 702), etc. dans les précédentes lettres. 

3o 



236 LETTRES 

L'apologie pour Monsieur Arnault n'est-elle pas de M' Le Maistre '? et 
l'apologie pour Jansénius n'est-elle pas de M r Arnault 2 ? Ça esté mon 
opinion en les lisant toutes deux, et vous m'esclaircirez s'il vous plaist 
de la vérité. Quoy qu'il se peut faire que leur S' Paul soit orthodoxis- 
simc, difficilement, à mon avis, eschapera-t-il à la censure de là les 
Mons, ny peut estre à celle de Sorbonne. Je voudrois qu'ils n'eussent pas 
porté si avant cette dernière matière, et voudrois bien avecques plus 
de passion que cette guerre finit, affin que nous vissions cet homme 
admirable (je veux dire M r Arnault) rendre ses oracles sur d'aullres 
sujets et traiter les autres belles parties de la théologie, dans les- 
quelles il seroit sans doute, ainsy que parlent les Grecs, un Aigle dans 
les nues 3 . 

Je commenceray demain à lire les vers, par lesquels j'eusse com- 
mencé ma lecture , comme vous pouvez penser, s'ils m'eussent esté 
nouveaux. Je les veux considérer avec soin et nous pourrons bien »m 
examiner ou en commenter quelques stances dans [quelques] chapitres. 

Sçavés-vous bien que le philosophe sceptique 4 m'a aussy envoyé un 
livre nouveau dans lequel il allègue Mademoiselle de Gournay, et 
peut estre pour vous faire dépit 5 . Sans mentir ce philosophe est un 
grand fanfaron de philosophie, et a beaucoup plus de présomption au 



1 L'Apologie pour M. Arnauld contre un 
libelle publié par les Jésuites, intitulé : Re- 
marques judicieuses sur le livre de la Fré- 
quente communion, parut en i664,in-i°. 
sans nom de ville. On l'attribue àHermant. 
Mais indépendamment de cette réfutation 
du livre de l'abbé Renard , on publia en 
cette même année (in-4"ï, une Réponse au 
livre de M. l'évèque de Lavaur, intitulé: Exa- 
men et jugement du lime de la Fréquente 
communion, réponse que l'on donne soit à 
Le Maistre, soit à de La Barre. 

1 La première Apologie de Jansénius par 
Arnauld parut en juin î G 4 6 ; la seconde en 
avril i 665. Ces deux pièces ontété réimpri- 



mées dans les tomes XVI et XVII des Œuvres 
complètes du grand docteur (in-û°, Lau- 
sanne). 

3 Balzac a rappelé que la même méta- 
phore a été employée par Juste Lipse en 
l'honneur de Joseph Scaliger, «l'illuminé 
rrScaliger, celuy que Lipse appeloit un aigle 
«dans les nuées, et un diable d'homme. n 
(Dissertations politiques, VIII, p. 'i85 du 
tome II des Œuvres complètes.) 

a La Mothe-le-Vayer. 

s Ce devait être dans les Opuscules, ou 
Petits traités, dont la première partie avait 
paru en i6û3, et dont la seconde et la 
troisième parurent en i646, in-'i 



DE JEAN-LOI [S GDEZ DE B \\.'/A(.. 237 

fond de l'âme, qu'en apparence et sur le visage il ne \ <-u t quelquefois 
tesmoigner d'humilité. Je sça^ très certainement qu'il ne changerait 
point son Btyle pour le mien, et le throsne d'or dont il vous a pieu me 
faire présent sera un nouveau sujet de haine h d'indignation [>our 
ln\ contre Vostre Seigneurie Illustrissime. 

Je ne scav si le secrétariat «le l'Ambassade nie doit affliger ou res- 
jouir ': mais je Bçaj que vous estes capable des plus grandes choses, et 
que non tantum pur negotiis,sed supra es, utmortalesloquebantur Tiberianis 
temporibus. Je suis en impatience de sçavoir le reste de la nouvelle 
dont vostre lettre ne m'apprend que le commencement, et vous con- 
jure de m'en escrire au long parle premier ordinaire. 

Il y a plus de dix jours que le paquet des originaux est fait , mais 
l'indisposition de mon neveu a retardé son voyage, et il ne peut encore 
partir de sept ou huict jours. Obligez-moy cependant de mettre par 
ordre toutes les lettres que vous me devez envoyer, affin de les mettre 
entre les mains de mondit neveu, lorsqu'il vous rendra les aultres. H 
aura soin de me faire tenir le paquet très seurement, que je voudrais 
bien vous prier de vouloir grossir de quelques livres italiens, politiques 
et autres, dont je vous rendrois très fidèle compte. Vous m'obligerez aussy 
extrêmement de mettre avec les lettres ad Atticum quelques copies 
d'autres lettres qu'autrefois je vous ay envoyées, par exemple à Ma- 
dame de Villesavin 2 , à Madame des Loges, et cœt., après lesquelles 
je cours à présent, sans en pouvoir attraper que quelques périodes 
estropiées. 



' Il avait déjà été question, en i663. 
de Chapelain, comme secrétaire des pléni- 
potentiaires de Munster. (Voir Tallemant. 
t. III, p. 271.) Chapelain n'alla pas plus à 
Munster qu'il n'était allé à Rome, lors de 
l'ambassade du comte de Noailles. 

2 Tallemant (t. I. p. 33 1) parle de cette 
dame comme d'une grande complimen- 
teuse, vulgairement appelée la servante 
1res- humble du genre humain. M. P. Paris 
{ibifl.. p. 34o) dit que c'était sans doute 



la femme de JeanPhelippeaux, seigneur de 
Villesavin, secrétaire des commandements 
de la reine Marie de Médicis. M me de Motte- 
ville (Mémoires, t. I, p. 2 48) l'appelle Ma- 
dame de Vellesevin. M. P. Paris cite deux 
lettres écrites par Balzac , en i64o, à Ma- 
dame de Villesavin (Isabelle, Blondeaux). 
A mon tour, je citerai une lettre de Go- 
deau à cette dame sur les devoirs des 
évêques (p. 186 du Recueil de 1713. Paris. 



238 LETTRES 

M r le Chantre ne se doit point presser pour l'argent que je dois 
recevoir de luy, et, s'il ne trouve la commodité d'un amy pour le faire 
tenir à Angoulesme , mandez-luy de le donner à M r Dargence de 
Forgnes, qui fera un voyage à Xaintes dans quelques mois. Je suis. 
Monsieur, vostre, etc. 

Je vous escrivis, il y a huit jours, par la voye de Madame Barbot, 
et vous envoyay un gros paquet pour M r Costar. Je m'asseure, Mon- 
sieur, que vous m'avez fait la faveur de le luy faire rendre seuremenl. 
Je vous demende la continuation de vos bons offices auprès de nostre 
Marquis Spartiate, ou Romain du siècle de Scipion. 

Mille baisemains aussy, s'il vous plaisl . à nostre très cher, lit- 
docte et très éloquent M 1 ' Ménage. 

Son amy ' a-t-il presché cet Àvent et ne verray-je jamais rien d< 
sa façon? Je dors en achevant cette belle ligne d'Apelles. 



LXXIX. 

Du ao febvrier i645. 

Monsieur, Je vous escns d'Angoulesme, où m'a fait venir la nou- 
velle que j'avois eue de l'indisposition de mon père. Grâces à Dieu je 
l'ay trouvé en meilleur estât tpie je ne pensois, après une secousse 
très rude et très violente , qui eust pu porter par terre un corps de 
vingt cinq ans, et n'a fait que purger une vieillesse de quatre vingt 
ilouze. 

Je ne suis arrivé que d'hier au soir et médite desjà mon retour, 
pour aller jouir, dans deux ou trois jours, de la bienheureuse oysiveté 
que j'ay laissé dans mon Utopie. Je croyois que le dernier courier 
me devoit apporter de vos nouvelles, mais depuis celle du secrétariat 
de l'Ambassade, c'est-à-dire depuis quinze jours, je n'ay rien receu de 
vous, etj'attens impatiemment la réussite de cette affaire, que j'espère 
et que je crains tout ensemble. 

1 Jean-François-Pau] fie Gondi . le futur cardinal de Retz. 



DE JEAN-LOUIS MJEZ DE BALZ IC 289 

Si iiM's-vous l)irn. Monsieur, que le bon comte de GremaiJ 
imaginé qu'il falioil que je fosse instituteur du Roj par escril el que 

je tisse nu livre admirable sur ee beau sujet? Pout cet effet il a voulu 
me fournir de matériaux el m'a envoyé presque ions sis lieux com- 
muns, soubz le nom de Mémoires el de Recueils. Un autre que moj les 
appelleroit procès-verbaux, el très longues et très ennuyeuses escri- 
lures. Je me serois aussy moqué tle tout autre que de luy qui m'eusl 
présenté telles paperaces; mais le présent a esté fait avec tant d'affec- 
tion, voire tant de zèle, et tant «le respect, que je n'ay pas creu devoir 
sorti de cette affaire par une incivilité. J'ay donc fait à nostre commun 
correspondant la response. que vous trouverez cy enclose 1 pour me 
desfaire de ses honnestes et obligeantes importunités; honnestes certes 
et obligeantes à si haut point, que, s'il estoit besoin, je vous ferois voir 
une de ses lettres dans laquelle non seulement il me souhaite crosses 
et mitres, mais de plus me juge digne d'un chapeau rouge. Tanin est 
Monluciana erga Bahacium jwoelivitas ! 

Mnndez-moy, mon cher Monsieur, quelques nouvelles choisies du 
inonde poli , des Jésuittes et des Jansénistes; de nos éloquens et doctes 
im\s: mais que je sçache particulièrement : 

Ut Sophiam , Musasque superbam ducit in aulam 
Silo ' meus . veterumne raemor Romanus amorum . 
Cuni Flacco sese oblectat, nostroque Marone 3 ? 
Mené etiam doctis adbibet post séria ludis . 
Balzaciosque jocos et arnica volumina quœril. 
Ut mens lœta parum ac rerum sub mole laborans 
Se sibi restituât fessa m , dulcique quiets 
Interduui pascatur et horas captet amœnas. 

En elïel, autrefois il a pris goust à mes vers, jusqu'à en apprendre 
quelques uns par cœur, et maintenant le souvenir d'une si chère fa- 

1 On ne trouve aucune lettre de Balzac * Jean de Silbon. 

au comte do Cremail dans l'in-folio de 1 665. 3 Horace ( Quintus Horatius Flacctis) et 

Seulement Balzac parie de ce petit-fils de Virgile (Publias Virgiliux Mare). 
Monluc dans une lettre à M. de La Chétar- 
die, du 6 mars 1 645 (p. 579). 



240 LETTRES 

veur, contre la saison de la desbauche, où nous entrons, me quidvis au- 
derejubet. Je vous suplie donc de luy envoyer de ma part les derniers 
esclos; lesquels, tant je sçay bien prendre mon temps, se présenteront 
devant luy justement le jour de caresme prenant : 

Bacchanalibus. optimo dierum'. 

J'escrirois à cet excellent amy, si je n'avois peur de luy faire peine 
et d'embarrasser de nouveau sa civilité. Dites-luy, s'il vous plaist, Mon- 
sieur, que je suis trop et trop asseuré de la constance de son amitié, 
mais que, pour bonnes considérations, je ne veux de ses lettres que 
l'année prochaine. Je luy demande cependant sa protection (en cas de 
besoin) pour nostre cher M r de Bonair, quem Mi tu et ego de meliore 
nota commendamus. 

Je croy que Campagnole partira d'icy dans quatre ou cinq jours. Il 
vous portera les originaux empaquetés il y a plus d'un mois avec la 
Vie de fra Paolo, et le discours de M r Rigault De Vultu Chrisli. Je vous 
prie de le mettre entre les mains de M r Costar, après que vous l'aurez 
leu. Je' n'eus jamais tant d'impatience de sçavoir de vos nouvelles. Je 
suis aujourd'huy, si possible est, encore plus passionément que je n'es- 
tois hier, Monsieur, vostre, etc. 

C'est vostre incomparable sonnet sur la mort du duc de Weimai 
qui est le père de mon épigramme , et c'est bien un de mes plus chers 
et plus favoris épigrammes 2 . 

La dame de La Chétardie est une parente que j'ay, femme de celuy 



Satumalibus, optimo dierum. mot épigramme au féminin. Cela ne doit 

(Catclle, Carmen xv, v. t5.) p ag nous sur p re ndre, puisqu'il a dit (cité 

2 C'est la petite pièce de la page 19 de par le Dictionnaire de Trévoux): rrPour une 

la seconde partie du tome II des OEuvres rr épigramme de haut goust, combien y en 

complètes : De inviclissimo heroe, Bernardo rra-t-il d'insipides et de froids? Car je vous 

Weimorio, post victorias morbo extincto. On « apprends qu'épigramme est mâle et fe- 

a vu que Balzac employait dans d'autres ^melle. » 
lettres et notamment dans la première, le 



DK JEAN Utils Gl i;z IH. I! \I.Z \<; 



L"l I 



à qui i'escris, qui me régale il'- certains fromages gras qui ne Boni 
guères moins bons que ceux de Siene 1 . 



i.\\\ 

Du derniei février i64 i 

Vlonsieur, Il se peut faire que l'employ qu'on vous a donné ne sera 
<|ii mi degré pour monter plus haut, et qu'ayant esté connu en cetfa 
occasion, on voudra se servir en plusieurs autres d'un homme de si 
grand service que \ous estes. Il se peut faire que de secrétaire de 
l'Ambassade vous deviendrez négociateur en chef el qu'enfin vous 
aurez la fortune, comme vous avez le mérite, de M r d'Ossat 2 . Tout cela 
se peut et se doit, Monsieur, mais je ne laisse pas d'entrer dans les 
justes sentimens de vos deux dernières lettres, et de croire que vous 
laissez beaucoup plus de biens dans vostre cabinet de Paris qu'il n'y 
en a dans ceux de tous les Rois de la terre, pour vous pouvoir désin- 
téresser. La belle chose que ce repos, que cette liberté, que cette in- 
dépendance philosophique! Les grandes richesses que cette pure et 
entière possession de soy mesme; que cette douce et paisible jouissance 
de ses pensées! L'heureuse vie que la vie contemplative, et qu'elle 
approche de celle des Dieux, quorum vivere est cogitare 3 . Il y auroit là 
dessus de quoy faire un livre et je vous avoue que [j'espérais que vous] 



Balzac appelle .M. de La Chétardie 
^Monsieur mon cousin i> dans une lettre 
déjà citée du 6 mars 1660 (p. 579). Dans 
une lettre à .M D1 ° de La Chétardie, du li 
septembre 1639 (p. 660), il remerciait 
ainsi sa chère cousine des délicieux fromages 
qu'elle lui avait envoyés : irCe n'est pas 
-simplement de la crème assaisonnée, c'est 
trune quintessence jusques icy inconnue, 
tc'est je ne sçay quoy de merveilleux.') 

2 Balzac a beaucoup loué en peu de mots 
le cardinal d'Ossat dans une lettre non da- 
tée, mais de l'année 1 638 . que l'on trou- 



vera à la page 46a du tome I des Œuvres 
complètes. Déjà, le 1" août 1 636 , Balzac 
écrivait à Chapelain (p. 728 ): rJe sçay 
rrque le secrétariat de l'ambassade de Rome 
rra esté le premier degré de la fortune du 
ir cardinal d'Ossat. . . » 

3 Montaigne (Essais, t. III, ch. m) et 
Charron (De la sagesse, liv. I, ch. 1) ont 
employé cette citation , qui est prise de Ci- 
céron (Tuscul. quœst. lib. V, cap. xixvm) : 
«Loquor enimde doctohomine, et erudito 
-^cui vivere est cogilare. * 



3i 



242 LEJTRES 

m'auriez envoyé la substance de ce livre dans vos très sages et liés 
éloquentes lettres. Mais tout bien considéré, Monsieur, et après avoir 
promené longtemps mon esprit par tous les raisonnemens et toutes les 
réflexions de vos lettres, je me fixe sur leurs dernières parolles, et 
conclus avec vous qu'il faut respecter la Providence, qu'il faut suivre 
Dieu et obéir au destin : 

Duc me pareils , celsique dominator poli 
Quocumque placuit; nulla parendi mora est, 
Adsum impiger; fac nolle, comitabor gemens. 
DucudL volentem f'ala, nolentem Irahunt, 
Malusque patiar quod pati licuit bono. 

Ces vers sont originaires de Grèce ' et ont esté faits latins par le plus 
sage homme de son temps 2 . Il ne tiendra qu'à vous que le plus sage du 
nostre ne les face venir en nostre langue; et il me semble certes qu'ils 
méritent bien que vous preniez cette peine pour l'amour deux, et 
pour la commune consolation des pauvres mortels. Au reste, Monsieur, 
je ne parle point icy de mon interest particulier. Dieu sçait si il souffre 
et si j'appréhende ; s'il me passe d'estranges fantaisies dans la teste; si 
je n'ay pas souvent de violentes envies de vous suivre incognito en Alle- 



' Ces vers sont du stoïcien Cléanthe , et 
ils nous ont été conservés par Stobée (Eclo- 
gues). 

~ Sénèque (lettre cvu) a traduit les 
'• vers éloquents » de Cléanthe, après avoir 
rappelé que ces mêmes vers avaient été déjà 
traduits par Cicéron. Je n'ai pas retrouvé 
celte traduction dans les œuvres de Cicéron , 
qui , du reste , discute très-souvent ( De na- 
inra deorum) les opinions du disciple et 
successeur de Zenon de Cittium. Un ingé- 
nieux critique, M. Edouard Fournier (L Es- 
prit des autres , W édition, 1861, p. i56) a 
cité plusieurs imitations du Ducunt volentem 
fata, notamment celle de Montaigne (Essais, 
liv. II. cliap. xxxvn) : rr II meine ceulx qui 



trsuyvent; ceulx qui ne le suyvent pas, il les 
•rentraisne," et celle d'Amyot (Vie de Ca- 
mille) : "Le destin mène celui qui le suit, 
fet tire celui qui recule." Ajoutons à ces 
citations la traduction donnée par Rabelais : 
«Les destinées meinent cellui qui consent, 
ir tirent cellui qui refuse." M. Fournier a 
rapproché de l'énergique vers de Sénèque 
la belle phrase de Balzac (Socrate chrestien) : 
•fDieu est le poète, les hommes ne sont que 
tries acteurs; ces grandes pièces qui se 
rrjouent sur la terre ont été composées dans 
rrle ciel, r> et le célèbre mot de Fénelon (Ser- 
mon pour la fête de l'Epiphanie, i685) : 
tr L'homme s'agite, mais Dieu le mène.» 



DE JEAN-LOUIS Gl BZ DE BALZAC MS 

magne cl île courir après ma bonne loi lime <|iii s'en \a; mais le destin 
m'airesle cuiiiiim' il vous emporte; nuire que, quand je semis assez 

courageux et assez Eorl pour surmonter le destin, irons seriez usez 
crue] pour vous opposer à ma force et à mon courage, i'i pour voue 
refuser le congé que je vous demenderois. Superanda omnû fortuna 
fgrmdo est. 

Je croy aussy bien que vous que l'examen îles stances élu. '-tiennes 
ne plairoit pas au poêle qui les a laites. Nous en parlerons une aoltre 
fois. On me presse de finir plus tosl (pie je ne l'avois résolu, e\ de 
\ous (lire (pie je suis et seray tousjours sans réserve ', Monsieur, 
vostre, etc. 

Je vous escrivis, il y a huit jours, par la mesme vo\e de la mesme 
Madame Barbot. 



LXXXI. 

Du 7 mars i64ô. 

Monsieur, Ce n'est pas pour vous faire valoir mon affection que je 
vous mande mes inquiétudes; mais il est certain que depuis un mois 
j 'ay bien Munster dans la fantaisie. Vous estes aujourd'hui la matière 
de mes vœux, et quelquefois aussy de mes plaintes, et encore ce matin 
je me suis escrié en me resveillant : 

Alpinas. ah! dure, nives et frigora Rheni 
Me sine. 

Je ne manqueray pas d'esciïre à M r d'Avaux quand il sera temps, 
et pour cela il faudra prier mon bon ange de m'inspirer quelque belle 
et nouvelle manière de compliment : 

Auribus ignolum Graiis cœloque latine 
Pro (e aliquid dixisse velim. 

J'attends la divine Eclogue que vous me promettez par vostre der- 

3i. 



244 LETTRES 

nière lettre, et suis bien glorieux d'avoir receu des recommandations 
de tout le cœur du père Strada 1 , dans la lettre que le père Hercule m'a 
escrite. Cettui-cv sera-t-il encore longtemps à Rome, et où ma res- 
ponsc le pourra-t-elle trouver? Je ne sçay si M r l'Huillier en a lait 
tenir une à M' Rigault, que je luy envoiay, il y a desjà plus de deux 
mois, et dont je n'ay eu aucunes nouvelles. M r de Campagnol 2 vous 
porte ce que vous avez appelé vostre thrésor, et je vous suplie, Mon- 
sieur, de luy donner quatre vingt onze pistoks de l'argent que vous ace: à 
mou pour pareille somme que fay recette de luy icy. Je vous ay escrit par 
les deux derniers ordinaires et suis pressé de finir. A y niez tousjours. 
s'il vous plaist, Monsieur, vostre, etc. 

M' de Campagnol me fera tenir seurement tout ce que vous luy 
donnerez pour m'envoyer. Mais avec les papiers ne m'envoyez-vous 
point le Virgile d'Annibaî Caro? 



LXXXII. 

Du i3 mars i6i5. 

Monsieur, 11 y a longtemps que je suis de retour en mon isle, après 
avoir laissé le Patriarche 3 en bonne santé. Je vous puis asseurer que 
ce Patriarche vous honnore beaucoup plus qu'Abraham n'honnora 
autrefois Melchisedec, et qu'il sera ravi de sçavoir que vous prétende/. 
de recevoir de ses lettres qui soient datées de son second siècle. Les 
vostres du [ ] de ce mois me donnent un peu de consolation. J'y u\ 
trouvé quelque petit rayon d'espérance, fondé sur quelque petit mot. 

FamianoStrada. qui allait mourir pen publié en îôi^. La traduction française. 

de lemps après (6 septembre 1669), avec par Du Ryer. parut en 1669 (Paris, 9 vol. 

la réputation d'un bomrae de grande valeur in-fol.). 

et de grand savoir. Son ouvrage : De bello ' Le copiste écrit tantôt Campagnol, lan- 

helgico Décades II , dont le premier volume tôt Campagnole. La véritable orthographe . 

avait paru à Rome en i63a, in-folio, a été d'après les papiers de famille, serait Cam- 

mentionné dans une précédente lettre (du paignolles. 

;îi octobre i644). Le second volume fut ' Guez le père. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BAL2 H 245 

interprété à ma mode, et le «uni' me ilii <|nil se pourra faire que voua 
n'irez pas m Ulemagne : 

IM justes audite precee carumque aodalem 
Eteddite mil Durel potius persœcula hélium 

Kl j 1 1 .- 1 1 1 1 |i,i\ aima veni ! 

Quelque légère que soit l'indisposition de nostre ;>my le Politique 1 , 
je ue laisse pas d'en estre en peine, et l'amitié, comme voua sçavez, 
est trop ingénieuse a tourmenter l'esprit de ccluy qui aime. Je ae 
m'eslonne point qu'il vous ail parlé avec desgoust de sa condition 
présente, et ce n'est pas pour manquer <le Ibrtune que je me plains 
souvent de la mienne. Je la préférerais au chapeau et à la faveur de 
.Iules s , voire aux trois couronnes et à la toute puissance de Pamphile 3 , 
si j'avois la santé et le tempérament sanguin de tel de mes voisins, 
qui ne sçait pas faire de si belles lettres que moy. Je suis bien aise 
que celle qui parle du Comte de Cremail soit à vostre gré : en voie] 
deux autres faites depuis, qui peut estre vous agréront davantage, et 
dont je ne pense pas qu'il soit besoin de vous faire l'argument. Il faut 
seulement que je rechante ma vieille chanson et que je maudisse de 
nouveau le misérable mestier de faiseur de lettres, puisqu'il n y a 
point moyen que je m'en desface, ma mauvaise honte et ma niaise 
civilité ayant plus de pouvoir sur moy que toute la religion de mes 
vœux et de mes sermens. Je sue sang et eau à faire ces sortes d'escri- 
tures et j'accouche autant de fois que j'escris des lettres aux Grands et 
aux Grandes. Pour le moins, Monsieur, puisqu'elles me coustent tant 
ces belles lettres, faites les valoir beaucoup par vostre estime, quand 
en effet elles vaudroient peu, et que vous devriez duper le monde pour 
l'amour de moy. Dans quelques jours j'en envoyeray le premier livre 
à Rocolet avec le tiltre de Lettres choisies, donné ou par mes amys ou 
par mon libraire, nam a me absit tanta pompa verborum, quoy que j'aye 
l'exemple de Putean 4 , successeur de Lipse; duquel on m'a fait voir 

1 Jean de Silhon. Pan(ili), élu le i5 septembre i644,à l'âge 

Le cardinal Mazarin. de soixante et douze ans. 

1 Le pape Innocent X (Jean-Baptiste ' Henri du Puy (Ericius Puteanus), né 



246 L ET TU ES 

nouvellement un volume d'Epitres dédié par luy mesnie au Président 

Rose, cumhochtulo, Erici Puteani Epislolarum sekelarum apparatus 1 . 

Ne vous souvenez-vous plus du sonnet de Prometée, et ne voulez- 
vous point que j'en aye une seconde copie, escrite de vostre main? Si 
recte culculwn pono, M r de Campagnol arrive demain à Paris, vous 
porte le lendemain le gros paquet, et le jour mesme receoit de vous 
celuy que vous me devez envoyer. Dove si trova le seigneur L'Huilier, 
et est-il François ou Austrasien? Mandez-moy aussy quelque chose, s'il 
vous plaist, de nostre cher M' de Saumaise, et de ses deux mille escus 
de pension. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Je vous envoyé une copie de la grande lettre escrite à M r Costai . 
changée en quelques endroits et telle que je désire qu'on la voye. 



LXXXIII. 

Du 20 mars t665. 

Monsieur, Vostre voyage d'Allemagne embarasse mon pauvre esprit 
de telle façon, que, si quelque bon ange n'a pitié de luy, j'ay peur de le 
perdre dans ce labirinthe. Jamais homme ne fut plus sçavant dans ses 
affaires, ny n'en parla mieux que vous. Je vous puis dire néanmoins 
que j'en ay pensé dès le commencement tout ce que vous m'en avez 
escrit depuis , et que je n'ay point remercié la fortune du mauvais don 
quelle vous a fait. La mauvaise chose en effet que la servitude, mesme 
la plus brillante et la mieux dorée, le fascheux honneur et la triste 
récompense que de la peine pour honneur et pour recompense! Qu'il 

à Venloo , dans le duché de Gueldre , le h no- ' Le Manuel du libraire indique ainsi ce 

vembre i5ji . mort à Louvain le 17 sep- livre: Erici Puteani Epislolarum seleclarum 

tembre 16&6. L'archiduc Albert lui avait apparatus centuriœ 7F(Amstelodarai, 16&6. 

donné , dans cette dernière ville , la chaire de in- 1 2 ). Balzac ayant vu le volume avant le 

Juste Lipse, avec le gouvernement de la mois de mars i645, ou M. Brunet s'est 

citadelle de cette ville et une place de con- trompé pour le millésime, ou bien il faut 

seiller d'Élat. (Voir Moréri. Niceron , Bayle. admettre une édition antérieure à celle qu'il 

Paquot.Ptc.i mentionne. 



DE JE IN-LOUIS Gl KX DE BALZAC 247 

est dur de faire son novicial de fortune après quarante cinq ans; el 
de quitter les Héros dé vostre poésie, desquels vous faites ce <|ui vous 
plaist, pour suivre les Plénipotentiaires de vostre ambassade qui fe- 
ront de vous ce qui leur plaira! Je n'a} garde de les appeler vos 
mais très, ce mot me fail trop de mal à la bouche en le prononçant. 

Mais, loins, Monsieur, ils seront vos supérieurs, et vous serez leur 

dépendant, sujel à ions leurs caprices et à toutes leurs mauvaises 
heures. Peul estre mesme qu'ils seront capables de jalousie et <|u 'ils 
prendront d'abord contre vous un esprit malin et envieux. Peut estre 
qu'ils voudront pointiller sur vos despesches et y changer une ligne 
qui sera très judicieuse, pour y en mettre une autre dé leur façon, 
qui le sera très peu. Et tout cela pour faire les habiles à vos despens . 
allin d'estendre sur vostre esprit leur injuste supériorité, allin d'essayer 
de gaster par de mauvaises corrections la gloire qui vous sera deue 
d'avoir bien escrit. Ce ne sont que les petits desgousts de Munster, 
où, sans parler de mille autres fascheuses rencontres, vous serez en- 
core tourmenté par l'espouvantable spectre d'Ogier le Danois ', qui 
vous ensorcellera avec ses yeux tranchans et hagards, si vous ne vous 
munissez d'excellens préservatifs. Je reviens donc à mes premiers Que, 
et que je vous plains, mon cher Monsieur, et vostre admirable ouvrage 
que vous laisserez imparfait! Que je dis souvent avec douleur : 

. . . .Pendent opéra interrupta, minseque 
Libroriim ingentes 2 . 

Et avec plus de douleur, m'adressant à ceux qui perdent le plus 
par vostre absence : 

Heu ! mihi quantum 

Perdis virgo decus, qualesque, Henrice, triumphos. 

1 Charles Ogier, frère aîné du prieur en Danemark, d'où son surnom le Danois. 

François Ogier. Charles, qui mourut le 11 (Voir, sur François Ogier, Tallemant des 

août 1 654 , était secrétaire de Claude de Réaux, Moréri, etc.) 
Mesmes, comte d'Avaux, et l'avait accom- , Pendent opera , ntemil)ta , minaque 

pagné à Munster, comme il l'avait aupa- Murorum ingénies. . . 
ravant accompagné en Pologne, en Suède. (Vibgil. .ftieirf. lib. IV, t. 88, 89.) 



248 LETTRES 

Tu vero infclix, sœvoque rclicte dolon 
Quifl speras Balzaci? El quae tibi vola supersunt 
Si Gapelanua abest longinqui ad flumina Rheni 
Veslrosque immensus modo dividet orbis amores? 

Ces derniers vers, Monsieur, sont enfans de ma douleur et sortent 
bien plus des blessures de mon aine que de ma verve poétique. Hz ne 
laissent pas pourtant de me plaire, tous sanglans qu'ilz sont sortis d'une 
mère demy-morte, et je vous prie de me les renvoyer avec cette mau- 
vaise lettre, aflin qu'ilz lacent, partie de nos deux volumes ad Allicum. 
Vous recevrez ces deux volumes à Munster, si vous y estes un peu plus 
d'un an ; et ce seront mes volumes bien aymés : 

Queisque tuus sese mullum jactabit Amynlas. 

C'est-à-dire que j'en tireray de la gloire et non pas vous, qui estes 
un vray moqueur de me mander si souvent que vous me devrez voslre 
éternité, et que je vous donne ce que je pense plus tost recevoir fie 
vous. 

Nempe raeis, Capelane, decus. famamque libellis. 

Je sçavois la nouvelle du Gouvernement quand j'ay receu vostre 
lettre, et vous pouvez croire que je m'en resjouirois extrêmement, si 
vous n'alliez point en Allemagne. Mais cette cruelle pensée , ne m' aban- 
donnant jamais, intervient dans tous les sujets de joye qui me peuvent 
arrive)' d'ailleurs, et quelque régale, pour user de vos parolles, que 
vous présentiez à mon esprit, il n'est plus en estât d'user du bien que 
l'on luy présente. Les plus agréables, les plus douces, les plus déli- 
cieuses nouvelles sont corrompues par une si funeste imagination. 

Ac mibi concessas superum contingere mensas 
Pienipotens prokibet l'uria ; et deforniis imago 
Ogerii , libi qiiem metuo de more fïirentem 
Jaclantemque manus ambas, stigioque veneno 
Plénum intus, stigio. . . 

Il ne fault pas pourtant que vostre mauvaise buineur vous empesche 
de faire vostre devoir, pour le moins mentalement, et de concevoir 
ries vœux pour la prospérité du Marquis de Lacédémone, qui, comme 



DE JEAN-LOUIS fil E2 DE BALZAC. Ï49 

vous sçavez, estoit mon héros, devant que d'estre nostre Gouverneur'. 
Nous l'asseurerei bien et ce qui s'ensuit, il oe vous <'n foui pas < 1 i !••* 
davantage, juxta illud : \iitto sapimtem et nihû et diras. 

Je croy bien que toul lé monde oe demeure |>;is d'accord du mérite 
des vers Scarroniques a , et ce a'esl pasauss) monjugemenl cequej'en 
a\ escrit dans ma lettre. M r Costar m'avoit prié de donner cette petite 
consolation au pauvre malade, et je vous avoue que je sçay refuser 
peu de choses à nies atnys. Je ne semis pas néanmoins satisfail d'eux 
s'il/ souffroient que la lettre s'imprimast au commencement du volume 
dont vous me parlez; non pas quej'aye dessein de la supprimer, non 
hoc certe mérita est, mais c'est que je ne veux pas passer, s'il leur plaist , 
pour Auratus poeta regius 3 . Aflin que tout le monde soit content, elle 
sera la quinziesme ou la seiziesme de celles que je dois envoyer dans 
huit ou dix jours à Rocolet, pour commencer son impression, et vous 
me ferez la faveur d'en advertir M r Costar à vostre première veue, ou 
par un billet, si vous ne pouviez pas vous voir silost. 

J'ay receu la prose de M r Rigault et les vers de M r de Cerisautes. 
qui a eu remors en ce dernier poème d'avoir quitté le nom de \l r son 
père. H est donc revenu Marc Duncan; mais l'importance est que son 
poème est beaucoup plus beau que ses noms. Il m'a plu certes extrê- 
mement et il me semble qu'il va du pair avec ceux de Madelenet. 
Je ne dis rien du Polonois Casimir 4 , qui est bien eslevé, mais qui se 
perd bien aussy dans les nues, et qui a tout ensemble beaucoup d'es- 
clat et d'obscurité. Nostre cher M r Ferramus pourroit aller au delà de 
tous ces messieurs les Lyriques, s'il en avoit le loysir, et qu'il n'eust 
point de meilleures et de plus importantes affaires, mais je m'emporte 
bien loin, et il est temps de mettre fin à ces longues escritures. 

J'attens des nouvelles de Campagnole , et je m'asseure que , sur ma 

1 Le marquis de Monlausier traita, en ' Dorât (Jean). Voir la lettre XVIII. du 
i645, pour deux cent mille livres, du 27 octobre i643. 

gouvernement de Saintonge et d'Angouniois. ' Le Jésuite Matbias-CasimirSarbiewski. 

2 Les vers déjà mentionnés : De morbo dont il a été parlé déjà. 
Scarronis ad eruditissimum Costardum. 

i2 



250 LETTRES . 

lettre, vous luy aurez donné les quatre vingt onze pistoles de mon ar- 
gent. S'il est encore à Paris, faites luy rendre, je vous prie, ma des- 
pesche cy-enclose; s'il en eslparty, je voudrois bien qu'elle fut donnée 
en mains propres au Graveolent. Je vous escris cette fois par la voye de 
Hocolet, et vous pourrez aussy luy envoyer vostre response. Je suis, 
Monsieur, vostre, etc. 

Je vous envoyay, il y a huit jours, copie d'une lettre que j'ay escrite 
à M r d'Espernon. 

Depuis ma lettre escrite, ma sœur me vient de mander que Cam- 
pagnole ne partira pas sitost de Paris; c'est pourquoy je luy adresse 
encore mon paquet, et vous luy donnerez, s'il vous plaist, vos lettres. 

J'ay ajousté un distique à l'épigramme du cardinal Mazariu et \ ;i\ 
changé deux vers. Je ne pense pas avoir jamais rien fait de plus ro- 
main; et je croy que tandem aliquando il en faudra demeurer là, et 
l'imprimer de cette dernière façon. 

J'ay trouvé parmi mes papiers une lettre que j'escrivis, il y a quel- 
ques années, à nostre brave Marquis. Je suis après à la mettre en 
estât d'eslre imprimée avec les autres. 



LXXXIV. 

Du 3 avril i66. r >. 

Monsieur, Je suis extrêmement aise, comme vous pouvez penser, de 
vostre demeure en France, mais je ne loue pas extrêmement ce que 
vous avez fait pour n'en point partir. Je vous eusse blasmé d'en faire 
moins et d'estre malheureux volontairement. Car en effet je ne demeure 
pas d'accord avec ceux qui appeloient vostre secrétariat bonne fortune, 
je l'estime la plus mauvaise qui vous pouvoit jamais arriver. Et que 
vostre philosophie ne se glorifie point tant, s'il vous plaist, d'avoir re- 
fusé les misères de la galère et la chaisne d'un forçat. Puisque vous 
voulez sçavoir de mes nouvelles sur pareille matière, sçachez, Mon- 



DE JEAN LOUIS GUEZ DE BALZ IC 



261 



sieur, quej'ay |>n entre en la première place d'un homme que je 
traite aujourd'hui de Monseigneur, et il n'a tenu qu'à moj que je u'aye 
esté secrétaire de la feue Reyne Mère,ei cela devant que j'eusse vingt 
cinq ans 1 . Il n'est rien déplus vraj que cette histoire, mais je ne l'aj 
jamais osé publier, de peur de me Gairé lapider par mes parens < i i par 
mes ;im ys ; de peur qu'on ne criasl après naoy, comme après un tasche, 
un poltron, un déserteur de son propre bien, de son honneur, de 
eeluy de sa famille, etc. Quod veto meab hoc neffohoxa ritir génère proa- 
pue avocavit, quietis studium fuit ci amata mihisemper expert pubHcœ pn 
vatœque cj/rœ tranquillitas. Si on nous avoil offert l'abbaye de Gorbie, ou 
cinquante mille louis de dix livres pièces, et que nous les eussions 
refusés comme Socrates a refusé les présens de plusieurs Hoys de son 
temps 2 , tune ccrte haberet philosophia nostra quo sejactaret, et hoc vere esseï 
contemncre humana ac supra fortunam assurgere. Mais de ne trouver pas 
bon le travail ingral et commendé par aultruy, de haïr la sujettion et 
la servitude, d'appréhender une servitude très asseurée pour la perle 
de noslre repos, et très problématique pour l'aggrandissementde nostre 
fortune, je trouve Bien que c'est une action raysonnable et judicieuse, 
mais non pas forte ny magnanime. Je me resjouis donc et de tout mon 
cœur, avecques mon amy garanti d'un naufrage ou eschappé d'un em- 
brasement, mais je ne luy fais point pour cela de panégirique et réserve 
mes louanges pour ses autres actions véritablement louables. 

Est-il possible que M r Arnaull ne s'espuise point? J'admire certes sa 
bienheureuse fécondité et cette perpétuité de livres, quoyque les ma- 
tières commencent à m'ennuyer. Vous avez donc trouvé bonnes les 



1 Balzac, parlant de lui-même à la troi- 
sième personne , est revenu sur ce sujet (se- 
conde notice, dans ses Dissertations chres- 
licnncs et morales, t. H, p. ioa) : et Feu Mon- 
sieur le duc d'Espernon, avec lequel il fit 
Tle voyage deBlois, qui tient plus du ro- 
•man que de l'histoire, le proposa à la 
t reine-mère du roi pour estre secrétaire de 
n-ses coniniandemens, et il est certain que, 



t s'il eust voulu s'aider, il pouvoit d'abord 
t remplir cette place, etc.* 

* Je ne crois pas que Socrate ail jamais 
eu l'occasion de refuser les présents d'un 
seul roi. On ne trouve, du moins, rien de 
pareil dans la Vie de Socrate, par M. Ed. 
Chaig-net, professeur de littérature ancienne 
à la Faculté des lettres de Poitiers (Paris 
i868,in-ia). 

3 a 



252 LETTRES 

deux lettres que je vous ay envoyées : In hoc ego serio 1 triomphe, prœstan- 
lissime Cappelane. Mais, quand je vous prie de les faire valoir avecques les 
aultres que je prépare pour l'impression , ce n'est point tant un désir 
de gloire qu'un petit intérest pécuniaire qui m'oblige à vous faire 
cette prière. Il n'est point nécessaire de vous particulariser 2 la chose. 
Je demeure, Monsieur, vostre, etc. 

Je vous escrivis, il y a trois jours, par l'ordinaire du vendredx. el 
vous donnay un advis qui me pesoit sur le cœur. 



LXXXV. 

Du 10 avril i6i">. 

Monsieur, Je n'ay receu par cet ordinaire ny de vos lettres ny de 
celles de M r Campagnole, et je voy bien qu'il est temps que nous 
reprenions Rocolet pour la facilité et seureté de nostre commerce. Je 
commençay il y a huit jours, et.luy adressay mon paquet, qu'il ne 
manquera pas de vous faire rendre. J'ay receu depuis, par la voye du 
messager, les originaux accompagnés de deux livres Jansénistes, mais 
je n'ay trouvé dans le paquet ny la harangue italienne ny le reste des 
choses que j'attendois. Pourveu qu'il n'y ait point de perte, nous nous 
consolerons du retardement. 

J'ay veu. Monsieur, par un de vos billets au petit, que le cher 
président 3 s'est trouvé embarrassé de la commission, sur quoy j'ay a 
me justifier auprès de vous, ut verecundiœ meœ elreligionis eliam in hoc 
génère tiln ratio constel. Vous verrez donc, par l'extrait de la lettre que 
je vous envoyé, qu'un amy pouvoit bien estre employé en une chose, 
qui vouloit estre employé en tout, et que la discrétion elle mesme. 

' Le copiste a écrit sevio. vains postérieure, Scarron, dont le Roman 

' Balzac est un des premiers qui ait em- comique est de i65i , Pascal, dont les Pin 

ployé le mot particulariser. M. Littré n'a vinciales sont de i656.etc. 

cité, dans son Dictionnaire de la langue 3 Mainard. 

française, au sujet de ce mot, que desécri- 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BAL2 LC. 353 

voire la mauvaise bonté , se fui hasardée bw «1rs paroles si affirmatives 
ci si ardentes. Je suis l'homme «In monde <| m appréhende le plus «l<- 
faire des prières inciviles et qui désire le moins embarasser mesamys. 
Mais le cher Présidenl me do voit adverlir de son st\le et delà différence 
qu'il fait entre le lout de bon et les ligures de rhétorique. Vous ne lus 
en dire/, rien, s'il vous plaisl , parce que je na\ point l'aine blessée de 
son procédé, et que je ne laisse pas de l'aymer chèrement avec m^ 
figures de rhétorique; quaa equidem non mihi propomm ad imitandum, 
mais (ini m'apprendronl seulëmenl qu'une aultre lois il ne faul pas 
embarasser les liliétoririens. 

Je ne fais pas grand fondement sur l'affaire proposée par le petit; 
je vous diray pourtant que Rocolet me mande merveilles de M r le 
Chancelier, qui but à ma santé le jour de la présentation de ma lettre 
par le petit et en parla comme d'une excellente chose, quoiqu'elle me 
desplaise extrêmement. J'ay de l'inquiétude pour vostre depesche, ou 
retardée, ouesgarée, ou perdue. Je suis de toute mon aine. Monsieur. 
vostre, etc. 



LXXXVI. 

Du 1 7 avril itiiô. 

J ay receu tout ce que vous m'avez fait la faveur de m'envoyer tant 
par le messager que par le courrier, et vous rends mille très bumbles 
remerciemens de la continuation de vos soins et de vos offices. Je loue 
Dieu de ce que l'advis n'a pas esté nécessaire. Sans doute le bon ange 
du gentilhomme l'a rendu capable d'un meilleur conseil que celuy 
qu'il avoit pris; car je suis très asseuré qu'il avoit eu cette première 
pensée, soit qu'elle luy eust esté suggérée par quelqu'un qui n'eust pas 
esté fasché de la noise, soit que son propre chagrin eust esté ce quel- 
qu'un qui luy eust donné une si mauvaise tentation. Le premier 
quelqu'un (je l'entends à chaque mot) est un orateur extrêmement 
fabuleux, qui débite quantité de nouvelles de sa composition, pour 



254 LETTRES 

ne rien dire de pis d'une personne, dont > connoist assez 

les autres dangereuses qualités. Je ne vous veux parler que de la plus 
innocente de ses nouvelles. Est-il vray, Monsieur, ce qu'il a débité en 
plusieurs lieux de cette province que le Marquis Spartiate se doit 
marier avec la princesse Julie, immédiatement après la campagne 2 ? 
Je croiois qu'il n'y eust de part et d'autre que pure estime et pure 
amitié et ne m'estois point imaginé d'amour, quoyque le sujet en put 
donner au grand Gustave 3 , voire au grand Alexandre s'il ressuscitoit 
et qu'il voulût se marier en Alexandre. Vous m'esclaircircz, s'il vous 
plaist, de cette affaire, dans laquelle je prendrois , comme voua 
pouvez penser, un très notable interest; et, ni molestum est, vous 
m'expliquerez aussi l'article de la Gazette, qui parle de l'audience du 
congé du sieur Grotius 4 . Don Gerisantes auroit-il esté le plus fort 
dans le cabinet de Stockholm 5 ? et l'Agent auroit-il terrassé l'Ambas- 
sadeur? 

Je suis heureux de vous l'aire rire quelquefois, et de vous donner 
ce que je n'ay pas. Le spectre de Munster est bien le plus vilain de 



1 Le copiste a écrit la veuve, mot impos- 
sible. Peut-être faut-il ainsi rétablir la phrase : 
dont. à la vérité, on connoist assez, etc. 

~ Le mariage eut lieu le 1 3 juillet i6/i5. 
Voir, sur ce mariage et sur les circonstances 
qui le précédèrent, l'habile résumé fait par 
M. Y: Cousin des récils contemporains. {La 
Société française au ira' siècle, tome II , 
p. 36-4a.) 

' fcDu temps de Gustave-Adolphe,» dit 
M. V. Cousin ibid. (p. 39), rrelle (Julie) 
"disait qu'elle n'agréait d'autre amant que ce 
rt héros, dont elle avait le portrait dans sa 
trchambre.i (Voir les Historiettes de Talle- 
mant des Réaux . les OEuvres de Voiture , etc.) 

4 Grotius, mécontent de Gerisantes, qui 
lui avait été adjoint l'année précédente, et 
voyant que la cour de Stockholm lui préfé- 
rait cet aventurier, demanda son rappel au 



commencement de 1 665. Voici l'article de 
la Gazette du 8 avril i645, p. 279 : "Le 
»a6 du passé, le sieur Grotius, ambassa- 
deur de Suède en cette cour, eut son au- 
Tthence de congé de Leurs Majestés, à 
(rlnquelle il fut conduit par le chevalier de 
trGuyse, grand chambellan de France, et 
rrpar le comte de Brullon, introducteur des 
^ambassadeurs. Il a eu aussi audience et pris 
«congé de Monseigneur le duc d'Orléans. 1 
On lit encore dans la Gazette du 29 avril 
(p. 33a) : trCette semaine est parti de cette 
ir ville le sieur Grotius, ambassadeur ordi- 
crnaire de Suède en cette cour, après y avoir 
rresté régalé par la reine d'un fort beau 
t service de vaisselle d'argent, le sieur de 
rrCerisantes estant ici demeuré pour traiter 
rrdes affaires de Suède." 
5 Le copiste a écrit Stavola. 



DE JEÀN-L0U18 Gl B2 DE 11 ILZAC. 255 

tous les Incubes 1 , mais il n'est pas le plus malfaisant « I * - tous les 
Démons. Pour moy je n'ay peur que de ses veux ci de son visage, el 
pourveu que je ne le voye point, je ne le nains point. Il paroistra an 
reste dans les lettres ad Atticum, sans que luj mesme s'j recognoisse 
Il n\ paroistra qu'à vous el à moy, comme plusieurs autres qui exer- 
ceront la curiosité des spéculatifs el donneront à deviner au lecteur, 
et cela, Monsieur, sans qu'il y ait un seul mol dont vous sovez respon- 
sable. Keposez-vous donc sur moy de toute cette besoigue, et asseurez- 
vous que je suis un Mango' 1 d'importance, qui sçay desguiser, larder, 
masquer, métamorphoser les choses en mille laçons. Je ne me sens 
point choqué de mes deux ainys, quoyque trop subtils interprettes de 
mes pensées (car pour mes actions et pour mes parolles, elles ne leur 
ont point donné lieu de discourir), el il me semble seulement que la 
lettre que je vous escrivis dès le commencement de ma retraite, el 
celle que j'ay escrite depuis à M 1 ' Despernon dévoient obliger ces deux 
amys et le troisiesme, que vous ne me nommez point, à croire un 
homme de bien sur sa parole, et à n'estre pas si ingénieux dans les 
intentions d'autruy. Sed de his hactenus. 

r 

En attendant que je remercie M r i Evesque de Grasse du précieux 
gage qu'il m'a donné de son amilié, je vous supplie de luy tesmoigner 
le ressentiment et la joye avec laquelle je l'ay receu. Elle est telle. 
Monsieur, que je ne sçaurois bien vous l'exprimer dans le transport 
où je suis, et, quoyque ses beaux vers me ravissent, ses bontés et ses 
tendresses pour moy me touschent encore plus que l'excellence de sa 
poésie. 

Je vous escris d'Angoulesme, où je suis depuis deux jours, et vous 
escris si à la haste, qu'à peine me donne-t-on le temps d'achever. 
mes bois, o ma rivière, o mes autres confidens muets, que vous 

1 Ogier le Danois, de la laideur duquel fut tour à Wur maître des requêtes, ainbas- 
Balzac s'était moqué dans une autre lettre. sadeur en Suisse , premier président du 

2 Est-ce une allusion à l'habileté dont fît parlement de Bordeaux, secrétaire d'Etal, 
preuve un favori du maréchal d'Ancre , garde des sceaux de France ? 

Claude Mangot, seigneur de Villaiceau , qui 



256 LETTRES 

valez bien mieux que toute la conversation des petites villes ! Je suis 

plus qu'homme du monde. Monsieur, vostre, etc. 



LX XXVII. 

Du ai avril iti&5. 

Monsieur, Je suis obscur jusqu'à ne pouvoir souffrir la lumière; je 
suis chagrin jusqu'à vouloir mal à la joye ; je sens de plus une si acre 
sécheresse dans mon pauvre corps, que, si elle dure : 

Tuus ibit in ignés 
Atquc cinis Cet. 

Ibit et in cineres Balzacius. bone rerum 
Arbiter, o longuni sitiens cui supplicat herba. 
Quempluviura dixere Jovem Nasocpe Tibnllusque . 
Irabre riga modico arentes in corpore venas : 
Ne revoca mundi fixas ab origine leges; 
Vernos adde pater nimbos , redde humida terris 
Solstitia , et solilis procédât mensibus annus. 

En ce triste estât soit de l'esprit soit du corps, j'ay receu vostre 
dernière lettre et vous escris celle-cy. Mais, Monsieur, pourquoy avez- 
vous supprimé celle que vous dites m'avoir promise, et que vous ne 
m'avez promise que mentalement, ou il faut que la promesse escrite 
se soit perdue. Ce que vous appelez une longue page d'escritures , je 
me l'imagine une Apologie pleine de bon sens et d'éloquence, une 
justification excellente de nostre loisir philosophique, quod omni negolio 
pulchrius reddidit olim Romanus consul, idemque eloquentissimus sœculi sut 
scriptor. Y a-t-il homme sur la terre qui vous estime à l'esgal de moy ? 
Et qu'on interroge là dessus la renommée et les assemblées civiles: les 
échos et les divinités du désert, qui ne sçait dedans et dehors le monde 
que vous estes mon sage, mon généreux et mon magnanime? Il est 
vray que ce n'est pas dans l'affaire du Secrétariat que j'admire princi- 
pallement vostre magnanimité; et, si je n'ay perdu la mémoire, il me 
semble que. dans les termes de toutes vos lettres, cette affaire passoit 
plustost pour mauvaise que pour bonne. J'ay donc esté de vostre 



DE JE \\ LOUIS GUEZ DE BALZAC i:>', 

()|)imoii , comme vous devez estre de la mienne aux choses qui me 
regardent, el ne pas louer si haut que vous faites la languissante 
paresse de vostre amy <■( l'appréhension qu'il ;i toujours ••ne de gémir 
sous le lai\ de la moindre charge. Mais . affin de ne me p;is donner en 
m\ plus qu'en effect il ne m'appartient, je vous advertis, Monsieur, 
que mon refus de jadis n'a esté nj esclatant, ny public comme !<• vostre, 

el \ uns dis de plus que Ce ne I nsl point mon mérite ijiii me lil désirer 

de la Reyne, mais la seule recommandation d'un homme qui pouvoii 
lonl auprès d'elle en ce temps-là, el qui eust le pouvoir de mettre 
l'Ëvesque de Luçon en la place élu pauvre Ruçelai 1 , et cœt. 

Je suis bien ayse que ma lettre à Madame la Princesse n'ayt pas esté 
trouvée mauvaise à l'hostel de Longueville 2 . Mais ne croyez-vous 
point, Monsieur, qu'Alexandre estoit un peu plus sensible que Monsieur 
le Duc, s'il est vray ce qu'on a escrit de luy, qu'il ne combattoit aux 
Indes et en Asie que pour estre loué à Athènes? C'est un avantage que 
nostrc prince a sur celuy-là. Il mesprise les louanges à cause qu'il est 
au dessus d'elles el trouve dans sa propre vertu la récompense qu'elle 
mérite. Sans mon indisposition, jaurois desjà envoyé le premier livre 
des lettres choisies et vous les aurez au premier jour. Je ne désire 
point cependant que vous preniez la peine d'en parler à Rocolet, parce 
que j'ay desjà accepté le petit présent qu'il m'a offert. Je désire seule- 



1 Le copiste a écrit : Lucelai. L'abbé 
Rucellai , une des créatures du maréchal 
d'Ancre, mourut à Montpellier, le samedi 
22 octobre 1622, non, comme on l'a dit, 
du chagrin que lui causa la promotion de 
l'évêque de Luçon au cardinalat, mais, se- 
lon le témoignage formel de Bassompierre 
(Mémoires, édition Petitot . tome XXI, 
p. 638), de cette maladie contagieuse que 
l'on appelait le pourpre. Tallemant des 
Réaux (t. II, p. 3) dit que ce fut à Angou- 
lême, en 1619, que l'abbé de Rucellai et 
l'évêque de Luçon disputèrent dix ou douze 
jours de la faveur auprès de la reine mère. 



et que l'abbé allait l'emporter sur l'évêque. 
si le duc d'Epernon , tout-puissant en cette 
petite cour, n'eût combattu de toute sa force 
l'inclination de la reine. Voir encore là- 
dessus , outre les Entretiens de Balzac , Girard 
(Histoire de la vie du duc d'Espernon), Vi- 
gneul-Marville (Mélanges), etc. 

! Voir cette lettre, qui est du 1" février 
i665, à la page 591 du tome I des Œuvres 
complètes. Balzac y loue beaucoup les vic- 
toires d'un prince de vingt-deux ans, et il y 
appelle le duc d'Enghien «ce chef-d'œuvre 
crdu sang de Bourbon el de Montmorency." 



33 



2Ô8 LETTRKS 

ment que vous en parliez aux docteurs qui vous rendent leurs visites 
ordinaires, et qui sont les trompettes de la rue S' Jacques et des 
galeries du palais. 

Remerciez, s'il vous plaist, pour moy vostre cher M r Maiuard de 
l'Enéide italienne ; quoyque mes mauvais yeux ne s'aecomodent guères 
bien avecques son mauvais charaetère, et que telles impressions se 
soient plus à mon usage. Je vous souhaite un meilleur et plus véri- 
table printemps que le nostre, et demeure. Monsieur, vostre. etc. 



LXXXVIU. 

Du i" may i6i5. 
Ne sasvi. Musarum magne Sacerdos ! 

Le petit n'a point fait de faute, et je n'ay point eu de mal de cœur. 
Croyez moy philosophe une fois en vostre vie, s'il se peut, Monsieur: 
je suis encore plus indulgent et plus endurant que vous. J'explique 
tousjours favorablement les actions douteuses de mes amys. Je les ex- 
cuse, je les deffens,je les justifie contre les apparences qui les accusent 
et contre mes opinions, qui semblent se laisser aller aux apparences. 
Je suis pourtant bien ayse de sçavoir le particulier des choses, affin 
que ma bonté ayt un meilleur principe que ne seroit mon ignorance. 
et ut volens ne scieus honesle agam atque amicos amem, etjam ojjjicu sut parum 
mrmores. Obligez moy donc de n'estre pas plus degousté de luy que je 
suis de l'aultre, et soiez juste de tous costés. Ne sçachés point mauvais 
gré à un homme qui ne m'a rien escrit indirectement, et qui, déplus, 
m'a donné moyen d'estre patient, équitable, débonnaire, je n'oserois 
aller jusqu'à généreux et aux autres grands mots dont se servent 
Messieurs de l'Académie en d'aussy petites occasions que cette cy. Je 
vous demende, Monsieur, mais avec ardeur, l'effet de vostre promesse, 
et je vous conjure que j aye au plustost les deux volumes de lettres, 
dont vous me rendez un si illustre et si authentique témoignage. 

Le Macariste 1 m'a escrit autresfois une lettre véritablement admi- 

' Duvergier de Hauranne. 



DU JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 859 

rable, mais admirable en obscurité et <'n galimatias, el il faut que je 
la face chercher parmy mes papiers, affin de vous en faire part. Je 
ne doute point néanmoins crue le volume; imprimé ne suit admirable 
d'une aultre façon; et, quand je ne ferois pas fondement, comme je 
fais, sur rostre parolle, j'ay veu, depuis la lettre escrite, d'autres ascri- 

I ures du Macariste, où sou esprit me semble bien eselaircy et sou stilr 
bien purifié. Mais qu'est-ce, Monsieur, que cette sépulture vivante du 
Port-réal, et que deviendra Pomponne el ses arbres, la serpe et l'agri- 
culture de nostre amy ' ? Ce Port-réal n'est-il pas au fauxbourg S' Jac- 
ques, et par conséquent ne pouvez-vous pas voir une fois la semaine 
les Morluivivi? Mandez m'en, s'il vous plaist, quelques nouvelles, et 
particulièrement de nostre très vertueux et sage Abbé de S 1 Nicolas, 
quem sapere ad sobrielatem 2 et regia via incedere lestantur etiam qui fratres 
minus probant. Ne vous imaginez pas que je sois de ces improbateurs, 
ny que les Jésuites me puissent jamais corrompre; mais, à vous dire 
le vray, les longues guerres m'ennuyent, et le bon droit peut estre 
quelquefois opiniastre avec trop de violence, 

Imponit finem Sapiens et rébus bonestis 2 . 

Ne voulez-vous jamais nie renvoier le sonnet de Prometée? Je 
croiray que vous vous repentez de l'avoir fait, si je ne l'ay par le 
premier ordinaire. J'ay mis l'Epigramme du Rossignol en Testât où je 
la veux laisser; elle est de huit vers et n'estoit que de quatre quand 
vous la receustes, il y a deux ou trois ans. J'achève à la haste et en 
désordre. C'est, Monsieur, vostre, etc. 



1 Sur Pomponne, ses arbres , elArnauld «-des fruits de Pomponne jusqu'à offenser la 

d'Andilly, te Savant jardinier , voir, avec le <t tempérance , et je vous ay advoué sur les 

livre de M. Varin (La vérité sur les Arnauld, « lieux qu'ils estaient excellons... i 

t. r, p. 37), le Porl-Royal de M. Sainte- 2 S. Paul, Ep. aux Romains, ebap. xn, 

Beuve (t. II, p. 256-266). Balzac, le 6 vers. 3. 

février i633, écrivait à M. Le Maistre 3 JuVénal, Sat. vi . v. 665. 
(p. 269) : ir... Vous sçavez que j'ay mangé 



33. 



360 LETTRES 



LXXXIX. 

Du 7 may 1 665. 

Monsieur, Le trouble où vous estes m'empesche d'estre en repos, 
et vous sçavez bien que je crains, que je souffre, que je perds tousjours 
conjointement avec vous. Je prie Dieu qu'il nous veuille [conserver] 
la jeune princesse qui est en danger; sed si aliter Deo risum est, je le 
prie de vouloir ajouster à la vie du Prince son père et de la Princesse 
sa mère toutes les années que la petite devoit vivre naturellement 1 . 

Pourquoy est-ce que vous ne me parlez que d'un volume de lettres, 
m'en ayant fait espérer deux par vos précédentes? et pourquoy est-ce 
que vous ne les appelez plus admirables, mais seulement pieuses et 
belles? Sans doute, Monsieur, aut imposuerat auribus tuis recitatio 
Andillana, aut secunda lectio primai impetus et admiralionem temperavil. 
J'attens I un et laultre volume avec impatience, et vous advertis que 
je vous ay escrit par tous les ordinaires du Lundy depuis les festes de 
Pasques. C'est, Monsieur, vostre, etc. 

Vostre pauvre amy est réduit au lait d'anesse, aussy bien que Ira 
Paolo. 



XC. 

Du i 5 mai loftS. 

Monsieur, Vous n'aviez point besoin du mensonge charitable dont 
vous me parlez pour me rendre office auprès de M r nostre Gouverneur. 
La vérité me justifioit assez , si vous eussiez eu entre vos mains la lettre 
que je vous renvoyé , et que je croiois que vous luy eussiez fait voir 
en la recevant. Une autre lettre sur sa promotion au Gouvernement ne 
seroit plus, ce me semble, de saison, et il vaut mieux que vous luy 

' Charlotte-Louise d'Orléans, née le II (3o avril i645), quand Balzac exprimait 
février 1 666 . morte depuis sept jours déjà ces vœux. 



DE JE \N LOI IS «.i i.X DE BALZAC 261 

disiez de vive v<>i\ : itque ma seule modestie m'a empeiché de ln\ 

• tesmoigner ma joye, « et que s cette omission ;i |>l u^t <>si esié une action 
de dessein que de négligence; que je m'intéresse de telle sorte dans 

••loutes les choses qui Iny arrivent, que j'ay creu avoir esté l'ait 

• Gouverneur aussy bien que luy, et, par conséquent, que je n'ay pas 
rr jugé à propos de me féliciter moy mesme en celle occasion; que, si 
y l'eusse lait, j'eusse appréhendé d'imiter la mauvaise humeur d'une 

ir certaine Déesse n ée Ne sis, qui ne se contente pas do chaslier 

•la présomption et les actions superbes, mais qui souvent inesme ne 
ff laisse pas la joye impunie; qui ne veut pas qu'on ait trop de conten- 
fftementet qu'on en face trop paroistre au dehors, et qu'on le publie 
et trop par ses parolles, quoyque ces parolles soient très véritables et 
rr très innocentes et qu'elles n'offensent personne qu'elle, je veux dire 
«la fascheuse Nemesis. n Ne voylà-t-il pas, Monsieur, pour me servir 
de vos termes, l'embrion d'une Epigramme? Mais ce n'est pas assez 
que cela, il faut l'acbever de former, il faut la faire naislre et vous 
Tenvoyer devant que ma lettre soit cachetée. Je ne sçay ce que veut 
dire le cher Président de la préface promise et il ne me souvient point 
de] cette promesse. Si elle est véritable, sans cloute elle a esté faite 
entre deux vins et la chaleur de la bonne chère ; et vous sçavez bien 
qu'on a blasmé de tout temps ceux qui, en cet estât là, avoient trop 
bonne mémoire. 

Ce n'est pas que je ne voulusse faire pour le cher Président quelque 
chose de plus difficile qu'une préface, voire aussy longue que celles 
de M r Arnault, et que les Prolégomènes 1 de Scaliger et de Gasaubon 2 . 

Mais à l'heure que je vous parle, je suis si las et si accablé des 

1 Balzac est un des premiers qui aient les éditions de Perse, de Théophraste , de 

employé le mot prolégomènes. Du moins, Suétone, etc. Un critique a dit que Casaubon 

M. Littré n'a rencontré ce mot dans aucun publiâtes vers inédits de Scaliger, ^précédés 

ouvrage antérieur au Barbon. « d'une de ces belles et longues préfaces. 

1 Balzac veut ici parler des prolégomènes rr telles qu'il excellait à les faire." (Ch. 

du De emendatione temporum (î 583, in-fol.) , Nisard, le Triumvirat littéraire au xvi' siècle . 

du Thésaurus temporum (1606, in-fol.), et p. 3o8.) 
des prolégomènes dont Casaubon a enriebi 



262 LETTRES 

travaux passés, que, si vous inesme m'en vouliez ordonner quelque 
nouveau, non sine indignalione tibi dicerem : Quem das finem, ('.appela »r. 
laborum? Vous n'ignorez pas la gratitude de mon cœur, ma passion, 
mon estime, mes respects pour M r l'Evesque de Grasse : faites les luy 
valoir jusqu'à l'infini, vous ne le tromperez point; car en effet je 
l'honore infiniment et suis amoureux de tous ses beaux vers, mais 
particulièrement de ses Eclogues et de la dernière, sur le sujet de 
laquelle trouvez bon que je luy die, 

Et Aminta li cède et Pan t' honora 
Et potresti et con Pane, et con le Muse 
Gioslrar cantando; et sfidaranco Apollo , 
La sua gratia saluando, et la tua pelle '. 

Devinez de qui sont ces quatre vers 2 . Et major mini Pane, eterismiln 
magnùs Apollo 3 . Ce que vous dites est vray, du combat de nostre amy 
contre nostre amy, et nous ne pouvions que perdre vous et moy, de 
quelque costé que Mars se fust déclaré. Mais est-il vray, ce qui d'ailleurs 
m'a esté dit de l'un de ces deux amys, que, depuis quelque temps, il 
a beaucoup perdu de sa bonne réputation , et que le progrès qu'il fait 
dans le monde n'est pas si beau et n'a pas tant d'applaudissement que 
1 entrée qu'il y a faite? Il y a du malheur fatal en cette mayson, et je 
ne suis pas de ceux qui en rient. Je vous jure que je n'y pense jamais 
sans douleur. 

Vous estes cruel de me faire attendre si longtemps les lettres de 
M 1 de S 1 Cyran; et je n'entens point vostre retenue de ne me plus 
parler que de celles là, après m'a voir promis avec elles celles de 
M' d Andilly. J'envoyeray danspeu de jours le premier livre des miennes, 
afîin que l'impression se commence, mais je prétens qu'on travaillera 
plus en une semaine qu'on ne faisoit l'année passée en deux mois. 

1 ifAmyntas te cède et Pan t'honore; tu deviner. Peut-être son t-ce des vers de Balzac 

* pourrais avec Pan et avec les Muses jouter lui-même ! 

"en chantant, et délier même Apollon en 3 Et eris mihi magnus Apollo est de 

r sauvant à la fois sa faveur et ta peau.» Virgile, Eclog. III. v. îoi. Le reste doit 

1 Je ne sais si Chapelain devina de qui avoir été improvisé par Balzac, 
sont ces quatre vers, mais je n'ai pu le 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 263 

La nouvelle de M' Silhon me Easche |>l un pour smi interest que 
pour le mien. .1 i\) peur qu'il sera blasmé, quelque raison qu'il puisse 
alléguef «'M celte rencontre, et qui' le blasme s'étendra but tout 
Messieurs les faiseurs de livres, quofporvm aptOfctHliciaininisteriii <■/ in 
rébus germdis, et cœt. 

L'abbé comique 1 me mande merveilles de ma laveur. Il m'eseril 
que la Rêyne m'ayme et m'estime et qu'il le sçait d'une de ses confi- 
dentes, laquelle il me nomme. J'ay reccu sa lettre il \ a |>rès d'un 
mois, el ne luy ay point l'ait encore response, tant je suis peu sensible 
aux belles nouvelles et à la laveur des grandes princesses. Obligea moy 
de lui l'aire sçavoir que je suis malade, et vous ne luy ferez rien sçavoir 
qui ne soit très vray. Je suis malade, en effet. Monsieur; mais, quand 
j'aurois la mort sur les lèvres, je ne laisserais pas de parler à vous : 
vostre nom seroit le dernier mot qui sortirait de ma bouche : \ostre 
vertu seroit mon Euridice : 

Euridicemque nieara vox ipsa et frigida lingua 

Dilectumque sodalem anima 

Dilectamcjup animam vita fugiente vocaret*. 

Depuis un mois, je vous ay adressé deux paquets pour M' Costa r . 
et vous m'avez bien fait la faveur de les luy faire tenir. 

Si chartas tibi non mitto de more loquaces, 
Montoside, in tacito gaudeo nempe sinu. 
JNempe pudor siluit , dubiaeque modestia mentis. 

Cautus opes voiui dissimulare novas : 
Félix sorte tua factus, cœpi invida t'ata 
Et nimium ultricis jura timere Deas. 
Die modo, Montoside, nostruni decus, inclita bello 

Dextera , Phœbeœ nec minus apta lyrae , 
Credulus an fallar, tibi sint si sceptra , coronseque 
Ipse meos populos et mea régna putem. 

Nous voyez par là, Monsieur, la part que je prétends d'avoir aux 

1 Le copiste a écrit : Corning ue. On sait Eurydicen vox ipsa et Ingida lingua . 

que, pour Balzac et Chapelain, Yabbé'co- Ah! miscram Eu rydicen. anima fugiente vocabat 
mit/lie est Boisrobert. iVirg. Gforg. lib. IV. v. 5a5, ôart.i 



264 LETTRES 

bonnes grâces du marquis de Lacédémone. C'est à dire que je croirais 
estre Roy, s'il avoit une couronne. Mais c'est à sçavoir s'il m'avouera 
de cette belle pensée et s'il ne me dira point, luy qui a lu Suétone : 
Nesciebam me esse tibi adeo familiarem ' . 

Quoyqu'il en soit, je m'asseure que ma liberté vous plaira et que 
vous ne trouvères pas mauvaise l'extemporanéité 2 de ma Muse. 

Le petit ne m'escrit point et je m'en estonne. Je vous prie, Monsieur, 
de luy faire souvenir de temps en temps que vous attendez qu'il 
vienne payer la rançon de sa promesse que sans doute vous ave/ 
enfermé dans vostre cassette. 

Je n'ay point receu par cet ordinaire de lettres de M r Mainard : il 
aura envoyé trop lard à la poste. 



XCJ. 

Du 17 may 166 y. 

Monsieur, Une heure après avoir fermé mon paquet, relisant l'épi- 
gramme extemporanée Ad Nobilissimum Montosidem 3 , je crus la devoir 
fortifier d'un distique dont il me semble qu'elle avoit besoin. Vous la 
trouverez, à mon advis, plus pleine et plus achevée qu'elle n'estoit. 
et me ferez la faveur de la donner en cet estât là à celuy à qui elle 
s'adresse, avec l'ancien poème que j'ay mis au point où je le désire laisser. 
Je vous advertis, Monsieur, que ce poème et plusieurs autres, sans ou- 
blier le cher Olor Gallicus, seront insérés dans le volume des lettres 
choisies, le dessein du volumette ayant esté changé pour un autre plus 



1 Balzac ne s'est-i] pas trompé en citant intitulé : Bahacius duobus locis cutpatus, 

ici Suétone? Je n'ai pu trouver cette phrase p. 18. 

dans ce qui nous reste de l'auteur des Douze J Le copiste a écrit : ejetemporacité. 
Césars. C'est le cas de rappeler que Colomiès 3 Voir les vers latins de Balzac en l'hon- 
a reproché à Balzac, qu'il appelle politissi- neur de Montausier, à la page 11 delà se- 
mus Bah aci 11s , deux fausses citations, dans conde partie du (orne H des Œuvres com- 
te chapitre de ses Opusctda (1668. in-12) pietés. 



DE JEAN-LOUIS Gl EZ DE BALZAC. 266 

grand dessein au pays latin, de quo^ je vous entretiendrai à loisir. 
[bsitverbo iiwidia, je croj que la variété, voire que la beauté des chose 
vous surprendra dans le volume des lettres. Je vous envoyé celle que 
j;i\ receue du cher Président, qui Be justifie Bans que personne l'ail 
accusé. Noua n'oublierons pas dans les pièces latines \ lllusirissimum el 
le Proregem meritissimum apud Ineulismenses ei Santonm. Il \ aura encore 
iln françois dans le mesme livre pour le mesme marquis sparliate, 
qui pi'ui estre ne luy desplaira pas. Tout cela. Monsieur, avec si peu 
d'interest particulier el de dessein temporel, que je ue croy pas faire 
ma résidence l'année prochaine dans les gouvernemens d'un seigneur 
qui me fait l'honneur de me vouloir tant de bien. Ah, mon cher Mon- 
sieur, que je suis las du monde et de moy-mesme (aussy bien que vos 
mortui vivi 1 ), mais beaucoup plus sans comparaison de moy-mesme 
que du monde! 

C'est, Monsieur, vostre, etc. 



XCII. 

Du 22 may i665. 

Monsieur, Je fais comme de coustume : je m'instruis avec vous, et 
tous vos dogmes me sont propositions d'éternelle vérité. Ce que vous 
dites du Magnanime n'a point trouvé de résistence dans mon esprit. 
N'en doutez jamais, s'il vous plaist, il sera tousjours dépendant et su- 
balterne du vostre : 

Et partes sat erit nobis tractare secundas, 
Et tua signa sequi. 

Je voudrois que vous eussiez donné au petit l'argent qu'il vous 
demendoit, quoyqu'à vous dire le vray, cette demende soit une cir- 
constance un peu notable de l'affaire dont il a la direction . et 

1 Les solitaires de Port-Royal. 

36 



266 LETTRES 

qu'elle me face souvenir de ces deux vers d'un poète 1 allégué par 

Cicéron 2 : 

Quibus divitias pollicenlur, ab his ipsi draclimam petunt. 
De his divitiis sibi deducant drachmam , reddant caetera 3 . 

Je vous envoyé la leltre qu'il m'a escrite, et, s'il a l'honneur de vous 
voir et que vous preniez la peine de l'entretenir la quatriesme partie 
d'un quart d'heure, vous verrez bien ce que je dois espérer des lettres 
scellées, et si ce sera en or ou en feuilles de chesne que je seray payé 
de mes mille escus. 

J'ay rompu commerce avec le Graveolent, depuis quelque friponnerie 
qu'il me fit, en quelque petite somme qu'il escroqua en mon nom. 
C'estoilà la vérité peu de choses, mais la conséquence en estoit grande, 
et il me semble qu'il se devoit contenter de ce que je retranchois tous 
les ans à ma pauvreté pour aider la sienne sans estre importun à mes 
amys, et hoc ut commodius indulgeret impurœ et volivagœ suœ veneri. Je 
n'ay point pourtant de mauvaise volonté contre luy et l'ayme encore 
assez pour le tirer de l'hospital et de la conciergerie s'il y estoit pour 
une somme modique. Mais le galand homme veut plustost mon estime 
que mon amitié, et me demende des lettres et des éloges. J'ay satisfait 
en partie à sa vanité, et il a pu voir un article qui luy est très-favorable 
dans une lettre que j'escrivis dernièrement à M r Campagnole : 

Sunt, si plura petit, sunl improba vota Britanni. 

Obligez-moy de m'achever la nouvelle de nostre cher M r Silhou, 
que je plains extrêmement, s'il n'a pas la satisfaction qu'il mérite. Que 
je sçache aussy, s'il vous plaist, si le père Hercule est encore à Rome 
et quand il sera à Paris. Mille très humbles remerciernens pour la 
nouvelle copie de l'admirable sonnet. Mon indisposition m'empesche 

' (Je poëte est Eunius. p. 168), les deux vers maltraités par le 

* Chapitre lviii du livre I du De divina- copiste : 

({Oflg . Quibu' divitias (jnllicentur, ab iis dracbmau) ipsi 

• • ' • 1 petunt. 

Voici comment il faut rétablir, d'après 

; De his divitiis sibi deducant drachmam, reddant 

le texte donné par M. J.V. Le Clerc (t. XX VI. cetera. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE B ILZ IC, Z67 

de passer outre. Je vous al escril par les dem ordinaires consécutifs 
de la semaine passée, el ms dernière despesche a <■>-(<'■ adressée s 
M' d'Argence. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

En ['estai où je suis, il n \ b poinl moyen que je face response à 
M 1 ' Bonair. Je vous supplie, Monsieur, <l<' le vouloir asseurer de ma 
gratitude. S'il me procure du bien, il est très-raysonnable qu'il en ail 
sa part. Mais au nom de Dieu, Monsieur, en pareilles occasions, con- 
clue/, sans attendre do mes nouvelles. Doutez-VOUS de mon aveu et de 
ma ratification ? 



XGIII. 

Du 5 juin 1660. 

Monsieur, Mon indisposition m'empescha de vous escrire par le der- 
nier ordinaire, et je la force en vous escrivanl par cetuicy. C'est après 
avoir passé une très mauvaise nuit, et telle que les veilles accompa- 
gnées d'inquiétude et de douleur les sçavent faire chez les malheureux. 
Mais il faut quitter mes maux pour venir aux vostres. Je sçay, Mon- 
sieur, quelle est la tendresse d'un hon naturel. Je sçay que dans l'ame 
des plus sages la rayson fait quelquefois place à l'humanité. Je ne 
doute point, par conséquent, de l'affliction dont j'ay veu l'image dans 
vostre lettre. Une mère ne se peut perdre avec un esprit tranquille. 
Quelque naturelle que soit sa fin, elle est toujours violente, et ces 
sortes de séparations sont tousjours forcées. Mais après tout la rayson 
estant sortie de sa place par un mouvement de dehors qui l'a poussée, 
et contre lequel elle n'a pas trouvé honeste de tenir bon, il faut, ce 
me semble, qu'elle revienne incontinent d'où elle est partie, et qu'elle 
monstre par là qu'elle a plustost rendu une defference qu'elle n'a re- 
ceu un affront, ayant cédé volontairement au plus ancien de tous les 
devoirs et à la plus vieille coustume du monde. Sed hœc tibi, sapientis- 
sime Capelane, multaque meliora domi nascuntur. Et il n'y a pas un seul 
mal dans la vie contre lequel vous n'ayez plusieurs remèdes. Je dis 

34. 



268 LETTRES 

des remèdes efficaces et presens qui n'ont point besoing du secours 

du temps, qui sçavent guérir en vingt-quatre heures, qui ferment les 

plus larges et les plus profondes blessures de l'ame avec ces parolles 

innocentes : Je veux obéir à Dieu. 

Au reste, Monsieur, vous m'avez extrêmement obligé de me faire 

part des vers funèbres qui consacrent la mémoire d'Amarante. Il faut 

avouer que Daphnis y a réussy admirablement. Je ne vis jamais une 

plus belle, ny plus agréable douleur, et ne pense pas que la femme 

d'Orphée et la maistresse de Pétrarque ayent esté mieux plaintes ny 

mieux louées. 11 se peut qu'elles l'ont esté plus longtemps, car l'un 

des deux poètes fit l'amour toute sa vie à la dame qu'il avoit aymée. 

el Virgile a dit de l'autre : 

Sepfem illum totos perkibent ex ordine raenses 
Rtipe sub aeria, el cœl. 1 

Je voudrois que vostre Daphnis, qui chante pour le moins aussy bien 

qu'eux, voulust chanter aussy longuement, et je ne me lasserois point 

de lire un juste volume de chants funèbres de sa façon. Conseillez-lui 

donc de faire durer ses plaintes, tant pour nostre contentement que 

pour la gloire de sa chère morte. Mais, s'il faut luy demander des vers 

par des vers, de grâce qu'il confirme un si digne et si honeste travail; 

qu'il ne face plus autre chose que des temples et des autels, puisqu'il 

les sçait si bien faire : 

Manesque beatos 
Orco auferre pins pergat sic Daphnis, et iagens 
Certamen cum Dite gerat, sic fleveral ante 
Quam dolor infirmus, dolor iuimortalis adoret, 
Pacatus sapiensque et nulla tnrbidus ira 
Festus ovansque dolor, multo qui ilives odore 
Tbura rosasqiie ferens, consanguineosque amarantbos 
Solelur certo se posteritatis bonore. 

Cette boutade poétique ne me desplaist pas, et je suis trompé si elle 
n'est autant à vostre gré que celle de Juppiter pluvieux dernièrement. 

' VlRG. Geovg. lil). IV- V. 507, 5o8. 



DE JEAN LOI is <;i l.x DE B ILZAC. 969 

Pour response à l'article amer, rendez-moi mon épithete, celuj que 
vous m'avez osté à ma très-humble supplication. Remettez l'infortuné 
Balzac à l;i teste de vostre sonnet. Je le suis yréritablemenl puisque le 
marquis Spartiate a si mal deviné mon intention, a douté si injuste- 
ment de ma dévotion el de mon zèle, ;i esté susceptible de , je 

n'ose achever le reste, et c'est toul ce que j'eusse du appréhender de 
M' de l'arabère 1 , qui a l'honneur d'estre son oncle, ou de M r de .lonsac 
qui a l'honneur d'estre son cousin 2 . J'aurois a vous faire là-dessus des 
escritures aussy longues qu'estoient les deux Â.nti-Catons a de Gaesar; 
mais je ne veux point nie justifier en accusant une personne qui m'esl 
I lès-chère, et il me suflit qu'en vostre ame vous ne soyez pas contre 
moy, quoyque vous ne vous en expliquiez qu'à demy, et que vous 
vous contentiez d'appeler chagrin et humeur [et manière d'jestre fas- 
cheuse, quod graviore vocabulo appellaret qui nesciret lenitate verbi rei jus- 
tiliam mitigare. C'est mon unique consolation dans ce déplaisir, qui 
m'est certes très sensible, et que je tiendray pourtant très secret, n'en 
doutez pas , s'il vous plaist. Je voudrois qu'il me fust aussy aisé d'en 
oublier la cause que de le cacher. Mais vous sçavez le mot de Messer 
Cornelio : non tara esse in nostra potestate oblivisci quant tacere 4 . Il est 
encore bien difficile, Monsieur, de conserver beaucoup de tendresse 
pour des amitiés qui sont devenus si hautes et si relevées que celles- 



' Le copiste a e'erit Barobère. M. de Pa- 
rabère avait épousé une demoiselle de Sainte- 
Maure, et se trouvait ainsi beau-frère du 
comte de Brassac, qui avait épousé l'autre 
sœur. 

2 Léon de Sainte-Maure , comte de Jonzac , 
marquis d'Ozillac, etc. On peut citer sur lui 
les Mémoires de l'abbé de Marolles, l'His- 
toire généalogique des grands officiers de la 
Couronne (t. V, p. 16). Voir une lettre de 
Balzac, du a a janvier i6&5, à M. le comte 
de Jonzac , lieutenant du roy en Saintonge 
et Angoumois (p. 570), et une autre lettre 
du 3 juillet 1 646 (p. 711). 



s Le copiste a écrit Antications. On sait 
que Jules César avait composé un Anti-Calo 
en deux livres, en réponse au Cato que 
Cicéron avait publié en l'honneur de la 
mort de Caton. (Voir Lettres de Cicéron à 
Alticus, su, 4o, xiii, 5o, et Pldtarqoe. 
Vie de Caton, passim.) Signalons un sa- 
vant chapitre des Opuscula academica de 
Charles Guillaume Gœttling, intitulé : De 
M. Tullii Ciceronis laudatione Catonis et 
de C. Julii «nticalonibus. (Leipsick, 1869. 
m-8°.) 

4 Âgricolœ vita , cap. 11. 



270 LETTRES 

là, pour ne pas dire si dominantes et si tyranniques. Nos amis de l'anti- 
quité ne se feussent point apperceus de l'omission de mon compliment, 
et je suis très asseuré que les termes de la lettre que je vous ay ren- 
voyée eussent satisfait Agis et Cléomènes, voire Léonidas, Agesilaus, 
et tout ce qu'il y eust jamais de plus noble et de plus grand dans le 
Marquisat d'Aiinipoiens. A l'avenir je me tiendray dans une très pro- 
fonde humilité et le payeray de respects et génuflexions. Dans mes 
lettres choisies, il s'appellera Monseigneur en grosses lettres. Je lui 
donnera \ de l'Altesse, s'il en veut, et s'il luy arrive quelque nouvelle 
bonne fortune, non seulement je luy en feray un compliment, mais 
j'en féray un feu de joye, et en prendray acte et prieray M r Renaudot 
de s'en souvenir dans sa Gazette l . Tout cela, Monsieur, entre vous et 
moy, qui vistes la peine que me donna mon affection, par l'advis inu- 
tile que je vous donnay. Et en conscience cette affection m'eust fait 
courir jusqu'à Rome, quoy que je ne puisse aller que le petit pas, s'il 
eust fallu faire ce voyage pour détourner le moindre péril de dessus la 
teste à'Armipotens. 

Je pensois pouvoir escrire aujourdhuy à M. Mainard et à M. de Rois- 
robert, mais ce sera pour le premier ordinaire. Obligez moy de pro- 
mettre cent escus sur les mille au petit amy, affin qu'il ait plus de 
courage d'achever l'affaire. 11 peut bien s'adresser tout droit à M r de 
Lyonne pour ma pension , si l'ancien amy 2 n'est plus auprès de son 
Eminence, et je luy envoyeray ma procuration, sitost qu'il me le de- 
mandera. J'ay receu tout ce que vous avez fait donner au Messager et 
vous en parleray une autre fois. 

Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



1 Renaudol (Théopbraste), fondateur de ' Silhon, qui remplissait peut-être en ce 

la Gazette de France en i63i.morl le a5 oc- moment une de ces missions à l'étranger 

tobre 1 653. Voir le livre du docteur F. Rou- dont il fut chargé quelquefois, 
baud: Th. Renaudot, Paris, i856,in-8°. 



DE JEAN LOUIS OOEZ DE BALZ IC. 



871 



XCIV. 

Du i g juin i 645. 

Monsieur, je vous escrivis au loiij; il y a aujourdhiiy liuicl jouis, 
mais le temps me manqua pour vous dire quelque chose du présenl 
de M* d'Andilly et pour voussuplier, comme je fais de tout mon cœur, 
de l'eu remercier ou de l'en faire remercier de ma part. ampHsiimië 
se, ilirci 'et cxquisilissimis verbis. Je n'ay encore receu que la première par- 
lie d'un si beau présent, du mérite de laquelle je demeure d'accord 
avec vous. Je conclus, Monsieur, qu'il y a de l'estrange , de l'admi- 
rable, du divin, eu plusieurs endroits des lettres de ce saint homme 1 . 
Mais il ne se contente pas de donner de l'admiration , bien souvent il 
me fait peur, et je ne l'admire pas plus que je l'appréhende. Je soi s 
presque toujours triste d'une lecture si agréable, et, quand je me con- 
sidère auprès de cette perfection chrestienne , cujus perfectissimam ideam 
hic videre est, que j'ay pitié, que j'ai honte, que j'ay horreur de mon 
imperfection! 11 parle une langue inconnue au monde , le Seigneur de 
la Scale l'ignoroit 2 , M. de Saumaise ne l'entend point, et je voudrois 
bien sçavoir ce qu'en croit le docteur Mezentius, autrement le redou- 
table grammairien 3 , et ce qu'en disent les autres génies 4 ou esclairs de 
ce siècle, comme ils se nomment eux (mesmes). 

L'épitre de M r Voiture à M r Goligny 5 n'est pas de génère hoc, et l'es- 



' Les lettres de Robert Arnauld d'Andilly 
parurent à Paris chez la veuve de Jean Ca- 
musat, en i645, in-4°. Ces lettres ont été 
réimprimées plusieurs fois, notamment en 
166a, en 1680, en 1689, eu 1 ^9^' 
en 1696. 

' Joseph Scaliger. 

3 Ce redoutable grammairien n'est autre 
que La Mothe Le Vayer. Mezentius était ce 
roi des Tyrrhéniens dont Virgile a dit: 
Imperio et sœvis tenuit Mezentius ormis. 



4 Le copiste a écrit : guéris. 

1 II n'y a dans les Œuvres de Voiture 
qu'une seule pièce de vers adressée à Gas- 
pard de Coligny (plus tard duc de Chastil- 
lon); c'est celle qui est reproduite aux pages 
567-555 de l'édition de M. Amédée Houx 
(Didot, i858, in-8°), et qui , sous le titre 
d'Epistre à M. de Colligny, renferme de fort 
libres plaisanteries à l'occasion du mariage 
de ce gentilhomme avec Isabelle Angélique 
de Montmorency-Bouleville. 



272 



LETTRES 



prit dont il faut avouer qu'elle est pleine n'a rien de commun avec 
l'esprit de dévotion et de pénitence , à laquelle il est temps qu'il songe 
aussy bien que moy, sans plus chercher des rimes en lue \ 

Jam subrepet iners œlas; nec amare decebit. 
Dicere nec cano blanditias capite \ 

Le feu cardinal de la Valette luy a dit mille fois ces deux vers du 
poète qui est son favory. Ce poète mourut à l'aage de vingt-cinq ans 3 , 
et M r de Voiture et moy en avons plus de cinquante " , desquels peut 
estre nous n'avons pas vescu un seul quart d'heure selon les reigles de 
M r S'-Cyran. Tandem, tandem meliora sequamur. 

L'incomparable M r Ménage m'a trop obligé de s'estre souvenu de 
moy et de m'avoir régalé de ses derniers vers. Ils sont très beaux, très 
latins, et très passionnés, mais plus passionnés que je ne voudrais, car, 
à vous dire le vray, sa passion me donne de la jalousie, et j'ay bien 
de la peine à souffrir auprès de luy une plus grande faveur que la 
mienne. 

J'enrage si ce bien heureux Monsieur Sarrazin 5 est plus aymé que 



1 Le copiste a écrit : tue. L'abbé d'Olivet 
a cité (non pas littéralement) ce passage 
depuis les rimes en lue jusqu'à M' de Saint- 
Cyran (Histoire de l'Académie Française, 
t. ii. p. 63). 

2 Tibull. lib. I, Elegia prima, v. 71, 72. 
Le copiste a mis subrepit pour subrepet et 
docebit pour decebit. 

3 On croit que Tibulle naquit l'an 63 
avant l'ère chrétienne, le même jour qu'O- 
vide, et qu'il mourut l'an 19, la même 
année que Virgile. Il n'avait donc pas 
même, au moment de sa mort, les vingt- 
cinq années que lui donne Balzac. 

4 Balzac se trompait tant pour lui que 
pour Voilure: il n'avait alors que quarante- 
huit ans et quelques jours ; Voiture , né en 
i5g8, n'en avait que quarante-sept. 



6 Jean -François Sarrasin, né près de 
Caen en i6o5, mort à Pézenas en 1 656. 
M. V. Fournel, dans la Nouvelle Biographie 
générale, a cité, sur cet écrivain. Tallemant 
des Réaux , Pellisson et d'Olivet , Huet . 
Ménage, Baillet. Segrais, Daniel de Cos- 
nac, Niceron, Vigneul-Marville. R a oublié 
M. V. Cousin et M. Hippeau. R a oublié 
aussi Loret et Balzac. Ce dernier a dit 
(lettre à Chapelain du 8 janvier 1660. 
p. 808 ) : (f M. Sarrasin est un docteur excel- 
lent, et qui débite beaucoup de choses 
rr d'une manière très-agréable." Dans une 
lettre à Conrartdu 7 octobre 1669 (p. 875), 
Balzac a fort loué «la raillerie» de la Pompe 
funèbre de Voiture, une des plus jolies pièces 
de Sarrasin. 



[)!•: JKAN-LOUIS (IIIF.Z DK ItALZAC. 278 

inoy, et il IVsi sans doute, puisque mon amv Be plainl si amoureuse- 
ment de son absence, el qu'il ne peut vivre nu seul jour sans luy non 
pas mesme dans nn palais enchanté, où il est dans les délices jusques 
aux yeux '. Il verra dans peu de jours s'il a droil de me faire ce torl ; el 
le premier livre des lettres choisies que je vous envoieray luy repro- 
chera le mauvais traitement que je reçoy. 

Le petit devoit estre mieux instruit dos affaires de la Cour el du 
Palais : son ignorance me cousle cher, et (pie pense-t-il <pie ce soit à un 
philosophe de ma gravité que d'avoir fait une prière par escrit à M r le 
Chancelier et de luy l'aire encore un remerciement? Et hoc pour ses mille 
escus d'Alchimie, qui m'avoient esté proposés comme chose asseurée , 
prochaine, présente? J'ay eu la bonté, outre cela, de le recommander 
à mon dit seigneur le Chancelier , duquel il attend son salut, contre la 
persécution d'une personne qui le tourmente. Je vous envoyé copie de 
mon remerciement et de ma recommendation , qui sont deux entou- 
siasmes d'hier matin et pour lesquels, absit verbo invidia, je suis satis- 
fait de nos Déesses. Le petit n'aura point pourtant de lettre de moy par 
cet ordinaire: mais vous voyez bien qu'il faut que ce soit luy qui pré- 
sente le tout à Solon , affin que Solon voye au plustot la chaleur, 
l'excès, les biperboles, voire les illusions de ma gratitude, qui s'ima- 
gine d'avoir eu le don d'une place pour faire bastir une rue , ou d'avoir 
receu pour le moins trente mille escus. Toutes fois , Monsieur , quoy- 
que je vous parle si souvent d'escus, je ne pense point avoir besoin de 
vos exhortations pour le mespris de l'argent, et je puis dire sans vanité 
qu'il n'y a gueres d'ames moins avares que la mienne. Je ne cours 
point après mille escus, mais, s'ils me viennent trouver, je les recevray. 
Que le petit sollicite ma pension à Paris; qu'il agisse de ma part tant 
qu'il luy plaira, pourveuqueje ne parte point d'icy, et que son inquié- 
tude ne trouble point mon repos. Au reste Monsieur de Lyonne n'est 
pas barbare, et je luy escrivis l'année passée, comme vous pouvez vous 



1 Ménage fut toujours le meilleur ami ture laissa, en mourant, tous ses papiers. 
deSarrasin. Ce fut à lui que le rival de Voi- d'où fut tirée l'édition de 1 650 (in-4°, Paris). 

35 



27â LKTTRKS 

en souvenir; et Monsieur son maistre ' a dit depuis peu à M r de Bois- 
robert qu'il seroit bien aise que je luy fisse naistre une occasion de me 
servir. 11 entend par là apparemment quelque chose de plus que le 
payement d'une chétive pension, mais on peut néanmoins pour celte 
chétive chose se prévaloir de sa bonne volonté , sans gaster de meil- 
leures espérances, si on les a; et, après tout, que le petit soit heureux 
ou malheureux en ses sollicitations, je ne me mets point en peine de 
l'événement des choses. 

Ce M r Esprit est admirable d'avoir peur qu'on luy reproche d'avoir 
esté autrefois grand prédicateur. Il faudra le contenter là dessus. La 
bonne nouvelle que celle de l'arrivée de nostre cher père Hercule! Il 
verra ma lettre dans mon livre, puisqu'il ne la [peut] plus recevoir à 
Rome. Dieu vous veuille consoler dans la maladie de Mademoiselle vostre 
mère. Je vous souhaite plus de satisfaction qu'à moy mesme et suis 
sans réserve et medullitus, Monsieur, vostre, etc. 

Je n'ay nulle attache particulière à la mayson que vous sçavez, et 
l'affection que j'avois pour le prince ne passoit guères la civilité: mais 
jestois inquiet, j'estois malade, je bruslois pour le Spartiate, etsa mau- 
voise humeur ne m'a pas si offensé que je ne puisse dire encore tout 
cela au temps présent. 

Je suis très mal , et ne laisse pas de vous escrire de très grandes 
lettres. 



XCV. 

Du au juin (645 

Monsieur, Pourveu que le mal ne m'accable pas tout à l'ait, mon 
esprit est toujours auprès de vous : je parle toujours à Atticus, voire 
mesme quand je dors, et mes songes me pouroient souvent fournil- la 

1 Mazarin, sous les ordres duquel Lyonne travaillai! alors. 



DE JEAN-L0UI8 GUEZ DE BALZAI 27S 

matière de mes lettres. Verbi gratta, Monsieur, je me suis trouvé la 
mu! passée entre \<ms et l;i nacelle d'Orléans. .I;iy esté tesmoing des 
privautés que \<>ns avea avec elle. J'ay ouy les plaintes qu'elle vous a 
faites, qui ont fini par cri le prière en latin, de laquelle il me souvient, 
el à laquelle j'a\ donné pour titre en me resveillanl : 



VIRUO AU l'dETAM Cl MlTUoItl'.M. 



Sum fortis sat dicta, param ha-c laua virgine digna esl 
Dn tandem ut pcr le pulchrn decensquc vorrr. 

Au premier vers la Pucellc n'est que femme; au second elle esl 
femme et livre tout ensemble, et, si, en Tune et l'autre qualité, elle 
n'est pas satisfaite de l'épithètè de belle et de celuy d'agréable, elle esl 
plus glorieuse que Vénus, qui s'en est contentée dans Horace 1 , sans 
parler des Gratice décentes du mesme poète 2 , nostre cher amy. Le son;;' 
est historique, n'en douiez pas; les vers sont de la Pucelle et non pas 
de moy. 11 n'y a que le tiltre de ma façon, dans lequel je n'ay point eu 
dessein de vous offenser, en vous appellant le temporiseur. Fabius 
YJaximus a eu ce nom devant vous, et Rome l'a traité comme je vous 
traite 3 . 

J'ay receu les deux paquets envoyés par le messager : le troisiesme 
viendra quand il vous plaira. Je ne vous puis encore rien dire des 
lettres de M r d'Andilly, parce que je ne les ai pas encore leues 4 . Je 
vous dirav seulement que l'ode de Madelenet me semble très bonne 5 . 



1 Quis non te polius , Bacche pater, teque,decens Voir, sur l'habile adversaire d'Annibal , Po- 

Venas - lybe . Tile-Live , Plularoue , Cicéron , elc. 



( Carminurn lib. I , od. xvm, v. G). 



Balzac oubliait donc qu'il avait rendu 



2 Juucta;que nympbis Gratiae decenles. compte à son ami, le 12 juin précédent 

(Ibitl.,oà. iv, v. 6). (lettre XCIV ), des impressions que venait 

: Quinlus Maximus Fabius, né vers ay5. d'exciter en lui cette lecture. Du reste, dans 

mort en 2o3, surnommé cunctator, à cause la lettre suivante, Balzac va se plaindre des 

de soa excessive prudence, et dont Ennius défaillances de sa mémoire. 

a dit : 5 On a déjà vu que Balzac était un grand 

Uuus tiomo oobis cunctando restituit rein. admirateur du talent poétique de .Madelenet. 

35 



276 LETTRES 

celle de S 1 Amant très mauvaise 1 , et le poème de Menarderius 2 très 
peu digne de sa grande et magistrale présomption 3 . 

Je me resjouis extrêmement de la bonne nouvelle dont il vous a plu 
me faire part 4 , et prie Dieu de vous conserver la cadete de mon père, 
lequel se porte bien à l'aage de quatre vingt treize ans. 

Si cœlum mea vota audit , Capelane, serenas 
Sernper âges luces , et fœdi nescia luctus 
Puro vita tibi fluet incorruptior auro. 

Je vous ay escrit au long par la voye de M r d'Argence et par celle 
du sieur Rocolet. C'est, Monsieur, vostre, etc. 



Voici le distique d'une autre façon, mais la première me plaist da- 



vantage. 



Bellatrix sum dicta satis; per te, inclyte vates, 
Ah patere ut tandem pulchra decensque vocer. 



1 Balzac paraît avoir peu goûté Saint- 
Amant ; je ne trouve dans toutes ses œuvres 
qu'une seule ligne qui se rapporte à ce 
poëte, c'est celle-ci, que je tire d'une lettre 
à Chapelain du 8 janvier 1690 (p. 808) : 
rrj'ay appris du mesme autheur» (du duc 
de la Rochefoucauld, que Balzac avait vu la 
veille) rrque Moïse sauvé estoit la passion 
rrde M r et de M™' de Liancourt.» Le Moyse 
sauve , qui circula longtemps manuscrit, ne 
parut qu'en iG53 (Paris, Courbé, in-6°). 

2 Hippolyte Jules Pilet de la Mesnar- 
dière, lecteur ordinaire de la chambre du 
Roi, reçu à l'Académie française en 1 655 , 
mort le à juin i663. Les Poésies de La Mes- 
nardière parurent à Paris (in-8°, i65f>). On 
y trouve (p. 122) un sonnet composé à la 
louange de Balzac, et qui était destiné à 
servir de préface au recueil de vers funèbres 



que Conrart avait projeté de former en l'hon- 
neur de son ami. Voir, sur La Mesnardière, 
Chapelain (Mémoire sur quelques gens de 
lettres), Tallemant des Réaux (passim) , les 
Mémoires de Bussy-Rabutin , Titon du Tillet, 
le P. Niceron, l'abbé d'Olivet, Dreux-du- 
Radier (Bibliothèque historique du Poitou), 
Viollet-le-Duc (Catalogue de la bibliothèque 
poétique), etc. 

3 L'abbé d'Olivet a remarqué , à la fin de 
sa notice (t. 11, p. 99), que l'on voit dans 
les ouvrages de La Mesnardière mine con- 
rrtinuelle envie de se faire admirer plutôt 
trque d'instruire. 1 

4 La guéiison de la mère de Chapelain 
(Jeanne Corbière , fille d'un Michel Corbière . 
ami particulier de Ronsard). Voir ce que 
dit de la mère de Chapelain l'abbé d'Olivet, 
en tête de sa notice (t. II, p. ia5). 



DE JKAN-I.OIJIS GUEZ l>K BALZAC. 27" 



XCVI. 

Du :>.'> juin itj'l."). 

Monsieur, A l'heure mesme que je roceus vostrc lettre pour Mon- 
sieur le Chantre, je l'envoyai au Père Recteur, son frère, qui promisl 
de la luy faire tenir au plus tost. Je viens de retoucher {'Extemporale 
pour M r le Chancelier; vous en trouverez deux copies dans ce paquet et 
me ferez la faveur d'en donner une au cher Président. Dans les vers 
qui ont besoin d'esclaircissement mon intention a esté de faire diffé- 
rence de deux sortes de douleurs, l'une populaire, lâche et infirme, qui 
pleure, qui gémit, qui se tourmente, qui s'arrache les cheveux, qui 
ne songe qu'à la mort; l'autre sage, et honeste , et religieuse, qui loue, 
qui révère, qui adore, qui brusle de l'encens, qui bastit des temples, 
qui travaille pour l'éternité. Sur ce fondement j'ay cru pouvoir dire 
que la personne qui a esté pleurée par la première douleur doit estre 
adorée par la seconde juxta illud etiam antiquioris me vatis : 

Et quod fleverat ante, nunc adoret. 

Et, affin de faire mieux entendre cette noble et immortelle douleur, 
je l'ay voulu descrire par deux ou trois beaux etïects dans les derniers 
vers, qui certes me plurent en les faisant, et que je vous suphe de 
relire. La première douleur avoit peut estre besoin d'autant de vers 
pour desmesler toute ma pensée et pour ne point travailler l'attention 
du lecteur. Mais je n'estudie point quand je vous escris, et en conscience 
les vers qui sont insérés dans mes lettres ne me donnent souvent 
guères plus de peine que la date de mes lettres et le très humble ser- 
viteur qui les finit. El hœc dicta sint pour vous obéir, et pour vous faire 
sçavoir quelle a esté mon intention, et non pas pour disputer contre 
vous, ny pour soutenir que mon intention a esté expliquée assez clai- 
rement. 

Mais, Monsieur, que dit nostre très cher de Daniel Heinsius et des 
autres poètes Bataves? Quelle opinion a-t-il de nos lyriques modernes, 



278 LETTRES 

tant françois que Polonnois, et trouve-t-il leurs vers plus clairs que les 
miens? Ego vero hactenus credideram (et hoc mihi persuaserat M. Tvllius). 
poêlas ubique genlium aliéna vel sua liîigua locutos; et nobiles noêiris Deis 
(tti prqfanum vulgus odere) ita abliorrere plcrumque apkbeio et abjecto génère 
dicendi. A propos de poètes et de lyriques, est-il vray que Ceriaahtee 
fit dernièrement appeller M r de Candalle 1 ? Un petit article, s'il vous 
plaist, sur cette extravagance poétique. Un autre encore sur le sujet de 
M r d'Avaux, et, s'il quitte l'Allemagne, [que] je sçache ce qu'il viendra 
faire en France. Des cousins que j'ay céans (céans autem est Balzac 
où j'ay presque toujours esté depuis Pasques) m'empeschent de vous 
en dire davantage. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Sans avoir dessein de vous faire valoir mes escritures, je vous prie 
de croire que je n'ay songé qu'à vous seul dans ce que j'ay escrit de 
Daphnis à Amaranthe. Je n'attens donc point de remerciement de qui 
que ce soit; et en Testât où je suis il n'y a point de nouvelles connais- 
sances qui ne m'embarassent, pour belles et illustres qu'elles soient. 

Le petit se conseillera avec mon bon ange pour ma pension et pour 
tout le reste. 



XCVII. 

Du 3 juillet i645. 

Monsieur, Je sçay bien que je vous ay escrit quelque chose de M r de 
S 1 Cyran, mais c'est tout ce que je sçay, et j'ay beau chercher dans ma 
mémoire, je n'y trouve pas un seul mot de l'éloquente tirade dont 
vous me parlez. Elle est donc morte ou malade à l'extrémité cette mé- 

1 C'était très-vrai. Voir Tallemant des crfilsle duc de Candalle, qui sollicitèrent si 

Réaux (t. VII, p. hU\ et p. kh<j) ; les Mê- "fort les puissances, que la cour en fit ses 

moires d'Arnauld d'Andiily (collection Pe- rr plaintes en Suède, et que l'envoyé fut rap- 

titot, t. XXXIV, p. 258). On lit dans le <r pelé de son emploi en 1666.1 Voir aussi 

Dictionnaire de Moréri: trSes rodomontades le Dictionnaire de Bayle, au mot : Cèrisantex. 

cet son insolence le firent haïr du marquis remarque B. 
trdu Vigean, du duc d'Épernon et de son 



DE JEAN LOI is GUEZ DE B \l.z IC. 270 

moire, «] ni m'a donné antre fois réputation, et donl j'a\ fail des efforts 
que nios maistresoni loué an Collège H qui m'ont fail envier par mes 
compagnons, (h/min nostra codant, etnosqvoque 1 . Il faol se consoler a ve< 
nos restes : et, puisque nous périssons pièce à pièce, prions Dieu <pi il 
nous conserve la principale jusques à la fin dn tout, el qu'elle oe Be 

perde que la dernière; ne in pninrhiuin abeomUS, $i ilrhn WM» lits puen 
srma-, de nobis cliam dicatttr. Vous n'avez point rie part à ce de nobis el 
c'est moy seul qui crains de devenir cruclie, si mon chagrin s'obstine 
à me tourmenter. 

Je ne vous puis encore rien dire des lettres de M r d'Andilly. Elles 
me lurent prises des le jour que je les receus, et je les attends pour 
les lire : mais j'ay desjà veu la préface salmasienne, et l'endroit obli- 
geant où je suis nommé. Je vous supplie, Monsieur, que nostre très 
cher tesmoigne, comme il faut, à ce Trismegiste, le parfait ressentiment 
que j'ay de ses continuelles faveurs. Je luy escrivis, il y a quelques 
mois, et donnay ma lettre à un Flaman , habitué en ce pays, qui me 
promist de la luy faire tenir. J'ay peur néanmoins de ne m'estre pas 
servy d'une bonne adresse, et, en tout cas, je seray bien aise qu'il sçache 
par nostre amy que son très grand mérite m'est toujours en très grande 
vénération, et qu'il en verra bientost des marques publicques et im- 
primées. 

S'il y a moyen, voyons les Épigrammes du Spartiate 3 , et vous estes 
un mauvais homme de n'en avoir pas pris copie lorsqu'il vous les com- 

1 Est-ce là un souvenir de cette pensée cet, s'il eust vieilli dans sa profession, il luy 

d'Horace (Ep. ad Pis. v. 63): irpouvoit rendre sa première gloire. Mais 

Debcmnr morti nos nosiraque, ^un jour les livres périront aussi bien que 

pensée ainsi traduite par Ronsard (Elégie tries libraires. Debemur morti nos nosiraque. • 

à Philippe Desportes , chartrain): 2 Le bis pucri senes a été cité par Charron. 

Nous devons à la mort et nous et nos ouvrages? De la sagesse, 1. I, ch. xxxvi, p. a3i du 

Du reste, Balzac a cité textuellement le t. I de l'édition de 18-20. Erasme (édition 

vers de Y Art poétique dans ce passage d'une déjà citée de ses Adages, col. 167) nous 

lettre a Chapelain, du 20 novembre 1639 apprend que ce mot a été dit pour la pre- 

(t. I, p. 8o3 des OEuvres complètes) : "h mière fois par M. T. Varron dans une de 

et regrette extrêmement nostre pauvre Camu- ses Satires Mc'nippies. 

irsat. .. Il avoit de l'honneur el de la vertu, ' Montnusier. 



280 LETTRES 

muniqua. Il y aura deux lettres pour luy dans le volume des Sélectes; 

la première dattée de l'année le traite seulement de Monsieur; 

mais l'autre, servato ut par est lemporum online, luy donne du Monsei- 
gneur et donne par mesme moyen bon exemple aux glorieux de nos 
deux provinces, qui ne peuvent digérer la dureté de ce mot, et disent 
tout haut que, n'estant point officier de la Couronne, il n'est que Mon- 
sieur de Montausier. Us disent bien davantage, ut plerumque etiam non 
mali alienam felicitatem œgris oculis intuentur. Mais je leur ferme tousjours 
la bouche : je demeure toujours le maistre de la dispute; et, si le Mar- 
quis avoit esté derrière la tapisserie de la salle où la question fust 
encore agitée, il y a peu de jours, il auroit veu qu'il n'a point un plus 
zélé ny plus violent serviteur que moy. Et tout cela, Monsieur, sans 
aucun dessein d'ambition ni d'avarice. Sed quid hoc monslri est, amicis- 
sime Capelane? Il se trouve donc des gens qui me croyent avide de fi- 
nance, et qui ont l'effronterie de le vous dire. S'ils m'accusent d'estre 
avare, il faut qu'ils accusent d'estre prodigues ÏEneclis de Plaute ou le 
Chrêmes de Térence. Le bon Baudius 1 , à qui on donna un tuteur, après 
avoir passé quarante-cinq ans, estoit avare de la mesme sorte que je 
le suis. Et luy et moy ne pouvons avoir ce nom là que dans les Contre- 
vérités, publiées autrefois en rime par le Marquis de Rouillac 2 . 

Vous pouvez croire que je suis bien ayse que mes derniers vers 
soient à vostre gré, et vous sçavez, il y a longtemps, que vostre estime 



1 Le copiste a écrit Bandius. Voir, sur Do- 
minique Baudius, de bien singuliers détails 
dans l'ample et curieux article que Bayle 
lui a consacré. Cet article, qui n'a pas moins 
de trente -sept colonnes dans l'édition de 
Beuchot, peut tenir lieu de tout ce qui a été 
écrit en France et en Hollande sur le poëte- 
professeur. 

2 Jacques deGoth, baron deRouillac, qui 
avait épousé, en i582, Hélène deNogaret, 
sœur du duc d'Épernon, en eut, vers 1 584, 
Louis de Gotb. marquis de Rouillac, maré- 
chal de camp général de la milice des armées 



navales, mort le 19 mai 1662. Voir Xhis- 
toricltc de Tallemant des Beaux (t. VI. 
p. 443-45i) et Y Histoire généalogique des 
pairs de France , de M. de Courcelles (t. M. 
p. h-j). Ni Tallemant, ni M. P. Paris, ni 
l'auteur du Manuel du libraire, ni les autres 
biographes ou bibliographes qu'il m'a étépos- 
sible d'interroger, n'ont attribué les Contre- 
vérités au marquis de Rouillac M. Edouard 
Fournier, qui a réimprimé cette satire dans 
le tome IV (p. 335-347) de ses Variété.* 
historiques et littéraires (i856). n'a pas 
cherché a deviner le nom de l'auteur. 



DE JE \\ LOUIS 6UE2 DE l! LLZAC. 281 

est l'object <le mon travail : je vous les envoyai par le dernier ordi- 
naire, changez en mieux, si je ne me trompe, h fortiGés « I < - quelque 
<lis!i(|ui\ Je désirerois qu'ils lrusseui veus de cette dernière façon, n 
tamen digni umt qui omntno videttfUur. Obligez-mo} de faire rendre à 
M 1 ' Mainard le papier cy enclos, que mon copiste avoil oublié. Ne 
sçavez-vous aucunes nouvelles de M' l'Evesque de Lisieux, el n'est-ii 
plus si apostre que nous l'avons cru au temps passé '.' J'en ;i\ appris un 
terrible el espouventable secret, que je vous dirav un jour à l'oreille. 
Je suis. Monsieur, vostre, etc. 



XCVIII. 

Du 10 juillet i(>ïi. r >. 

Monsieur, Je ne sçaurois que je n'estime mon songe, puisqu'il a res- 
vcillé vos belles pensées, puisqu'il vous a fourni la matière d'une très 
éloquente lettre , puisqu'il a donné occasion à la bonne nouvelle que 
vous m'avez fait, sçavoir de vostre heureuse arrivée au neufviesmelivre. 
Je ne pensois pas en vérité que vous en fussiez venu si avant, et je vous 
avoue que, si j'entreprenois un poème Epique, dans l'embarras de 
Paris (présupposé que je fusse capable de l'entreprendre), je demen- 
derois un siècle entier pour l'achèvement de mon travail. Mais c'est, 
Monsieur, que vous estes nay plus heureusement que les autres 
hommes, et que, par une abstraction excellente, vous sçavez vous sé- 
parer du Monde où vous estes, et vous faire le loisir que vous n'avez 
pas. Vos momens vallent plus que nos journées, et, après vous avoir 
donné desmentis sur tout ce que vous me dites à votre désadvantage, 
je conclus que vostre poème donnera réputation à la France, humiliera 
la présomption de l'Italie, embellira nostre siècle, et estonnera la pos- 
térité. Mais est-il vray que nous verrons douze livres dans trois ans? 

Sol propera , et senior fiam et jam tertius anntts 
Accédât reliquis. 

Je vous parlay, il y a huict jours, de ma seconde lettre au Marquis 

36 



282 



k ET TRES 



de Lacédémone, et je suis d'advie aujourd'huy de vous l'envoier ayaul 
appris la consommation de son mariage , dont elle a esté la pré- 
diction : 

Vinto havea l'mondo , et vinlo havea stessa 
La gran Vittoria : ed ineontr' Amor secreto 
Portava in suo pensier iibero, e lieto, 
Querela elerna caslitate oppressa ; 
Quando l'alato Dio, vinta ancor essa, 
Le si pose nel core umile , et queto : 
Et la congiunse à cui fatal decreto 
Tanta felicitate havea promessa. 
Rise il gran Giove . . . , etc. ' 

Il ne faut qu'ajouster une sillabe au premier gran, et changer Vit- 
toria en Julia; ces beaux vers ne seront-ils pas , après cela , pour Madame 
nostre Gouvernante? 

Puisque M' d'Andilly a t'ait une entière divorce 2 avec le monde, et 
qu'il n'escoute plus ce que luy est dit de la part du siècle, vous n'aurez 
rien icy de particulier pour luy. Vous sçavez seulement en général que 
j ay trouvé ses lettres très belles et très françoises, et que je ne suis 
pas de l'opinion de celuy à qui je les avois prestées, qui m'a mandé 
qu'elles estoient de ces belles choses qui ont plus de beauté que d'ag- 



1 Voici la traduction de ce sonnet, qui 
n'est ni de Benibo, ni de Michel-Ange , ni 
deMolza, trois des plus fervents admira- 
teurs de la diva Vittoria Colonna de Pescara: 

rt Elle avait vaincu le monde et elle-même, 
« la grande Vittoria : et contre amour secret, 
"dans sa pensée libre et joyeuse, chasteté 
if opprimée portait une éternelle plainte ; 
•f quand le Dieu ailé, l'ayant vaincue elle 
•r aussi , se posa dans son cœur , tout humble 
cet tout coi , et l'unit à celui à qui le décret 
-mIu destin avait promis un tel bonheur; — 
if le grand Jupiter rit. . . » On peut rapprocher 
de cette citation ce fragment d'une lettre 
de Balzac à Montausier, du a5 avril i6'i5 



(p. (ja8): «Ce n'est pas sans quelque des 
«■sein du ciel , et sans quelque bon présage 
«■que ce marquis (le marquis de Pescaire, 
rr auquel Balzac vient de comparer Montau- 
'rsier) m'est venu en la mémoire. Puisque 
irvous n'estes pas moins brave que luy, il 
Tfaut que vous soyez aussi heureux: il faut 
«que la Vittoria Colonna de nostre siècle 
t achève voslre félicité., s 

2 Ce doit être une faute du copiste. Di- 
vorce a toujours été du masculin . soit chez 
les contemporains de Balzac (Corneille, le 
Maitre , etc. ) , soit chez les écrivains anté- 
rieurs à Balzac (Calvin , d'Aubigné. etc.). 



DE JEAN LOUIS GUEZ DE B ILZAC. 288 

gréement. Je croiois vous envoier le premier livre des miennes par le 
messager qui pari ce matin, mais ce Bera Bans faute pour lund\ pro- 
chain; el cependanl préparez-vous à me bien Batter, el à me man- 
der que je suis un admirable Faiseur de lettres, quand je oe mérite- 
rois d'avoir rang que parmj les secrétaires de S'-Ionocent. 

Je remercie la bonne Madame Camusal de Bon sieur de Cerisiers 1 , 
ipn (jiiulriii m- se devoil jamais séparer <lu l'ère le Moine, allin qu'en 
ces deux pères les Jésuites eussent une paire de fous, pour opposer à 
tous les Malxeiri- el à tous les autres matstres Tous de delà les Mon-, 
Mule sit in felicibus Mis bestHs, de quibua humanum illud mihi sœpiiu 
usurpandum est : 

Simia quam similis turpissima beslia uobis ! 

Ou, pour changer cette vieille image, Que je veux mal à ces ridi- 
cules Oysons qui veullent faire les Cygnes 3 ! 

Je vous envoie la procuration pour le petit, qui me mande merveille 
de nostre M r Silhon. Je voudrois bien que M r de Priesac eust une copie 
de mes vers à M r le Chancelier, de la dernière révision. J'attens les 
poèmes du poète Remmy * et demeure, Monsieur, vostre, etc. 



1 Le père René de Cerisiers, né à Nantes 
eu 1609, mort en 166a. Voir, dans \a Bio- 
graphie universelle ou dans la Nouvelle Bio- 
graphie générale, et mieux encore dans la 
Bibliothèque des Ecrivains de la Compagnie 
it Jésus (in-f\ 1869. 1. 1, col. 1 180-1 191), 
une interminable liste de ses mauvais ou- 
vrages. 

5 Je ne trouve ce nom nulle part. Faut- 
il lire Malvezzi? Alors il s'agirait du mar- 
quis de Malvezzi ( Yirgilio), mort en i65i, 
fécond et médiocre auteur d'ouvrages impri- 
més en 1 6aa . îôaû , i63a, i63& . 1 635 , 
16&0, etc. 



3 Souvenir des vers de \irgi\e(Eclog. IX, 
v. 36) : 

. . Argutos inter strepere anser olores. 

1 Abraham Ravaud . plus connu sous le 
nom de Remy ou Remmy (en latin Bem- 
mius) , du nom du village du Reauvoisis 
(Rémi ) où il naquit en 1600. On a de lui 
un poëme épique , en latin , sur les expédi- 
tions militaires de Louis XIII . et diverses 
poésies publiées en 1666. l'année de sa 
mort. Voir une lettre de Ralzac du h jan- 
vier i6A3 à kM. Remy. professeur en élo- 
quence, et poète du Roy» (p. 6o5). - 



36. 



284 LETTKKS 



XCIX. 

Da i5 juillet iG&5. 

Monsieur, Je peste sans cesse contre la nuict et luy donne plus de 
malédictions que les amans qui jouissent ne luy sçauroient faire de 
remerciemens. Je l'appelle la sœur de l'enfer et la fille du Chaos. Je 
change ses epithètes de sage et de conseillère 1 en celuy de conseillère 
de rage et de désespoir. Qu'elle me dure, qu'elle me travaille, mon 
cher Monsieur! Je ne connois ny son calme ny ses pavos : elle n'a 
pour moy que de l'agitation et des espines, et je vous fais ce mot après 
dix heures entières d'inquiétude et de douleur. C'est pour accuser la 
réception de vostre dernière lettre 2 , et pour vous dire que, puisque 
mon Extemporale 3 a mérité vostre approbation, je l'estime digne de 
l'éternité. En conscience j'ayme beaucoup mieux qu'il vous plaise qu'à 
celuy pour lequel il a esté fait; et, quoy que vous ait voulu persuader 
un historien ypocrite , mes passions me touchent bien plus vivement 
que mes interests. Il faudra adjouster le vers nécessaire pour l'éclaircis- 
sement de ma pensée, et je demeure d'accord avec vous qu'elle en sera- 
plus claire, plus juste et mieux remplie. 

11 y a deux jours que je suis à Angoulesme où j'ay veu le R. Père 
Recteur. Il a envoyé vostre lettre à Saintes, mais il n'a point encore 
nouvelle que M r son frère l'ayt receue. Je suis fascbé de ne luy avoir 
despesché un homme exprès, qui m'eust apporté response que je vous 
aurois fait tenir il y a quinze jours; mais vous me proposiez la voye 
du Père Recteur, et, si j'ay failli, vous en estes cause. Le messager 
d'AngouIesme part aujourdhuy et vous porte un gros paquet qui vous 
est directement adressé , et dont le port a esté payé icy. Vous trouve- 

1 On sait que les poètes grecs ont appelé trois écrivains postérieurs , M"" de Sévigné, 
la nuit eitppôvy , c'est-à-dire sage et pru- Bossuet, Voltaire. 

dente, celle qui porte conseil. ' Pièce adressée au Chancelier Seguier. 

2 M. Littré n'a cité, au sujet de la l'or- p. 10 de la seconde partie du t. II des 
mule: accuser la réception d'une lettre, que Œuvres complètes. 



DE Ji; \\ LOI [S GOEZ DE I! ILZAC. 285 

rez dedans !<• premier livre des lettres choisies, '•! le commencement 
du second; les derniers originaux que vous m'avez envoyés, el le petit 
Virgile d'Annibal Caro. le suis, Monsieur, «rostre, <'lc 

Je vous entretiendra} plus au long par l'ordinaire de la semaine 
prochaine; j'aj encore dans la teste el «lan^ les yeux les restes de la 
mauvaise auit que j'ay passée. 



c. 

L)n -i!x juillet l6A5. 

Monsieur, Le cœur me dit que vous n'avez plus la cholique, et que 
la persécution dont nie parle le billet que j'ay receu s'est arrestée au 
cinquiesme jour. Mais n'est-ce pas trop de l'avoir soufferte quatre tout 
entiers et d'estre plus mal traité avec vostre tempérance que les des- 
bauchés ne le sont après leurs excès? Je vous plains certes extrême- 
ment, et de telle sorte que mon amour ajouste votre douleur aux. 
miennes : 

Utque ego felicem Tityrum atque Proraethea clameni . 
Una qoibus tantuni viscera carpit avis. 

En effet, Monsieur, je suis la proye de mille vautours, je suis con- 
damné à plusieurs suplices; et si vous sçaviés quelles cruelles nuits je 
passe depuis quelque temps; mais je prens patience pourveu que les 
vostres soient plus douces et que je sçache, pour ma consolation, que 
la plus noble partie de moy mesme est en repos au lieu où vous estes, 
pendant que l'autre se tourmente icy. 

Mon gros paquet qui partist d'Angoulesme il y a huict jours, arrive 
à Paris aujourdhuy 2/i de ce mois, et je m'asseure que vous prendrez 
la peine de le faire retirer par un de vos gens. Il vous est adressé tout 
droit, et le port en a esté payé comme vous voiez par la suscriptiou 
en parchemin. Je seray en allarme jusqu'à ce que j'apprenne qu'il est 
arrivé à bon port , et que toutes les lettres que je vous ay escrites par 
la voye de Rocolet vous ont esté seurement rendues. J'espère que les 



280 LETTRES 

choisies vous divertiront, et que vous y trouverez des originaux et des 
nouveautés. A mon advis , Monsieur, elles mériteront une préface de 
la façon de quelqu'un de nos amys, verbi gratia , du cher M r d'Ablan- 
court, à qui vous la demanderez de ma part. Je la désire, principale- 
ment affin qu'elle annonce les deux volumes ad Allicum, et qu'elle 
empesche M r Lhuilier de plus songer à vostre mort et à l'inventaire 
de vos meubles. Elle pourra parler du charactère epistolaire, de la 
variété des humeurs, de l'urbanité, de la raillerie, du stile d'honneste 
homme opposé à cehiy du déclamateur et de bel esprit. Elle pourra en- 
core parler de mes vers latins, de ce que vous en a dit autrefois le père 
Bourbon, de la bonne opinion qu'en a Grotius, Yossius 1 , et cœt. Mon 
dessein est de mettre en quelque lieu du volume vostre admirable 
sonnet et l'Eclogue de M r de Grasse; mais je voudrois bien, pour 
l'amour de luy, qu'il en retouchast quelques endroits que j'ay marqués 
dans la copie que je vous ay envoyée, ni dignius .sit tanto vate cullissi- 
mum alias et suavissimum canne». Surtout je ne puis souffrir là un « con- 
joints l'agréable avec le nécessaire , i> et je ne sçay si je l'ay marqué. 
Il ne luy faut pas une demy-heure pour rabiller toutes les choses mar- 
quées. Mais il faut, s'il vous plaist, que les avis viennent de vous, affin 
qu'ils soient mieux receus de luy. J'ay bonne espérance et attens de 
bonnes nouvelles de vostre santé. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Je n'ay point bien releu les papiers que vous recevrez aujourd'hui : 
mais vostre Seigneurie illustrissime supléera à mon défaut, et les fautes 
françoises, latines, grecques, seront aisément [corrigées] par elle, etc. 

Je vous ay escrit trois fois par la voye de Rocolet, et veux croire 
qu'en son absence ses garsons auront eu le soin de vous faire tenir mes 
despesches. 

Gérard Jean Yossius . mort en mars i6g5à 1701 en six volumes in-P ( Amster- 

1669, ir l'un des plus laborieux et des plus dam). Vossius mériterait mieux que les 

- doctes personnages du x\ 11' siècle,» comme simples articles biographiques ou critiques 

1 appelle le Moréri de 1759, qui e'numère qui lui ont été consacrés par Raillet. Colo- 

la plupart de ses hk ouvrages réunis de miez. Niceron . Chaufepié . etc. 



DE JEAN-LOUIS «.ni;/. DE BALZAC. 287 

Monsieur de Forguee el Monsieur d'Àrgence ont conjointement an 
procès à la Chambre de l'Edit : obligez-moy, Monsieur, de conjurer 

en mon nom M' de Voiture de recommendcr leur a lia ire à M 1 le Pré- 
sident de Maisons 1 , mais que ce soil Fortement et comme si j'estois le 
premier intéressé dans ladite affaire : ; M' liemy pourroit bien aUss) 
nous y servir 3 ; je vous demendc deux petits liillets pour l'un cl poui 
l'autre, cl vous les bailler es, s'il vous plaist, à M 1 <l 'Vrgence. 

Il ne sera point besoin d'emploier le sieur Ueniy, si vous jugez <|ue 
la reeommendation de M r Voilure suffise. 



CI. 

Un 3l juillet i(3'45. 

Je vous prie que personne ne voye cette lettre et qu'elle ne se perde 
pas aussy. Je seray bien aise un jour de la revoir. 

Monsieur, Puisque vostre cholique n'est plus que faiblesse et que 
desgoust, mes grandes inquiétudes sont passées. Et, si je ne sacrifie un 
coq à Esculape (si je le fesois, je serois aussy payen que le docteur 
Heinsius), pour le moins estant poète aussy bien que luy, je veux faire 
un remerciement à Apollon, et crois luy devoir un ex voto. 

Ob te jam incolumem ; et tam carae dona salutis. 

Vous estes tousjours très bon et très sage , et vos advis m'obligent tous- 
jours : je m'abstiendray donc, à l'avenir, du nom qui desplaist à Mon- 



1 René de Longueil , marquis de Maisons, 
second président au parlement de Paris, 
mort le 1" septembre 1677. 

s . Voir diverses lettres de Voiture au pré- 
sident de Maisons, aux pages 296, 397, 
J09, de l'édition des OEuvres de Voiture 
donnée par M. A. Roux. La dernière de ces 
lettres, non datée, débute ainsi: « Madame 
"de Marsilly s'est imaginée que j'avois quel- 



tvque crédit auprès de vous : et moy qui suis 
« vain , je ne luy ay pas voulu dire le con- 
" traire. » 

3 Remy devait être un des favoris du 
président de Maisons ; la plus remarquable 
de ses pièces da vers est celle qu il fit, sous 
le titre de Meeonium , sur le château de 
Maisons, près de Saint-Germain-en-Laye, 
appartenant au président. 



288 LETTRES 

seigneur le ***'. Je vous prie seulement de vous souvenir que c'est vous 
qui avez esté son" 2 parrain, et que j'ay pris le nom de vous, comme 
plusieurs autres nobles et galantes locutions. N'ayez pas peur que je 
m'émancipe davantage. Il ne me faut qu'un demy mot d'advertissement, 
et je ne sçay pourquoy je ne me suis adverti moy-mesme, connoissant 
la naturelle rudesse dont est question : c'est que je ne pensois pas 
qu'elle fust pour moy. Je pensois, Monsieur, estre personne privilégiée. 
Caesar commença par là à estre tyran, et Suétone allègue ce mot pour 
la première marque de sa tyrannie: Qu'il vouloit que le monde changeait 
de langage, et qu'on ne parlast plus à lui/ ny de luy comme auparavant. Tu 
rero quid censés de hoc nostro, qui, paucissimis post adeptam prwfecturam 
diebus, escrivist sur le sujet d'une affaire de néant, dans laquelle ny 
l'authorité du Roy n'estoit intéressée ny la sienne de diminution, que, 
comme il reconnoistroit les bons, il sçauroil bien aussy punir les meschans. 
Feu M r le duc d'Espernon n'escrivist jamais d'un si haut stile; et vous 
sçavés néanmoins que qui dit feu M r le duc d'Espernon dit quelque 
chose de plus que le grand Turc, le grand Khan et le grand Mogol. Je 
ne blâme pas toute sorte de fierté, et il y a un orgueil généreux; mais 
il n'est pas icy en sa place. C'est une belle chose de braver et de battre 
les Espagnols, et de se faire craindre aux Croates, mais de fouler aux 
pieds un pauvre peuple sousmis et d'entrer en lyon en sa patrie, hoc 
certe parum dignum est magnanimo Aristotelis \alumno\. Noli ergo, diser- 
tissime Capelane, abuti eloquentia et ingenio ad purgandum. ftrmmm emm 
tu et ego credidimus hactenus spei nostrœ et amori nostro blandtti sumus. 
Presque tous les hommes sont comédiens; presque toutes les vertus 
sont fausses 3 ; et qui est-ce qui ne m'a point trompé de ceux que j'ay 
estimés et que j'ay loués, depuis tant de temps que j'estime et que je 

1 Le duc de Monlausier. que l'on trouve cette épigraphe qui résume 

1 Comment le copiste avait-il pu écrire : tout le livre : trNos vertus ne sont le plus 

sans? ^souvent que des vices déguisés. i La phrase 

1 C'est ce que le duc de La Rochefoucauld misanlhropique de Ralzac rappelle encore 

allait si ingénieusement soutenir quelques le livre d Esprit : La fausseté des vertus hu- 

années après (Maximes, i665); mais c'est maines (1679). 

seulement en tête de la tt' édition (i6a5) 



DE JEAN-LOUIS SUEZ DE BALZAC. 

loue ceux que i'ayme? Pour conclusion il me suffi! d'avoir esté la dupe 
de cettuicy, H d'estre encore encomiaste dans mes escris? Je ne prê- 
tons point à davantage, nv ne veux pousser ma fortune plus avant; et, 
s'il ne part à la haste de Paris, et qu'il ne me Burprenne en cette pro- 
vince, je vous puis asseurer qu'il ne m'\ trouvera pas 1 . Woriamj « I < » i i 
croire ce que luy demendera de ma pari mon autre amy, el ne pas 
examiner si curieusemenl toutes les circonstances dos petits devoirs de 
l'amitié. Tout le monde aspireroit-il à la tyrannie ? ibsit ut hoc deSaU 
masio suspicemur. 

Le messager d'Ângoulesme est arrivé et ne m'a rien apporté. M 1 ' de 
la Thibaudière n'a point de pensions, <pioy qu'il soit très digne d'en 
avoir. Vostre mémoire est diabolique ou angélique, si le premier mol 
vous blesse l'oreille, et si vous estes aussy délicat que les nouveaux 
gouverneurs. H est vray qu'il y a quatre ou cinq lignes dans la lettre 
• pie vous avez receue tirées d'une autre lettre que j'ay supprimée. Je 
pensois escrire aujourd'huy au cher Président, mais per cursorem von 
lied. 11 ne me parle point de mon mémoire. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Je vous escrivis il y a huict jours, par la voye de M' d'Argence de 
Forgues. J'envoieray demain un laquais à Saintes pour la seureté de 
vostre paquet; il n'y a que douze lieues d'icy, et le père Gombault en 
t'ait faire quarante à ses lettres, qu'il baille d'ordinaire au messager de 
Bordeaux. 



CH. 

Du 7 aoust 1 665. 

Monsieur. Vous ne m'aviez point envoie le jeu poétique; je le trouve 
très beau, et en suis très satisfait, quoyque je sois très degousté de 
celuy pour lequel vos Muses se sont jouées. M r Remy est un maistre 

1 Après avoir lu cette vive tirade contre frété dans l'amitié de M' de Montausier. 
Alceste, on ne s'étonnera pas de ce que dit «M' de Balzac n'étoit pas bien avec lui ... t. 
le Menagiana (t. II. p. h) : n-J'ay toujours 

37 



290 LETTRES 

juré en nostre mestier. Je ne vis jamais rien de plus romain, de plus 
pur, de plus harmonieux que sa Motte prise '. Le père Bourbon n'avoit 
garde d'estre si uniforme ny si égal. Il mesloit souvent Lucian et Clau- 
dian avec Virgile. Cette bigarrure ne se trouve point dans les vers de 
cettui cy. 11 n'est point faiseur de contours; il n'est point des frippiers 
du pays latin, et cum ubique virgilianns sit, ubique tamen mus est. 

Oue le messager d'Angoulesme me fait de tort de me faire languir 
à son ordinaire, et de me retenir si longtemps ce que j'attens si impa- 
tiemment. Vous ne me mandez rien de M r de Priesac; je vous avois 
prié de luy faire voir la copie que je vous ay envoyée, et il me semble 
qu'il est bien raysonnable que M 1 ' le Chancelier sçache, par le rapport 
et l'origine de ce confident, le zèle et la passion que j'ay pour luy. 

Tout ce que vous me sçauriez dire de la dureté et de l'avarice de la 
Cour, de la misère des pauvres Muses, du mespris que l'on fait de 
leurs saints misteres, de la ruine de leurs temples et de leurs autels, et 
eœt., tout cela, Monsieur, je me le suis dit moy mesme, avant que nous 
nous connussions vous et moy, et asseurez-vous que je ne seray jamais 
trompé par ma trop grande crédulité. Non tamen queii semper et lugere 
rolumus, neque omnium dierum soles occidisse; et post Cannensem cîadem 
etiam aliquis de Republica non desperavit. De Republica loquor, sapienlissimr 
Capelane, de privata enim nemo me vivit securior, et je ne voudrois pas 
faire un pas pour toutes les espérances de la Cour, quoyque je ne sois 
pas fasché que pour beaucoup moins le petit coure de toute sa force, 
qui] sue en esté, et qu'il se crotte en hyver, ex eo siquidem est hominum 
génère quibus abuti oportere prudens censuit Antiquitas. 

Totyla, qui fisl le mémoire, oublia M 1 ' d'Ablancour, à qui je vous 
suplie de communiquer nostre copie, et je serois bien aise aussy, pour 
l'amour de mes vers latins, que M r Remy eust le mesme divertissement. 
Sed si hoc qualecumque est, beneficium appellandum est, tibi uni debeai , refait, 
pt me veluti inscio res agatur, 

J'ay trouvé parmy mes papiers un billet que je luy ay escrit, qui 

: La Mothe ou La Motte, place forte de Chaumont), prise par le marquis de ViUe- 
la Champagne (arrondissement actuel de roy. le 7 juillet 1 645. 



DE JEAN LOUIS GUE-Z DE B M./. \< 391 

peu) avoir » place dans le volume. Nous m'avez obligé d'offrir à 
M 1 Mainard l'argent que lui dévoient couster les livres; mais, s'il ne les 
a pas encore payés, il m'obligera de De les point acheter, parce que je 
peuse li-s avoir d'ailleurs «jm* de Paris, sans les faire venir de si loin, 
.le suis. Monsieur, voslre, etc. 

Le messager es! arrivé pour la seconde fois et je n'aj rien eu de 
Paris. Il y a de l'apparence que le paquet aura esté porté au loj;is de 
quelque autre messager. Mon homme continue à copier, et le volume 
sera beaucoup plus grand que celuy des Œuvre* diverses. Ne sera-ce 
point Magnus liber magnum malum '? 



cm. 

Ou 13 aoust i645. 

Monsieur, Vous m'avez escrit des choses si estranges et si estonnantes 
de la part de M r de Voiture, que j'en demeure aussy interdit que si 
j'avois esté (râpé de la foudre. Ces choses ne m'ont pas seulement 
blessé le cœur, elles me l'ont osté avec la parolle, et, en lestât ou je 
me trouve, je n'ay ny le courage ny la force de me plaindre. J'aymerois 
mieux une autre fois perdre cinquante procès que d'en solliciter un à 
ce prix là. Si je n'avois esté que battu, je serois un peu moins offensé 
que je ne suis, et des coups de cane me seraient beaucoup moins sen- 
sibles que certains mots que j'ay leus dans vostre lettre. Il faut tout 
souffrir d'un amy de ce grand mérite; mais c'est le grand mérite (je 
noserois y ajousterla grande amitié) qui me fait résoudre à la patience. 
Car, pour le grand crédit dont vous me parlez, je ne le considère du 
tout point en cette occasion. M r de Voiture ne voudroit pas l'exercer 
contre un homme mort au monde, et je l'estime trop généreux pour 
estre jamais le violateur de mon tombeau. En effet que me reste-t-il à 

1 C'est le joli mot du grammairien Calli- de Ronsard (î "juillet i6ii,p. 854) : «Pour 
maque, mot si souvent cité, et dont Balzac «moy, je ne l'estime grand que dans le 
lui-même s'est servi en une autre occasion : «sens de ce vieux proverbe: magnus liber, 
c'est quand il a écrit à Chapelain, au sujet «magnum malum.* 

3 7 . 



■2\)-2 LETTRES 

taire que de m'enterrer après un si sensible desplaisir ? Je suis accablé 
d'une infinité de maux, tant du corps que de l'esprit, et cettui cy (que 
je n'ay point mérité), est venu aujourd'huy pour m'achever. Il n'y a pas 
moyen de passer oulre. C'est, Monsieur, vostre, etc. 



CIV. 

Du \h aoust i6iT>. 

Monsieur, Deux jours après vous avoir escrit, j'ay releu l'article in- 
jurieux. Bon Dieu, Monsieur, qu'il sent les reproches et les menaces! 
Et n'est-ce point une querelle d'Alleman qu'on me veut faire pour des 
plaintes douces, innocentes, amoureuses, que j'avois faites, et encore 
que j'avois faites pour mourir dans le sein d'un amy commun ? Je ne 
me suis point plaint que M r d' A vaux ne m'eust point escrit, car d'abord 
il fit response à ma lettre. Je n'ay point demandé de lettres à M r Voi- 
ture. Au contraire je ne me plains le plus souvent que de ce qu'on 
m'escrit des lettres, et, dans l'ardeur de mes plus ferventes prières, je 
ne demende d'ordinaire à Dieu que le silence des hommes. Vous le 
sçavez, Monsieur, M r Costar le sçait aussy, et, depuis sept mois et demy 
qu'il y a que je luy ouvris mon cœur dans le secret et la confidence de 
l'amitié, à deux diverses fois il m'a fait compliment de la part de mon- 
dit sieur de Voiture, comme je puis justifier par ses lettres. Que veut 
donc dire ce sentiment reschauffé, et tant de dureté, tant de rudesse, 
tant de raideur hors de saison? Lorsque je receus vostre lettre, je 
revoiois la fin de mon second livre dans lequel il y a un billet plein 
d'estime el de passion pour cet amy si cruel. Mais à l'heure mesme la 
plume me tomba des mains. Je maudis les escritures et l'impression, 
et je n'en puis plus ouyr parler. Je voudrois de bon cœur avoir bruslé 
tous mes livres, et estre aussy inconnu et aussy obscur que le plus 
caché des ermites de la Thebaïde. Je vous suplie donc, Monsieur, à 
cette heure que le malheureux manuscrit doit estre retourné chez 
vous, de ne l'en laisser sortir et de le mettre en quelque coin de vostre 
cabinet [si ton nobili Iwspitio dignus est) jusqu'à ce que vous ayez trouvé 



I)K JKAN-LOUIS (ilJKZ DH BALZAC. 298 

commodité seure pour me le renvoier, puisque celle du messager ne 

le .si |ias tousjours, Icsinoiii le livre de M 1 ' Ileiny. 

Je Qe puis osier la main de dessus ma playe, de laquelle! je ne pense 
pas jamais guérir, En vérité ce M r Voilure vous a dil d'cslraiiges 
choses, et. vous a prié encore de me les escrire; hoc ccrlc unmum B8t. 
Il faut qu'il se soit eslevé de deux cent degrés depuis que je ne l'ay 
[vu| et que je sois descendu de deux fois autant, pour m'avoir envoie 
ce beau compliment. Tant y a, Monsieur, que, si vous me commissiez 
aiiss} bien qu'il me connoist, vous auriez bien mauvaise opinion <le 
moy; c'est-à-dire <pic cela est desjà t'ait, si vous ne me croyez plus 
homme de bien et plus véritable que luy, qui tant splendidc et magnifiée 
de me niciititiir. Ce n'est pas un article amer, c'est du poison que j a\ 
beu dans cet article, et j'en crèverois, si aux lasches reproches qu'il 
me fait de m'avoir deffendu à la Cour, je ne respondois ce petit mot 
historique , qu'en ce mesme pays de la Cour je Fay souvent empesché 
d'est re mal traité, et une fois entre autres d'estre battu, jusqu'à m'estre mis à 
genoux devant un gentilhomme de mes amys qui alloit faire l'exécution ' , 
et cœt. 

La plainte faite il y a huit mois à M r Costar n'est sans doute que le 
prétexte du ressentiment; la cause pouroit estre plus proche et de plus 
fraische datte. Et ne seroit-il point fasché de ce qu'ayant veu son 
Epistre à M 1 ' de Coligny, je n'en ay pas fait l'éloge ? Hinc illœ forsau 
lachrymœ. 

Conférez, s'il vous plaist, l'article que je vous envoyé avec ceiuy 
que j'ay receu. Je ne sçay comment j'ay gardé copie de cette iettre. 
M r Costar me la donna sans que je la luy demandasse , estant très peu 
curieux de semblables escritures. 

J'ay dit des âmes à l'épreuve des persuasions, comme le cardinal Du 
Perron a dit devant moy, des âmes qui résistent aux persuasions des sens. 
aux persuasions de la volupté. Est-il à remarquer qu'en français le mot 
n'a pas la mesme force qu'en latin ? Il signifie seulement (et surtout 

' Révélation dont tes futurs biographes de bien d'autres particularités consignées 
de Voiture auront à tenir compte, ainsi que dans ces lettres. 



294 LETTRES 

au pluriel) des paroles puissantes et persuasives, et nous n'avons qu« 
nostre persuader pour le suadere et le persuadera de Messieurs nos 
maistres. Ce sont les peuples et l'usage qui en cecy nous doivent con- 
duire, et non pas les philosophes ny la rayson. 

Comme on a dit parler par des signes, qui geslu manibusque loquax, 
ne peut-on pas dire figurait eodem dicendi modo, faire signe par des pa- 
rolles? L'un s'est dit des pantomimes et des danseurs de ballets, et 
l'autre se dira, s'il plaist à M r Ménage, avec élégance et galanterie des 
balbutientibus el indisertis. Tutim erit judicium. 

Je ne sçay pas si je n'ay parlé que d'un livre à Monsieur Dupuy. 
Mais je sçay bien qu'il m'envoya une pleine caisse de différens livres, et 
j'ay cru avoir parlé de plusieurs livres par ces mots defolieta et de son 
excellente compagnie. Et tout cecy, Monsieur, par manière de discours 
avec vous, sans aucun dessein de contention, ny de résistance à l'opi- 
nion de mes chers amys. J'y acquiesceray tousjours très volontiers. Et 
je ne doute point qu'il n'y ait plusieurs autres choses dans mes lettres, 
qui , estant prises à la rigueur, pourront estre condamnées par des juges 
moins sévères que M r Costar. Sed hoc quoque Epistolicum est non omnia 
ad normam exigere, et Marco Tnllio teste, Epistolœ debent interduin haîlu- 
cinari. 

Au nom de Dieu, Monsieur, ne parlez ny à M r Conrart, ny à M r le 
Révérendissime son cousin 1 , de l'incomparable Eclogue. J'en admire 
tous les vers sans exception. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



CV. 

Du ai aoust 1 645. 

Monsieur, Dieu soit loué de vostre bonne santé. Cette bonne nou- 
velle me console un peu , et je trouve en vous ce que je cherche inu- 
tilement en moy mesme. H y a longtemps que je serois par terre, si je 
ne m'apuiois sur quelqu'un, et, dans la langueur où je suis, ma seule 



Godeau . l'évêque de Vence. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 395 

amitié eal la seule marque de vie qui me reste. \l r \oiturc n'en croH 
rien, et vous n'en croiriez rien non plus, m vous me connoissiez comme 
il me coiinoist. \h li' lâche! (mon assoupissemenl esl en cel endroil 
excité par ma douleur) , a-t-il eu l'audace de \"iis parler de la sorte? 
Je ne dis pas, avez-vous eu la patience de l'escoUter, car je sçaj que 
vous ne l'avez l'ail que pour le mieux, et peui estre pour tirer de sa 
bouche la déposition dune chose qu'il m'imporloit de sçavoir au vray. 
Je ne suis pas si malheureux qu'il faille que je fasse tousjours mon 
noviciat auprès de vous et que vous ne puissiez jamais respondre de 
moy, et que, toutes les fois qu'on m'accuse, vous ayez besoin, pour me 
justifier, ou de ma présence ou de mon Apologie. Tout ce que vous a 
dit et tout ce que m'a escrit M r Costar est digne de considération. Mais 
la résolution que j'ay prise de ne plus rien imprimer me met en estât 
de n'avoir plus besoin de ces sortes d'avertissemens, quoyque d'ailleurs 
très sages et très fidèles. Quiconque ne veut plus partir de terre ne 
doit plus craindre les escueils et les autres fortunes de mer, [et] n'a 
que faire de carte ny de pilote. Ut lamen mei facti tibi aliqua rcddalur 
mtio, vous sçaurez, Monsieur, qu'outre que les deux lettres à M r le 
Chancelier sont changées en beaucoup de lieux, c'estoit pour luy et 
non pas le public que je les fesois imprimer ; affin qu'il vit tous mes 
vœux et tous mes sacrifices, sur un mesme autel, par l'entremise de 
M r de Priesac,qui, à mon compte, devoit avoir le manuscrit le premier. 
Je prétendois aussy que la Préface expliquerait favorablement les 
intentions de l'auteur, et iroitau devant des plaintes des beaux esprits 
leur donnant satisfaction avant qu'ils eussent songé à l'offense, et re- 
jettant la mauvaise prose et les mauvais vers sur des personnes sans 
nom. estrangères, inconnues. 

Le paquet est à la fin arrivé, après avoir demeuré un mois et demy 
à l'enseigne de l'Arbaleste, rue de la Harpe. Je lis les poèmes latins, 
et liray la tragédie françoise , quand elle sera revenue entre mes 
mains, estant passée d'abord en celles d'autruy. Il n'est permis qu'à 
M r Voiture de louer son cœur , et d'en parler comme du cœur 
d'Alexandre. Je vous diray seulement que le mien n'est pas mauvais, 



296 

et que je suis 
vostre, etc. 



LETTRES 



de toute son estendue et de toute mon ame, Monsieur, 



CVI. 

Du 4 septembre i645. 

Monsieur, Je n'eus point de vos nouvelles par le courier de la se- 
maine passée; mais le dernier m'a apporté deux paquets, l'un desquels 
se sentoit de la gresse de quelque pochete, et portoit des marques de 
la sale négligence de quelque valet; ce valet pourtant pouvoit faire 
pis : après avoir oublié les lettres, il pouvoit les jetter dans la rivière, 
et j'ayme bien mieux le remords de sa faute que sa continuation. Ce 
que vous m'escrivez, Monsieur, de la mort de vos deux amys, m'est 
entré plus avant dans lame que vous ne sçauriez vous imaginer; et 
vous me l'escrivez d'une manière si poétique et si obligeante pour 
eux et pour moy, que j'en ay versé des larmes de douleur et tout 
ensemble de consolation. Vous m'aymez trop, puisque vous m'aymez 
autant que vous avez aymé ces héros; et que je suis dans vostre es- 
prit en pareil ' degré de faveur qu'estoit l'Archimède de France (qui 
ne devoit rien à celuy de Syracuse) 2 et qu'estoit le fils de la divine 



1 Le copiste a écrit pareille , mais degré 
a toujours été du masculin pour tout le 
monde. 

s Ce nouvel Archimède est Pierre de Ma- 
gaiotti , d'une famille qui a fourni à l'Italie 
plusieurs hommes distingués, notamment 
le comte Lorenzo Magalotti, né à Rome en 
1637. auteur de lettres, de dissertations et 
de poëmes sur lesquels on peut consulter 
Fabroni . Tiraboscbi , etc. Pierre de Maga- 
lotti commença à servir la France en 16/11 ; 
il fut nommé , cette même année , maislre 
de camp d'un régiment de cavalerie de son 
nom. Il se fit remarquer au siège de Gra- 
velines en i646 . devint successivement ma- 



réchal de camp et lieutenant général, et fut 
mortellement blessé, le 20 juin i645. au 
siège de la Molhe . en Lorraine. Voir, sur 
son admirable conduite devant cette ville . la 
Gazette de France du i3 avril i645 (p. 287. 
288). Voir encore les Mémoires de Mont- 
glat (édition de 1728, t. II, p. 161-162) . 
Y Histoire militaire du règne de Louis le Grand 
par le marquis de Quincy (t. I , p. 4 1 1 . la 
Chronologie historique militaire par Pinard 
(t. IV, p. 27), etc. Ce qui me décide à 
croire que Magalotti est bien l'Archimède de 
France, c'est que. comme l'illustre mathé- 
maticien de Syracuse, il montra autant de 
talent que de valeur en un siège où il de- 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 297 

Vriniicr ', qui ne valoil pas moins que celu\ <le la Déesse Thétis. Je 
ne doute point que cette perte n'ait touché très sensiblement toute la 
très illustre mayson, et, sçacbant bien que là dedans la haute vertu ne 
laisse point déplace à l'interesl el aux basses passions, je suis asseuré 
que la sœur esl aujourd huj trois on quatre lois plus riche qu'elle ne 
voudroit. Je vous envoyé des vers que je viens <le faire pour la mère : 

lieu mater, don jam mater quœ nominia buius 
Dimidium saltem amisil . 

.1 ay quelque opinion que les vers sont romains aussy bien qu'elle, 
el vous sçavez bien, Monsieur, que, si j'avois quelque autre remède 
meilleur pour le soulagement de son mal, je ne les espargnerois pas 
en celle occasion. A mon avis j'ay pris la chose par le bon biais, et 
sans doute le grand père eusl voulu mourir comme est mort le pe- 
tit-fils 3 . Qui* malit ignavam e&pectare senectulem, quœ lerrœterramreddat, 
quamjlorenti œtaie reponere patriœ spiritum quem ipsa dédit nobis. Je parle 
latin à une Romaine; et, quand je la considérerais comme Françoise, 
M r de Tbou n'a-t-il pas bien parlé en la mesme langue à Madame de 



voit trouver, lui aussi, une mort glorieuse. 
Si l'on m'objectait que le héros du siège de 
In Molhe n'a jamais eu une assez grande 
renommée pour pouvoir être comparé à 
l'homme de génie qui fut l'adversaire de 
Marcellus. je répondrais qu'il faut tenir 
compte ici des complaisances infinies de 
l'amitié. D'ailleurs, la date de la mort de 
Magalotti (derniers jours du mois de juin ou 
premiers jours du mois de juillet), concor- 
dant si bien avec la date probable de la 
lettre à laquelle répond Balzac, ne permet 
point de chercher un autre nom. 

1 Léon Pompée d'Angennes, marquis de 
Pisani , tué. âgé de trente ans, à la bataille 
de Nortlingen (3 août i645). Voir Ta 11e- 
iiuint des Beaux (t. II, p. 695-696) et une 
note de M. P. Paris (p. 509). 



2 De morte forlissimi juvenis , Marchionis 
Pisanii , ad illiistrissimam malrem Calhari- 
nam Vivoniam, à la page 9 de la seconde 
partie du tome II des Œuvres complètes. 
M. V. Cousin , qui a cité , sur la mort du 
jeune Pisani (p. 2Ô5 du tome II de la So- 
ciété française au vn e siècle), les vers de 
Scudéry, de Gombaut et de Tristan , a ou- 
blié ceux de Balzac , ceux de Chapelain et 
ceux de Cerisanles. (Voir les lettres qui 
suivent.) 

3 Soit Jean de Vivonne , seigneur de 
Sainl-Gouard, marquis de Pisani, chevalier 
des ordres du roi et son ambassadeur à 
Rome , soit Nicolas d'Angennes , seigneur 
de Rambouillet, gouverneur de Metz, loué 
par de Thou et par Davila. 



38 



•298 LETTRES 

Nemours, et M 1 ' de Sainte Marte à Madame la Mareschale de Retz dans 
un des plus beaux poèmes qu il nous ait laissés? Mais parlerons-nous 
encore de ce beau Monsieur 1 qui parle d'un cœur fait comme le sien. 
qui mesprise Sénèque, qui ne peut souffrir Pline le jeune, qui admire 
les auteurs espagnols, qui voulust faire comdamner les supposili de 
l'Arioste, qui se scandalisa une fois de ce que vous ne luy rendistes pas 
ponctuellement une visite? Vous voiez clairement qui! a tort, et que 
tout ce qu'il a dit est très impertinent pour luy et très ingénieux pour 
moy; et néanmoins vous ne me donnez jamais tout à fait gaigné, tant 
vous avez peur que vostre entière approbation me rende insolent et 
(pie je me méconnoisse en [la] prospérité (j'appelle ainsy vos laveur- 
pures et sans meslange, si quelquefois vous me les vouliez départir). 11 
a certes bonne grâce ce beau Monsieur de-s'imaginer qu'il a esté mon 
intercesseur auprès de M 1 d'Avaux ! Il peut l'avoir remercié, la grâce 
avant esté accordée, mais il ne l'a prié de quoy que ce soit, et, sans 
vanité, je puis dire que mon seul nom proféré par le petit amy fust 
le solliciteur de mon payement. Le beau mot encore qu'il vous a dit 
que je suis cause moy mesme de ce qu'il ne m'a pas peu obliger au- 
près de Son Eminence, n'ayant pas voulu faire ce qu'il m'avoit con- 
seillé. Nous ferons, Monsieur, en temps et lieu ce qu'il faudra faire (si 
ta m/m aliquid facimus), et cependant je m'asseure que vous ne comptez 
pas mes vingt vers pour rien, vous qui sçavez ce que six vers valurent 
à Sannazar, quoy qu'il les eust faits pour la ville du monde la plus 
mesnagère 2 . 

le remercie très humblement M* Domat, mais je vous prie que je 



! Vr 



Voiture. . Voir, sur Sannazar, outre tes Irès-nom- 

La ville de Venise donna six cens écus breus auteurs cités par Teissier (Eloges des 

d'or à Sannazar pour t'épigramme que savants, t. I, p. 183-191), auteurs parmi 

voici: lesquels se trouve Balzac (Dissertation sur la 

Yiderat Hadriacis Vcnelam Neptunus in undis tragédie de Daniel Heinsius), de remarquables 

Sjare urbem, et loto ponere jura mari. pagcg Je JJ. Soiat-Marc Girardin (Tableau 

Nmic mibi Tarpcios quantnmvis, Jupiter, arces , . ,-,,, /• ■ , . ( , 

..... , ... * . .... . de la littérature française au ipï siècle, au 

Objice. et îlla tui niœina Martis, ait. 

Si Pelade Tibrim prœfers , urbem aspice ntramque , chapitre : De l'épopée chrétienne dans Sannazar 

lllara lioniines dices, banc posuisse Deos. et Vida, p. a.37-268). 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 

sçache qui esl la personne que je remercie, car je u'aj poinl l'honneui 
de connoistre M 1 Domal '. 

le tne sens très obligé è aostrecherM 1 d'Âblancourt; je l'honor» 
l'estime parfaitement ; je suis tout à luy el vous conjure de l'en asseurei 
[uand \ «mis le serre/,. 

Obligez moj auss) de dire à .M r Gonrarl que je prens part à tous 
9es biens el à tousses maux, el que mon affection est peu babilla rde, 
que quelquefois elle esl paresseuse, nuiis qu'elle esl toujours très sin- 
cère el très véritable; sans sçavoir le mistère qu'il a voulu descouvrir, 
j< suis déjà ravi d'effacer Rampalle de mes papiers 3 . C'est un de ces 
Messieurs les fascheux < j i x l montexcroqué des lettres 3 , qui m'ont dôme' 
pour avoir de moy, <|iii sonl cause que j'aysi souvent maudit les escri- 
tures et les complimens. 

Nous m'avez infiniment obligé, Monsieur, de bailler à M 1 ' Mainard, 

le l'argent que vous me faites la faveur de me garder, la somme de 

trois cens quatre vinls quinze livres trois solz, et je vous remercie de 

tout mon cœur de cette peine et de tant d'autres que vous avez la bonté 



• Jeanbomat, un îles plus grands juris- 
consultes de la France, né à Germon t le 
.'îo novembre i6a5 , morl à Paris le 
l 'i mars 1G9G , auteur du beau livre: Les 
"iles dans leur ordre naturel. (Voir, sur 
cet ami de Pascal, M. Victor Cousin, dans le 
Journal des Savants de i843.) Boileau écri- 
vait à Brossette, le 1 5 juin 170&: -rC'estoit 
-un homme admirable... Vous me faictes 
t grand honneur de me comparer à lui, et 
--de mettre en parallèle un misérable fai- 
rrseur de satires avec le restaurateur de la 
rr Raison dans la jurisprudence. On m'a dit 
r qu'on le cite déjà tout haut dans les plai- 
^doieries comme Balde et Gujas, et on a 
-raison, car, à mon sens, il vaux mieux 
r qu'eux. 1 (Correspondance entre Boileau Des- 
et Brossette, publiée par Aug. Laver- 
det, 18S8, p. 182.) 



- Pauvre littérateur, mort vers 1660. On 
présume qu'il était originaire de la Pro- 
vence. Tallemant des Beaux (t. VI, p. ait)) 

l'appelle et un poète assez médiocre. » Boi- 
leau (vers 35 du chant iv de Y Art poétique) 
a dit : 

On ne lit guère plus Rampai':* et Mesnardière. 

Guillaume Colletet est sans doute le seul 
critique qui ait jamais vanté les idylles de 
Rampalle (Discours du poème bucolique). 
Voir la notice de l'abbé Goujet (t. X.VH . 
p. 1 10-1 13). 

3 Voir une lettre de Balzac à M. de Ram- 
palle (du ai mai i6io), à la page 538 du 
t. I. des Œuvres complètes. C'est là que 
Balzac a raconté l'historiette de cette bonne 
vieille de Rome lisant les Nouvelles de Boc- 
cace et s'écriant : Pleust à Dieu que cecyfust 
dire ses Heures! 

38 



300 LETTRES 

de prendre pour moy. Mais oserois-je vous prier de me faire acheter 

quelques estofics dont j'ay besoin , comme vous verrez parle mémoire 

cy-enclos? Vous agréerez bien, je m'asseure, que je donne cette coin- 
mission à vostre valet de chambre, ou à quelque femme de Mademoi- 
selle vostre mère. Mais, parce que je suis pressé desdites estoffes, je 
désirerois que le messager qui partira de Paris le 17 e de ce mois me 
les apportast; et pour cet ell'et je vous suplie qu'on les porte dès le si - 
medy chez M r Rocolet, empaquetées dans une toile cirée, afïin que rien 
ne se gaste. Vous pourrez faire mettre dans le mesme paquet le ma- 
nuscrit de mes lettres, non que je m'obstine pour cela à les supprimer, 
puisque vous ne le trouvez pas bon et que vous voulez qu'elles soient 
publiques, mais je ne seray pas fasebé de leur donner encore quelques 
œillades, nec ullum in mora est perienhm. Je n'en puis plus, la main el 
les yeux me manquent. C'est, Monsieur, vostre, etc. 



CVII. 

Du 10 sfiptembre «645. 

Monsieur, Je vous escrivis au long, il y a aujourd'huy huict jours, 
et vous envoiay je ne sçay quoy pour Madame la marquise de Ram- 
bouillet, sur la perte qu'elle a fait de Monsieur son fils. Après cette 
perte et plusieurs autres, chanterons-nous des victoires si funestes, et 
qui nous coustent si cher? Traduirons-nous en langue vulgaire la vie 
d'Alexandre 1 , aflîn que des exemples si dangereux poussent des gens 
qui se précipitent; afïin qu'il [se?] face des équivoques qui achèveront 
de perdre la fleur de la noblesse françoise, s'ils s'imaginent que les 
Allemans ne sont pas plus mauvais garsons que les Perses? 

pax grata Deisl qua te orbis parte requiram? 
. Qua regione laies ? qiû me in finibus Indi 
Trans fréta , Irans Gangem , nostro procul axe remotnm 

Sistat ! 

' Allusion au chef-d'œuvre de Vaugelas, au célèbre académicien trente années de 
cette traduction de Quinte-Curce, qui coûta travail. 



DE JEAN LOUIS GUEZ DE B \l X IC. 801 

i/ous pensez peul estreque ces vers soienl miens: ils Boni de noslre 
cher M' Remmy, qui en vérité esl on très granl poète, <•! qui mé- 
rite bien qu'on ay1 érigé cette qualité «mi tiltre d'office pour l'amour 
de lin '. J'ay leu tout son livre avec mi goust merveilleux. Mais Bans 
rien vous dire «lu superbe el magnifique Mœsonium et des autres pièces 
de longue haleine, n'estimez- vous pas infiniment, aussj bien quemoy, 
l' tenus prœceps? Mihi certo multum placet figuraium hoc scribendi g 
\ntxquis quoquo fcaniliwre. Testis Poliphemus ci Galatea temporibus Dionnisu 
Tyran/ni et sub imperatoribus Romanis alia fabuîarum rumina, quaa apnd 
Tranquillum videre est. Vous pouvez croire que, quand je voudrois, je 
ne sçaurois haïr M r de Voilure. Il faudrait que pour cela je me fisse 
une extrême violence, et ma douleur est grande à la vérité, mais elle 
agil ])lus contre inoy que contre luy. Je ne responds point aux dernières 
lignes de vostre lettre. Egone unquam dubilaverim de œquitale judicii de 
me mi? Et si Dus placet, amorem etiam desiderem in Capelano mco; qui 
erga me sic affectas est, ut qui facial omiiia tempevale in uno diligendo Bal- 
zacio modum habere non videatur. Si ce latin est bon, il est encor plus vé- 
ritable, et j'en suis si persuadé, que je vous compte pour le plus grand, 
le plus asseuré, et le plus solide de tous mes biens. ÎNe doutez pas 
anssy, s'il vous plaist, Monsieur, que je ne sois sans réserve et jusqu'à 
mettre le feu au Capitule, Monsieur, vostre, etc. 

J'attens mon manuscrit avec les estoffes que je vous ay prié de me 
taire acheter. 

Si vous avez pris la peine de lire YOlor-, vous y aurez veu sur la fin 
une addition de quelques vers, que je ne trouve pas les plus mauvais. 



CVIII. 

Du 17 septembre itiiô. 

Monsieur, Je veux croire que Dieu aura exaucé les gens de bien, et 
que la mauvaise nouvelle n'aura pas esté suivie d'une plus mauvaise. 

1 J'ai rappelé que Balzac lui donnait, en lui écrivant, le litre de frpoète du Roy.» — 
"' L'O/or gallicus , déjà cité. 



302 LETTRES 

Mais, après lont , il l'autse résoudre de bonne lieure. Tous les tondemehs 

(jiii so font en ce monde sont ruineux, et, puisque les estats mesmes 
doivent périr, ne mettons point les princes au nombre des choses im- 
mortelles. Caius et Lucius moururent jeunes '. Gcrmanicus 2 et Drusus 3 . 
son père, ne durèrent pas longtemps. Et, pour ne point sortir de la 
rnesme maison principalle, Marcellus fut ravi à sa patrie dans la fleur 
de sa jeunesse, et vous vous souvenez bien qu'un de nos amys l'appelle 
ce brèves et infaustos populi Romani amores \ n Sed parremvs maie ominalis 
hisloriis, et spereimis dum Ucet meliora. 

Ce que vous m'escrivez de l'audace de nostre homme 5 est très 
agréable, et m'a plu extrêmement. Mais je ne sçay si vous sçavés 
qu'estant envoie en Italie de la part du Roy, la première fois qu il 
parla à la grande Duchesse, il luy parla familièrement d'amour, et luy 
fit offre de son service 6 . Sa vie est un roman composé de semblables 
avantures. Et combien de personnes, à vostre advis, ont esté blessées 
par sa seule mine? Combien son visage luy a-t-il fait d'ennemys? Je ne 



1 Caïus et Lucius étaient fils d' Agrippa 
et de Julie, fille d'Auguste. Lucius, en allant 
aux armées d'Espagne, Caïus en revenant 
blessé d'Arménie, furent enlevés par une 
mort que hâtèrent les deslins ou le crime 
de leur marâtre Livie, comme s'exprime 
Tacite (Aitn. lib. I, cap. m). 

; Mort en 19 après Jésus-Christ, âgé de 
trente-cinq ans. C'est encore Tacite qu'il 
faut citer surtout (Afin. lib. I el>II , passim 
et. en particulier, cap. lxxxii et lxxxiii). 

Claudius Drusus était fils de Tiberius 
Clàudius et de Livia Drusilla, que Tiberius 
céda pour femme à Auguste, pendant qu'elle 
était enceinte de Drusus. Il mourut âgé de 
trente ans. M. LéoJoubert, dans un excel- 
lent article de \a Nouvelle biographie générale , 
a recueilli tous les témoignages des anciens 
relatifs au père de Germanicus. 

4 C'est de Tacite (Ami. lib. II. cap. xu) 
queM la phrase si expressive appliquée au 



fils d'Oclavie, au neveu et gendre d'Au- 
guste. Si l'on rapproche la phrase de Tacite 
des beaux vers de Virgile (Mieid. VI, 860- 
88G), on peut dire que Marcellus a été en 
peu de mots bien délicatement loué, à la fois 
par le plus grand historien et par le plus 
grand poète de l'antiquité romaine. 

5 Voilure. 

6 Cette anecdote , que nous ne trouvons 
nulle autre part, est bien une des plus cu- 
rieuses de toutes celles que fournissent les 
présentes lettres. On sait que Voiture, en 
i638, passa quelques jours à Turin, à 
Gènes, à Florence, à Rome. Voir, dans la 
Vie de Voiture, de M. Roux (en tête des 
OEiirrcs), le chapitre xm intitulé: Voiture 
en Italie, et. dans ces mêmes Œuvres, les 
lettres a Madame ou Mademoiselle de Ram- 
bouillet du 3o septembre 1 638 au 25 no- 
vembre de la même année (p. sii à aiy et 
268 à 25o). 



DE JE IN-L0U1S 6UEZ DE B ILZAC. 

mroia pourtant le haïr, non pas mesme quand il auroil ajousté de 
très rudes coups à ses parolles très désobligeantes; et je suie ou bon 
mi Coible à tel point*, que le moindre de mes aniys me peul battre 
impunément. Monsieur Costar me mande la pénitence de l'homme; 
mais, quand ce seroil une nouvelle forgée pour me plaire, ne retou- 
chons plus, je vous prie, à cette matière, et, an toutes choses, faites 
de moj et de mes inlerests ce qu'il vous plaira. 

Je vous envoie un mol pour M 1 le Clerc ', qui pouvoit bien s'appele» 
le sieur le Clerc à l'entrée de sa Virginie el dans le privilège du Roy. 
Mais sans doute l'orgueil du Graveolent luy a este contagieux; car, 
comme vous sçavez, il est tout de son long Monsieur du Breton dans 
ses harangues traduites, et veut des préfaces de ses amys au-devant 
de ses livres, aussy bien que moy. J'ay, d'ailleurs, 1res bonne opinion 
de M' le Clerc, et eroy qu'il réussira, si vous en voulez prendre quelque 
soin-. 

Monsieur de la Chambre m'a envoie son dernier livre avec une 
lettre très civile 3 . Je luy ay fait la response que vous trouverez cy- 
enclose, et n'ay pas voulu l'obliger à demy, si c'est l'obliger que de luy 
donner les louanges qu'il mérite 4 . J'aimerois mieux faire un livre 
qu'une autre response de cette forme, et vous ne sçauriez croire l'aver- 



1 Michel Le Clerc, avocat au parlement, 
nommé membre de l'Académie française, le 
a6 juin 106a, mort le 8 décembre 1691. 
f A l'âge de vingt-trois ans, dit l'abbé d'Olivet 
-il. 11. p. a5o), il vint d'Alby, sa patrie, 
ità Paris pour y faire jouer une tragédie de 
-sa façon . la Virginie romaine. 1 D'après une 
note de la page a5i, la Virginie fut repré- 
sentée en i645 et ne fut imprimée qu'en 
16/19. On voit, par ta phrase formelle de 
Balzac, que l'impression fut bien antérieure. 

2 Cette prophétie ne se réalisa pas , comme 
ne le prouvent que trop l'épigramme de 
Racine contre Y Iphigénie , de Leclerc et de 
Coras. et les plaisanteries de Boileau au sujet 



delà traduction du Tasse, publiée par l'ami 
de Coras en 1667 (Paris, in-4°). 

3 Les caractères des Passions, qui, je l'ai 
déjà dit, parurent en 5 vol. in-A°, de i64o 
à 1663. Une des lettres de Ménage publiée 
par M. Matter, d'après les manuscrits de la 
Bibliothèque impériale de Vienne (Lettres et 
pièces rares ou inédiles, 1 8 46 , in-8°), nous ap- 
prend (p.aa3. à la date du ai juillet 1 6 4 5 ) 
que Cureau de la Chambre avait mis au 
jour depuis peu Son second volume des Pas- 
sions. 

1 Voir cette lettre, datée du i5 sep- 
tembre 1 845 , à la page 5.38 du tome I des 
Œuvres complètes. 



304 LETTRES 

sion quej'ay pour toutes ces sortes d'escritures, quoyque j'estime celle- 
cy une des meilleures de mes Sélectes. Vous pouvez la garder, puisque 
je viens d'apprendre que la Cour est à Fontainebleau; et par l'autre 
ordinaire vous en aurez une autre copie pour M r le médecin, dans 
laquelle je changeray peut-estre quelque petit mot. J'ay augmenté de 
deux vers mon épigramme, et vous ay escrit amplement par les der- 
niers ordinaires. Je suis de toute mon àme, Monsieur, vostre, etc. 



C!X. 

Du a5 septembre i<iij. 

Monsieur, J'ay tout ce que je désirois, puisque vous avez fait agréer 
mon zèle à Madame la Marquise. Mais je voy bien d'ailleurs que le 
scholiaste a aidé le poète et que vous avez embelli mes vers en les 
expliquant. Les vostres sont véritablement vostres; Annibal Caro diroit 
rnstrissimi; et le seul Allons forcer sa tombe vaut une douzaine de bons 
sonnets. Vos Muses, Monsieur, sont tousjours filles de Juppiter, tous- 
jours hautaines et braves, tousjours et partout pleines de cœur : elles 
ne sçauroient se desguiser : elles ne sçauroient se desfaire de leur no- 
blesse, de leur propre et naturelle grandeur.' 

Sedisle homo 1 importunissimus perget ne cnmralione insanireîW est de 
ceux dont les satisfactions sont de nouvelles offenses. H n'y a point dans 
la dernière Gascoigne de rudesse pareille à la sienne : M r Bautru le 
connoissoit mal, quand il disoit que, s'il eust esté de la profession de 
son père, le vinaigre fut devenu hipocras entre ses mains 2 . Il m'oblige 
à dire tout le contraire, et il ne luy reste pas un grain de sucre pour 
moy, pas une goûte de sa première douceur. L'autre peut trouver des 
défaux en mon esprit, mais il n'a pas sujet d'avoir mauvaise opinion 
des qualités de mon ame, et il sçait bien qu'au second voiage qu'il fit 
icy, je luy voulus rendre une preuve effective d'amitié que ny son amy. 

1 Toujours Voiture. plaisanteries plus ou moins spirituelles. Voir. 

- On sait que Voiture était le fils d'un a ce sujet. Tallemant (passim), Pellisson 
marchand de vin. ce qui lui attira mille (t. I, p. ai5).etc. 



DE JEAN-L0UI8 GUEZ DE BALZAC. SOS 

1 1 >' son hoste ne lu\ rendroienl pas peul estre si noblement, s'il leur 
propo8oi1 la mesme chose qu'il me proposa. Tout ce qu'il m'a juré 
depuis, i«»ns ses sermens, toute su passion, toute sa tendresse Beroit- 
elle ironique ? Serois-je son héros de la mesme sorte que Margitès 1 l'a 
esté d'Homère, e! Mamurra de Licinius'? Je ne suis pas fort heureux, 
si cela est, mais je ne laissera) pas pourtant de lui rendre le tesmoi- 
gnage que je lu) dois, el de vous asseurer que je ne vis jamais homme 
avoir plus d'estime, n\ plus de respeel (pic lu\ pour vosirc incompa- 
rable vertu ; j'ajouste nj estre touché [>1 us vivement du repentir d'une 
faute sans malice, ains\ qu'il m'a tousjours protesté. 

Je vous envoyé une copie de la dernière lettre qu'il m'a escrite : 
Et hœc omnia (quœ tua est sententia, ut pos (remis luis signiftcasli mihi) inter 
nos peribunt, optime et sapientissime virorum. Habe et kic quas reddendas 
curabis camerario nostro; et lui ordonnerez par mesme moyen de ne 
point respondre à ma responsc. Vous y trouverez quelque petit change- 
ment, sur lequel, si tunti est, vous pouvez corriger la copie que vous 
avez desjà receue. Mais est-il possible que ces deux chères sœurs ayent 
voulu prendre la peine que vous me mandez 3 ? Il y a trop de bonté 
pour moy en vostre mayson : vous ne deviez pas leur permettre cet 
excès : mais, puisque vous en estes cause, je vous charge aussy des ex- 
cuses et du remerciement que je leur dois. 

On me mande d'Angoulesme qu'on y attend hientost M r nostre Gou- 
verneur. Je seray ravi de luy pouvoir rendre mes devoirs et mes très 
humbles services, et le plus heureux de tous les hommes, si je rentre 
en possession de l'honneur qu'il m'a fait de se communiquer quelque- 
fois à moy. Je dis de luy ce qui a esté dit de nos plus grands Romains : 



1 Margitès était un sot vaniteux et qui L'opinion de Suidas, qui l'attribue à Pigrès, 

savait beaucoup de choses, mais qui les savait le frère d'Artémise, l'héroïne des guerres 

toutes mal. Quoique le Margitès ait été' placé médiques, n'est pas soutenable. 

par Aristote au nombre des œuvres authen- 2 C'est-à-dire de Ménage, 

tiques d'Homère, on croit généralement que 3 Les deux sœurs de Chapelain avaient 

ce petit poëme, depuis longtemps perdu, acheté les étoffes réclamées par Balzac, 
fut composé par quelque rapsode homérique. 

39 



300 LETTRES 



huic minimum comtuUt eonatUatus, tanto pin* in ipso est. Jattens l'ode de 
M' de Cerisantes et demeure, Monsieur, vostre, etc. 



CX. 

Ou 2 octobre 1 665. 

.Monsieur, Il y a du plaisir à vous ouir plaider la cause des Dieux. 
ainsi parle notre bon Sénèque : vous dites merveilles de leurs mau- 
vaises libéralités, ainsy les poètes appellent la guerre fera mimera militiœ. 
Vous justifiez d'une manière excellente les capitaines et les soldats, les 
ouvriers et les instrumens du siècle de fer, et après cela qui sera le 
drame qui ose plus dire : 

Scilicet, ut Tunio, etc.. 

Nos anirnre viles, inhumnta inflelaque turba, etc. ' 

J entre tout à fait dans vos sentimens. Il est certain que les pièces 
qu on joue sur la terre ont esté composées dans le ciel' 2 . Les batailles 
qui se donnent icy bas sont les exécutions des arrests qui ont esté pro- 
noncés là haut, et nous ne faisons que prester nos colères et nos mains 
à la Providence. Les misères que nous soufrons sont fatales, sont pres- 
crites et ordonnées, soufrons les avec le respect deu à la première 
cause, avec la soumission et le silence qu'exige de nous la grandeur et 
la majesté qui nous accablent. Quand Dieu tonne, il faut que les 
hommes se taisent ; ycy nostre gronderie seroit blasphème et nostre 
impatience rébellion. Et, si Attila revenait une autre fois saccager le 
inonde, il faudrait luy dire une autre fois avec ce bon saint : vous sovez 
le bien venu, puisque vous venez de la part de Dieu 3 . Cependant. Mon- 

Scilicot, ut Turno cuntiiigat regia conjuï, rrcompose'es dans le ciel : Iwmo Itistrio, Dem 

Nosanim* viles, inhumata iauetaoue turba. ^ ^ ^ . g^ a reppodn j, celle 

| V.»e. £n. lib. XI , ,. 3 7 ,. 3 7 «.) ^^ dang u g^^ ^^ 

Balzac avait déjà écrit à Chapelain, le 3 Le Nain de Tillemont (Histoire des em- 

\" juillet iCio (t. I, p. 8a3) : rOn se peremv, t. VI. p. i43) rejette ainsi ce mol 

■riuocque là haut de toutes les entreprises si souvent cité : n-Oti prétend que, lors- 

trdicy bas. et nous ne sommes que les ma- rrqu'il éloil dans les Gaules, un hermite 

^chines et les acteurs des pièces qui sont iriiri dit qu'il étoit le fléau (ou le fouet i 



DE JEAN-LOUIS (IliKZ DE UALZAC. :;ii7 

sieur, raltinuliisis lus tiuipuriluts , s'il n'j a |ininl mo\ni d'avoir de bonnes 

journées, attrapons par surprise quelques bonnes heures; jouissons de 
quelques agréables momens, consolons-nous, non Beulemenl avec Se» 
crate el messieurs les sages el 1rs sévères, mais encore avec ^risto- 
phanes e1 autres semblables bons compagnons; contentons-nous des 
maux estrangers el nécessaires sans j ajouster îles maux de nostre façon 
el de nostre choix. Jamais plus de soupçons, jamais [tins de plainte.' 
nj de fascheuses nouvelles, et qu'y ne se perde pas, s'il vous phust, 
nue seule occasion de rire ny de vous resjouir dans nos lettres. Si 
quelque Laiiturlure vous refuse (en ma présence) les autels qui vous 
sont deus, il me sera pire qu'Ethnique et que Publicam; je le battra) 
mesme si je suis plus fort que luy, et feray une punition exemplaire 
de sa profane témérité, comme aussi je ne doute point, Monsieur, que, 
si la rime de Lanturlure 1 , aui si quisalius, me maltraite en mon absence. 
voub crierez d'abord : je m'y oppose; vous l'empescherez de passer 
outre; vous luy direz ce petit mot, cl je n'en demende pas davantage: 
meus, meus est, quem ita maie li<tbcs>. Vous avez fait plus que cela, je le 
sçay bien, mais cela me suffit, et hœc haclems. Quand verray-je nobilem 
illam alqtte animosam quant promittis, Epigrammalum cenluriam, elforlis- 
si mu m ill uni, non centwrionem dico, sed tribvmm militum, brevique etiam 
ila auguror, exercilus non contemnendi ducem illustrissimum Montoserhim. 
Je vous ay parlé par le dernier ordinaire et vous ay envoyé ma lettre 
pour Monsieur le médecin de la chancellerie 2 . Je suis, Monsieur, 
vostre, etc. 

Encore une fois mes très bumbles remerciemens aux deux chères 
sœurs. Le messager m'a apporté les esloffes, et j'en suis extrêmement 
satisfait. 

A la bonne heure, Monsieur, ou pour parler en langue Monmo- 

ftde Dieu mais cela ne se trouve successeurs , 3 e édition , i8G5. tome II, 

-que dans des auteurs modernes. * (Voir page a38.) 

encore, contre l'authenticité de ce mot, ' Voiture. 

M. Amédé'e Thierry, Histoire d'Attila et de ses 3 Cureau de la Cbambre. 

3 9 . 



;j08 LETTRES 

rienne, quod felix faastumque fiet, je donne très volontiers mon amitié 
à mi homme rjui a desjà mon estime, et vous suplie aussy de me con- 
server le bien que sans doute vous m'avez acquis, c'est à dire qu'ayant 
fait venir à M r Sarrazin l'envie de m'aymer, il faut maintenant que 
vous l'empescliiez de se desgouter de sa passion. 



CXI. 

Du 9 octobre i6/i5. 

Monsieur, Je ne tiens au grand monde que par vous, je ne suis ny 
du Palais Royal ny de l'hostel de Coudé. Je suis de l'hostel Chapelain 
et attens de là mes bonnes et mes mauvaises nouvelles. Ce ne sont 
donc point les intérêts de Testât, ce sont vos passions qui me touchent, 
et, puisque vous voulez travailler au triomphe germanique, je bats des 
mains par avance, je crie de cent lieues au prince qui triomphera : 
bien heureux prince qui dois estre chanté si hautement, pour qui 
Dieu a fait naistre l'homme qu'Alexandre a souhaité! Vous m'avez 
obligé de me caractériser les deux amys, et je prendray mes mesures 
là dessus; mais cependant vous devez estre asseuré que tout ce que 
vous m'avez confié des connoissances que vous avez et qu'il m'importe 
que j'aye, est plus caché et plus mort que la plus secrette et la plus 
vieille de toutes les confessions. 

Le bruit de la cheute de Solon a couru cinq ou six jours en ce 
pays, et, quoyque le courrier nous ait appris qu'il est encore debout, 
s'il estoit véritablement Solon, il attendroit d'un visage guay et d'un 
esprit, ferme le commandement de se retirer, et se feroit dire tous les 
matins à son lever par M r Habert, disciple de feu M 1 de Malherbe 1 : 

La Cour a cela de Neptune, etc. 
Ses infidelles flots ne sont point sans orages : 
Aux jours les plus sereins on y fait des naufrages, 
Et mesme dans le port on est mal asseuré. 

Il sera bon qu'il sçache que je l'ay remercié à faux, et qu'il a eu 

' Germain Habert de CéYisy. dont il a été" déjà parlé. 



DE JEAN- LOUIS GUEZ DE BALZAC. 

des vers qu'on imprimera , el que je n'aj point eu d'argent, quo vu u'il 
sera imprimé avec les vers. S'il m'en faisoil toucher par quelque autre 
voye que celle qui a manqué, il feroit une action digne <le luy, et à 
ion! hasard dites en un petit mol au petit Bonair, la première fois 

qu'il vous ira voir, sans prendre la pei le me respondre seulemenl 

sur cel article. J'exige de voua moins que cela, et ne désiranl rien de 
la Cour avec chaleur el empressement, ne perdez plus vos remèdes à 
guérir un homme qui se porte bien et qui ne demenderoil jamais aux 
grands seigneurs, s'il n'avoil un petit amy sur qui se décharger des 
bassesses et des infamies de la sollicitation. 

Le cher Président ne m'a point fait sçavoîr de ses nouvelles, bien 
qu'il m'eust promis de m'envoyer les copies de quelques vers de ses 
compositions et des dernières lettres que je luy ay escrites. Pour vous. 
Monsieur, vous ne m'avez rien promis, je prétens néanmoins d'insérer 
dans mes Sélectes deux pièces de vostre façon, scilicel : la Couronne im- 
périalle et la Métamorphose de la Lionne, pour l'esclaircissement des- 
quelles je vous en demende les arguments; el, comme vous pouvez 
penser, ce n'est pas moy ny la Cour, c'est le peuple et la bassa génie, 
qui a besoin de cet esclaircissement. 

Je pensois pouvoir escrire aujourdhuy à M'" Gostar, mais j'ay peur 
que je n'en auray pas le loisir. 11 m'a fait une objection contre ce vers 
de ma dernière épigramme : 

Jamque habitai superas uobilis timbra donios, 

et l'attaque par la doctrine de l'antiquité, qui a cru que les ombres 
habitaient les champs Elisiens, et que les seules âmes avoient places 
dans le ciel. Avant que d'avoir receu sa lettre, je sçavois bien cette dif- 
férence qui a esté faite entre les âmes et les ombres; et j'avois appris 
que l'homme estant composé de trois parties, son ame, qui est céleste, 
retournait au lieu de son origine, que son corps pesant et matériel 
demeurait en partage à la terre, et que son ombre ou son simulacre 
alloit aux enfers, car ces ombres estoient autrement appelées simulacres. 



310 LETTRES 

images, idoles, et celte doctrine est. alléguée pac Lucrèce, qui la con- 
firme par le tesmoignage d'Ennuis : 

lit si prœlerea tamcn esse Açherusia fcempte 
Ennitis rclernis exponit versibus eilens; 
Quo neque permanant animas, neque corpora noslra . 
Seil qnasdam simulacra modis pallentia miris '. 

Icy il ne Faut pas considérer Ennius et Lucrèce comme poètes, mais 
comme tesmoins de la religion et de la doctrine de leur temps. G'èsl 
donc ce que disent les théologiens et les philosophes, ausquels on peut 
ajouster les grammairiens. Mais les poètes se moquent des uns et des 
autres et pensent estre au dessus des lois. Ils confondent dans le lan- 
gage des dieux toutes ces curieuses différences, et prennent presque 
partout les ombres pour les âmes, et les âmes pour les ombres. Et en 
effet, si ces ombres n'estoient que certains corps formés d'une substance 
subtile comme l'air, ainsi qu'asseure M r Costar, et si les âmes n'estoient 
point recettes aitœ champs Elisiens, ainsy qu'il asseure encore, qui est-ce <|ui 
parleroit si bien, si longuement, si doctement à Enée, dans le sixiesme 
chant de Y Enéide? Seroit-ce une simple image de son père Anchise? 
Seroit-ce un marmouset, un corps artificiel et inanimé? Ne seroit-ce 
que de l'air un peu espessi et mis en couleur, qui luy feroit de si beaux 
discours, qui luy prophétiseroit toute la grandeur romaine; qui traiteroit 
avec tant de magnificence de la nature des choses et de la plus sublime 
philosophie? On voit par là l'absurdité de la théologie payenne. El en 
vérité cette théologie est composée de pièces si mal jointes et si mal 
cousues, est si incertaine et si inconstante dans ses dogmes, est pleine 
de tant de contradictions, qu'il ne se faudroit fier à rien de ce qu'elle 
dit. Puisqu'elle affirme souvent ce qu'elle vient de nier, et que presque 
jamais elle n'est d'accord avec elle-mesme, comment voudroit M 1 ' Costar 
que je pusse m'attacher à une science qui a encore moins de prise et 
moins de tenue que les ombres et les fantosmes dont elle parle? Sans 
sortir de la question présente, ne sçait-il pas la variété et la bizarrerie 

1 T. LicnETii Cari De reriim natura , lib. J, v. 121-1 ai. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 311 

des opinions des anciens, touchant les champs Ëlisiens? Tantost ils lee 
mil mis dans les enfers , tantosl dams les isles fortunées , quelquefois ih 
mil cru qu'ils faisoienl partie de l'Espagne :> p|>i-li'«ï Rœtiquc. Voire il \ 
en a eu, tanl a esté grande la licence t\r la Grèce, qui se sont ima 
ginés qu'ils estoient dans une petite langue de terre proche la Grande 
Bretagne , et il y en a eu eneore plusieurs qui les oui mis dans le globe 
de la lune, comme a remarqué Servius sur ces deux vers de Virgile : 

Largiorhic campos œther, ei lamine vestH 
Purpureo; soleanjuesuum, sua sidéra Dorunt'. 

Cela estant, Monsieur, cl les ombres de M r Coslar devant habiter 
les champs Ëlisées, et les champs Elisées estans dans le cercle de la 
Lune, n'ay-je pas parlé selon la doctrine des anciens, quand j'ay dit : 
Jamque habitat saperas nobilis timbra donios? 

Mais voicy de quoy couper la gorge à l'objection, et ne laisser rien 
.1 répliquer au très cher amy. Voicy des vers qui ont esté faits toul 
exprès pour expliquer et pour défendre le mien, et dans lesquels non 
seulement l'ombre est prise pour famé, mais où l'ombre monte en 
haut, au lieu de descendre en bas. Ils sont de Lucain, au commence- 
ment du IX e livre de sa Pharsalie, et il me semble que je ne suis pas 
obligé d'estre meilleur théologien que luy, ny plus sçavant en sa 
propre religion : 

At non in Pharia mânes jacuere f'avilla, 
Nec cinis exiguus tantain compescuil uinbraui : 
Prosiluit busto, semiuslaque tneznbra relinquens, 
Degeneremque rogutu, sequitur convexa Tonantis. 
Qua niger astriferis connectitur axibus aer, 
(juodque palet terras inter lunueque meatus, 
Semidei mânes habitant, etc. 2 

De sorte, Monsieur, que c'est l'ombre de Pompée, et non pas son 
ame. qui sort du bûcher qu'on luy avoit dressé au bord de la mer. et 

' Mneid. lib. VI, v. 64o, 64 i. — ' V. ( - 7 . 



312 LETTRES 

qui va prendre sa place avec les demi-dieux dans la région supérieure. 
Que s'il estoit besoin de monstrer que je ne suis pas le seul des mo- 
dernes qui ay escrit conformément à cette doctrine (que peut estre le. 
nom de Lucain, qui a tant failli en d'autres choses, ne serait pas ca- 
pable d'autboriser), je pourois alléguer cet homme qui est aujourd huj 
si bon payen, et qui l'est mesme jusques en Judée et en Cbrestienté, 
le grand et redoutable Heinsius. Dans l'apothéose qu'il a faite de M r le 
Président de Thon , il s'adresse à luy en cette sorte : 

Te quoque lex eadem fati cœleslibus umbris 
Addidit heroasque inter vix cognila terris 
Veri immola ûdes. 

Et encore dans une autre apothéose : 

Innocui mânes et magni nominis ombra 

Et quicquid non sénat humus nec sublrahit urna 

Sedibus œternis superum mundoque Deornm. 

Est-il possible, Monsieur, que je sois. venu si avant et que j'aye tant 
escrit sans conférence, sans livres, sans méditation, sans les mains 
d'autruy? Je n'avois dessein que de vous faire un petit article pour le 
communiquer à nostre amy : 

Dis aliter visum etdoctis, Capelane, Deabus 
Libéra quae summo exercent commercia Cœlo. 
Quae domina; rerum verborumque anxia rident 
Ingénia et servos regali in sede timorés 
Grammatieumquejugum, ac turpes odere catenas. 

Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



CXII. 

Du 12 octobre i645. 



J'ajousteray, s'il vous plaist, ce mot oublié à la longue lettre que je 
vous escrivis à la haste il y a trois jours. Je vous prie, Monsieur, de 
tout mon cœur, de ne la point mettre entre les mains de M r Costar. 



DE JEAN LOUIS 61 i X DE BALZAC SIS 

Bien m'obligerez-vous, si vous vous rencontrez en quelque lieu de 
conversation, de \\w «lire mes raysons el de les fortifier des «rostres. 
Surtout il ne faul pas oublier les vers de Lucain el ceux du redoutable 
llmisiiis. Pour li's niiciis qui sont à la lin de la lettre, vous jugez bien 
qu'il n'i'si pas à propos que l'amy 1rs voye, de peur que, par malheur, 
il ne pril pour luj ce que je «lis en général de la tyrannie ou de la 
servitude des jrraniniairiens. Scd hoc quicquidest tumultuarice 1 scriptiohis, 
dont les espèces me sonl demeurées dans l'esprit, ne demeurera pas 
en cel estai informe et défectueux, el j'en pourra^ faire une lettre à 
M 1 Gostar qui méritera d'estre mise parmy mes Sélectes. Je me glorifie 
infiniment de l'estime que vous faites de celle quej'ay escrite au Mé- 
decin; niais faites en sorte, mon cher Monsieur, que je n'escrive 
guères de belles lettres. Je veux mourir si un compliment de la part 
d'Alexandre ne m'incommoderoit (je voulois dire de M 1 ' le Due 2 ) , 
tant je liai mon ancien mestier, et tout ce commerce de complimens. 
C'est sans compliment et du Tond du cœur que je suis. Monsieur, 
vostre, etc. 



CXIII. 

Du 16 octobre iC45. 

Monsieur, Que j'ay lame pleine d'amertume! que j'aurois de choses 
à vous dire! que de plaintes! que de reproches à faire contre celuy 
que vous appelez le plastreux et le patelin 3 , et qui mérite un plus 
mauvais nom. Faut-il donc s'escrier si souvent : sancta fuies, ubinam gen- 
lium habitas? Faut-il que ma bonté me trompe tousjours? Que je face 
tousjours des avances pour des ingras et des infidèles? Que mon amitié 

1 Chapelain commençait ainsi une lettre a Le duc d'Enghien. On voit que Balzac 

à Balzac, du 7 août 1637, citée par M. Livet a, devancé Bossuet s'écriant : « Cet autre 
(Hist. de l'Académie, t. I, p. 698) : rrJe « Alexandre. * 
«vous escrivis mercredi dernier tumultuai- 3 Voiture, 

irrenient a mon ordinaire. » 

ho 



3U LETTRES 

soit lousjours payée de laschcté et de periidie? Vous m'avez infiniment 
obligé de m'esclaircir d'une vérité qui m'estoit si importante. Vous de- 
viez, Monsieur, cet office charitable à une pauvre ame abusée, simple 
et crédule plus qu'il ne faut, qui juge par sa franchise de celle dau- 
truy, qui se met d'abord en la puissance de quiconque luy tesmoigne, 
ou fait semblant de luy tesmoigner de l'affection. Ce que vous me 
mandez est très véritable. La calomnie de l'un n'est que la copie de 
celle de l'autre; il a voulu le croire en se desmentanl soy-mesme, au 
préjudice de sa propre connoissance, contre le tesmoignage de ses 
yeux, après mille preuves de la sincérité de mon cœur, qu'il a veues, 
qu'il a touchées, qui luy firent dire, dans l'extrémité d'une maladie, 
ces parolles que j'ay sçeues par le rapport de son médecin : <i qu'il 
ff mouroit content d'avoir vescu au siècle du grand Balzac et d'en avoir 
«esté aymé. i) Il n'ayme plus rien néanmoins le grand Balzac, parce 
que l'audacieux le veut ainsy, et le patelin ne se souvient plus que son 
illustrissime héros, qui maintenant n'a plus de tendresse, a esté tendre 
pour luy jusqu'à ne pouvoir souffrir des senti mens et des opinions de 
ceux qui ne l'appelloient pas l'Admirable , le Divin , etc. ; jusqu'à quereller 
là dessus ses meilleurs amys, jusqu'à se mettre mal avec une cousine 
germaine et avec une dame de condition, qui ne luy pardonnera jamais 
la tendresse qu'il a eue pour le patelin. Je n'allègue que cela et compte 
pour rien l'argent que je hazardois, et que j'eusse perdu de bon cœur 
pour luy faciliter une affaire qui lui avoit esté proposée. Et c'est peut- 
estre dans cette affaire qu'il a tiré une conséquence si injurieuse à son 
honneur, et qu'il a jugé que je n'aymois rien, puisque je n'aymois pas 
l'argent, qui est la chose du monde la plus aimée. Je souffre, Monsieur, 
je souffre extrêmement, et vous escris tout cecy dans une agitation 
d'esprit qui n'est pas imaginable, et qui, ajoustée à un abattement ex- 
trême de corps, causé par quatre mauvaises nuits, me va terracer tout 
à fait, si Dieu n'a pitié de moy. Mais il faut encore, après cela, que je 
dissimule et que j'estouffe mes justes ressentimens , et que je vive 
avecques un traistre comme je vivois avec un amy. Il faut que je con- 
linue à luy donner des preuves de ma franchise, de ma confiance, de 



DE JEAN-LOI is 1,1 BZ DE BALZAC. 316 

ma tendresse qu'il a si vilainemenl calumniée. Je le feray, Monsieur. 
puisque voua me l'ordonnes el que mon obéissance esl aveugle par- 
loni où me paroisl vostre volonté. .1»' suis plus qu'homme du monde, 
Monsieur, vostre, etc. 

le voudrais bien que \<>us lissiez voie à M. de Montausier l'article 

<|ui parle de luy, car je ne refais pas volontiers de pareils articles. 
Y\ a-i-il point de liberté avec ce bon seigneur? Et, si je vous escrivois 
ma confession, sériez-vous obligé delà luy lire parce qu'elle seroil dans 
un papier qui parferait de luy? J'use tousjours de décrédiier ] aussj bien 
que vous. Pour seriosité, je l'ay déjà imprimée, je ne sçay où 2 , et ne 
la trouve pas laide, et vous prie de vous en servir pour l'amour de 
moi. 

Mille très humbles remerciemens, s'il vous plaist, à M r Cerisantes. 
Son ode est incomparable 3 , principalement ce qu'il dit de la mère, de 
la fille et du gendre. 

Je vous ay escrit par les deux derniers ordinaires, nempe celuy du 
lundy et celuy du jeudy. Encore une fois, je suis tout à vous. 



CXIV. 

Du 2,3 octobre i665. 

Monsieur, Di gratta, expliquez moy favorablement et ne prenez pas 
mes parolles à la lettre. A Dieu ne plaise que vostre amy veuille faire 
ses jeux et ses passe temps des calamités publiques, nec mihi lœtandi 
veniat tam dira cupido*. Je parle de la joye, pareeque c'est la chose du 



1 Décréditer fut employé par Saint-Évre- * Voir, sur ce mot, une note sous la 

mond, par Bossuet, par le P. Boukours, lettre LXVI (25 janvier i6/i5). 

par Boileau , par Fléckier, etc. Ce mot , 3 C'était une ode composée sur la mort 

avant d'être adopté par Balzac et par Cha- du jeune (ils de M"* de Rambouillet, 

pelain , avait été mis en circulation par • Net Obi regnandi veniat tam dira cupido. 

d'Allbigné. (Vrac. Georg. lib. I, v. 37.) 



316 LETTRES 

monde dont j'ay le plus besoin et qui me manque le plus; je la désire 
parceqne le désir est des choses absentes et esloignées; mais je ne 
veux point, non plus que vous, de la joye de Timon ny du rire deDé- 
mocrite. Mamurra y ajouterait le rire Sardonien et celuy que cause la 
frénésie, et celuy des gladiateurs mourans, qu'on avoit blessés soubs 
les aisselles, et cet autre que Platon appelle et cœt. Je suis bien (loin). 
Monsieur, de me resjouir, vous l'avez veu par ma despesche de la se- 
maine passée, escrite de mes larmes et de mon sang, toute pleine 
d'amertume et d'aconit. Depuis que je suis au monde, je n'ay fait que 
souffrir et me plaindre; ma vie est un mal et un deuil continuel. m 
pœna milii datum est vivere. Et néanmoins je ne laisse pas de vivre et de 
vouloir vivre, tant je suis accouslumé au mal et aux plaintes, tant je 
suis acoquiné à cette triste et fascheuse vie, comme parle le père d'al- 
liance de la Damoiselle 1 . Tousjours du chaud et du froid, des estes et 
des hyvers, contre lesquels je murmure esgalement; tousjours de mau- 
vaises nuits et de pires jours, un cercle de pénibles occupations, de 
travaux inutiles et ingrats, une persécution éternelle de complimens; 
des lettres de toutes les parties de la terre, sans compter la sciatique 
et la gravslle qui me viennent visiter de temps en temps, et la fièvre 
qui ne me quitte jamais; sans rien dire des amitiés infidèles ou intéres- 
sées qui sont cause que j'en ay tant dit. Et voylà trop de la moitié 
pour haïr la vie et pour désirer la mort. Et néanmoins (redisons le en- 
core une fois) dans ce desgoust de la vie, nous ne laissons pas d'avoir 
horreur de la mort. Le séjour de la terre ne nous desplaist pas, nous 
prenons plaisir à passer ses hyvers et ses estes, à demeurer dans sa 
boue et dans sa poussière; nous trouvons nos suplices et nos peines 
agréables, nous croions que c'est une belle chose que d'estre quatre- 
vingts ans malade, affligé -, etc. 

Je reviens de la promenade, ad ripam amwnissimi Carentonï 2 , où ayant 

1 Mademoiselle de Gournay. surtout l"éloge de la Charente dans une 

1 Balzac a bien souvent célébré la Cha- lettre de Balzac à M. de la Motte-Aigron 

rente, que, dit-on, Henri IV appelait la (t. I, p. 26), et dans le Prince ( t. II, p. 3). 

plus claire rivière de son royaume. Voir 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. Biî 

repassé ma lettre par mon espril . el l'ayanl communiquée ;'• mes Mm 

elles in'onl dicté Ces vers en l'orme de |>;ir;iplir;ise : 

Usque adeone ngrum el mortalem rivere dulceestl 
Sic pulvis cœnuiuque mihi formons ridenturl 
Peatiferosque eestus al dirœ frigora brums 
Semper amena ! Noctesne almi sine munere Bomni, 
Pejores ac nocte ilics, lucemque timendam 
Ai'iilii-i expectem Beraper fessoque jacentique 
Innumers placeanl tmo snl> pectore cura 
Officia, • miiic genus, totoque ex orbe laborea? 
An meniorem assiduum quisœvitin ossibus igneni 
El cœcos febre intemum grassante tumultusl 
Prœtereo infideraque ïnlrm, blandumque venenum 
Mendacis liuguœ, ne socios plerumque sinones, 
Vit;c dura main , et puppi vada naufraga nostrae. 
Assuesco tauien ipse malis, doceorque dolere : 
Mortem opto, rerum impatiens quandoque mearum , 
Horreo prœsenlem, incertus metiiensque futuri. 
lulclix queror usque meas Boire querelas 
Nec volo, nec nolos jam possimi odire dolores : 
Usque adeo et miscro et morienti vivere dulce est? 

Je vous renvoyé l'extrait de la lettre de Hollande, que j'ay leu avec 
douleur. Le destin du pauvre M r Grotius me fait grand pitié '. Ignotoque 
dedi lachrymas, moy qui n'ayme pas mesme mes meilleurs amys, si le 
patelin dit vray. Consolez-moy, mon cher Monsieur, de cette cruelle 
injustice, et ne branlez jamais en cette immobile vérité que je suis 
plus homme de bien que les deux docteurs de cour, et plus que per- 
sonne du monde, Monsieur, vostre, etc. 



CXV. 

Du 3o octobre i665. 



Monsieur, je prétens d'avoir receu mes estreines de l'année pro- 

Grotius était mort à Rostock le 28 août chariot découvert, après avoir, déjà souf- 
précédent. Il y était arrivé deux jours au- frant,subi, de Lubeck à la côte de Dantzick . 
paravant , par un temps affreux , dans un toutes les fatigues de la tempête. 



318 LETTRES 

chaine, et croy estre obligé de vous remercier de vostre pourtrait. C'est 
un présent qui m'est extrêmement cher, comme il est parfaitement 
beau, et je ne me lasse point de regarder ce vertueux et admirable re- 
belle qui s'est cantonné dans une angiporte (?) de la ville Capitalle; qui 
ne sçait ny le logis du surintendant ny celuy du Contrôleur général. 
qui ne s'escarle jamais plus loin que chez la Marquise ou chez la Com- 
tesse, qui fait de son cabinet son Acrocorinthe et cette haute forte- 
resse, etc. Le reste du portrait vaut encore mieux que ce que je viens 
d'en copier. Et en vérité, Monsieur, puisque vous sçavez rire si sage- 
ment et si agréablement tout ensemble, vous ne devriez pas condam- 
ner lajoyc à qui vous avez cette obligation, nec risum impostorum aver- 
sari el '. philosopho indecorum, el homîni maxime proprium , quoque nulla re 
melius humanœ miseriœ condhinlur. Le chicagneur 1 ne pouvoit pas ga- 
gner son procès, /ws dicente integerrimo Capehno. Ce n'est pas pourtant 
que je veuille triompher; je me contente d'avoir vaincu. Icy comme 
ailleurs il faut sauver les apparences, puisque vous le désirez ainsy, el 
je défendray l'ombre du Marquis contre la chicane du faux ami, sans 
qu'il paroisse que ce soit le faux amy qui ayt chicané. Que je souffre 
cependant, mon cher Monsieur! Il n'y a point de moyen que j'oste ma 
main de dessus ma playe et il me semble que l'ombre de Juste Lipse 
me crie souvent des Champs Elisées ou du globe de la Lune : simpli- 
cissime nwrtalium, incautissime Balzaci, iiostiumeliamhiorimamice,fovisli 
in simi Sinonem. De Prœside belîi rumores ad nos veniunt. Audio ilhm 
millam valetudinis ralionem habcre, quotidie se invitare Jiberalius et perpe- 
tttis pocitlis certare cum Helicone nobilissimo , si in Mo stadio currere pergit, 
timeo equidem pro amicissimo mihi capite : et vous sçavez bien que, pour 
ruiner des espérances de cinquante ans, il ne faut qu'un quart d'heure 
d'apoplexie dont il a eu desjà deux ou trois attaques. Pro tua el aulhori- 
tate el sapientia mone hominem, etc. 

Vos deux chefs d'œuvres en petit seront les grands ornements de 
mon volume, et je les attens avec les argumens que je vous ay de- 
mendés. Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc. 

' Costar. 



DK JEAN Louis iii;i./ DE BALZAC 819 



CXVI. 

Du 6 novembre i645. 

Monsieur, je vous l'ay dit mille Cois; vous estes le confident de mon 
cœur et le médecin de mes playes secrettes. D'ordinaire, quand je vous 
escris, je me confesse; je croy < [ n<* c'est cacher un mistere que de le 

vous descouvrir. N'ayez donc pas peur que j'admette un tiers dans le 
commerce particulier qui s'exerce entre vous et moy, mais appréhen- 
dez beaucoup moins que je veuille estalcr des injures dans la rue S 1 
Jacques 1 , et publier moy-mesme mon propre malheur. J'estois résolu 

à faire ce que vous me faites l'honneur de me conseiller. Je suis bien 
aise désire confirmé dans ma résolution par vos conseils; etjen'auray 
plus de bonté de dissimuler, puisque, je le pourray liouestcment et du 
consentement de M'' Chapelain , et dans la rigueur de sa morale. Je 
ne pense pas néanmoins, Monsieur, que je puisse souvent escrire au 
PJaslreux 2 . lllud enim essel inimicum difficile et invilo animo fieret. Je ne 
laisseray pas de luy envoyer dans peu de jours du papier de nos mou- 
lins, parce que je le luy avois promis par mes dernières despeches. 
Mais qu'il employé, s'il veut, mon papier à des Pbilippiques et des 
Caiilinaires, fust-ce mesme contre Cicéron; qu'il s'en serve à cbicaner 
toute l'antiquité Grecque et Latine; à castelveter 3 et scbiopiser* ses 
meilleurs amys. Quand je devrois estre de ce nombre, je me tiendray 
dans mon ancien poste; dans ce silence orgueilleux qui jusques à pré- 
sent m'a vengé de tant de mauvaises paroles, de tant d'Iliades d'imper- 
tinences et de sottises. Je ne donne pas ce nom aux escritures des 
deux amys 5 : Je les estime ce qu'elles vallent, et peut estre davantage. 



' C'était alors la rue par excellence des sévère critique Louis Castelvetro , dont il a 

libraires. été parlé dans la lettre IL 

a Voiture. C'est ainsi que Chapelain l'a- 4 Mot également forgé par Balzac avec le 

vait surnommé, comme on a pu le voir plus nom de Scioppius (Gaspard), le cynique 

haut. adversaire de Joseph Scaliger. 

3 Mot forgé par Balzac avec le nom du 5 Voiture et Costar. 



3âO LETTRES 

Je croy pourtant (Libel enim hic mérita gloriari; et quidni tueamur ïocum 

nuem nobis dédit super hos nominatos satrapas consentiens fama et generis 

humam ' judicium), je croy, dis-je, que quatre de mes vers, tels que vous 

les choisiriez; qu'une douzeine de lignes que je marquerais soit de mou 

Romain 1 , soit de ses frères; qu'une seule lettre de nos Sélectes, vaul 

plus sans comparaison que toutes les notes, tous les lieux communs, 

tous" les Rondeaux, toutes les Épistres maroliques des deux amys; et 

cela 

Te censente, o mi Capelane, etjudice Tarpa. 

Mais ce me seroit peu de choses d'avoir plus d'esprit et plus d'estime 
que ces Messieurs, si je n'avois aussy plus de foy et plus de bonté. 
Conscientiœ, conscientiœ , sapienlissime virorum, nonfamœ laboramus. Au 
reste que me diles-vous de M r de la Thibaudière et de la lettre qu'il 
m'a escrite? Je n'en avois point encore ouy parler, et la matière, de 
laquelle vous me touchez un mot, m'est suspecte avec rayson, comme 
\ous verrez par l'apostille d'une vieille lettre du Plastreux, qui pour- 
roit bien avoir eu dessein d'aller au devant de l'accusation de l'autre. 
Si cela est, faites encore difficulté d'appeler trahison et lascheté les jeux 
de ces beaux espris, et leur procédé avec leurs illustrissimes héros. 

.Te vous demende les bonnes grâces de vostre excellent ami M r Ferra- 
miis, et vous prie de m'envoyer l'ode qu'il m'a fait l'honneur de m'a- 
dresser, avec tout ce que vous pouvez trouver, soit prose, soit vers, 
île Mademoiselle de Schurman 2 . H faudra mettre l'ode de l'excellent 



C est-à-dire du discours dédié à ma- 
dame la marquise de Rambouillet et inti- 
tulé Le Romain. 

• Anne Marie de Schurmann^ née en 
1607 à Cologne, morte en 1678. Tous 
les dictionnaires biographiques ont un 
article pour cette femme célèbre. Voir sur- 
tout celui du Moréri de 1759, qui est très- 
ample et très-curieux. On l'y appelle mine 
rrdes plus illustres filles du xvu* siècle, parle 
» grand nombre de connaissances où elle a 



« excellé, et par la modestie singulière qu'elle 
tra su conserver au milieu des acclamations 
irpubliques qu'elle recevait de toutes parts. « 
et on y cite sur elle le P. Jacob , Vossius . 
Saumaise , Valère André , Le Laboureur. 
Frédéric Spanheim. La Biographie univer- 
selle ajoute à cette liste les noms de Ni- 
ceron, de Burmann, dePaquot, de Chaufe- 
pié et de Coupé. Balzac écrivait à son ami 
Girard, le i5 mai 1 666 (p. 089) : ^11 faut 
tradvouer que Mademoiselle de Sckurmann 



M JE LN-LOUIS GUEZ DE BAL2 LC 381 

;mi\. |iiinii\ plusieurs autres compositious estrangères, à la lin de nos 
choisies; el hoc à l'imitation de mon Docteur de Hollande, qui a fail 
imprimer un livre, donl Le tiltre esl tel: Danieli Heinsii liber adoplivus, 
m ijim magnorwn atiquoi vivorum ad auctorem poemaia 1 . Le volume -■ 
remarquable et divertissanl par une estrange variété; presque tous mes 
vers \ seronl insérés, el plusieurs lettres latines, qu'à mon advis vous 
ne trouvères pas mauvaises. En voicy une que mon scribe m'a copiée 
ce malin, et que j'escrivis, il y a quelques années à nostre très chei . 
bien qu'elle ne hiy ayi point esté rendue. Le sujel esl naydans la pro- 
vince, où mi second paladin voulust encore se l'aire battre 2 . J'attens 
les deux pelis poèmes et demeure, Monsieur, vostre, etc. 



IS 



Henri! me Rlustrissimus Montoscrrus humanissimis et ingeniosissim 
litteris. Je viens d'y faire nue response qui m'a plu, et je vous l'envoyé 
avec la première lettre. Vous me les renvoierez, s'il est parti de Paris. 

El ne douiez jamais (je vous en conjure), que je ne sois le plus 
passionné et le plus reconnoissant de tous ceux que vous avez obligés. 
Je dors 3 en achevant cette ligne. 



CWII. 

Du i3 novembre i645. 

Monsieur, Si l'un de nous deux s'est mal expliqué, il faut sans doute 



-est une merveilleuse fille, et que ses vers 
«ne sont pas les moindres de ses merveilles. 
«Je ne pense pas que cette Sulpitia, que 
"Martial a si hautement louée, en fisl de 
«plus beaux, ni de plus latins. Mais qu'il y 
ira de pudeur et d'honnesteté parmi les 
«grâces et les beautés de ses vers !.. » 

1 A la suite des Poemaia dans l'édition 
de 1660 (Leyde, in 12). Ce recueil forme 
aussi la seconde partie de l'édition des Poe- 
maia de 1 6^9 (Amsterdam, in-12). 

1 Allusion à la Desfaitte du paladin Ja- 



versac , par les alliez et confédéré: du prince 
des Feuilles (1628), pièce réimprimée dans 
la seconde partie du tome II des Œuvres 
complètes de Balzac (p. 172-176). Sur Nico- 
las Bernard, sieur de Javersac, sur la bas- 
tonnade qu'il reçut par ordre de Balzac, et 
sur toutes les circonstances qui précédèrent 
ou suivirent cette exécution , voir Tallemant 
des Réaux(t. IV, p. go et 109), Bayle 
(Dictionnaire critique , verbo Javersac, etc.). 
3 Le copiste ne manque jamais de mettre 
«je dois,* partout où il faut «jet/ors.» 



822 LETTRES 

que ce soit moy. Ce sont mes lettres qui sont estourdies et ijm extra- 
vaguent, qui se sentent du lieu de leur origine, et portent le eharac- 
tère de leur naissance; qui ressemblent à leur mère infortunée, à cette 
ame toujours en désordre, toujours en mauvaise humeur, souvent 
triste jusques à la mort. En ce malheureux estât si voisin de la dissi- 
pation de tous les sens, et de l'entière ruine du composé, Quid ni et 
ItHjiii contraria, et delirare, elfurcrc etiam nobis liceat? Sed hier inilti pro- 
pria, tihi haudquaquam conveniunt, sapicnlissime virorum, qui »i!iil unqtum 
mal loqueris nul scribis nisi ad amussim illam, etc. Mais certes, outre cette 
constante et perpétuelle sagesse qui est lame de toutes vos lettres, jay 
bien trouvé des douceurs et de la consolation dans les dernières que 
j'ay receues. Si mes maux n'estoient incurables, assurément vous me 
guéririez, pour le moins je vous avoue que vous me donnez beaucoup 
de soulagement. Vous endormez ma douleur, vous enchantez mes 
ennuys, vous me faites tout le bien dont je suis capable. Je vous en 
remercie de tout mon cœur, et vous conjure de continuer: 

Si curœ libi nostra salus , quas mellea poscit 
Pharmaca , et austeros saspe aversata tabores . 
Crantora , Crisippumque tirael. 

11 faut, au reste, que je vous die que M r le Marquis de Monta usier 
m'a absolument gagné à luy par la lettre qu'il m'a fait l'honneur de 
m'escrire, et qu'il ne m'a pas laissé le moindre reste de liberté, pour 
pouvoir porter jamais ailleurs mes inclinations. Je les luy donne donc 
tout à fait, sans partage, sans réserve, sans condition: et asseurez le, 
s'il vous plaist, Monsieur, que ces termes ne sont point figurés en cet 
endroit et que je ne parle point oratorio more : comme aussy je fais 
grand fondement sur la solidité de ses parolles; et de telle sorte que 
jay envie de l'ajouster à celuy de qui j'ay dit dans un de mes discours 
qui ne sont pas encore imprimés : Et je me fusse fié davantage à m billet 
d Epammondas, quoi/ qu'il n'eustpas esté signé de sa main, qu'à tous ks trai- 
tés des Carthaginois, quoi/qu'ils fussent gravés sur le cuivre. 

J'ay retouché le compliment que je vous envoiay il y a huict jours: 



DE JEAN-LOUIS Gl 11 DE B HZ IC 328 

vous en trouverez une copie dans mon paquet, et je voua prie ou de 
me renvoyer la première ou de la jetter au feu. Mais voicy encore une 
troisiesme lettre, tani la matière me plais) : je la lis hier sur une uou- 
velle qu'on me <lii que M 1 ' aostre Marquis s'en alloii en Allemagne, el 
<|u'il \ estoil appelle par la nécessité des affaires et du service «lu Roy. 
Je sera} bien aise que la nouvelle soi] fausse, ei la lettre ue laissera 
pas de trouver sa placé dans aostre volume. Je vous dis encore une 
fois que je ue sça^ ce que veut dire M. Ménage de cette belle [lettre] 
que m'a escritM'de la TMbaudière. Puisque les miennes vous plaisent 
tousjours, et que vous es aymez jusqu'à la bigarrure de mes vers el 
de mon latin, je veux croire que vous me les garderez pour grossir 
nos livres ad Allicnm. Souvenez-vous en, Monsieur, et croyez que per- 
sonne ne sçauroit estre plus que moy, Monsieur, vostre, etc. 

Je vous envoyé une nouvelle copie de deux compositions que vous 
avez desjà veues. Elles sont dans le genre médiocre que les clercs 
appellent lempemlvm dicendi genvs, et, par conséquent, la clarté y est 
plus grande que dans le sublime. Vous m'obligerez de les montrer à 
M r nostre Marquis. 

M' rOlîîcial a escrit à M r Pauquet 1 , et luy envoyé de ma part deux 
rames et demye de papier par la voye de Rocolet. Je suis malade en 
plusieurs façons, et si, à l'avenir, quelqu'un se plaignoit que je n'escris 
point, vous me ferez bien la faveur, Monsieur, d'excuser mon silence 
par mes maux. Aymez moy toujours bien, mon très clier Monsieur. 



1 Le copiste a écrit Panquet. Il s'agit de 
Louis Pauquet, chanoine et archidiacre du 
Mans , secrétaire et factotum deCostar, né à 
Bresies en Beauvoisis, mort le 1 h novembre 
1673, à 63 ans. M. P.Paris {Historiettes, t. V, 
p. 170) dit qu'il avait de l'instruction et de 
l'esprit, mais il ajoute que c'était un grand 



ivrogne. Il cite sur Pauquet un flatteur pas- 
sage d'une lettre de Voiture à Costar, et ren- 
voie, pour plus de détails, à une vie de ce 
personnage qui se trouve dans le tome VI de 
la première édition du livre de Tallemant des 
Beaux. On a une lettre de Balzac, du 1" fé- 
vrier 16/12, à M. le prieur Pauquet (p. 697). 



32', LETTRES 



CXVIII. 

Du 20 nnvcnilire 1 15 ' 



Monsieur, Je demeure dans le plus bas estage delà dévotion et vous 
admire sans prétendre de vous imiter. Je jure sur vos dogmes, et ne 
laisse pas de suivre mes inclinations; je suis de vostre secte, comme 
les Gordeliers sont de l'ordre de S' François. Ils en prennent el en 
laissent : ils miligent la sévérité de sa règle, et l'accomodent à leur 
portée. Je vous prie de faire l'application de ce que dessus, et trouvez 
bon que je saute à un autre article. 

Ce qui s'est passé entre vous et le patelin est le mieux du monde. 
el je suis d'advis, aussy bien que vous, qu'il n'est pas à propos d'enfoncer 
davantage la matière, ny de venir à un plus particulier esdaircisse- 
ment. Il me suffit de sçavoir la vérité et de vivre comme si je l'ignorois. 
Ce ne sera point lascbeté à moy, ce sera patience et sagesse. Et te pri- 
mum consulta, sapientissime Capelane, mihi Cornelianum illud ni menton 
bénit, unicum insidiarum remedium ratus, si non intelligerentur. 

Les derniers sonnets que j'ay veus de nostre très cher ' ne me 
semblent pas extrêmement bons : ils sont chevillés 2 en plusieurs en- 
droits. Mais, pour esviter les mauvais présages, je n'en veuxpoint accu- 
ser l'an climatérique 3 : j'ayme mieux croire que la cuisine Télamonique 4 
ne contribue pas beaucoup aux méditations poétiques et qu'un air si 
espais 5 et une fumée si grosse n'est guères propre à purifier un esprit 
qui fait des sonnets. Nosti antiquum proverbium: Obesus venter non geve- 
ral tenuem sensum. Et, quoyque ce ne soit pas en ce sens là : Pingue ali- 

1 Le président Mainard. * La cuisine de la petite ville de Saint- 

1 Le Dictionnaire de M. Littré ne cite, Géré, 

pour l'expression vers chevillés, que J. B. 5 Saint-Céré est au pied d'une petite 

Rousseau. montagne, sur la Bave. Voir une descrip- 

' Mainard, né en i58a , avait alors tion de cette ville dans la Chronique de 

63 ans. La 63 e année était nommée la Saint-Céré par M. l'abbé Paramelle (Ga- 

Grande climatérique, parce que 63 est le hors. 1867, in-12, p. 7 et suivantes), 
produit de 7 multiplié par ç\. 



DE JEAN-LOUIS CU\Y/. DE BAL2 IC. 325 

qvid redolebant poetw cordubenles 1/. Tullio teste 1 . Dites s'il vous plaisl à 
cettuicy, que, sans prendre la peine de m'escrire, il me renvoyé toutes 
les copies des lettres (jue je n'ay pas, puisqu il veul que je grossisse 
nostre volume. Je suis aujourd'hui plus mal qu'hier, et incapable par 
conséquent d'un plus grand entretien avec vous, cumqua alias desinere 
nescio. C'esl . Monsieur, vostre, etc. 

Vous verrez bientosl des personnes à Paris qui me sont très proebes: 
mais souvenez-vous , Monsieur, que rien ne m'esl si proche que vous, 
et que personne ne doil estre admis ou vousetmoy devons estre seuls. 
intimant illam admissionem mtdligo, etc. J'ay beaucoup de de faux., d'in- 
firmités et de desplaisirs qui ne sont point de la connoissance des pa- 
reils et amys, et qu'il n'est point nécessaire de leur descouvrir. 



CXIX. 

Du 97 novembre i645. 

Monsieur, Il est vray «pie ma dissimulation est innocente, et qu'elle 
ne fait tort à personne. Appelions la prudence, puisque vous le voulez 
ainsy, et que vous luy faites l'honneur d'estre son parrain. Je dis plus, 
Monsieur, vous estes son père. Je vous dois tout ce que je fais de bon. 
J'emprunte de vous toute ma vertu. Vos lettres, très sages et judicieuses 
lettres, sont mes conseillères et mes directrices, sont les aydes et les 
appuys qui soustiennent la foiblesse de mon ame. Je ne suis philosophe 
que par communication et participalement, comme parlent les philo- 
sophes barbares; et, s'il vous plaist que je le vous dise d'un ton plus 
haut et en la langue de nostre Virgile : 

Tu niihi quodeunque hoc sophiae, tu Pallada soins 
Concilias, dubiamque régis per singula mentem . 
Tu vitœ, Capelane , autor raelioris, etipsum. 
Vuspice te, forti jam provoco voce Cleantem. 

' Allusion à ce passage du Prn Archia trpoetis , pingue quiddam sonantibus atque 
port» (cap. x) : rrUt etiam Cordubœ natis irperegrinum, tamen aures suas dederet.» 



320 LETTRES 

L'audacieux vous avoit encor dit que je De pouvois point avoir d'affee- 
lion pour les docteurs en langue vulgaire. Je ne sçay sur quel fonde- 
ment il a dit cela : je sçav bien. Monsieur, que j'ay esté accusé plu* 
d'une fois d'avmer et d'estimer avec excès, je ne dis pas les amis du 
premier ordre, les du Perron, les Chapelain, les Malherbe (il n'y n 
point assez d'encens en Arabie pour de pareilles divinités), je dis le 
menu peuple du Parnasse et la canaille du Pinde, ceux qui sont au- 
dessous des Colletet et des Boisrobert. Qui fut jamais plus libéra] 
d'epithètes magnifiques, de superlatifs illustres, etc., que vostre très 
humble serviteur? Sans parler des autres bons offices et autres marquée 
d'affection qu'il a rendues au moindre de ces petits Messieurs, quand 
l'occasion s'en est présentée. J'ay quelque opinion que l'audacieux vous 
a voulu figurer mon contraire dans la description qu'il vous a faite de 
moy. Apparemment c'est i'anti-Balzac qui a esté son objet dans toute 
sa belle relation. 

Je suis, utsemper, de vostreadvis.il vaut beaucoup mieux que ce soit 
un autre que moy qui débite les diverses pièces qui m'ont esté adres- 
sées, et cette adoption de louanges et de paranimphes doit estre lais- 
sée au Tyran de Leyde 1 , comme digne de sa seule majesté. Le livre 
donc ne portera point le tiltre d'adoptivus, mais il sera pourtant à la 
fin des autres, et donné au public par le mesme qui publie les lettres, 
et qui fera une préface au devant. Je suis, au reste, obligé à cette pu- 
blication par les plaintes de quelques uns qui se fascbent d'estre de ces 
gens, qnœ in vanum laboravenint gentes. Et ne pensez vous pas, sans 
vous en alléguer d'autres, cpie le bon père Théron 2 , qui a près de quatre 
vingts ans, et qui ne veut pas perdre un seul de ses vers (puisquil les 
fait imprimer dès le lendemain qu'ils ont esté faits) , ne pensez-vous pas, 
Monsieur, qu'il me sçache mauvais gré de ce que j'en tiens en prison 
deux cent cinquante de sa façon, impalienlissimos captivitatis, et exxre 
continua geslientes? Ainsy ce ne sera pas vanité, si je fais ce que désirent 
mes chers amys; ce seroit dureté et ingratitude, si je ne le faisois pas; 

1 Heinsius. — s I<p copiste a écrit Téron. Le père Théron n'avait, en i645, que 
7 3 ans. 



DE JE IN-LOUIS (il i./ DE B ILZ iC, 327 

ce seroil la plus grande de toutes Isa vanités, si je me preoois pour ce 
grand Prince, monté a un tel degré de gloire, el te$te hûtorico tmgm 
nominia, triwnpkot pouet rtùm contemnere. 

( )|)lij;cz-iii()v (If iIdiiiici- de ma pari à Madame la Marquise de Rani- 
bouillei les trois copies que je vous envoyé, dans lesquelles je la su |»- 
pliede ne vouloir considérer que mon zèle, qui esl certes liés véritable 
el liés pur. Si vous prenez la peine de reliée les lettres, \<>ms retrouve- 
rez la seconde retouchée encore un coup, et peutestre assez heureuse- 
ment. Mon frère ' partira bientosl pour Paris, el j'espère qu'il sera le 
porteur du manuscrit de nostre volume. Je vous rends très humbles 
grâces des deux chefs d'oeuvres, accompagnés de leurs argumens. .le 
suis tousjours plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc. 

H me vint voir, il y a huit jours, un poète latin originaire du Péri- 
gord, qui doit esl re aujourd'hui/ bien près de Paris. Il me récita plu- 
sieurs Epigramnies, et quelques unes entre autres, sur le sujet des- 
quelles il m'allègue de grands tesmoignages, et le imprimis laudalore 
ghriabatuv. 11 m'a parlé d'environ quatre ou cinq mille corrections sur 
Horace, Stace , etc., et m'en a dit quelques unes que véritablement 
j'ay admirées. Le nom du poète critique est Peyrarede 2 . Mandez m'en 



' François Guez , sieur de Houssiiies , non 
pas frère aine de Balzac, comme le dit Tal- 
lemant (t. IV, p. îoo, note a), mais son 
frère cadet. Il était né en septembre i5g8. 
Balzac écrivait de Paris, le 25 janvier 1628, 
à \1' de Roussines (p. 384) : «Si la chaleur 
;rdes esprits ne se ralleutit, il se pourra 
tr l'aire une petite bibliothèque des sottises 
"qui s'escriveût contre moy.i 

s Jean de Peyrarede, gentilhomme pro- 
testant , mort vers 1660. Voir sur lui Mo- 
réri, Bayle, Leclerc et Joly, et les auteurs 
cités par ces critiques , tels que Grotius, La 
Mothe-le-Vayer, Gostar, l'abbé de Marolles, 
Huet. Baillet, La Monnoie. Bayle a repro- 



duit deux passages du tome I des Œuvres 
complètes de Balzac relatifs à Peyrarede, l'un 
emprunté à une lettre à l'avocat Moricet. 
du h décembre i646 (p. 7o3), l'autre 
emprunté à une lettre à Gonrart, du a jan- 
vier i648 (p. 867). Voici un autre extrait 
d'une lettre à M. de la Thibaudière. du 
16 octobre i643, (p. 553): ctLe sçavant 
ir Peyrarede y doit estre (à Paris) en ce 
irtemps là , s'il est homme de parole. Il 
tenons apportera ses conjectures sur Plante 
tret sur Martial, pour mesler avec nos 
it truffes et nos champignons. De tout cela . 
net de beaucoup de sel et de poivre, il ne 
«se fera pas de mauvais ragousts...» L'abbé 



328 LETTRES 

ce <[ue vous en seavez, el , s'il vous va voir, je vous prie fie iti\ de- 
mander de ma part les Hendeeasillabes qu'il me récita et que je trouv .; \ 
incomparables sortant de sa bouche, quoiqu'il ne récite |>a> avec tant 
de grâces que Mondory 1 . Je dors d'assoupissement et de faiblesse posl 
longea heu et crudeles vigUias! 



CU.. 

Du 12 décembre i(ji."j. 

.Monsieur, Je fus si mal le jour que partit le courier de la semaine 
passée, qu'il me fut impossible de vous escrire. Sans cette ris major à 
laquelle il fallust obéyr , et qui estouffa mes parolles jusques clans 
mon estomac, je ne me fusse pas privé du seul contentement que me 
laisse vostre absence, et peut estre de la seule action de liberté que je 
fais dans un monde qui me gesne et m'incommode de tous coshs: 
dans la ruine, j'ose dire universelle, de la sincérité, de la franchise et 
des autres vertus sociables. En effet, Monsieur, ce monde me semble 



Audierne (LePérigord illustré, l85i . p. 173) 
fait nailre Jean de Peyrarède à Bergerac , et 
il est d'accord, en cela, avec une des lettres 
qui vont suivre. 

1 Pseudonyme sous lequel se rendit cé- 
lèbre comme acteur Guillaume Gilbert, que 
l'on croit né vers i58o et qui mourut en 
i65i. C'est M. Jal (Dictionnaire critique de 
biographie et d'histoire) qui le premier a 
fait connaître le nom patronymique. Voir, 
sur Mondory, outre les dix auteurs indi- 
qués dans la Nouvelle biographie générale , 
Tallemant des Réaux (t. VII. p. 170), les 
auteurs du Menagiana, qui le proclament 
mm des plus habiles comédiens de son 
rr temps,» et qui ajoutent qu'il réussissait 
à faire pleurer le cardinal de Richelieu; 
M. Soulié, le conservateur de la biblio- 
thèque de l'Arsenal (Revue de Paris du 



3o décembre i838). La Nouvelle Biogra- 
phie générale fait naître Mondory à Orléans. 
Tallemant prétend qu'il restoit filz d'un 
'■juge ou d'un procureur fiscal de Thiers . en 
rr Auvergne. » Enfin Marguerite Perrier, la 
nièce de Pascal, assure, dans ses Mémoires 
de famille ( voir Bibliothèque de l'Ecole des 
Chartes, t. V. p. 317). que Mondory était 
de Clermont. M. Soulié a publié deux lettres 
de Mondory, dont une, du 18 janvier 1637. 
et où il est parlé des premières représenta- 
tions du Cid, est adressée à Balzac. M. P, 
Paris a publié une autre lettre de l'excellent 
comédien à Pierre d'Hozier (Historiettes, 
t. VII, p. 186). Voir une lettre de Balzac à 
M. de Mondory du i5 décembre i63G 
(page 619 du tome I des Œuvres com- 
plètes ). 



DE -il. \ n LOUIS GUEZ DE BALZAC. 3S9 

bien gasté, el je ne trouve presque plus de confident qui soif seur, 
I il ii s d'yeux nj d'oreilles <|ui soient fidèles. Quand je parle des hommes 
je ne parle |>;is des demi-dieux; je les excepte de mes termes généraux . 
et, quoyque le mal les environne, considérons 1rs dans un étal de pu- 
reté inaltérable à toute la corruption du dehors, à toutes sortes de 
mauvais exemples. Parmy ces âmes privilégiées el ce petit nombre de 
choisis, vous sçavez bien oui nous niellons à part et qui esl nostre 
généreux par excellence 1 . Je nous suplie, Monsieur, de lu\ reconBr- 
mer ces asseurances solides, réelles, essentielles, que je luy aj con6r- 
mées solennellement, cet abandonnement de cœur, dont vous me par- 
lez : cette passion plaine de respect et de révérence, que je conserveray 
toute ma vie pour son incomparable vertu. Je serois bien Easché qu'il 
prist la peine de m'escrire encore une fois, et vous m'obligerez de luy 
dire ipie les marques de souvenir qu'il a eu la bonté de me donner me 
sont si chères et si glorieuses, qu'elles doivent entretenir mon esprit, 
chatouiller ma vanité, nourrir mon ambition dix ans tout entiers; 
qu'elles me doivent consoler de tous les desplaisirs qui me peuvent 
arriver durant ce temps là. S'il veut aller plus avant et me faire de 
nouvelles faveurs, il suffit que je les receoive dans vos lettres; et soyez, 
s'il vousplaist, le milieu qui joigne les deux extrémités, et qui approche 
la Cour du Désert. 

J'ay veu depuis peu le Président d'Angoulesme qui a espousé une 
nièce de M 1 ' de la Thibaudière 2 ; il m'a dit que toute sa domesticité 



1 S'agit-il du chancelier Séguier? 

" Voir une lettre de Balzac, du 3 janvier 
io65 (p. 679) à son cousin M. Gandillaud, 
président au siège présidial d'Angoutênie. 
Ce fut à ce neveu par alliance de M. de la 
Thibaudière que Balzac dédia sa 1 9 e disser- 
tation critique intitulée: De Montaigne et de 
ses escrits (t. II, p. 65 8-661). Des vers 
latins furent aussi adressés par Balzac (se- 
conde partie du tome II, p. 53): Gabrieli 
Gnndillaldo apud Engolismenses prœsidi. Une 



fille du président Gandillaud , nommée Mar- 
guerite, composa, le jour même delà mort 
de Balzac , et étant alors âgée de douze ans . 
six vers latins que l'on trouvera à la suite 
de la Relation de la mort de M. de Balzac , 
escrite par feu M. Moriscet, adooeat en parle- 
ment, à la dernière page du tome II des 
Œuvres complètes. J'ai vu , à la Bibliothèque 
nationale (Fonds Français, vol. fjhoS). 
plusieurs lettres écrites au chancelier Sé- 
guier par le président Gandillaud. 

6a 



.-{30 LETTRES 

crie contre luy, et qu'une femme et cinq ou six petis enfants sont 
preste de l'aller quérir à Paris, pour venir mettre ordre à des affaires 
pressantes qui ont besoin de luy à la mayson. 11 s'amuse, disent-ils, à 
rien ou à peu de chose, et néglige l'essentiel et le principal; il perd !<■ 
nom de bon père de famille, pour acquérir celuy de mauvais commen- 
tateur de Tacite. Je ne suis en tout cecy que l'interprète de la Domes- 
ticité: mais vous estes certes merveilleux de me conseiller de luy escrire 
pour avoir sa lettre, vous qui n'ignorez pas que, quand je l'aurois re- 
ceue par homme exprès, ou je n'y respondrois point, ou je me ferois une 
violence si j'y respondois. Toutes les lettres et tous les complimens de 
c.'tte nature me sont des corvées insupportables. A vous seul, Monsieur, 
j'escris avec plaisir et gayeté; mais c'est aussy sans soin et sans pré- 
paration, et il est très vray que je ne garde point copie de ces lettres. 
Si je le faisois, quel mauvais fin serois-je? Quelle ridicule chose seroit- 
ce, si je vous priois de m envoyer de Paris des escritures que j'ay, et 
que je voudrois avoir deux fois. 

H ne se peut rien de mieux que ce que vous m'escrivez de cette 
nouvelle espèce mestive entre le Sonnet et l'Epigramme. J'ay receu les 
derniers ou Sonnets ou Épigrammes, avec les lettres de nostre cher 
poète 1 , et mon advis est entièrement conforme au vostre, touschant le 
mérite de sa poésie. Je suis ravi de cette belle et noble facilité. Les 
choses et les parolles m'en plaisent également; et quelle vieillesse, Bon 
Dieu , sera celle-là , si elle réussit en Cour, en Amour et en Poésie? Je dé- 
sire de tout mon cœur la première réussite, et il me semble quavecqoes 
le charactère de prestre de la déesse Thémis, qu'il a il y a longtemps, 
il pouroit bien exercer quelque intendance ou demy intendance, si 
Solon avoit de la bonne volonté pour luy ; je ne luy escris point dans 
je chagrin où je suis, mais vous, Monsieur, et trois ou quatre parens 
que j'ay maintenant à Paris, supléerez aisément à mon défaut et l'as- 
seurerez efficacement, je vous en conjure, de mon amour et de mon 
estime. Au reste, si je suis urbain, vous estes urbanissime et renché- 
rissez tousjours de beaucoup sur mes plus urbaines urbanités. 

1 François de Mainard. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZ LC. 381 

Ou \») perdu l;i mémoire ou le Patelin a mentito perla gala, et de hit 

IkicIciiiis. Mille 1res humides baisemains à nos deux liés excelleiis am\^ 

les sénateurs d'Austrasie l . Pour vous, Monsieur, les termes me 
manquent, el je ne trouve |>oini de superlatif qui n'exprime impar- 
faitement la tendresse, le respect, la vénération, etc., Monsieur, de 
vostre, etc. 



CXXI. 



Du 17 décembre îfi'i.'i. 



Monsieur, Pourquoy est-ce que je suis Lousjours sur la pente du 
désespoir, et que je ne tombe point, que je meurs sans cesse et ne 
suis pas mort? C'est, Monsieur, que, dans ce perpétuel voisinage du 
désespoir, vous ne me perdez jamais de veue, c'est que, quand le pré- 
cipice est devant moy, vous estes derrière; c'est que vous arrestez mon 
ame, quand elle s'enfuit; c'est que vous me retenez en cette vie par la 
force de vostre amitié, par vos bons conseils et par vos douces con- 
solations: 

Perge modo noslrosque levés, Capelane, dolores 
Pharmacaque asperso semper mibi nectare dexlra 
Misceat, et solita infirmum dulcedine curet; 
Scilicet illa polens revoeare e faucibus oris 
Garos dextra tuos, mortalesque addere Divis. 

Vous voyez bien que les derniers mots de ce dernier vers vous de- 
mendent le panégirique que me promet vostre lettre, et que j'attens 
desjà avec mon ordinaire impatience. Comme vostre panégirisé est sans 
comparaison plus brave et meilleur que Stilicon, je ne doute point que 
vostre panégirique ne vaille plus que tous ceux de Claudian , quoy 
que le bonhomme Malherbe les admirast, quoyque celuy qui les a 
faits l'ust et grand courtisan et grand poète , quoyqu'on voye encore 

' Lhuillier et Rigault, conseillers au parlement de Metz. 



332 



LETTRES 



une statue, je ne sçay où, érigée à sa mémoire avec cette inscription : 
CI. Cktudiano prœghriosisçimo poetarum, etc. ' 

Le seigneur Peyrarède eschappa à mon souvenir il y a huiet jours; 

et je ne vous en diray point encore ce que j'en pense, parce (jue je ne 
l'ay pas assez considéré pour le bien cognoistre. La première veuedes 
choses et mes premières pensées m'ont souvent trompé, outre qu'il esl 
aisé à la bonté feinte ou véritable de corrompre mon jugement par le 
moyen de ma passion. Cettui cy s'est détourné de son chemin d'une 
journée et demye pour me rendre une visite. 11 m'a fait d'abord mille 
protestations d'amitié. Il s'est avoué de vous. H a commencé ses com- 
plimens par les chers noms de Ménagé et de Mainard 2 . 11 m'a récité 
quantité de ses Epigrammes. Il m'a communiqué quelques unes de ses 
corrections sur les poètes. Il m'a dit qu'elles avoient été admirées par 
Grotius, et que Heinsius s'estoit récrié dans une conférence qu'ils eurent 
ensemble: Per Deum immnrialem, lu en summus crilicorum. Il m'a dit 
aussy que le brave Cerisantes n'entendoit pas le latin et que sa der- 
nière ode imprimée estoit très mauvaise. H m'a dit encore que nost li- 
tres aymé M r d'Ablancour avoit fait quatre cent fautes notables dans 
sa traduction de Tacite. Il m'a dit plusieurs autres choses que je naj 
pas le loisir de vous escrire, estant pressé de finir par le laquais de ma 
nièce qui me demende ma lettre. C'est. Monsieur, vostre, etc. 

Je voudrois bien, avec les vers du Père Théron*, ceux de Mademoi- 



1 On lit dans l'article Claudien fourni 
par le savant Jos. Vict. Le Clerc à l'Ency- 
clopédie des gens du monde, et reproduit 
dans la Notice sur la vie et les ouvrages de 
Claudien (collection Nisard) : <rCes divers 
« ouvrages de Claudien me'ritaient-ils la statue 
"de bronze que Stilicon lui fit élever dans 
fie forum de Trajan, avec une inscriplion 
-latine, que Poniponius Letus, qui en in- 
cventa bien d'autres , prétendit avoir retrou- 
rvée à Rome en 1 4g3 , inscription où l'on 



r. imagine pour Claudien lépitbète barbare 
tr de pNBgloriosissimus, et qu on fait suivre 
td'un distique grec qui lui accorde a la fois 
tIc goût de Virgile et le génie d'Homère? - 
'- Il n'y a rien sur Peyrarède dans le Me- 
nagiana, mais, en tête des OEuvres de May- 
nard ( Paris , 1 646 , in-4°) , on trouve douze 
vers latins signés /. Peyraredus , et dans un 
desquels le poëte est appelé: 

Alter gallico in orbe Martialis. 

5 Le copiste a écrit: Thiron. 



DE JEAN l.onis GUEZ DE BALZAC. 889 

selle de Schurmann el quelques unes de ses lettres; faites en souvenir 
imsiiv très cher. 



CXXII. 

Du a'i décembre 1 645. 

Monsieur, Je vous escris t*n grand désordre, el en ;iss<;z mauvais 
estât. Ce sera seulement afin i[uc vous ne pensiez pas que je sois plus 

mal que je ne suis, et que vous ne preniez pas à la lettre Iioiiu- 
iiciii degentem sihntium pour un homme mort. Les vers du Batave 1 , 
s'ils sont obligeans en toutes façons, ils m'obligent en effet à beaucoup 
de choses qui m'incommodent. Ils me lient les mains contre le père 2 : 
ils rompent mes mesures pour l'impression du volume, ils m'ont desjà 
fait quitter ma besoigne, et avec quelque sorte de despit. Que deviendra 
tout ce que j'ay escrit a M 1 " Saumaise, et plusieurs autres endrois du 
livre, où il est parlé librement du superbe Heinsius? De quoy ne me 
mandant rien par vostre dernière, j'aurois quelque sujet de croire d'un 
autre que de vous qu'il n'auroit pas pris la peine de iire la copie qui 
m'a esté renvoyée. Je ne plains point néanmoins les endrois qui se per- 
dront, et, quand tout le livre périroit, je me consolerois aisément de 
sa perdition, pourveu que je ne fusse point obligé d'en faire un autre. 
C'est donc la peine de refaire et de changer que je crains comme la 
mort; et, à vous parler franchement, j'eusse encore mieux aymé des 
ïambes satyriques que des Hendecassillabes amoureux, parce qu'il 
m'eust esté permis de ne respondre point aux premiers et que mon 
silence eust passé pour modestie, au lieu qu'en cette rencontre il se- 
roit appelle incivilité. Je ne puis néanmoins rien dire que vous ne 
m'ayez premièrement fait sçavoir en quels termes est Heinsius avecques 
Saumaise, sur quoy il faudra que je règle mon compliment; et cela, 
Monsieur, après avoir maudit une infinité de fois ma réputation et mon 
mestier de faiseur de lettres. 

Mille très humbles remerciemens, s'il vousplaist, à nostre très cher 

1 Nicolas Heinsius. — 2 Daniel Heinsius. 



334 LETTRES 

M 1 Ménage, pour la très belle lettre qu'il ma escrite. Vous ne doutez 
point, je m'asseure, que je n'ay receu avec toute la gratitude dont je 
suis capable l'honneur que m'a fait M r le Coadjuteur, qnem virum atU 
heroa 1 , et ce qui s'ensuit. Vous achèverez le reste et il vaudra beaucoup 
mieux de vostre façon que de la mienne. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



Je vous suplie, Monsieur, de tesmoigner au petit ainy que je suis 
t lus satisfait de ses soins quoiqu'il ne receoive point de mes lettres. 
Asseurément je quitteray la France, et m'yray conGner dans la Thé- 
baïde, s'il me faut plus escrire à d'autre qu'à vous. J'attends impa- 
tiemment et avidement le panégirique, moy qui n'ay plus de goût pour 
quoy que ce soit, non pas mesme pour le nectar et pour l'arnbrosie. 
Pardonnez à ma précipitation, je ne sçay ce que je vous escris depuis le 
commencement jusques à la fin. 

Je sçauray par vostre moyen quel homme est ce Nicolas, fils de 
Daniel, du corps, de l'esprit 2 , etc. 



CXXIII. 

Du 3i décembre i645. 

Monsieur, Le courrier qui devoit venir hier n'est pas encore arrivé. 
C'est le Dieu perruque de glaçons 3 qui l'a arresté par les chemins. Ce 



1 Horat. Carminum liber primus, ode su, 

v. 1. 

" .Nicolas Heinsius était venu à Paris en 
i645, âgé de vingt-cinq ans, pour y étu- 
dier les manuscrits d'Ovide et de Claudien. 
Il avait été très-bien accueilli par le duc de 
Montausier, auquel il dédia, par reconnais- 
sance, un recueil de poésies latines (Elegia* 
rum liber, Paris, i646, in-i°). Chapelain, 
qui avait pu le voir beaucoup à l'hôtel de 
Rambouillet, donna sans doute à Balzac tous 
les renseignements qu'il lui demandait sur 



le jeune philologue hollandais. Je ne sais 
en quels termes était alors Heinsius avec 
Saumaise, mais ce que je puis dire, c'est 
qu'en iG5o, quand Nicolas publia sa re- 
marquable édition de Claudien ( Leyde . 
in-i 2), Saumaise laissa trop voir la jalousie 
et la haine dont il était animé. Voir la vie 
de Nicolas Heinsius si bien racontée par 
Burmann en tète des Adcersaria du pre- 
mier (1742). 

3 J'avais pensé d'abord que le Dieu per- 
ruque de glaçons était une de ces métaphores 



DE JEAN-LOUIS fillKZ DE BALZAC. 385 

soni les enfans frénétiques du Beptentrioa qui tiennent à présent l'em 
pire de l'air et de la terre, (le sont les postillons <l Eolle 1 qui em- 
peschent les nostres de courir. Je ne respons donc pointa <!<*-> lettres que 
je u'jiy point receues : mais, en les attendant, je vous dira) de rechef, 
Monsieur, que les injures de Daniel m'eussent beaucoup moins fasché 
que les cajolleries de Nicolas, et que je suis incommodé de lous les 
complimens qui demendent d'autres complimena?. Ce n'est pas que je 
ne prise infinimenl l'acquisition d'un amy: mais me voudriez-vous faire 
accroire que ce soit amitié que tout ce commerce de vent, de fumée et 
d'autres choses encore pins légères et plus vaines? On loue pour estre 
loué, et je suis si las de l'un et de l'autre que je ne souspire plus qu'a- 
près le silence et l'obscurité, j'ay pensé dire la surdité. Je voudrois 
souvent estre enchanté dans quelque palais d'une islc inconnue, sans 
action, parolle ny mouvement, ne vivant que par le seul dormir, pour- 
veu que mes songes me représentassent perpétuellement vostre image, 
et me parlassent tousjours de vous. Presque tous les autres objets m'in- 
porlunent et m'affligent; et, pour passer de la thèse à i'hipothèse, je 
ne craindray point, de vous dire que deux Révérends Pères et un Cava- 
lier sont venus aujourd'huy céans, sans que j'aye voulu me laisser voir. 
Peu s'en faut que je ne leur aye crié moy-niesme : Je n'y suis pas. Ainsi, 
quoyque quelquefois on me traite d'enfant de Jupiter, je suis plus fa- 



que le cardinal Du Perron reprochait à Du 
Bartas, mais je n'ai rien trouvé de pareil 
dans la Semaine. Peut-être Balzac a-t-il sim- 
plement voulu faire allusion à un vers de 
Ronsard et opposer l'hiver «perruque de 
(t glaçons ■» au soleil « perruque' de lumière!» 

' Et de qui la parole 

Serre et lasche la bride aux postillons d'jEole. 
Dd Bartas, v. 3 et k du premier jour de la Semaine. 

2 Ces compliments, Balzac ne les fit pas 
trop attendre à Nicolas Heinsius. Voici ce 
qu'il lui écrivait, le 1 5 janvier 1666 (p. 670): 
n-Si la Serene delà France, ainsi vous plaist 



rtil de me nommer, n'est pas tout à l'ait 
trniuetle, outre que la pluspart du temps 
n-elle est enrumée, il ne luy reste qu'un pe- 
tttit filet de voix, qui ne seroit pas capable 
trd'endormir le plus assoupi matelot de 
rr vostre pays. C'est vous, Monsieur, qui 
(testes en âge et en estât de charmer , et 
rrnon seulement les compagnons de Ulysse. 
rrmais Ulysse mesme... Vous avez, à vingt- 
tr quatre ans, tout ce qu'une exquise nourri- 
rtture peut adjouster à une heureuse nais- 
sance, etc.» 



336 LETTRES 

louche que les enfants de Neptune, que le Ciclope mesme le plus fa- 
rouche de tous, et duquel nostre amy a dit: 

Nec visu facilis, nec dictu aflabilis ulli '. 

Un homme de cette humeur ne désire point, Monsieur, que Hein- 
sius se raproche de luy. Au contraire de n'estre qu'à Leyden, il trouve 
que ce n'est pas estre assez esloigné de Balzac. Il n'est pas pour moy 
assez avant dans le Nort. Pleust à Dieu que tous les faiseurs de compli- 
mens fussent à Stokolm et au delà, qu'ils s'en aillent au diable chez les 
Lapons, tous ceux qui me voudront importuner chez les Hollandois! 
Mais le panégirique ne viendra-t-H pas par le premier ordinaire? Je 
vous jure, Monsieur, que, dans ma verte jeunesse, je n'attendis jamais 
l'heure dune assignation avec plus d'impatience, ou plus de. fureur. 
car, en matière d'amour, ma passion va quelquefois jusque là. que 
je verrai d'admirables choses! Que je seray glorieux de voslre gloire! 
Que je diray de fois : «L'excellent amy que j'ay! Que c'est un excellent 
it ouvrier de couronnes! Qu'il est nécessaire pour les triomphes! Que 
- les demy dieux ont besoin de luy ! -n Le vostre m'a fait souvenir de mou 
discours à la Reyne, dans lequel il a bonne part, comme vous sçavez. 
Et, parce que nouvellement j'ay retouché, changé et corrigé le discours 
pour le mettre en estât d'estre imprimé avec quelques autres à la 
suite des Choisies, je vous l'envoyé de cette dernière révision par le 
messager qui part demain d'Angoulesme. J'en ay osté tous les endroits 
odieux et quelques uns qui me desplaisoient. Vous n'y trouverez plus 
le grand Pan mort, quoy qu'au jugement des justes il ne pouvoit ja- 
mais mieux estre qu'en ce lieu là. Mais il faut que vous sçachiez, 
Monsieur, que M 1 ' le Mareschal de Grammont 2 , passant l'année passée 

1 Virg. jEneid. III, 621. Dans une lettre à Conrart du ao novembre 

2 Antoine III, d'abord comte de Guicbe, iG5a (p. 957), nous lisons: <rJe vous 
puis duc de Gramont, né en 160&, mort ff eusse écrit il y a trois jours, si j'eusse eu 
en 1678. Voir une lettre de Balzac, du aime heure de loisir pour cela. Mais Mon- 
1 4 janvier 1 665, ff à Monseigneur le duc de frsieur le Maréchal de Grammont estant icy, 
«■Grammont, maréchal de France (p. 616). 71 (fil falut luy donner le jour du courrier.» 



DE JEAN-LOUIS Gl E2 DE BALZAC. 

en ce pays, me lii DBtîre tanl de civilités par mon neveu , pour m'obligei 
.1 ne in\ paa refuser une douzaine de lignes, que je lui eusse bien 
donné davantage, me le demendanl si bonnestemenl el d'une ma- 
nière >i obligeante. Reprenez donc, s'il vous plaist, la douceur de vostre 
visage, pour nue composition à qui vous Bstes un peu mauvaise mine 
l,i première fois que vous la vistes; elle es1 purgée à mon advis de toul 
ce <|iii vous pouvoit choquer, et rien n'empeschera maintenant que 
vous ne ln\ donniez vostre bénédiction, pour lu y porter bonheur, et la 
faire réussir dans le monde. Je vous suplie de la faire voir de ma 
pari à M. nostre Gouverneur, et de la lin laisser quatre ou cinq jours, 
après lesquels vous me ferez la faveur de la retirer, et de la rendre à 
M r de Forgues, qui me la renvoiera ou me l'apportera luy-mesme, 
parce que c'est la seule copie bien correcte que j'en aye. 

Vous trouverez dans ce paquet un petit poème que j'ay fait contre 
un Tiran de collège, terrible et impitoyable foueteur 1 , tel qu'estoit au- 
trefois Orbilius quem phgosum dùxereolim magnanimi Rémi nepoies-. M y 
a ensuite une de mes vieilles Épigrammes que j'ay ajustée et augmen- 
tée de six vers, pour commencer à me revancher de tant de laveurs 
que j'ay receues de nostre très cher M r Ferra mus : Si vous la jugez 
digne de luy, vous luy en donnerez une copie. Je vous demende tous- 
jours les bonnes grâces de M r l'Evesque de Grasse, et vous conjure de 
l'asseurer tousjours comme il faut, de l'amour et des respects que j'a\ 
pour son incomparable mérite. 

Je vous prie aussy de sçavoir de Madame la Comtesse de More si 
elle a le testament que M r le Maresclial de Marillac 3 , son oncle 4 , fit à 
Ruel 5 , et qu'on m'a dit avoir esté supprimé par le Cardinal. Un homme 



1 C'est la petite pièce intitulée: Orbilius en 1629, décapité comme concussionnaire 

(p. 21 du tome II de la seconde partie des le 10 mai i63a. 
Œuvres complètes). 4 Une sœur du maréchal , Valence de 

s Voir Horace (lib. II, ép. 1, v. 70, 71). Marillac, épousa Octavien Doni, seigneur 

Cf. Suétone, De illuslribus Grammaticis , d'Attichy, et de ce mariage naquit la comtesse 

cap. 11. de Maure. 



Louis de Marillac . maréchal de France 5 Le P. Grififet, qui a donné tanl d'exacts 



338 LETTRES 

de condition m'en a fait présent d'une copie comme d'une chose extrê- 
mement rare, et je luy a y fait là dessus un remerciement qui, à mon 
advis, ne desplaira pas à Madame la Comtesse. Le testament finit par 
ces mots : Fait au chasleau de Ruel, et clos montant en carosse pour aller 
où il plaist au Boy de m envoyer. 

Mon frère ne manquera pas de vous rendre ses devoirs : je m'ima- 
gine que vous ne le trouverez pas trop provincial. Je suis tout à vous. 
Balzac. 

Le courrier est arrivé et m'a apporté vostre lettre, mais vos vers, qui 
pouvoient arriver demain par le messager, sont demeurés à Paris par- 
la faute du stupide Rocolet, cm culpœ expiandœ quantum Jlagr or um opus 
esset. 11 mande à ma sœur qu'on luy a apporté un paquet de chez Ma- 
dame Camusat, mais qu'il le trouve trop gros pour la poste et trop 
petit pour le messager, et par conséquent qu'il ne l'envoyé point : le 
messager, autem ne luy en desplaise, porte des lettres de deux sols de 
port. Vous ne sçauriez croire l'indignation, voire la colère, voire la 
haine, que j'ay contre ce maraut, qui devroit estre crocheteur ou pale- 
frenier et non pas libraire ou imprimeur. Je ne puis luy pardonner cette 
dernière dureté de crâne, et une omission qui m'afflige au dernier point, 
qui me rend malade , qui tire de mon cœur et de ma bouche plus de 
malédictions et d'imprécations contre luy qu'il n'y a de sillabes dans 
vostre Ode. En vérité il n'y a plus moyen de le souffrir. Il m'a fait 
mille niches, mais cette dernière faute comble le boisseau, et vous me 
ferez plaisir de rompre tout à fait avec luy et de ne le point escouter 
en ses justifications, comme je suis résolu à la mesme chose. Il y a peu 
de gens de sa profession qui ne vaillent mieux que luy, et, si vous l'avez 
pris quelquefois pour un bon homme, croyez sur ma parolle qu'il n'en 
a que le dehors, et que c'est un Asne qui fait tout ce qu'il peut pour 
estre Renard. N'en parlons jamais, je vous en prie; nous ne manque- 
rons point de libraires qui nous servent. 

détails sur le procès du maréchal de Maril- de l'exécution , lorsque le sieur des Ruaux 
lac (Histoire de Louis XIII, t. II. p. a-23- entra (àRuel) dans la chambre de Marillac, 
a5o ) dit que le lundi matin. 10 mai, jour "il le trouva qui écrivoit son testament.- 



DE JEAN-LOI IS Gl EZ DE BALZ w, 

J'enrage de n'avoir pas vostre Ode el vous veux presque mal d'a- 
voireusi peu de soin de l'envoj d'un si riche présent. J'espère, j'espère 
au lieu que je devrois jouir. 



CXXIV. 

Du janvier 1 666. 

Monsieur, C'est sans doute mon mauvais Démon nui vous conseilla 
d'envoyer à Rocolel ce que vous deviez avoir envoyé à M'de Forgues. 
Vous pensez que j'axe receu vostre Ode il y a huit jours, el je vous 
apprens qu'elle ne sçauroit estre icy de quinze. Voicy de quoy vous 
le prouver par les propres termes de la lettre que ma sieur a receue 
aujourd'huy de cet honneste homme : «J'ay céans un gros paquet que 
» j'envoyeray au messager par le premier ordinaire avec quelque autre 
«chose que j'y joindra y, etc. De Paris ce dernier jour de l'année i6/u>.« 
Iprès cela je vous demande si le maraut n'est pas le dernier de tous 
les maraus? S il n'est pas bipedum stultissimus , stolidissimus, e/c? Si son 
esprit ne doit pas estre envoyé aux Incurables? S'il ne peut pas dispu- 
tera Margitesla couronne du royaume de la Morie? S'il n'a pas du fer 
dans la leste? S'il n'est pas tout corps et tout matière? Si ce n'est pas 
un asne sous la figure d'un homme? Je souffre cependant cette dureté 
asinine ; et vous excuserez encore Capo di ferro s'il a recours à vostre 
bonté. Je vous prie, Monsieur, mais je vous en prie tout de bon, de 
ne le voir jamais pour l'amour de moy, et de luy faire dire par 
quelqu'un de vos gens, en luy fermant la porte de vostre logis, que 
je vous ay fait cette prière: 

Dii tibi pro ferro hoc capitis pro pectoris hujus 
Innecta silice, ac rigidis, o beslia, fibris 
Reddanl formata Asini: certe nec fœmina nec vir 
Tarn durum fecere caput; tu vera rudentis, 
Vera patris soboles, ouineni gravitate paterna, 
Perge modo, Arcadiam vinces : tu tardior orani, 
Fustibus œternis et dignior. ibis asello. 

Ma cholère ne s'exhale pas par là et j'en garde bien plus dans le 

43. 



MO LETTRES 

coeur que je n'en verse sur le papier après avoir leu les vers que je 
viens d'escrire, et que l'indignation m'a inspirés tout d'un coup; il me 
semble, monsieur, qu'ils ne sont pas trop mauvais et que mon ex- 
temporaneité est assez heureuse. Si cela est, il seroit dommage qu'elle 
se perdist, et je vous suplie de nouveau de mettre à part toutes les 
lettres (sans en excepter une seule) que je vous ay escrites, depuis 
celles que vous m'avez renvoyées, afin que je les receoive par le retour 
de M* de Forgues, vous promettant iby d'homme de bien elperquicquid 
inter homines sanction, etc., que je n'ahuseray point de vostre nom, et 
que ma liberté ne vous sera jamais reprochée, non pas mesme par le 
scrupule et par la superstition. 

Je suis bien ayse que vous ne soyez pas mal satisfait de la per- 
sonne de mon frère. H sçait que je suis tout à vous, et que vous este- 
le plus cher objet de mon amour et de mes respects; mais il sçail de 
plus que toute la Cour est ma rivalle dans une si noble passion; il 
sçait qu'il faudroit venir delà Chine et du siècle Mille Cinq Cens, pour 
ignorer que vous estes un des ornemens de la France et une des lu- 
mières de nostre siècle. 

Je vous avois parlé par l'autre ordinaire de Madame la comtesse de 
Maure; mais je me ravise, et vous prie de ne luy rien dire du testament 
dont est question, que vous n'ayez eu là dessus de mes nouvelles. Au 
reste, Monsieur, ne vous souvient-il point que je vous menassay , il y a 
plus de cinq ou six ans, d'une silveà M r l'abbé de Boisrobert, et que je 
vous priay de luy porter de ma part cette parolle de guerre? Le poème 
fut commencé dès ce temps là, mais je ne l'achevay que dernièrement, 
et encore la chose s'est faite plus tost par hazard que par dessein l . Ce 
courrier vous en porte une copie que je recommende à vostre bonté, 
affin que l'abbé me sçache gré de ma dédicace, et qu'il voye que j'ay 
autant d'affection pour mes amys que j'ay de mespris pour la fortune. 
La pièce est une chaisne d'interrogations. Elle demende des nouvelles 
et les dit presque toujours en les demendant. On y pourra remar- 

1 Ad clarissimum cl amicissimum antis- (p. 22 de la seconde partie du tome II des 
titern, Metellum de Bosco Roberlo epislola OEuvres complètes.) 



DE JEAN LOI IS Gl EZ DE B ILZAC. 341 

quer de l'antidate et quelque chose qui, -pour l'ordre du i «-i nj >s et la 
rigueur de la vérité, n'esl paa entièrement historique: comme |>ar 
exemple j'ayme mieux parler de la Reyne mère que iln cardinal, el 
[' autistes n'estoil alors abbé que de son nom , el on ne faisoit poinl guerre 
ouverte à Mamurra, el on ne parloil point du cher Ferramus, etc. 
Mais luni cela est de forl peu d'importance, et d'icy à dix ans personne 
ne l<' Bçauroil reconnoistre; maintenant mesme peu de gens s'en ap- 
percevront. Je finis en pestant de rechef contre la teste de fer, qui me 
fait mourir de langueur el d'impatience. C'est, Monsieur, vostre, etc. 

Que les nouvelles de Catalogne me plaisent , el que nostre mareschaJ 

de camp 1 s'érige luy mesme en général d'une admirable manière! 
C'est véritablement estre artisan de sa fortune, mais artisan comme 
Polyclete et Phidias, artisan de chef-d'œuvres et de miracles, comme 
ces autres desquels on a dit qu'ils ne travailloient que pour l'éternité et 
pour les Dieux, les Pioysdc leur temps estant trop pauvres pour achepter 
leurs ouvrages. La gloire de cettuy cy me touche plus vivement qu'il ne 
seroit de la bienséance philosophique. Mon insensibilité en est cha- 
touillée et vous sçavez bien pourquoy, et pour combien de raysons. Le 
petit rayon que j'ay veu dans la Gazette a desjà esclaircy les nuages de 
mon visage ; a pénétré jusques dans les Ténèbres et dans le Tartare 
de mon chagrin jusques à faire luire le jour entre les morts. 



CXXV. 

Le i5 janvier i646. 

Monsieur, Je quitte toute autre matière pour venir à celle qui m'est 
la plus chère, et qui me remplit aujourd'huy l'esprit. Je parle de vostre 
sublime, pompeux, magnifique, en un mot incomparable poème' 2 . Je 

1 Le marquis tic la Trousse. de Chapelain en honneur du cardinal de Ri- 

2 Saint-Marc, dans le tome I de son édi- chelieu(rrjen'ay pas prétendu que Chapelain, 
lion des OEuoves de Boileau (p. un), au su- itpar exemple , quoyqu'assez méchant poète, 
jet de l'éloge donné par le satirique à l'Ode rrn'ayt pas fait autrefois, je ne sais comment 



342 LETTRES 

l'ay receu par une voye extraordinaire et par les soins d'un autre que 
de mon asne de fer; je l'appelle ainsy à la différence de celuy d'A- 
pulée, qu'on appelle d'or. J'ay donc receu de vostre grâce ce riche 
présent; mais je n'a y garde de vous obéir, après vous avoir remercié. 
Je serois un fort honneste homme, si je voulois prononcer ex cathedra 
(comme vous dites par galanterie) sur un oracle qui me vient ex tri- 
podc (comme je dis sérieusement). Je dis plus, Monsieur, je n'avoue 
pas seulement votre inspiration, je la voy, je la sens et j'en ay ma part. 
Vous failes de moy ce que vostre muse a fait de vous : vous me mettez 
hors de moy-mesmc; vous me transportez l'ame et les sens. La lyre 
d'airain rehaussée de plus de trois tons, quoique vous n'en confessiez 
qu'un, m'a agité d'une estrange sorte : elle a presque fait un poète d'un 
orateur, et à l'heure que je vous parle, je serois capable de vous faire 
une Ode, pourveu que vous ne la voulussiez pas extrêmement longue: 
tant la vostre m'a laissé de semence dans l'esprit, et a sceu vaincre ma 
stérilité; tant elle a remué puissamment cette partie harmonique, qui 
se trouve dans les âmes les plus dures et les plus terrestres, danscelle 
mesme de Rocolet. 

Les fredons et les afféteries de la Musique corrompue ne vont pas 
si loin : sa douceur molle et efféminée qui s'arreste toute dans les 
oreilles, et n'a pour fin que leur volupté, ne produiroit point un tel 
effect, n'iroit point chercher, jusques au fonds de l'ame, un petit prin- 
cipe de chaleur, une bluette à demy esteinte, pour faire un grand feu 
et de belles flammes. H faut une force extraordinaire pour ces effets 
merveilleux, et c'est à vous à qui je diray dans l'ode que je médite : 
Toy, dont la force est le partage. 

Ce n'est pas que vos vers manquent de douceur, mais c'est que la 

tune assez belle ode»), Saint-Marc, dis-je, tr Heure à celle dont il vient d'être parlé. J'y 

s'exprime ainsi : crJe connois une autre ode tr trouve même en quelques endroits plus de 

rrde Chapelain pour monseigneur le duc <rgrand et de sublime.» Ces dernières ex- 

(rd'Anghien, imprimée à Paris, in-6°, chez pressions sont aussi dans la Bibliothèque 

fia veuve de Jean Camusat et Pierre le Petit française de Goujet(t. XVII, p. 372). 
rten 1 666. Celle pièce n'est en rien infé- 



DE Jl-;\\ LOI [S GUE2 DE B ILZAC. 

force domine, comme de rayson. \us vers ont des grâce* el de [a 
beauté, mais ils uni «lu courage et de la valeur encore |»lns. Il me 
semble qu'ils fonl plus tôt la guerre qu'ils ne la descrivent; (ju'ils com- 
battent eux mesmea et <|n'ils tuenl eux mesmea les généraux; qu'ils 
entrent en société de victoires el de gloire avec li-s actions <|n'ils ont 
célébrées. Voulez-vous croire un homme <|u'ils onl inspiré? Ils seront 
un jour les amours et les favoris des Princes, leurs conseillers et 
leurs directeurs. C'a esté la fortune «le ceux qu'Alexandre aymail si 
fort; qu'il avoit logés dans une cassete garnie de pierreries, qu'il faisoit 
coucher avecques luy. Il vaut mieux, Monsieur, ressembler à Homère 
qu'à Hésiode, c'est à dire au poêle des Lacédémoniens qu'à celu\ de 
leurs \alets; à Pindare qu'à Anacréon, c'est à dire à un i[iii va dans 
le ciel et qui trouve le soleil, qu'à un qui ne vole que dans les par- 
terres et qui ne bouge de dessus les fleurs. Pour conclusion, vous 
avez trop grand sujet de vous contenter de vostre partage. Souffrez sans 
envie que la voix des autres endorme et chatouille les courtisanes 
pourveu que la vostre resveille et anime les capitaines; ne soyez point 
fasché qu'entre vos ouvrages et ceux qui sont les plus estimés on face 
la dilférence que j'ay veu faire en Italie, entre deux portraits d'Achille, 
dont l'un estoit plus hardy et l'autre plus délicat: Celuy la (ce sont les 
parolles d'un grand personnage) a mangé de la moelle des lyons, celui/ ci 
a esténourry de confitures. 

Je rendray le compliment que je dois, parce que je ne veux pas 
estre incivil; mais je ne m'engageray point dans un autre compliment, 
parce que je ne suis point affamé d'approbation, d'estime ni de 
louanges. 

Grammaticas arubire tribus nec pulpita euro '. 

Je n'ay point dessein de former de party dans la République pé- 
dantesque; de cabaler, de brouiller en ce pays là; et pleust à Dieu 
estre aussi caché et aussy oublié du monde que ce bonhomme dans la 

' Horat. Epistol. liber I, Ep. six, v. 4o. Le véritable texte est celui-ci : 

Grammaticas ambire tribus et pulpita dignor. 



Mit LETTRES 

cabane duquel se retira l'Herminie ' de nostre Tasse. Pour le docteur 
dont vous me parlez 2 , on m'a asseuré qu'il ne désennyvre plus, net 
jam amplius hominem esse sed amphoram 3 , quid ergo siccis et sobriis inter- 
cédera polest cum huju? modi infundibulo commercii, socielalis, amiciiiœ, 
etc. Au reste, il n'est point nécessaire de me presclier la belle maxime 
des inimitiés qui doivent mourir. Je vais plus avant, Monsieur, je ne 
croy pas seulement qu'elles doivent naistre, et Dieu m'est tesmoin, s'il 
y a un seul homme au monde que je haïsse. Tanti non sunt nec ho- 
mmes nec res humante, et propterea de statu si non optimo sallem pacato sa- 
lis moveamur. 

M r Lhuilier est extrêmement injuste , s'il ne m'ayme extrêmement; 
je l'estime et l'honore de tout mon cœur; et dites luy, s'il vous plaist, 
(jue mes [plus] jolies de mes Sélectes sont quatre ou cinq que je luy 
av autrefois escrites, et que j'ay rahillées depuis quelque temps. Je 
suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc. 



CXXVI. 

Du i5 janvier 16/16. 

Monsieur, Ce n'est pas assez d'une lettre, vous me fournissez ma- 
tière pour plusieurs discours. L'exemplaire m'a esté enlevé, mais je ne 
me suis pas pourtant dessaisy de l'Ode. J'ay leu et releu et ça esté 
avec succès. Ma mémoire fugitive depuis si longtemps s'est venu rendre 
à moy pour l'amour de vous, et il me souvient de tant de choses, que 
j'ay de quoy en entretenir plus de huit jours le Dieu et les Nymphes 
de la Charente. Je leur parle sans cesse du petit fils de celuy qu ils 
veirent mourir sur leur rivage 4 , et leur fais avouer qu'il est plus grand 

1 Jérusalem délivrée, chant VII. Le co- ncm (Flav. Vopiscus, Hisloriœ Augustœ scrip- 
piste a écrit : Ventre. tores). 

2 Daniel Heinsius, je le crains bien. ' Louis I" de Bourbon , prince de Condé , 

3 C'est le mot qui fut dit par un mauvais tué à la bataille de Jarnac, sur la rive droite 
plaisant devant le corps de l'empereur Bo- de la Charente, le i3 mars 1569. (Voir le 
nose qui , vaincu par Probus , s'était pendu beau récit de l'auteur de Y Histoire des princes 
de désespoir: amphoram pendere, non hotni- de Condé, tom. II. p. 70, 71.) 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE B ILZ LC 846 

que n'ont esté tous ses pères. Je leur <lis qu'il s'appelle le prince af- 
famé des combats, l'émulateur du grand Gustave; le modeste raillant, 
le sage ambitieux qui commence au siège d' Irras à dresser Bon robuste 
liras aux futures grandeurs de tant d'à» tes illustres; qui force et chaf 

devant soy les h vmlilaiis escadrons de l.amboy 1 , de Bufjiioy 2 , 
De son fer premières victimes; 

qui est en mesme temps général et soldat, etc.-, qui semble seul toute 
l'armée, juxta illud .- Codes tu!a actes pontis; cl illud quoque: BespubUca nos- 
tra tota Camillus erat; qui 

Désaltère de sang son fer impitoyable, 

quod paulo minus quam illud est: Inebriabo gladium meum de sanguine 
initnicorum meorum*. Je conte des nouvelles à nostre fleuve de quelque 
fleuve de sa connaissance, du Rhin, du Nicère 1 , etc., avec lesquels 
il fit autrefois amitié aux Estais Généraux tenus chez le père Océan 
il y a je ne sais combien de siècles. Tout cecy est historique, Mon- 
sieur, quoyque d'une manière poétique, et sur un sujet qui l'est aussy; 
et quand je vous diray que j'emploiay toute l'après disnée d'hier, qui 
fut assez belle, à vous réciter et à vous chanter au bort de nostre 
rivière, je ne vous diray que la vérité. La stance de Pithon, comme 
vous pouvez penser, ne fut pas oubliée dans ce récit; cette stance qui 
me semble admirable, et que j'estime plus que deux Odes grecques 
ou latines. Je n'oubliay pas aussy ce divin endroit : 
Tu cherches son enfance et ne la peux trouver, 

qui va si loin au delà de Et sese virtute relinquens; et de In cunis jam 
Jove dignus erat, et de Parcite natales timidi numerare Deorum. Si le cou- 

1 Guillaume de Lamboy, un des généraux rapproche le plus de celui-là , est ce verset 

espagnols vaincus à la bataille de Lens , mort du Deutéronome (xxxn, 62): Inebriabo sa- 

vers 1670. gittas mens sanguine, etc. 

a Charles Albert de Longueval, comte de 4 Nieer, nom latin de la rivière d'Alle- 

Bucquoi , général de la cavalerie espagnole magne appelée INecker, qui se jette dans le 

aux Pays-Bas, mort en i663. Rhin, près de Manheim. 



Le texte qui, dans toute la Bible, se 



44 



340 LETTRES 

lier ne me pressoit, que ne vous dirois-je point de ce bras libéra- 
teur? De 

L'effroyable Mercy', d'armes tout hérissé. 
Qui cède, qui s'escarte, et, sans se laisser voir, 
De nions et de fleuves se couvre ? 

Que ne vous dirois-je point de tout le reste? Il rue suffit de vous dire 
pour cette fois, et je le vous dis en poste et dans une extrême pré- 
cipitation, qu'il n'y a pas seulement des richesses et de l'abondance 
dans vostre poème, mais aussy de l'économie et de l'ordre; que la fin 
se rapporte au commencement; que la proportion et la bienséance 
sont gardées partout. Alibi denique membra pkrumque esse et numcrum. 
hic vere corpus et aciem. C'est, Monsieur, vostre, etc. 



CXXVTI. 

Du aa janvier i646. 

Monsieur, Dieu soit loué de la bonne et grande nouvelle! Je vous 
laisse à penser si je suis ayse que vostre héros en ayt un autre qui 
serve également l'Estat par ses combats et par ses négociations, par ses 
travaux et par ses plaisirs 2 . Pour achever la félicité de ce brave Prince 
et la nostre aussy, après ce fils il faut une fille qui naisse à Munster, 
et à laquelle Madame de Longueville n'ayt point de part. iVous l'ap- 
pellerons la princesse Irène 3 ; l'attendue et la désirée des peuples; celle 
dont la France a besoin et de laquelle l'Espagne ne se peut passer, 
juxta ilïud antiquum : Pacem habere Victori ejcpedit, victo necesse est. Pour 
moy j'estimeray bien davantage cette fille que les deux filles d'Epa- 
minondas; que sa Leuctres et que sa Mantinée. Et qu'est ce que la 



1 Le baron François de Mercy, le plus Longueville et d'Estouteville . naquit le 

redoutable des adversaires de Condé et de 12 janvier i646. Il ne fut rien moins qu'un 

Turenue. mort le 4 août i645 des blés- he'ros et mourut le 4 février i6g4. après 

sures reçues . la veille , à la bataille de Nort- avoir reçu l'ordre de prêtrise en 1 C69. 
linghen. ■ C'est-à-dire la pan. 

3 Jean-Louis-Charles d'Orléans, duc de 



DE JEAN-LOUIS CUEZ DE BALZAC. S&7 

gloire stérile de deux victoires infructueuses, au |nix de la »;l* i i r<; qui 
doit produire le repos, la seurelé, l'abondance el ee < j n î s'ensuit? Il 
faut que vous soyez tousjours obéy, et que ma faiblesse (ace tousjours 
etfor! pour faire vostre volonté. Vous devriez pourtant m'espargner un 
peu davantage et avoir un peu plus de pitié de mon infirmité, que 
vostre rigueur appelle paresse. Mais il se faudra plaindre une autre 
fois de cette rigueur. 

Vous me continuerez cependant vos bons offices auprès de M r de Hein- 
sius, et, quand vous luj ferez valoir nia lettre infiniment plus quelle 
ne vaut, vous ne ferez que ce que vous avez coustume de faire. 

Nugis qnippe mois tuus est mos addere pondus 
Magnificaque ornare manu plerumquo sodalem 
Immcrilum, ut stimulis eadem me pungit aculis 
Cunctanlem, censumque aliquis cum scribere Belga 
Me cogit, blandoque expugnat carminé mentem 
Porticsam calamorum et chartes quas timet omnes 
Trislia seu décréta patrum, sœviquc Draconis 
Immites tabulas et scriplas sanguine leges. 

Je vous ay fait sçavoir par l'autre ordinaire une partie de mes sen- 
limens sur vostre incomparable poème. Le cher Président m'avoit desjà 
envoyé les quatorze vers qu'il a faits pour le célébrer; il me les ap- 
pelle ainsy et non pas sonnet. Vous pouvez croire si le sujet m'en a esté 
agréable, et si Ménandre me plaist quand il est très humble adorateur 
de Socrate, et qu'il porte autant de respect à cette sainte vertu que 
son rival Aristophane la traitoit indignement. Mon dessein estoit de 
luy escrire aujourd'huy; mais je voy bien que je n'en auray pas le 
loysir, et il faut mesme que je me haste pour envoyer cette lettre à 
temps. Je luy fis hier au soir une épigramme que vous trouverez cy 
enclose et que vous me ferez la faveur de luy donner. Elle sera ou 
présage de la bonne fortune que je luy souhaite ou consolation de la 
mauvaise dont il se plaint ; et j'ai pris ma matière dans sa lettre où il 
me dit en termes exprès que quelques uns veulent qu'il espère, mais 
que pour luy il ne veut point espérer. Je prétens donc de le réconci- 
lier avec cette bonne Déesse, la pieuse et charitable espérance, qui 

U. 



3/i8 LETTRES 

tient toujours bon contre le malheur, et n'abandonne jamais les mal- 
heureux, non pas mcsmc après le naufrage, non pas mesme dans les 
chaisnes, non pas mesme sur l'eschaffaut, etc. 

Un autre que moy ne sçauroit que penser du petit Bonair. 11 y a 
plus de six semaines qu'il m'escrivist qu'il attendoit une ordonnance 
pour moy de M r de Brienne, et que M. le Cardinal la donneroit luy 
mesme à MM rs des finances. Depuis ce temps là je n'ay eu nouvelle ny 
du petit ny des grands. Je dirois, si je me portois bien : 

Is mihi nec labor est, ea me nec cura quieluin 
Sollicitât. . . 

Je suis plus à vous. Son vostrissinw. Sic loqui amabat noster carus. 

Il me semble que ce que vous voulez faire est desjà fait et que le 
Prince vivant doit estre héritier de l'Ode du mort, si ce n'est, Mon- 
sieur, que vous craigniez les mauvais présages, comme aussy j'ay 
quelque appréhension que la manuscrite que j'ay veue ne soit pas du 
mérite des deux précédentes. J'attends parle retour de M r de Forgues, 
c'est à dire au commencement du Caresme, les copies que je vous ay 
demendées : la dernière que j'ay est du 20 de mars de l'année passée, 
et dit quelque chose de la promotion de M. deMontausier au gouverne- 
ment de ces provinces. Envoyez moy tout, Monsieur, etasseurez vous 
que je n'abuseray de rien. 

Vous ne croyez qu'à demy que je suis malade. Et néanmoins je le 
suis de telle sorte, que je vous ferois grand pitié, si vous estiez tesmoin 
de mes maux; vous ne sçauriez croire la peine que j'ay à aller d'un jour 
à l'autre. Il n'y a rien de si vrai que ce que je vous ay dit plusieurs 
fois. Misero mihi inpœnamvita data est. Vous me consolés pourtant, s'il 
n'est pas en vostre pouvoir de me resjouir. 



GXXVIII. 

Du 39 janvier 1 646. 

Monsieur, je ferois bien le sage si je voulois, et il me semble que je 



DE JEAN-LOUIS GDEZ DE BALZAC. 849 

vous a^ Bouvent dil que mes | >;issi<>iis estoienl plus en ma puissance 
que je n'étois en la leur. Elles \<>ni quelquefois assez loin, mais ce 
nYsi pas sans congé. On pense que le cheval m'emporte, rien moins 
que cela, Monsieur, c'est que je le pousse et que je veux courir. J';i\ 
des brides el des espérons donl je me sers selon l'occasion, et le faquin 
m'ayanl fait un sensible desplaisir, trouvez-vous mauvais que j'aye 
voulu m'en consoler par l'agréable vengeance que j'en ay prise, que 
j'aye tiré quelque remède de mon mal et quelque plaisir de ma 
douleur? Vous dites merveille pour sa justification. Il me seroit néan- 
moins aisé <le réfuter Ion i ce que vous dites, et de prouver 2 que mesme 
eu qualité d'asne, de figure ursine, d'idée de marrucinite 3 , et agissant 
selon sa nature, il devoit estre moins massif , et avoir un peu plus d'in- 
stinct qu'il n'en a montré en cette occasion. El hœc hactenus , ne loties 
de hoc stipite verba faciam . 

Je vous ay escrit deux lettres par un mesme ordinaire sur le sujet 
de vostre Ode, et j'en aurois encore deux autres à vous escrire, si je 
voulois m'arresler sur toutes les beautés que j'y ay trouvées. Ma cri- 
tique n'est pas moins sévère que celle du Patelin, et peut estre mesme 
qu'elle va plus droit au but; mais elle ne voit rien icy qui ne soit digne 
d'estime, de louange, d admiration. Et vœillis ineple ingeniosis , misère 
dclicatts, quibus non sapiunt Deorum (lapes. J'ay de la peine à croire cette 
seconde lasebeté; et ne se pouroit-il point faire que le petit poète de 
Cour auroit voulu donner de l'autorité à ses notes par un plus grand 
nom que le sien et ce amplius deliberandum. Cependant je loue vostre 
magnanimité et tout ensemble vostre prudence; et c'est ainsy que mon 
petit sens commun m'a fait agir autrefois contre mes plusviolens en- 
nemys, je veux dire en n'agissant point et en ne poursuivant point une 
guerre dont la victoire m'eust fait une douzaine de guerres. 

Le cber Ménage ne se souvient point de la Demoiselle de Schur- 
man. Aurem, quœso, velle amicissimo capili, et que je sçache aussy par 

' Rocolet. qui s'établirent, sous l'empereur Léon le 

Le copiste a écrit procurer. philosophe, dans les Alpes. Voir Du Gange, 

De Marruci, nom donné à ces Maures Glossarium, au mot Marrones. 



350 LETTRES 

son moyen si Holstenius 1 est encore en la nature des choses, parce qu'il 
m'importe de le sçavoir, et, de plus, si on n'a point de nouvelles de 
Gronovius, lequel me devoit envoyer son TiteLive, et duquel je n'ay 
pas ouy parler depuis le temps de celte promesse 2 , ne sçachant point 
s'il a rcceu mon dernier ouvrage qu'on donna pour luy à [M. de] Sarrau. 
L'épigramme au Président fut oubliée par le dernier ordinaire. Je la 
trouve aussy bonne et aussy Romaine que la plus Romaine que j'aye 
faite. Advertissez de rechef l'abbé autrefois comique (car il a souvent 
besoin d'esire adverti plus d'une fois) que l'Epistre nouvellement en- 
voyée a esté escrite il y a longtemps et qu'elle n'est pas de l'empire de 
Anna Augnsta 3 , mais de celuy de Maria Avgusta^. Je suis tout à vous, 
voire mesme ad ruinas, ad incendia, si vous estiez Catilina comme vous 
estes Caton. 



CXXIX. 

Du 5 février i646. 

Vous devriez estre persuadé aussy bien que moy de tout ce que je 
vous ay escrit sur le sujet de vostre Ode. Je vous en ay escrit non 
seulement de l'abondance du cœur, mais encore de la teste, avec amour 
véritablement, mais amour qui a des yeux et qui n'agit pas sans con- 
noissance; amour qui discerne, qui examine, qui juge du mérite de la 
chose aymée. Laissez pateliner les Patelins tant qu'il leur plaira; s'ils 
veulent mordre vos ouvrages, ils se casseront les dents, au lieu de les 

1 Luc Holstenius (Lukas Holste), né à rrcatel, mais ce n'est qu'un eschantillon." 

Hambourg en 1 5 96, ne mourut que le 9 fé- (Voir sur Holstenius d'excellentes pages de 

vrier 1 661. Balzac disait de l'habile e'rudit, M. Raoul Rochette, rendant compte, dans le 

qui était alors bibliothécaire du Vatican Journal des Savants de 1817, du recueil de 

(Lettre à l'abbé Bouchard , du 1 9 mars 1 6/10, M. Boissonade : L. Holstenii epislolœ ad di- 

p. 536): tJe ne doute point des grandes versos; Paris, in-8°, 1817.) 

rrrichesses de M. Holstenius ; je me plains a Le Tile-Live de Fr. Gronovius parut à 

"•seulement de son bon mesnage. Que sert l'a- Leyde, chez les Elzeviers, en 4 vol. pet. 

<rbondance sans la libéralité? J'ay receu ce in-12, de 16W à i645. 

<rque vous m'avez fait la faveur de m'envoyer 3 Anne d'Autriche, 

irde sa part. C'est de la pourpre et du bro- 4 Marie de Médicis. 



DE JEAN-L0CI8 6UB2 DE BALZ LC. 351 

deschirer. Mais, Monsieur, y a-t-il plue d'un Patelin à Paris? Ou pariez 
miiis Qguréiuenl comme quand vpus dites les Demosthenes et les Ci- 
rerons? Vous me ferez plaisir de m'instruire là-dessus, et vous ne sçau- 
riez croire combien je suis ignorant «les choses de vostre monde. Par 
exemple, \<ms me pariez de Mon Groius; et c'est u» nom qui n'eatoii 
poiui venu encore jusques à moy 1 .; vostre lettre m'en a donné la pre- 
mière connoissance, et an albus an ater Itonio ûi adhuc equjdem nescio. 
Vostre autre, lettre (si je sais bien lire) met Cominges au nombre des 
poètes de Cour, el le joint au petit Benserade 2 . Seroit-cc Cominges 
enseigne des Gardes de la Reine 3 et neveu de M r de Guitaut 4 ? J'ay de 
la peine à le croire, et il me faseberoit qu'il fut poète, parce qu'il ne le 
seroit que très médiocre 5 ; et qu'il vous eust aussy desplu, parce que 
je luy dois quelque bon oflice qu'il m'a voulu rendre. 

Je ne sçay si je vous ay parlé de l'Orayson de nostre très cber 
M r Gassendy °. En vérité je l'ay admirée. Et milii summus Me vir (ut le- 



1 Si ce n'était pas là un nom défiguré 
par le copiste, je pourrais dire qu'il n'est 
pas davantage venu jusqu'à nous. 

1 Le petit Benserade , né en 1612, avait 
alors 3/i ans. Balzac paraît avoir eu très-peu 
de relations avec Isaac de Benserade, beau- 
coup plusjeunequelui.il ne s'en est occupé, 
ce me semble , que dans ses Remarques sur les 
deux sonnets d'Uranie et de Job, qui forment 
la sixième des dissertations critiques (en 
treize chapitres, p. 58o à 5o,û du tome II 
des Œuvres complètes). Voir, sur Benserade , 
Tallemant des Beaux, Ménage, Charles 
Sorel, Perrault, Baillet, Niceron, Bayle, 
Leclerc, Joly, Chaufepié, l'abbé Tallemant, 
l'abbé d'Olivet, Titon du Tillet, l'abbé Gou- 
jet, Viollet-le-Duc , M. Jules Sandeau (Dic- 
tionnaire de la conversation), M. C. Hippeau 
(Nouvelle Biographie générale), M. Victor 
Fournel (Les Contemporains de Molière, 
1866), le Bulletin du Bouquiniste du i"août 
1866, eto. 



3 Gaslon-Jean-Baptisle, comte de Co- 
minges, qui fut plus tard capitaine des 
gardes de la reine, gouverneur de Saumur, 
ambassadeur en Angleterre, et qui mourut 
en 1670. Voir, sur ce personnage , ainsi que 
sur le suivant, presque tous les mémoires 
du temps , surtout ceux de Madame de Mot- 
teville, et une notice, mise par celui qui 
trace ces lignes en tête de la Relation inédite 
de l'arrestation des princes (1 8 janvier 1 65o), 
écrite par le comte de Cominges (Paris , 1871. 
Victor Palmé). 

1 François de Pechpeyroux-Cominges. 
sieur deGuitaut, mort en i663 plus qu'oc- 
togénaire. 

6 Tallemant des Beaux (t. IV, p. 267) 
cite un quatrain épigrammatique que l'on 
attribuait à Cominges. 

6 Probablement quelque discours pro- 
noncé par Ga"ssendi comme professeur de 
mathématiques au collège de France, où il 
avait été appelé l'année précédente. 



352 LETTRES 

nissime dicam) ingetiiosissima dixisse visus est disertis&imis ver bis. Je vous 
demende ses bonnes grâces et vous prie de l'asseurcr de la continua- 
lion de mon très humble service. 

Au reste, Monsieur, je sens très vivement et comme je dois les nou- 
velles obligations que j'ay à M r de Silhon : faites en sorte, s'il vous 
plaist, qu'il ne doute point de ma parfaite reconnoissance. lien verra 
mille marques dans mes papiers. Je luy en donneray en françois et 
en latin, modo vila super sit, et c'est tout ce qu'il peut attendre d'un 
pauvre inutile, à qui il ne reste que le cœur et la langue pour payer 
ses debtes. 

Que diable veut faire ce docteur extravagant du faubourg St-Michel '. 
avec ces montagnes de lieux communs , et cette éternité de farrag* 
qui ne finissent jamais? Je vous en demende rayson, et à nos autres 
chers amis qui sçavent escrire et composer, au lieu que celuy cy ne 
sçait que descrire et copier. 

Ergone, Menagi, Camerari, lu que Godelle 3 . 
Ingemio in chartis et vestro fonte fluentes 
Aulorem hune spurium peregrina hœc furta feretis? 
Finis nuilus erit scribendi aliéna, tocosque 
Communes nunquam et collectum exhauriet imbrem. 
Plurima quem cisterna tenet. 

Vous voyez comme les vers naissent tousjours dans ma prose. Je ne 
suis pas d'advis de les en tirer pour les mettre ailleurs, et, quand je 
n'aurois pas l'exemple de Fracastor dans quelques lettres italiennes 
que j'ay veues de luy, trouveriez-vous mauvais que je fusse fondateur 
de cette galanterie de regione pedana? Mon chagrin, mes veilles et mes 
autres infirmités continuent. Quem das finem, bone Cliriste, dolorum? Je 
suis tousjours de toute mon ame, Monsieur, vostre, etc. 

1 La Motte-Le-Vayer, comme je l'ai déjà rage employé, dans le sens primitif (le mé- 

noté. lange de grains des anciens) , par Olivier de 

s Traduction métaphorique du Farrago Serres. 
des Latins. M. Littré a trouvé le mot Far- 3 Ménage. La Chambre et Godeau. 



1)K JKWI.OI IS GUEZ l)K ItALZW :t. r ,:i 



<:\\X. 

Du 1 g (lévrier 1 646. 

Monsieur, .1 aj oublié mes lettres quand je reccoy vosresponses; e( 
par conséquent j'ay beau courir après les parolles du mois |>assé, je 
n'attrape point ce que vous y avez trouvé de bon. Les vers mesmes 
qui tiennent plus fortement à la mémoire, parce qu'ils s'y attachent 
par les mesures comme par de certaines agrapb.es, eschappent incon- 
tinent à la mienne, et, en conscience, il ne me souvient pas d'une seule 
sillabe de ceux (pie vous me loués. Ce qui mérite peut-estre d'eslre 
loué, c'est la facilité avec laquelle je les fais, et encore plus celle avec 
laquelle je les oublie. Cette oubliance si subite, et qui suit de si près 
i'escriture, est une marque visible de l'inspiration, est un effet de cet 
esprit cstrangcr qui vient de plus haut, et qui ne me possède qu'un 
petit instant. A cœlo, a cœlo est, diceret fclicissimœ memoriœ Mamwra et 
débet inlra divina numerari. 

Je ne suis point obligé à deffendre la cause du Patelin l , ains au 
contraire, comme vous sçavez. Néanmoins la justification dont me 
parle vostre lettre , et la connoissance que j'ay, si non de sa prudhomie 
et de sa bonne ame, pour le moins de son bon esprit et de sa pru- 
dence mondaine, me font un peu suspendre mon jugement, et douter 
de la vérité du rapport qui vous a esté fait. Ne croyons point si viste, 
mon cher Monsieur; et ne se pourroit-il point que le cher Ménage, qui 
n'ayme pas fort le Patelin, vous auroit débité pour histoire un de ses 
soupçons, auroit cru fait ce qu'il a jugé faisable, se seroit imaginé que 
toutes les apostilles ne peuvent venir que du premier apostilleur? H 
a lame naturellement chicaneuse, je le vous avoue; il ayme à gloser, 
à barbouiller, à castelvetrer ; mais c'est générallement toutes sortes 
d'escritures et plus pour satisfaire à son inclination et se contenter en 

1 Le Patelin serait ici Costar, Balzac in- Balzac a parlé , dans une lettre précédente , 
voquant plus bas , en latin , le témoignage du de deux patelins. 
secrétaire dudit Costar, Paucjuet. Du reste, 

65 



3S/i LETTRES 

particulier [eliam uno Pauqueto leste) que pour l'aire du bruit au dehors, 
et chercher l'approbation du public. D'ailleurs, Monsieur, quand il 
n'auroit point de révérence pour vostre [génie] 1 , il a quelque esgard 
à l'opinion du monde. 11 ne mesprise pas les suites et les conséquences 
des choses; il se souvient de ce qu'il m'a protesté, de ce qu'il m'a juré 
sur vostre sujet. El quand mesme il seroit vray qu'il vous eust apostille, 
comme il est certain qu'il apostilleroit Pindare et Horace, s'ils reve- 
noient dans le monde v faire des odes , il n'y auroit point d'apparence 
qu'il eust envoyé ses apostilles au petit Benserade, et cette seconde 
action me fait fort douter de la première. 

Je vous envoyé un mot pour M r Bonair et vous prie de luy dire allir- 
mativement de ma part que je ne veux pas loucher un teston de l'ar- 
gent promis au mois de Juillet qu'il n'en ayt pris quinze ou vingl pis- 
tolles qu'il donnera à son vallet, s'il luy pîaist, pour les messages chez 
le seigneur Calelan. 

M r de Foigues a eu la fièvre continue quinze jours entiers. Je vou- 
drois bien que vous luy eussiez rendu une visite durant ce temps là . 
ne parum amari mit negligi se a meis, ut prona est in pejus suspicio, 
ojjicium hoc obUlum interprclelur . J'attens par luy les papiers lesquelsje 
vous renvoyeray 1res fidellement et avec l'exacteté 2 de M r Arnauld, ou 
l'exactitude d'un autre Monsieur qui m'escrivit il y a quelques jours 3 . 
Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc. 

Exterminatum est ex rerum nattera nomen Rampalii^, ut jussit amicis- 
simus Conrardus. Mais, s'il vous plaist, que j'en sçache la rayson, après 
luy avoir rendu une obéissance aveugle; vous me promistes il y a plus 

' Je comble hardiment par le mot génie teté. Voir Sainte-Beuve : Van gelas , dans les 

le vide laissé par le copiste, parce que Bal- Nouveaux lundis, t. VI, p. 3i 2. 

zacne marchandait pas les hyperboliques 3 Vnugelas, dans ses .Remarques (1667), 

éloges à son ami , et que, ses habitudes étant dit: «C'est un mot que j'ai vu naître comme 

connues, l'emploi du mol génie est beaucoup mm monstre et auquel on s'est accoutumé; 

plus vraisemblable que tout autre. «On lui a en vain opposé exacteté.n 

* C'est dans la Fréquente communion que * Le mauvais poëte (Bampalle) dont il a 

le grand Arnauld avait risqué le mot â'exac- été déjà question. 



DE JEAN-LOI is GUEZ DE l! ILZ II 365 

de bu mois de me la faire scavoir. •!'• vous prie de voua en vouloir 
Bouvenir. 

M 1 de hi Thibaudière m'oblige aensiblemenl de se souvenir de moj 
de la Façon crac voua me mandez, Je vous prie, Monsieur, <le l'asseurer 
de la continuation <le mon service très humble, et do luy dire que 
oostre Barbarie est plus Barbare de la moitié, qu'elle nVsloit, depuis 
qu'il nous a abandonnés. Il est certes an peu trop cruel. 



CXXXI. 

Du 19 février 16&6. 

Je n'ay que deux momens pour ce petit mol, et il ne sera que pour 
accuser la réception devostre dernière lettre. Un très lionneste fascheux 
vient de me ravir le temps que je vous allois donner. Une autre fois, 
je ne me laisserai pas surprendre par les fascheux, ni opprimer par 
le garçon de la poste. Je demeure fixe dans la haute estime que j'ay 
faite de vostre Ode et suis toujours plus que personne du monde, 
Monsieur, vostre, etc. 



CXXXII. 

Du 36 février i6iG. 

Monsieur, Dans une société pareille à la nostre il ne faut plus qu'il 
y ayt de tien et de mien, et, par conséquent, soit que je vous doive Pate- 
lin, soit que vous me le deviez, ce n'est qu'une mesme chose. Il n'im- 
porte pas beaucoup de prendre icy l'un pour l'autre; l'importance est de 
sçavoir si le docteur a esté chef de la bande révoltée et s'il est cou- 
pable du crime dont il est accusé, car, en ce cas là, il mérite un plus 
mauvais nom que celuy de Patelin. 

Est-il possible que M r de Cominges se soit porté aux extravagances 
que vous me mandez, et qu'il ayt perdu le jugement dans le ridicule 
aymer mieux perdre sa charge, que je n'ay pu lire sans indignation. Je 
l'ay connu à Angoulesme lorsqu'il y passa quelques jours avec M r le 

45. 



35G LETTRES 

Marquis de Montausier; il eust dessein pour ma nièce bientost après ' 
et m'en fit parler par un gentilhomme de ses amys. 11 m'a depuis obligé, 
à ce qu'on m'a dit, en quelques rencontres; et de fraische datte il a 
tesmoigné chaleur pour Campagnole, qui me pria de luy en faire six 
lignes de remerciement, ce que je luy refusay. Vous voyez par là qu'il 
n'y a point de commerce particulier entre luy et moy, et par consé- 
quent qu'il me sera bien aisé de vivre à l'ordinaire avecques luy, puisque 
nostre vie a esté jusques icy sans parolle et sans action, quod sahistianis 
verbis dicere possumus vitam silenlio transigere : et hoc tamen in posterum 
non erit si placet illuslri do?ninationi veslrœ. Je me déclareray hautement 
quand il vous plaira, et il ne tiendra qu'à vous que je ne publie par 
un manifeste nostre ligue offensive et défensive. 

Pour le chevalier 2 , qui juge des coups sous la galerie, il m'a tous- 
jours mis au dessus de tous les autres mortels, et me traite lousjours 
avec des respects extraordinaires. Devant qu'il partist pour Paris l'esté 
dernier, il vint disner icy avec moy, et nous eusmes ensemble cinq 
ou six heures de conversation, dans lesquelles je vis véritablement 
qu'il avoit estudié depuis que nous ne nous estions veus; qu'il parloit 
teste à teste à Aristote , qu'il connoissoit les autres honnestes gens du 
mesme pays. Mais ny ses respects, ny ses visites, ny son Grec, ny son 
Latin, ne me le sçauroient plus faire gouster, et je ne veux pas qu'il 
ignore que mes inlerests ne peuvent estre séparés des vostres; il m'a 
offensé sensiblement par l'intempérance de sa langue. 

Je ne vous dis rien de son prevost de salle, de cet homme qui joue 
en cette pièce deux personnages si différens. C'est un gros Thibaut 
dont les passions sont toutes tièdes et languissantes; qui ne cherche 
dans l'amitié que le seul plaisir de la conversation, ou, pour mieux 
dire, qui n'ayme que le babil et qui ne hait rien que le silence. Com- 

1 Mademoiselle de Campagnol était fort de trente ans, Sibylle-Angélique-Émilie 

jolie , si l'on en croit une lettre de son oncle d'Amalbi , fille unique d'André d'Amalbi , 

du 3 mai i635 (à Madame de Campagnol, conseiller au parlement de Bordeaux, et de 

P. 3i6). Le comte de Cominges épousa, le Sibylle des Aiguës, 

aa mai i663, étant âgé d'un peu moins s Le chevalier de Méré. 



DE JEAN-LOUIS GliliZ DE BALZAC. 553 

nii'iii se Bouviendroit-il de l'affection qu'il vous a promise, puisqu'il a 
oublié celle qu'il doil à sa femme et à ses enfans! Sa femme, qui est 

preste à se remarier, s'il ne vient bien tost; ses enfans, qui vont pré- 
senter requeste à la Cour, pour ravoir leur père, ou pour avoir en sa 
place un curateur 1 . 

Je suis 1res ayse de l'Iionneste curiosité de son Eniinence; mais je 
ne sçais point la gratitude et les ressentimens de Son Altesse. Peut- 
elle trouver bon qu'on barbouille son image, voire que l'on renverse 
ses autels ? Peut-elle tenir pour ses serviteurs ceux qui ne sont pas vos 
amys? et n'ay-je pas leu, je ne sçais où, que qui bonajide Deos colit, 
amal et sacerdoles? Sans doute M r nostre Gouverneur est un de vos pro- 
pugnatcurs; mais non pas de ces foiblcs et de ces impuissaus dont 
vous me parlez, et je me représente son amour de feu, ses généreuses 
esmotions, son ton de commeiidement, et toutes les autres pièces de 
sa naturelle autorité qui foudroient la malice et l'ignorance des petits 
docteurs. Conteniez ma passion sur ces articles : elle est aussy vio- 
lente qu'elle est juste ; elle me tourmente jour et nuit et ne me don- 
nera point de patience que je n'aye fait imprimer mes lettres ad Atti- 
cum; ce que je feray au plustost quand ce ne seroit que pour faire 
voir à toute la Terre qui sçait lire, que, dans la cause présente, je suis 
l'Anti-Cominges et l'Anti-Méré! J'attens donc le reste des lettres, affin 
de travailler à ce dessein. 

Vous ne me mandez rien de Holstenius ny de l'autre Allemand, 
mon cher amy 2 . Je suis sans réserve, Monsieur, vostre, etc. 

On me vient de dire que ce M r Catelan, sur lequel je suis assigné 3 , 
est gendre de M r de la Milletière 4 . M r de la Milletière autem me promit 

1 Le président Gandillaud. la Société de l'histoire de France (t. I. 

2 Frédéric Gronovius. p. n3-i3()). 

' François Catelan, financier, sur lequel 4 Théophile Brachet, sieur de la Mille- 

on peut voir, outre Tallemant des Réaux, tière, conseiller d'État, mort en mai i665. 

le Catalogue des partisans, pamphlet de Ce fut sa fille aînée , Suzanne , qui devint la 

1 64g, réimprimé par M. C. Moreau dans femme de Catelan. 
son Choix de Mazarinades , publié pour 



358 LETTRES 

amitié à mon dernier voyage de Paris, et me rcndist mesme une visite. 
Si , à sa recommandation , son beau père me vouloil faire grâce de trois 
mois, et payer en Mars ce qu'il promet en Juillet, je serois obligé à 
M r son gendre et vous sçavès bien, Monsieur, que je ne manquerois 
pas de gratitude. Je vous prie d'en toucher un mot à nostre très cher 
M 1 Lhuilier, et voyez si on pouroit faire quelque chose par son entre- 
mise et par son adresse. 



CWXIII. 

Du 12 mars 16&6. 

Monsieur, A mon grand regret il faut que je vous rejoue mes vieilles 
pièces. Vous auriez trop pitié de moy, si vous estiez tesmoin de ma 
triste vie et particulièrement si vous pouviez voir de quelle sorte je 
passe les nuits. Asseurez-vous pourtant que ce n'est point le désir de 
faire fortune qui cause mes inquiétudes et que je ne suis pas plus res- 
veillé par les Prélatures qui se donnent en mon absence que par les 
trophées de Miltiades, quorum curas procul habeo. Tous mes maux ont 
leur principe et leur siège dans mon mauvais corps. Ce n'est point 
mon esprit qui me donne la jaunisse [hoc amicoolim meo baroni de Saint 
Surin 1 exprobratum es/), et cette fumée de mon visage ne vient point 
du feu de mon ambition. Je lis donc sans y prendre aucune part les 
belles choses que vous m'escrivez de temps en temps, du mespris du 
monde et de la folie de ceux qui se fient en luy. C'est pour moy l'his- 
toire de l'Amérique ou quelque matière encore plus esloignée de mov, 



1 N. de la Motte , baron de Saint-Surin , 
dont Tallemant des Réaux (t. Il, p. 11) 
parle ainsi: et Gentilhomme de Xaintonge, 
rhomme adroit et intelligent et qui sçavoit 
tfort bien la Cour.» Voici l'explication de 
la phrase latine de Balzac : Tallemant, à 
propos de l'amour de Saint-Surin pour 
M"° de Beringhen, dit (t. III, p. 363) : 
rrOn a remarqué que, quand il en lenoit 



frbien, il estoit jaune comme soucy.» On a 
une lettre de Balzac à Saint-Surin , écrite 
de Rome le 1 1 mars 1 62 1 , et dans laquelle 
il cherche à le détourner du protestantisme 
(p. 37), et une autre lettre du 7 septembre 
i63a (p. i58), dans laquelle il lui adresse 
des compliments de condoléance au sujet 
d'une blessure reçue devant Maëstricht. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. B59 

et, par conséquent, j\ gouste le plaisir toul pur de la vérité*, el ae 
sens poinl la douleur qu'il \ a de se l'appliquer ;i soy-mesme, quand 
on fait le contraire de ce qu'elle ordonne. 

Mais, Monsieur, je ne puis m'imaginer de quelle sorte dan ihition 
es! malade aostre Président, el vous pouviez bien me la faire entendre, 
en me faisant Bçavoir les offices que vous lu) rendez en cette ren- 
contre. Voudroit-il estre suivanl en l'aage on il est, et mourir sur les 
coffres d'une antichambre 1 ? Je n'ay pas si mauvaise opinion de son 
courage. Il y a de l'apparence <[ue c'est pour son fils que vous travaillez, 
et force gens me disent qu'il est très bien l'ail et de très belle espé- 
rance-. 

Le Minotaure dont vous me parlez par vos deux dernières lettres 3 
est une besle qui n'est plus à mon service. Après le desplaisir qu'il me 
fit de retenir vostre paquet en suitle de plusieurs autres qu'il m'avoit 
laits, ma sœur lu y manda de ma pari que j'estois irrité contre luy au 
dernier point et que je ne voulois plus recevoir de ses nouvelles. Elle 
n'a pas laissé d'entretenir commerce avecques luy pour ses affaires par- 
ticulières, mais elles n'ont rien de commun avecques les miennes, et 
de moy il n'y a ny attache ny engagement qui m'oblige à rien : il m'a 
fasché au contraire et desobligé plusieurs fois de belle façon. Présup- 



1 Mainard mourut peu de mois après, le 
a 5 décembre. 

2 Mainard avait épousé Françoise Gai- 
llarde de Boyer, d'une maison noble de Tou- 
louse, dont il eut au moins deux enfants; 
un, l'aîné, qui mourut avant son père (voir 
Lettres de Mainard , pages 102, 120, 862, 
etc.); l'autre, nommé Gbarles, qui fut 
gentilhomme ordinaire du roi et épousa 
Louise ou Elisabeth d'André de la Ronade 
et de Salers, en Auvergne. M. Pr. Blanche- 
main (Notice déjà citée sur le président 
François de Maynard) a eu le tort de pré- 
tendre (p. 285 du Bulletin du Bouquiniste 
du i5 mai 1867) que le poëte toulousain 



n'avait eu qu'uo seul enfant. Pellisson (Histoire 
de l'Académie, l. I, 199) dit formellement: 
rU a laissé, entre autres enfants, un fils 
trnommé Charles, dont il est souvent parlé 
ffdans ses vers , et de qui j'ai reçu quelques 
tr mémoires sur sa vie, écrits fort nettement 
rteten beaux termes. 11 en avoit un autre qui 
tfétoit son aîné, et qui donnoit de grandes 
trespérances.» Voir, en tète des Œuvres de 
Maynard (î 646), neuf vers latins en l'hon- 
neur de l'auteur, signés : Carolus Maynar- 
dus, Francisci Jilius. 

3 Ai-je besoin de dire que cette injure 
s'adresse encore à Rocolet? 



3G0 LETTRES 

posant donc, s'il vous plaist, ce qui ne se peut dire que de vive voix, 
vous verrez bien, je m'assure, que je ne suis point homme à rien faire 
contre mon honneur, et que, rompant avecques ce maraut, je fais seu- 
lement ce que je devois avoir fait il y a dix ans. Pour le petit négoce 
de l'impression, je m'en suis tout à fait deschargé sur M r l'official, et 
ne veux m'en mesler en façon du inonde, ny en avoir la teste rom- 
pue par qui que ce soit, et de his kactenus. 

Vous ne m'aviez rien mandé du desmeslé de M. Ménage. Mais ce 
n'est pas tout que de m'avoir fait sçavoir la querelle : il faut m'envoyer 
la satyre, car, à vous dire le vray, quoyque j'ayme l'Abbé Comique 1 , 
j'ayme aussy à lire quand je le puis, et de tout temps cette belle Aca- 
démie m'a semblé une chose ridicule, jusqu'à avoir eu l'audace de le 
tesmoigner à M r le Chancelier, qui m'en parloit sérieusement. 

Vous pouvez sçavoir du petit le véritable destin de Rampalle. Ils 
estoient tous deux camarades chez M r de Gordes 2 , et je seray bien ayse 
de ne sçavoir pas l'histoire douteusement. Si le mesme petit n'a receu 
ma lettre (dans laquelle je pense que je ne luy particularise rien), il 
aura le sujet de me demander ou de se demander a soy mesme, qu'est 
devenue la civilité Balzacienne. Je vous prie, Monsieur, d'ouvrir la 
lettre et de la luy faire rendre après cela. 

Le Patelin m'avoit escrit un livre, et je luy en ay respondu un autre 
à l'heure mesme que j'ay receu le sien , et dans une chaleur d'esprit 
dont je me suis moy mesme estonné. Ce feu du ciel, mon très cher 
Monsieur, me donne la vanité de croire que, dans mes maux, il y a je ne 
sçais quoy de divin dont parle la Médecine. Ma boutade me dura un 



1 La querelle de Ménage et de Boisrobert 
fut causée par la satire du premier contre 
l'Académie française, la Requeste des Dic- 
tionnaires, satire composée vers i638, im- 
primée pour la première fois en 16^9, mais 
qui circula manuscrite bien avant cette 
époque. Boisrobert y était fort mal traité. 
Voir Tallemant des Réaux, le Menagiana, 
Y Histoire de l'Académie française (édition 



Livet), etc. Dans ces deux derniers ouvrages 
a été reproduite la Requeste présentée par 
les Dictionnaires à Messieurs de l'Académie 
pour la réformation de la langue françoise. 
Voir aussi une lettre de Ménage à Nublé 
(dans le recueil de M. Matter, p. 228). 

s Est-ce Guillaume de Simiane, marquis 
de Gordes , capitaine des gardes du corps 
sous Louis XIII? 



DE JEAN-LOUIS HUEZ DK i:\LZAC. 361 

jour loui entier, Ce lui avanl hier que j'eus cet admirable intervalle, 
et mon homme copie tant qu'il peut les choses que j'aj escritesafin de 
vous en taire part, ausBj bien que de l'article qui vous regarde dans 
la lettre dn Patelin, qui esl desjà copié. 

Je ne m'imagine point que Gronovius m'a promis-son Titefcive, 
mais je scray extrêmement aise qu'y ne me donne point ce qu'il m'a 
promis, et j'ay beaucoup plus de chagrin quand je fais deux lignes de 
compliment, que je n'aarois dejoye si je recevois toute la librairie des 
Elzeviers en pur don. 

Est-il possible que vous ayez fait deux lieues à pied pour l'amour 
de moy ou de mon amy ? J'en crie mercy à vostre bonté, mais j'apprens 
de là que l'usage des chaises est aboly à Paris 1 . 

Je suis. . . . mais que ne suis-je point à la personne du monde que 
j'estime et que je révère le plus? Aymez-moy toujours bien, mon très 
cher Monsieur. 



CXXXIV. 

Du r 9 mars i646. 

Monsieur, Je vous escrivis au long il y a huit jours, et vousadressay 
un paquet pour nostre amy le Président et une lettre pour M r de Gom- 
berville. Leur négociation ne me donne point de peine, parce que je 
ne m'en mesle point et que M r J'Officiai me doit descharger de tout ce 
tracas , dont je ne veux plus ouir parler. Je vous diray seulement que 
je ne trouve pas que la proposition du libraire soit si grande pour ne 
pouvoir pas estre aisément exécutée, et que, si j'eusse voulu mettre à 
prix mes autres ouvrages, j'en eusse eu à proportion une fois autant 
pour le moins que ce que ce libraire promet. Mais je vous supplie , 
laissons là les libraires et les imprimeurs, et ne faisons point descendre 

' Induction illégitime. Chapelain, par d'une sorte de fluxion de poitrine. (Segrai- 
économie, ne se servait jamais de ve'hicule, siana; Auger, article Chapelain, de la Bio- 
et ce fut, dit-on, pour être allé à pied graphie universelle; Guizot, Corneille et son 
un jour de grande pluie qu'il mourut temps, etc.) 

46 



362 LETTRES 

nostre esprit (non pas mesme dans nos lettres) à ce commerce indigne 
de sa noblesse. Si je n'avois un rang qui me soulage de cela et un sol- 
liciteur qui agit pour moy de l'autre costé, je ne songerais de ma vie 
ny à Catelan ny à Courbé, et faites moy la faveur de croire que je 
suis l'homme du monde le moins affairé d'argent et le plus ennemy de 
toutes sortes d'affaires. 

On me fit voir hier une Regueste des Dictionnaires à F Académie. J'en 
a\ d'abord deviné l'autheur, qui ne peut estre que le cher Ménage. 
Mais je trouve que le cher Metel a esté mal conseillé de tirer esclair- 
cissement là dessus et de remuer les ordures des choses passées. Il est 
toujours homme à corriger une faute par une autre faute, et son pâte- 
linage, dont il est parlé dans la Requeste 1 , n'a garde d'estre si fin que 
celuy de vostre Notaire 2 . Cellui cy néanmoins, à dire le vray, est sou- 
vent impertinent pour vouloir estre trop fin, et, quoyque je ne face 
point comme luy profession de Sophiste et de Grammairien, quoyque 
je n'aye point de pleins magazins d'observations et de lieux communs, 
je puis vous asseurer qu'il ne m'a jamais fait d'objection que je n'aye 
toujours battue en ruine. Le peu d'émotion que vous avez tesmoigné 
en cette dernière rencontre ne m'a point surpris, et je ne m'attendois 
pas à moins que cela. Puisque, sans philosophie, j'ay mesprisé vingt ans 
durant et de bien plus grandes forces et de bien plus cruels ennemis, 
que seroit-ce si une légère atteinte avoit esbranlé [quelque] peu So- 
crate, et si un sage ne pouvoit faire par principe de vertu ce qu'un 
paresseux a fait par principe de poltronnerie et par pur désir de ne 
faire rien 1 

Je vous suis doublement obligé de vostre admirable prophétie, car, 
outre qu'une si charmante lecture a rempli mon esprit de mille belles 

1 Sans que l'abbé de Bois-Robert. » Costar, comme on n'en peut douter à la 

Nommé Grand-Chansonnier de France. j . 1 i i. • •* \r ■ 

„ » ' lecture de la phrase qui suit. Mais pourquoi 

Favori de son Eminence, _ ' . ' . * 

Cet admirable Patelin . . . Bdzac * apprflerait-il le notaire de Chape- 

lain? Je propose de lire, l'annotateur, car 
Suit une grossière allusion que je n'ose pas on a vu que Costar avait fait des observa- 
citer. tions sur la pièce de Chapelain. 



DE JUAN-LOUIS CUEZ DE BALZAC. 868 

images, la promptitude de IVnvoy a prévenu mon impatience, quo 
iimrbo in prttnù hiliiinii stxliilis tuus, cum hic expectantur res longe puhsher- 
ruinr. Si voua n'nvcz, BUT ce sujet, d'aussy longues lettres que celle que 
je vous oscrivis quand je receus le premier poème^ ce n'est pas faute 
de matière, c'est que je manque de loysir. Il me suffira «loue de vous 
«lire que je me desdis et que les deux aisoées n'ont aucun avantage 
sur leur jeune sœur. Celle cy a celuy de la aouveauté, et en plus 
d'une façon, ne aliquid dicam amplius. 

11 y a dix ou douze jours que, lisant les Eclogues de M r de Grasse 
et songeant à vous aussy bien qu'à luy, je fis des vers sur le champ 
qui, depuis, m'ont semblé beaucoup meilleurs que beaucoup d'autres 
qui m'ont cousté davantage. Cette bonne fortune m'arriva au bord 
de nostre canal, un de ces beaux jours qui précédèrent ce second 
hyver de l'année présente, et vous ne serez pas peut-estre fasché que 
je vous en face part. La dernière pensée de la Sylve n'est pas une 
pure invention de mon esprit. C'est une pensée d'un ancien profane 
qui a esté expiée et consacrée en un vray culte, comme les Temples 
des Idoles dont on a fait des Eglises. J'ay leu autres fois dans 
je ne sçay quel scholiaste que le poète Pindare avoit composé un 
Hymne pour le dieu Pan , qui plust si fort à ce Dieu , qu'il le chantoit 
luy-mesme dans les forests et sur les montaignes d'Arcadie 1 . J'atten- 
dois par cet ordinaire vos remarques sur mon discours à la Reyne. 
Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



cxxxv. 

Du 22 mars i646. 

Monsieur, Je vous prie de jetter dans le feu Y Extemporale que je 
vous envoyai avant hier et de donner à nostre M r le Prélat une des 
deux copies que vous trouverez cy encloses. Il importe aussy, à mon 
advis, qu'il voye ce que j'ay escrit au Patelin, et je pense qu'il n'y au- 

' Voir M. Villemain, Essais sur le /renie in-8°), chapitre II, intitulé : Quelques tradi- 
de Pindare et sur h poésie lyrique (1859. lions sur Pindare, p. 3()-4o. 

46. 



364 



LETTRES 



roit point de mal non plus que vous en fissiez part à M r nostre Mar- 
quis. Ce Patelin est un grand docteur, mais avouez moy que je sçay 
donner le fouet aux grands Docteurs. Sa chicane est faible contre ma 
justice : ses plus rudes coups ne m'effleurent pas seulement la peau. 
Je brise comme du verre des machines qu'il croioit estre de fer. Et tout 
cela soit dit, Monsieur mon cher maistre, sans tirer vanité de mes 
prouesses, ny avoir dessein de me signaler en cette occasion. Hocunum 
addere liceat Patelinum plerumqtie cum raiione insanire ingeniosum esse in 
nugis denique, ut olim diclum est, Arcem facere solitum ex Cloaca 1 . Je suis, 
Monsieur, vostre, etc. 



CXXXVI. 

Du 26 mars 1666. 

.Monsieur, J'auray, Dieu aidant, dans peu de jours, ce que me doit 
apporter M r de Forgues, et je vous en remercie d'avance dès l'entrée 
de cette lettre. J'avois desjà veu et admiré la harangue funèbre de 
Bazas 2 . Ou je ne m'entens point en pareilles choses, ou elle est digne 
du meilleur temps de l'Eglise Greque. Je parle de la Greque , parce 
qu'à vous dire le vray, je ne suis pas grand admirateur de l'éloquence 
de la Latine, et il me semble aussy bien qu'au docteur de Rotterdam 3 , 
que les Anges fouettèrent S'-Hierosme très injustement 4 . Une chose 



' Cicéron (Oratiopro Cn. Plancio, CXLI), 
a dit: trNunc venio ad illucl extremum, quod 
«dixisli, dum Plancii in me meritum terbis ■ 
tt extollerem , me arcem facere ex cloaca, ri 
ce que l'on a traduit bien librement ainsi : 
changer une chaumière en palais ( Œuvres 
complètes de Cicéron, édition de Jos. Vict. 
Le Clerc, tomXI, in-8°, p. 53g). Voir, sur 
l'adage Arcem ex cloaca facere, Érasme, édi- 
tion de 1579, col. 871. 

2 Le 2/1 novembre i645, Antoine Go- 
deau, évêque de Grasse, avait prononcé à 
Paris, dans l'église du grand couvent des 



Augustins, l'oraison funèbre de Henri Li- 
tolpbi Maroni, évêque de Bazas, mort le 
18 mai i645. Cette oraison funèbre fut im- 
primée en i646 (in-4°) chez Vitré, par 
l'ordre de l'assemblée générale du clergé de 
France, à qui elle est dédiée. 

3 Érasme, né à Rotterdam le 28 oc- 
tobre 1 4 6 7 . De la sévère sentence d'Érasme , 
Balzac aurait pu rapprocher la sentence 
plus sévère encore de Joseph Scaliger (Sca- 
ligerana; verbo : Hieronymus). 

* Le récit que nous a laissé saint Jérôme 
du rêve dans lequel il se crut flagellé 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DIS BALZAC. 

qui m a déplu el que j'ay trouvée ridicule dans la Harangue, c'est la 
parenté de Virgile alléguée sérieusement, et comme une pièce de bon 
alloy 1 . Mais S'-llici'osine, dont nous vouons de parler, en (ait bien 
d'autres. Paeem toati viri dixerim. O'est un grand débiteur de Causse 
monnoye, (, i , en pareille matière que cette; cy, ue fait-il pas descendre 
sa S**-Paule d'Agaoïemnon 9 ? Hoc certb ferendum non est, et ces endrois 
fabuleux font douter de la vérité du reste. 

Je voudrais bien que nies vers fussent plus intelligibles qu'ils ne 
sont et je ne dispute jamais contre vous. Je vous diray seulement que 
je ne demeure pas d'accord avecque le Patelin sar le sujet de ses der- 
nières objections, et j'ay trop de raison de luy dire : Si vous ne m'enlen- 
tendez pas, ce n'est pas ma faute. Je vous envoyay, il y a trois jours, copie 
de la lettre que je luy ay escrite, et vous aurez veu si ce n'est pas très 
impertinemment et très ridiculement qu'il a vouleu faire le Grammai- 
rien. Mais ce n'a pas esté la principalle fin de ma lettre que de vous 
faire voir son impertinence. Qu'il explique, au reste, mon intention 
comme il luy plaira, je suis consolé de la perte de son amitié, et il est 
fascheux, pour me servir de vos termes, d'estre tousjours la dupe 
volontaire d'un faux amy. 

La copie qui vous a esté envoyée n'est pas de la dernière révision , 

pour avoir lu avec trop de plaisir et d'assi- a Saint Jérôme s'exprime ainsi dans le 

duite' Plaute et Cicéron, a été très-bien Ira- chapitre I" de la Vie de sainte Paula : irQue 

duit par M. Amédée Thierry (Revue des * d'autres, reprenant les choses de plus haut 

Deux-Mondes du 1 " septembre 186Z1 ,p. 37). tr et comme dès le berceau de sa race, disent 

' Le Moréride 1769 reproche à Godeau rcs'ils veulent qu'elle eut pour mère Blésilla 

d'avoir, à ce sujet, avancé «ce qui serait net pour père Rogat, dont l'une est des- 

ir sans doute fort difficile à prouver. » Pierre treendue des Scipions et des Gracques, et 

de Marcassus, dans ses Commentaires sur « l'autre, par les statues de ses ancêtres. 

les élégies de Ronsard , dédiés au futur évêque rrpar l'illustre suite de sa race et par ses 

de Bazas(p. 877-968 du tome II des OEu- ^grandes richesses, est encore aujourd'hui 

vres complètes de Ronsard, édition de 1609, <tcru presque par toute la Grèce être des- 

in-8°) , avait soutenu la même thèse , mais il tteendu du roi Agamemnon , qui ruina Troie 

est triste que Godeau ait osé redire du <r en suite d'un siège de dix ans; quant à 

haut de la chaire de vérité ce qui avait déjà imioi , je ne louerai que ce qui lui est 

paru excessif dans l'épître dédicatoire d'un » propre • . . » 
famélique gascon. 



366 LETTRES 

mais elle ne laissera pas d'estre assez bonne entre vos mains pour per- 
suader tout animal qui sera raisonnable, et, comme je ne désire point 
qu'elle soit publique, je pense qu'il vous importe et à moy qu'elle soit 
veue de quelques personnes. 

Je vous ay escrit par les deux ordinaires de la semaine passée, et 
mes depesches ont esté recommandées à M r de Gampagnole. Je suis 
tousjours mal et ne sçay plus que faire de mon mauvais corps. 

Monsieur, J'ay appris depuis peu d'un Intendant de Justice, Police 
et Finances, Maistre des Requestes de l'bostel du Roy, neveu de feu 

M r le Président \\ voilà bien des qualités sans venir encore à 

son nom, que le Seigneur Catelan est le plus menteur et le plus infi- 
delle des Publicains, et que, pour avoir de luy un escu, il faut faire 
marcher le canon. Tout ce que je désire de vous, Monsieur, c'est que 
vous me faciez la faveur d'en donner avis à M r Silhon par le moyeu 
du petit Ronair, afin qu'il sçacbe que, n'ayant point d'artillerie, je ne 
prétens point d'avoir de l'argent, etc. 

Je désirerois bien que M r de Grasse eust retouché les endrois de 
son Eclogue que j'ay marqués; c'est son honneur que je cherche et 
non pas le mien, etc. 



CXXXVII. 

Du 9 avril 16&6. 

Monsieur, Nos gens de Paris ne sont arrivés icy qu'après la feste , et 
je n'ay eu vostre première despesche que quand le courier a esté parti : 
si, dans la dernière, le mot de rheume, quoyque passé, ne m'avoit 
fait de la peine, j'aurois receu égale satisfaction de l'une et de l'autre. 
Vous me faites tousjours plus de bien que je ne vous en demende. 
Vos bontés préviennent tousjours mes désirs et vont mesme souvent 
au delà, tesmoin l'office que vous m'avez rendu nouvellement auprès de 
M r de la Milletière. Je vous prie de l'asseurer, Monsieur, ou de le faire 

1 Le copiste n'a lu qu'une partie du nom place des deux premières lettres de ce nom : 
de ce président, laissant deux points à la . . runel. Peut-être Brunel? 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC 307 

asseurer par uostre très cher qu'il n'obligera jamais personne qui sente 
plus vivement que moy, ny qui reconnoisse avec plus de gratitude les 
laveurs receues. Et, quand il ne m'obligeroit j)oint en celte rencontre, 
je ne laisserois pas de l'Iionnorer par obligation et de rendre justice à 
une vertu qui n'est pas commune, en l'estimant extraordinairement. 

Le Président doil avoir sa lettre, il y a liuit jours. Je vous en en- 
voyé une seconde copie changée et fortifiée en plusieurs endrois, et 
vous me ferez plaisir de jetter la première dans le feu. Il a fallu que 
j'aye parlé de moy dans ladite lettre ad Patelinum, parce qu'il fallait 
respondre à la sienne. Mais vous feriez tort à mon affection, si vous 
vous imaginiez que voslre interest tout seul ne fust pas assez fort pour 
me remuer, et qu'il eust besoin de ce meslange et de ce véhicule, dont 
vous me parlez, à mon advis sans nécessité : car, comme je ne veux 
point vous faire valoir mes prouesses et que j'avoue vous devoir beau- 
coup plus que tout ce que je vous sçaurois jamais rendre, il me semble 
aussy qu'il est de vostre générosité d'agréer mon zèle, sans le croire 
intéressé, ny l'interpréter si subtilement. N'estant résolu, en cas qu'il 
en faille venir là , de faire imprimer de la lettre que les seules choses 
qui vous regardent, vous verrez par cette publication la véritable cause 
de mon ressentiment; et vous pouvez encore vous souvenir que je vous 
avois offert de le publier par un manifeste avant que le Patelin m'eust 
escrit et que cette cause ou cette occasion d'escrire fust née. Mon escrit , 
au reste, n'est point un arrest de condamnation que je luy prononce. 
C'est une remonstrance que je luy fais , pleine de douceur et de charité , 
et de laquelle il fera son profit, s'il croit le conseil de son bon ange. 
En tout cas il ne sera pas difficile de se consoller de la perte d'une 
amitié si fragile et si fausse que la sienne; ce ne sera pas un amy 
perdu, ce sera une vérité descouverte, et une erreur dont nous nous 
serons détrompés. Si ce faux amy ne vous avoit dit faussement et lasche- 
nient que je n'aymois rien, je n'eusse eu garde de rappeler sa mé- 
moire, par la conclusion de ma lettre. Mais, estant obligé au secret 
par la loy que vous m'imposastes quand vous me descouvristes la tra- 
hison , et, depuis , m'ayant souvent adverty, dans plusieurs de vos lettres , 



368 LETTRES 

que les injures faites aux mœurs estoient insupportables aux gens de 
bien, je n'ay pu m'empescbcr de reprocher à sa conscience, par un 
petit mot, qu'il devoit dire de moy tout le contraire de ce qu'il avoit 
dit. 

Mon frère est revenu de Paris, très édifié de vous, e con grandis- 
simo concello de vostre très grand mérite. Il m'a expliqué quelques 
articles de vos lettres, auxquelles vous luy avez dit que je n'avois pas 
respondu , et là dessus j'ay trouvé bon que ma sœur entreprist de ra- 
juster Rocolet avecque moy, sed de hac, illustrissime Capelane, allum, si 
placet, silentium. 

Vous trouverez avec la grande lettre françoise un petit compliment 
latin escrit de l'année passée, après la réception du poème de Saint- 
Blancat; M r l'Official m'accuse de l'avoir desrobé à quelque Romain et 
m'oblige de vous l'envoyer. 

J'ay donné à un des mes amys, qui a commerce en Saintonge, vostre 
paquet pour M r le Chantre, et il m'a promis de le luy faire tenir seure- 
ment, car, sans cela, je l'eusse envoyé par homme exprès. Ce que je 
devois recevoir par M r de Forgues n'est pas encore arrivé, et le mes- 
sager à qui il laissa ses malles luy a manqué de parolle. Mille très 
humbles remercimens de vos remarques sur mon discours à la Reyne. 
Je suis plus qu'homme du monde, Monsieur, vostre, etc. 



CXXXVIII. 

Du i3 avril i646. 

Monsieur, Je ne vous escrivis point le lendemain de Pasques, parce- 
que ce jour là ma sœur n'escrivit point à son filz, et que nos gens qui 
m'ont apporté vos lettres n'estoient pas encore arrivés. Je vous ay 
fait, depuis, deux despesches et assez amples, s'il m'en souvient bien : 
vous y aurez veu que j'entre tout à fait dans vos sentimens et que je 
suis le plus doux et le plus pacifique animal de la nature. Je dis d'or- 
dinaire mon avis avecque liberté : je me déclare sur telle et sur telle 
chose; mais, après cela, choque mon opinion qui voudra, il me suffit 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 869 

d'avoir opiné, el je n'aspire | >< > ■ i ■ i à la tyrannie. S'il y a des esprits 
incurables, je ne m'opiniastre point à les guérir, el i s'ils disent <l<-s 
injures à leur médecin, n'ayez pas peur que leur médecin rende in- 
jures pour injures, et que la pétulance d'autruy me face perdre ma 
gravité. 

Mais, Monsieur, pourquoy me recommender si souvent une mesme 
chose? Je suis muet toutes les fois que je le veux estre, et personne 
ne sçauroit dire, sans dire un mensonge, que je luy aye descouvert le 
moindre mol que vous m'ayez confié. Reposez-vous là dessus, je vous 
en supplie, et sur ce fondement vous pouvez respondre à toutes les 
questions que les intéressés vous pourroient faire clans les doutes qu'ils 
pourroient avoir, et de lus plus satis, amicissime Capelane. 

Que veut dire le filz de Daniel, et de quoy s'avise-t-il de faire res- 
ponsc à une lettre de l'année passée, et encore à une lettre qui estoit 
une response? Je nie suis veu dans son livre auprès de M r nostre Gou- 
verneur l , et pas loin de nostre amy, qua socictate mirum in modxim glo- 
riamnr ut prœchris Mis laudibus. Mais ma vanité a esté un peu mortifiée 
quand j'ay veu la demoiselle de Gournay aussy bien ou mieux traittée 
que moy 2 , et, à vous dire le vray, je ne tire pas beaucoup d'avantage 
de cette seconde société. Je ne laisse pas d'eslre obligé à l'autheur Ba- 
tave; et vous me ferez bien la faveur de le remercier pour moy de 
son livre, de la plus belle façon que vous sçachiez remercier les fai- 
seurs de livres. 

Mille très humbles baisemains, s'il vous plaist, et deux mille asseu- 
rances de gratitude pour notre très cher, qui ne se lasse point de me 
faire des faveurs et des courtoisies, tesmoin l'Epigramme qui est à la 
fin de la belle Elégie que j'ay receue. On me presse de finir. Je suis, 
Monsieur, vostre, etc. 

1 Le Liber Elegiantm de Nicolas Hein- de Heinsius, que mademoiselle de Gournay 
sius, dédié à Montausier, venait de paraître était entrée en lice avec les hommes, et 
(Paris, in-i°). qu'elle les avait vaincus , Ausa virgo con- 

ï M. Léon Feugère a cité (Les femmes currere viris scandit supra viros. 
poètes au xvi' siècle, p. 166) cette parole 

4 7 



370 LETTRES 

J'escrivis à l'homme, il y a huit jours, et du style que vous m'aviez 
ordonné; l'une et l'autre lettre luy serviront peut estre de quelque 
chose. 



CXXXIX. 

Du i5 avril 1GÎ16. 

J'ay receu par un mesme ordinaire vostre dernier paquet et la 
lettre de M r Conrart. Il ne me sera pas difficile de suivre le conseil 
que vous me donnez, puisqu'il est conforme à mon sentiment et que je 
n'ay point combatu pour la victoire, mais seulement pour la vérité. 
Si, après ma lettre, jem'embarquoisdansun procès, j'agirois contre les 
principes que j'ay posés par ma lettre et ne serois pas d'accord avecques 
moy mesme. Condamnons la chicane par nostre exemple, après l'avoir 
condamnée par nos raisons. Sauvons, comme vous dites, les appa- 
rences. Mais faisons, Monsieur, quelque chose de plus. Conservons, s'il 
y a moyen, le solide, et ne désespérons pas du salut d'un homme qui a 
tant d'esprit, qui a tant de lumière pour faire différence des choses, 
pour juger de jînibus bonorum et malorum. Essayons de changer et de 
convertir le Patelin; rendons le meilleur, si faire se peut, par vos in- 
ductions socratiques, par vostre sage et sainte dissimulation, par vos 
fines et ingénieuses remonstrances : employez-y mesme, s'il est besoin, 
le secours des fables et des parabolles et tout ce qui a esté pratiqué 
de plus subtil en pareilles occasions par les habilles médecins des âmes. 
Mais, au reste, dormez en asseurance, et reposez-vous sur moy de tous 
les secrets que vous m'avez confiés. In me habebis Harpocratem, et , pour 
descendre de la plus haute antiquité jusqu'à nostre temps et à vostre 
lettre, je dis que ma langue n'est pas moins en vostre puissance que 
celle de nostre excellent M r Conrart. Je suis très aise qu'il n'y ait que 
luy qui voye la lettre qui doit estre supprimée. Mais, avant la sup- 
pression , je voudrois bien qu'il vist la dernière copie que vous eustes 
par le courier de la semaine passée, et de utraque, ut jam dictum est, 
dwmi in dextram aurem. 



DE JEAN-I.OUIS CUEZ DE BALZAC. 871 

Qui csi ce saint dont vous m'avez envtfyé tes vers avecques la lettre du 
père Hercule? P«r XHo eanto, c'est un galant homme et un^grand poète, 
et c'est de luy qu'il foui dire, famam moretotr, alii habent 1 . Maie I 1, niai 
esl que la réputation oe vient jamais sans amener la médisance avecques 
clic Celui cy scia repris quand il sera connu, et l'envie rend tesmoi- 
gnage au mérite «les choses en les attaquant : 

Tanli ergo sil invideri quod pins quam in laudari est. 

I.audis agent <ju;o sunl niodiocria; livor iniquus 
Comnicniliit ehartas, o Capelane, tuas. 

Si je suis payé de Catelan, je tiendray cette grâce de vous, et De 
laisseray pas, en cas de besoin, de remercier de nouveau M r de la Mil- 
letière. L'Eclogue de M r de Grasse est trop belle et trop parfaite pour 
moy. Mais il y a deux ou trois endrois (en ce qui regarde la versifi- 
cation, si bien m'en souvient) qui ne sont pas dignes de luy et qu'il 
peut retoucher sans faire tort à sa Seigneurie illustrissime. Je m'as- 
seure que son bon parent, nostre cher amy 2 , en demeurera d'accord 
avecques vous. 

Le messager n'est point encore arrivé, et par conséquent je n'ay 
point encore le gros paquet. Je suis sans réservé, Monsieur, vostre, etc. 

Je vous demende, Monsieur, un billet d'une ligne au petit Bonair, 
et, si vous voulez, qui ne contienne que ces quatre mots : a Qu'est de- 
ctvenu le Seigneur Rampalle?^ afin que je sçache au vray s'il est en 
la nature des choses 3 . Mandez moi si M r nostre gouverneur vous a 



' Allusion à cette phrase de Juste Lipse : 
Quidam merentur famam, quidam habent. 
(Epist. cent. I, Ep. I.) Joseph de Maistre 
s'est trompé, à cette occasion , dans les Soi- 
rées de Saint-Pétersbourg (t. 1, p. 4a 3 de 
la 7" édition, i854). Voici ses paroles: 
trLa fortune des livres serait le sujet d'un 
rtbon livre. Ce que Sénèqueadit des hommes 
<rest encore plus vrai peut-être des monu- 
nments de leur esprit. Les uns ont la re- 



(t nommée et les autres la méritent, n L'éditeur 
a mis en note : trSénèque est assez riche en 
ir maximes pour qu'il ne soit pas nécessaire 
trque ses amis lui en prêtent. Celle dont il 
« s'agit ici appartient à Juste-Lipse. . . etc.» 

* Conrart. 

' Rampalle était encore si bien en la na- 
ture des choses, qu'il publia, deux ans plus 
tard (Paris, in-4° et in-12), ses Idylles, 
qu'il dédia à la duchesse de Chaulnes. 
• ft 7 . 



372 LETTRES 

montré l'Imprimé de son advocat, qui a présenté ses lettres de provi- 
sion au Présidial d'Angoulesme, mais ne luy en parlez point, s'il ne 
vous en a rien dit. Ma langueur dure, et je cherche une nourrice afin 
de m'asinifier 1 comme l'année passée. Vivez sain et heureux, mon très 
cher Monsieur. 

CXL. 

Du 3o avril i046. 

Monsieur, Je n'ay rien à répliquer à vostre dernière lettre, de tous 
les points de laquelle je demeure persuadé, avec une entière satisfac- 
tion de ces fortes et généreuses bontés que vous continuez d'avoir pour 
moy; soyez moy tousjours bon, je vous en conjure; ne vous lassez 
point d'aymer un malheureux, une personne si peu aymable, si lasche 
et si inutile, si pesante mesme et si incommode à quiconque s'est ré- 
solu de l'aymer. Mon humeur noire s'espaissist de jour en jour : je ne 
sçais plus que faire de mon mauvais corps. Tout ce que je mange m'est 
poison; et, si l'esté et l'asnesse ma nourrice ne font un petit miracle, 
actum, actum est de Bakacio. 

J'ay receu la lettre de M r Heinsius et l'ay trouvée très avisée et en 
quelque sorte très obligeante. Je ne me laisseray pas vaincre de cour- 
toisie; mais en Testât où je suis, je ne suis pas capable de rien. On 
me vient d'interdire le papier et l'encre, toute sorte de lecture et d'es- 
criture; et je seray mesme contraint de me priver pour quelques moys 
du seul contentement que j'aye en ce monde. Je prens donc congé de 
vous les larmes aux yeux et le cœur serré de douleur; je vous supplie, 
mon très cher Monsieur, de me faire l'honneur de bien croire que je 
suis et seray toute ma vie de toute mon ame, Monsieur, vostre, etc. 

Je vous envoyay il y a huit jours une lettre pour le père Hercule : 
vous m'aurez bien fait la faveur de la luy faire rendre par quelqu'un 
des vostres. 

1 Prendre du lait d anesse. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ l>K BALZAC. 875 



cm 

Du 3 1 m. iv ll.'ifi. 

Monsieur, J'ay receu toutes les lettres que vous m'avez fait l'hon- 
neur de m'escrire et je n'y ay pas respondu; c'est mon malheur et 
non |i;is ma faute, Je le vous dis tout de bon. Je souffre plus de cette 
interruption de commerce que de la perle de ma 1 santé. Je trouve 
ce remède si cruel, qu'il m'auroil desjà tué, si je ne vivois de l'espé- 
rance (jue j'ay de recouvrer la liberté que l'on m'a ostée. Le convive 
dont vous me parlez est, à ce que je voy, plus que faiseur d'Épigrammes. 
On peut espérer un Poème Épique de sa façon, si pour cela il ne faut 
que bien mentir sur un petit fondement de vérité. Je ne suis pas 
fasché de la complaisance que je luy ay rendue. Il est vrai pourtant 
que, s'il fust arrivé en ce pais un jour plus tard qu'il ne fîst , il en seroit 
parti aussy mal satisfait de moy qu'il tesmoigne d'en estre content. 
Ses relations me seroient beaucoup moins avantageuses qu'elles ne 
sont, parce qu'en effet il n'auroit pas esté mon convive et que j'aurois 
esté Cyclope pour luy, aussy bien que pour quelques autres qui sont 
venus icy depuis luy, 

Nec visu facilis, nec dictu affabilis ulli 2 . 

11 m'attrapa à Angoulesme à la veille de ma retraitte de Balzac; et, 
m'ayant dit d'abord qu'il venoit passer quatre jours avecques moy, je me 
résolus sur le champ à la constance et fis de nécessité vertu. La brièveté 
du terme me consola et j'eus mesme asssez de pouvoir sur les mouve- 
mens de mon visage pour luy faire voir de la joye d'une courtoisie 
qui m'affligeoit. J'ay joué mon personnage jusques au bout le mieux 
qu'il m'a esté possible. Je luy ay fourny des Docteurs le matin et l'a- 
près disnée; je luy ay trouvé un Allemand pour luy tenir compagnie 

1 Le copiste a écrit vostre au lieu de ma, méprise qui s'expliquerait difficilement, si l'on 
ne savait qu'on peut tout attendre de son étourderie. — ' Virg. JEneid. lib. III, v. 621. 



374 LETTRES 

à table et pour boire à la mode de Bitias 1 , me contentant de mouiller 
mes lèvres dans le verre, à la mode de Didon 2 . Enfin, Monsieur, je 
n'ay pas voulu estre incivil, puisque ma civilité ne devoit durer que 
quatre jours, et, me ressouvenant de ce vieux mot qu'il faut faire des 
pons d'argent aux ennemis qui s'enfuient 3 , je n'ay pas seulement donné 
de bon cœur à cettuy cy les quatre repas qu'il fait tant valoir, mais 
j'eusse payé encore plus volontiers son voyage au messager de Paris, 
s'il m'eust voulu quitter dès le premier jour. J'oubliois à vous dire 
que je l'ay loué, que je l'ay admiré tant qu'il luy a plu, que j'ay crié 
mille fois Vivat et Sophos; que je l'ay appelle Magicien et luy ay dit 
que sans doute il avoit évoqué l'ame d'Horace et celle de Juvénal , 
afin d'apprendre tous leurs secrets. Mais néanmoins, avec tout cela, 
que de contraintes, que de gesnes, que de malédictions dans le cœur, 
que de murmure entre les dents, que de vœux faits Deo liberatori! 

Et quam difficile est imitari gaudia falsa ! 

Je suis en peine de la maladie de Heinsius, et vous envoyé sa lettre 
avecques la dernière que j'ay receue deM r Costar. Je vous demende, 
mon très cher Monsieur, la continuation de vostre amitié, qui, en con- 
science, est la seule attache que j'ay en ce monde. C'est, Monsieur, 
vostre, etc. * 



1 Tum Bitiœ dédit increpitans : ille impiger hansit 
Spumantcm pateram , et pieno se proluit auro. 
(Vibg. £neid. lib. I, v. 738, 739.) 

1 Primaque , iibato , summo tenus attigit ore. 
(H. ibid. v. 737.) 

3 Rabelais a fait dire à son Gargantua 
(livre I, chap. xim): (rOuvrez toujours à 
trvos ennemis toutes les portes et chemins, 
«et plus tost leur faites un pont d'argent, 
(rafiu de les renvoyer. » 



4 Ici mancpie une lettre dont l'abbé d'O- 
livet parle ainsi dans une note de la page 5i 
du tome I de Y Histoire de l'Académie fran- 
çaise (édition Livet) : (tUne lettre non ira- 
it primée de Balzac, du h juin 1 666, m'ap- 
tr prend que de tous les Académiciens nom- 
rrmés dans cette Requête burlesque (de Mé- 
irnage), il n'y eutcme l'abbé de Boisrobert 
trcjui s'en fâchât sérieusement.» 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 



IALII. 

Du aO juin îl'i 'iii 

Monsieur, Quoyque ma dicttc et mon invisibilité ' continuent , je 
n'ay pas voulu faire fermer la porte à M r le chevalier de Méré. Il eust 
pourtant esté traité connue les autres faiseurs de visites, si je ne me 
lusse souvenu que j'avois affaire à luy, et si vous n'eussiez esté le su- 
jet de nostre affaire. Je l'ay confessé curieusement sur les choses qui 
se sont passées à Paris. Il m'a presque tout nié et ne m'a avoué que 
fort [peu de choses]. Mais je vous puis dire qu'apnée une longue con- 
férence et un examen assez rigoureux, je ne suis pas demeuré mal 
satisfait de ses justifications. Il s'en faut bien que l'Enseigne des Gardes 
de la Reyne ne soit de sa force 2 . Le Chevalier a de l'esprit et du juge- 
ment. Il est beaucoup plus sage, et, par conséquent, il vous estime 
beaucoup plus qu'on ne vous avoit rapporté. Nostre bon homme de 
Saint-Céré prend l'un pour l'autre et s'équivoque la pluspart du temps. 
Outre que je le trouve tout assoupy, et qu'il me semble (hors de son 
Alcipe et de Cloris) que l'esprit luy baisse au déclin de son aage, de- 
puis que nous nous connoissons, il m'a tant débité de relations apo- 
cryphes, que la vérité m'est aujourd'hui suspecte en sa bouche. En cer- 
taines choses il est encore plus simple que le Patelin n'est double , et 
ils ne me persuadent pas facilement ny l'un ni l'autre, parce que l'un 
trompe et l'autre peut estre trompé. Je feray pourtant ce que vous 
m'ordonnez par vostre lettre, et nous ne désespérerons point les 
pécheurs , afin de leur donner lieu de se repentir. 

Pour faire le plus beau caractère du monde du Grammairien de Ber- 
gerac 3 , il ne faut que copier l'Article de vostre lettre qui me le descrit. 

1 Si l'on en croyait les citations réunies Vaugeias cité par le Dictionnaire de Tré- 

dans le Dictionnaire de M. Littré, ce mot voux. 
serait seulement du sviii 6 siècle. Mais, avant 2 Le comte de Gominges. 

Bonnet et Mercier, ce n'était pas seulement ' Peyrarèdc. 

Balzac qui l'avait employé, c'était aussi 



376 LETTRES 

Mais je ne suis pas mesrae en estât de copier, et vous n'auriez pas un 
seul mot de vostre pauvre amy, s'il n'avoit d'autres mains que les 
siennes à son service. Vous trouverez dans mon paquet quelques copies 
de vieilles dattes desquelles vous pouvez faire part à M r Silhon, en 
attendant qu'il les voye en leur place parmy les choisies que M r l'Of- 
ficial envoyera bientost à Paris et dont il prend soin à mon défaut. Le 
Latin a esté admiré par nos Docteurs, mais nos Docteurs ne sont pas 
les vostres : et la lettre pour le bien aisé passe icy pour l'idée des 
lettres de recommandation, mais ce n'est pas icy où sont les Hermo- 
gènes et les Longins 1 . Vous me feriez très grand tort, si vous n'estiez 
très persuadé de mon respect et de ma tendresse pour vous. Je vous 
jure, Monsieur, par tout ce qu'il y a de saint dedans et dehors le 
monde, que je suis plus que personne du monde, Monsieur, vostre, etc. 

Au premier voyage que M r le Chevalier de Méré fera à Paris il ira 
chez vous, vous asseurer de son service et vous demender votre ami- 
tié, etc. M r de la Motte 2 m'oblige trop de se souvenir de moy et de 
me le tesmoigner par de si excellentes marques de souvenir. Je vous 
supplie, Monsieur, qu'il sçache le parfait ressentiment que j'ay de 
ses courtoisies et de ses faveurs. 



CXLIII. 

Du 3i juillet i646. 

Monsieur, Les festes d'Angoulesme ne sont pas muettes, et l'artil- 
lerie de son chasteau se fait entendre jusques icy. Elle vient de m'ap- 
prendre une nouvelle de laquelle je me resjouirois extrêmement, si 

1 De ces deux rhéteurs, le second est qu'on l'avait surnommé le Polisseur. (Voir 

trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en la thèse de M. D. Rebitté : De Hermogene, 

dire un seul mot. Je rappellerai que le pre- 1 865.) 

mier vivait sous le règne de Marc-Aurèle, a Le baron de Saint-Surin, dont il été 

et qu'il était si exigeant, si raffiné pour question dans la lettre GXXXIII. 
tout ce qui regardait l'élégance du style, 



DE JEAN LOUIS GUEZ DE BALZAC. 877 

l'extrême joie pouvoit compatir avec le chagrin <pii me dévore 1 . Toul 
ce que je puis, c'est de louer Dieu de tout mon cœur du contentemenl 
de M 1 le Marquis «le Montausier et de luj en souhaitter de plus purs 
encore el de plus sensibles pour l'année prochaine. Nous m'entendez 
bien, Monsieur, je parle de la naissance d'un filz qui Im ressemblera, 
el <|ui sera digne du Héros e1 «le l'Héroïne que nous révérons 9 . Ils ne 
sçauroienl rien faire que de parfait, et, après une Julio, il faut avoii 
nu César de leur façon. Peut estre qu'en ce temps là mon espril sera 
mieux disposé qu'il n'est à recevoir les inspirations du Ciel, el je pour- 
ia\ peul estre chanter sur le ton de Sicelides Musœ: 

Jam i'alis promissus Olympo miltitur alto 
Montosidesque aller terris dalur: tibi quantum 
Praesidium, Engolca, et qualcs sperare bïumphos, etc. 
Dis genite et geniture Deos, tu {florin oostra, 
Montoside, sic semper cris; sic postera sœcla 
Extremosque tua recreabis luce nepotes, etc. 

Celuy qui implora ma faveur auprès de l'Intendant de Justice m'es- 
erivit que son amy pauvre et malaisé avoit esté mis au nombre des 
riches et bien aisés. Ce fut sur sa lettre que je fis la mienne, estant 
par la grâce de Dieu très ignorant des termes et de la ebose dont il 
s'agissoit. Cette langue m'est entièrement inconnue, et je ferois bien 
d'autres barbarismes et d'autres incongruités, si je me hazardois de la 
parler. Sed hœc œternum ignoremus, pereatque utinam inter nosferalis Ma 
doclrina, et emissœ Erebo artes, quibus sœculum suum illustra/oit Eminen- 
tissimus mortalium. Sequemur inter ea, temonenle, receptum, usum, et com- 
mendatus a me Itomuncio etiam una sillabajiat brevior. Au reste, Monsieur, 



1 La nouvelle de la naissance de la pre- du duc de Montausier, ce qui n'a pas em- 
mière fille du duc de Montausier, Marie pêche' M. Paul Louisy (article Montausier 
Julie; mariée le 1 6 mars iGG4 à Emmanuel de la Nouvelle Biographie générale) de lui 
de Crussol, duc d'Uzès, morte le 19 avril donner quatre enfants, notamment la mar- 
1675. quise de Grignan, laquelle, au lieu d'être 

2 Ce fils, né en 1667, ne tarda pas à sa fille, était sa belle-sœur (Angélique-Claire 
mourir, et Marie Julie resta la fille unique d'.Angennes). 

48 



:^78 LETTRES 

sij'ay failli dans la conférence <jue j'ay eue avec le Chevalier, ça esté 
à bonne intention, et ma faute a procédé de mon zèle. Les moindres 
de vos interests me touchent de telle sorte, que je ne puis souffrir 
qu'il y ait un seul mortel sur la Terre qui ne vous rende pas des hon- 
neurs divins. Si ceux qui m'ayment ne vous adorent, je n'ay que faire 
de leur amitié : je leur déclare la guerre ; je jure leur ruine quand je 
me conseille à mon humeur; mais, me conformant à vos maximes, je 
cherche leur conversion plus tost que leur mort. J'ayme mieux vous 
les gagner que les perdre. Faites moy l'honneur de croire que j'ay 
toute la reconnoissance dont est capable un homme de bien, obligé 
par une infinité de bienfaits, et que je suis plus que personne du monde. 
Monsieur, vostre, etc. 

Je ne sçay si M r Maynard est de Fontainebleau ou de Sainl-Ceré. 
ny si son livre a veu le jour sous les auspices de son Eminence 1 . Mais 
je sçay bien que les meilleurs livres ne sont pas aujourd'huy les meil- 
leurs moyens de faire fortune. On m'a dit que vous faisiez cas de ceux 
d'un autheur de Périgort, qui compose des Romans 2 : si cela est, il 
faudra que je me les face lire, etc. 



CXLIV. 

>ANNES LUDOVICTJS 1 
S. P. D. 

Magalottum 4 ex vulneribus obiisse moleste equidem fero. Sumenim 

1 Le recueil des poésies de Mainard ( OEu- publier les premiers volumes de sa Cléopàiïe 

vres, 1 646 , in-4") ne parut pas sous les ( 16^7-1 658 , îa vol. in-8). 

auspices de Mazarin. 3 Cette lettre a été imprimée dans les 

' 11 s'agit là de Gautier de Costes de la Epistolœ Sclectœ (p. 5 9 de la seconde partie 

Calprenède, né près de Sarlat vers 1613. du tom.ll des OEuvres complues). 

mort eu 1 C63 , qui avait déjà publié les pre- 4 Pierre de Magalotti , dont il a été ques- 

miers volumes de son roman de Cassandre tion plus haut (sous la date du 4 sep- 

(i64a-i65o, 10 vol. in-8), et qui allait tembre 1 645). Placée à tort parmi les 



DE JEAN-LOUIS GUB2 DE BALZAC. 879 

el Romani nuiiiiiiis, ciiam ciiiii aliqua religioae Btndtosua, h majorern 
m iiiixliiin | fevebam | liuic eeternœ arbia <i\i, qui ad famam, ad glo- 
nain, ad smiiiiia quœquei, «gnosoe wrlia tua, magm's passibus prope- 

rabal. Sed de inagnaniino lîoimili Nepote Inrsan alias *, De lloma \ero. 
Iindicrna iiii|iiain lionia, imlicllis cl . ilrcrc|iihr sciii-clnlis, aliquid am 
(itfus adilcinluiii es! in hoc otio |>ro\ inciali. Atque, si placet , coininnni 
cabo ego tecum, sapientiesime Capelane, qua> olim accepi cura in 
lialia agerenii ab ingeniosiesimo eodemque dkertissimo viro. 

\iebal i Ile milii, et nna tnnc in Quirinali sp&tiabatmur s , Romam 
quideco pressenti rerura statu, Cliristi virtuto felicem, et diuturno 
silentio bellorum desiietam Majorum triumphis, per mullos jam annos 
composuisse se in ea, qua fruebamur, tranquillitate, quae sopori ac 
somno simillima sit. Cœterum quod in Dorienses a Polycrate olim jo- 
cose dictum, idem in Homanos homines non absurde conferri posse : 
ul, enim 3 dicere solebat Polycrates, Dorios omnes nasci musicos, nisi 
quid eorum obstrepat auribus, ul Natura vocem ac se polissinnun 
ipsi e\audire non possint, itidem aiiirmandum esse Romanum pro- 
pggatione generis bonum militia gigni, nisi simple sponte sic futurus 
occupetur protinus alienis artibus et naturam expellat disciplina. Vel 
quod is est 4 latini Cœli tractus et plaga Mundi, ea Romœ positio atque 
sedes. cseteraque necessitudo naturalium causarum, unde genitalis du- 
citur origo vitœ, ut exiis vitalem sphïtum haurientibus, indita simul 
semina prœstantis anirni, flammam laudis avidi corripiant, facillime- 
que excitentur ad a?mulationem operum pukherrimorum : vel quod 
ab urbis incunabulis, satus atque ortus gentis, ex parte Martius est 
paternus, ex parte durum a stirpe Lacedeemoniorum ac Sabinorum, 
maternum genus. Hue accedere temporura testem et nunciam vetus- 

Lettres de l'année i646, cette lettre a dû * On lit dans ce même texte : et vna in- 

êlre écrite dans l'été de 16/1 5, peu de temps clinato in Vesperam die, ad ripam Tiberis 

après la mort de Magalotti. spatiabamur. 

1 On lit dans le texte imprimé : Sed de 3 Le copiste a mis ei pour enim. 

tnagnanimo Roinuli nepote Bellorwn nostro- " On trouve dans le texte cette phrase 

rum historia, incidente : addebat ingeniosissimw vir. 

68. 



380 . LETTRES 

Intis liisloriam; tum carmina nobilium Poetarum, de Quirini popuii 
triuinphis décanta ta vulgo; tum caetera litterarum immortalia nionu- 
menta Majorum inscripta rébus pacc et bello Terra et Mari gestis. 
Illud quoque pristinœ gloriae bustum, illum aspectum vetustatis non- 
dum evanescentis, illam in disjectis sibi maie superstitis antiquae famae 
reliquiis velut sepulchralem imaginem, insignitam passim magnis ilo- 
minibus ac trophœis nonnullum [credebat] ad imitationom generis in 
bene notis ingeniis monumenlum habere : nec esse paru m quicquid illud 
csl , quod e parietinis illis, atque ex illo semisepulto Roma- cadavere 
generosum quiddam et quasi bellicum spirat. Quamvis enim jam. in 
alto pulvere consederil late olim resonans flamma Victoriarum, \ tcto- 
iiim tamen memoriam, suoruni triumpborum funere contectani nec- 
duïD extinctam, si paululum agitetur, intennicare subito et quodam 
quasi vapore recalescere cinerem gloriae fugientis. Adeo ut quo se cum- 
que vertat homo Romanus, inler tôt sacra urbis patriae monumenta, 
praeclara rerum memorabilium species objecta oeulis obversetur 
aninio, quae illum quotidie Camillorum, Fabriciorum, Scipionumque 
prope modum vocibus appellet; quae velut ardentibus taedis et dor- 
mientem excitet, nec patiatur vigilantem consistere. 

Haec magnifica certe quaeque non parum faciat ad togatae gentis 
gloriam, plenam animorum et spiritus pêne tragici orationem nolui te 
nescire, praestantissime Capelane, qui Romanos animos et Romana 
ingénia, principern locum quem per tôt annos tenuere tueri adhuc 
posse cum dormire desinent mecum ingénue fateris. Vale J . 

Audio Clarissimum Silonium de scribenda sui temporis bistoria 
serio cogitare. Ronum factum; vel quod fœlix, faustum, etc. Enim 
vero gratulor hanc mentem tanto viro, posterorum negotium agere 
meditanti. Imo posteritati ipsi gratulor, quae arcana Imperiorum, re- 
rum causas et consilia, quare, quomodo, quo fine gesta sint, qua 
stupet etiamnum Terrarum orbis, ab eloquentissimo scriptore summa 
cum voluptate docebitur. Amicum non unum ex multis, et quem scis a 

1 Le post-scriptum qui suit . si flatteur pour l'historien Jean de Silhon , n'est pas dans 
le texte imprimé. 



III-: JKAiN-l. (HilS (il ■Y./. I»K HALZ IC. 881 

me unice diligi ac ooli, ex me si salvere jueseris, mihi gratissimum 
feceris; idque ul facial te etiam atque etiam rogo, [terum vale. 



CXLV. 

Dll '.•> .ÏOIISl 1 (i'ili 

Monsieur, J'ay receu les livres que vous m'avez l'ait la faveur de 
m'envoyer : mais je voudrais bien <|ue celuy de nostre Cher l'ust encore 
dans son Cabinet. J'ay grand peur que l'imprimé ne conservera pas 
l;i gloire que nous avions donnée au manuscrit, et qu'on dira de luy 
comme de l'Empereur Galba: Major privato visus , dum privatiser at, etc 1 . 
En cecj il est des Docteurs comme des Princes : on espère beaucoup 
de leur avenir; mais, quand on y est arrivé, les espérances se trouvent 
trompeuses et le présent gaste tout. L'approbation des Iiuellcs n'est 
pas tousjours suivie des acclamations du Théâtre, et plusieurs ont 
perdu en public la réputation qu'ils a voient gaignée en particulier. 
Combien de fois ay-je esté pipé par le fard, par le faux or, par les dia- 
mans d'Alençon, par les perles de Venize! Ces belles choses font leur 
effet dans l'obscurité de la nuit et veulent être veiies aux flambeaux. 
Le jour juge de la vérité; la grande lumière descouvre l'erreur que la 
petite favorisoit, et u'ay-je pas ouy dire à un galand homme qu'entre 
chien et loup, les chevaliers de Saint Lazare estoient chevaliers du 
S 1 Esprit? Mais je me retiens et ne veux pas aller jusqu'à l'application 
de ces images peu avantageuses à nostre Cher. Dieu veuille que le 
peuple soit aussy sot que l'Acteur a esté hardy, et qu'il se trouve assez 
de dupes pour maintenir que la mauvaise raillerie est bonne, et pour 
s'opposer au party de ceux qui se connoissent en Épigrammes ! Nous 
ferons cependant vous et moy ce que nous conseille la Sainte Escri- 
ture, et nostre Charité couvrira la multitude des péchés de nostre amy. 

De bonne fortune, M r de la Thibaudière s'estant trouvé icy lorsque 
le paquet du Messager fust ouvert, il a pris luy mesme le livre qui 

' Tacite, Hist. lib. I, cap. xlix. 



382 LETTRES 

luy cstoit addressé. Nous avons leu ensemble des endrois miraculeux 
de cet admirable livre. Il ne se peut rien de plus fort ny de plus pres- 
sant que ses raisons; et, s'il estoit aussy aisé à l'Abbé Thaumaturgup ' 
de persuader les Hérétiques que de les vaincre, on verroit bientost 
tous les ministres rendus et tous leurs temples abandonnés. Je ne le 
remercie point de la faveur qu'il m'a faite: M r de la Thibaudière s'eal 
chargé de mon compliment, et le doit faire avec le sien, et vous sça- 
vez combien cr Monsieur est grand maistre en matière de complimens. 
crvous n'ignorez pas qu'il règne dans le genre Épistolaire , et qu'il va 
cr disputer le rang aux Bembes, aux Manuces, etc. n 

J'ay à Angoulesme une cousine Religieuse, que 1 on croit estre ma 
gouvernante, et qui en effet a beaucoup de pouvoir sur moy. Elle et 
Monsieur l'Official m'ont arraché des mains qnatre livres de mes choi- 
sies, pour les envoyer au père Hercule. G'estoit jadis le directeur de 
la Religieuse, auquel elle promist les quatre livres il y a quelque 
temps. J'ay souffert cette violence à la charge que j'aurois mon ma- 
nuscrit dans un mois, et qu'il ne seroit communiqué qu'à vous, a 
M r le Marquis de Montausier et à M r Conrart (M r l'Official peut y avoir 
ajousté quelque autre). Vous trouverez une fois autant de lettres qu^ 
l'an passé, et celles là mesmes que vous avez desjà veiies, changées et 
réformées en plusieurs endrois. Mais il faudra les copier de nouveau 
pour ce que j'ay changé de dessein à la prière dune personne qui m est 
très chère, et qui veut absolument quelles soient imprimées en petit. 
On en ostera quelques-unes comme celles à M r le Chancelier, pour les 
mettre ailleurs. Le latin aussy sera mis à part, et il se pourra faire 
du françois deux ou trois volumettes séparés qui se débiteront 1 un 
après l'autre. M r l'Official a escrit de ma part à M r Conrart pour un 
privilège que je désire, et je vous avertis que j'ay tout à fait rompu 
avec Rocolet. C'est un maraut qui nous a désobligés (j'entens par nous, 

1 Le copiste a-t-3 bien lu ce mot? Je ne au mot Thaumaturge, ne remonte pas plus 

trouve partout ailleurs que la forme thau- haut qu'à l'époque où Flécbier prononçait 

maturge. M. Littré, du reste, dans les cita- son panégyrique de saint François de Paule 

tions du Dictionnaire de la langue française , (1681). 



DK JEAN-L0UI8 OUEZ DE BALZAC. B8B 

1 1 1 ( > y ci les miens) en des rencontres qui u'onl rien de commun avec 
les livres ny l'impression des livres, autrefois il n'en etwl pas esté 
(|iiiu< à si bon niiirclit', et peut-estre qu'A auroii esprouvé en oc temps 
là les misères el les calamités du siècle de bois. 1 , mais mes cheveux 

;;ns. mes maladies, etc. 

le meurs toutes les nuits el ressuscite imis les malins : non pas glo« 

rietisemenl. Monsieur; car. en vérité, mon \isa;;e \oiis feroil peur el 
vous auriez pitié du meilleur estât où je me trouve. En voulez-vous 
davantage? Je suis plus asne que ne le fut jamais Apulée, et je n'es- 
père pas comme luy de revenir homme en mangeant des roses-. On 
m'a condamné à tetter ma nourrice toute ma vie, et mon remède doit 
estre désormais ma nourriture: 

Sic rudere incipio, constans et alumnus asellas, 
Dedidîci , Capclane, loqui. 

Qu'on demande après cela des lettres dorées et des complimens es- 
tudiés à qui a perdu l'usage de la parolle. Je ne me plains point du 
Politique mon ancien amy; je ne peste point contre le Publicain 3 , 
gendre de M r de la Milletière. Je me loue inGniment de vous, Mon- 
sieur, de vos soins, de vostre tendresse, de vostre chaleur et suis de 
toute mon ame, Monsieur, vostre, etc. 

J'ay leu deux fois la harangue de M r le Goadjuteur, et il n'y a 
qu'une heure que je l'ay receue. Pensez-vous, Monsieur, que l'Églize 



' C'est-à-dire la bastonnade. On sait que 
Balzac, dans sa jeunesse (11 août t6a8), 
fit bâtonner Javerzac par un ami trop com- 
plaisant. Lui-même, s'il faut en croire la 
terrible lettre de Théophile, aurait été bâ- 
tonné en Hollande. (Œuvres complètes de 
Théophile, édition de M. Alleaume, t. II, 
p. 287). Voir, sur toutes ces aventures, le 
spirituel petit livre de M. Victor Fournel : 
Du rôle des coups de bâton dans les relations 



sociales, et, en particulier, dans l'histoire lit- 
téraire (Paris, i858, in-3a, p. 5o, 89- 
91, etc.). 

2 rtTunc ego trepidans, assiduo pulsu 
itmicanti corde, coronam, quas rosis amœnis 
(r intenta fulgurabat, avido ore susceptam, 
rrcupidus cupidissime devoravi,ji etc. (Apu- 
leii Metamorphoseon lib. XI. ) 

3 Catalan. 



384 LETTRES 

ait jamais parlé par une plus éloquente bouche ? Pour mov , ce n'est 
pas mon opinion, sans excepter mesme le siècle des Basiles et des 
Chrisoslomes : mais j'avoue de plus que je ne vis jamais tant de sagesse 
avec tant de liberté, ny un si beau tempérament de zèle et de discré- 
tion. M r Ménage m'a extrêmement obligé de me régaler de ce nouveau 
présent, et de l'ajouster à son Epistre Latine, que j'avois admirée dès 
l'année passée. Je le remercie de tout mon cœur, et M r Sarrau aussv, 
de la bonté qu'il a a eue de se souvenir de moy en la distribution de 
ses bienfaits. Asseurez le, je vous prie, Monsieur, de lapassion et de 
l'estime que j'ay pour luy. Je luy en rens un tesmoignage autentique 
dans le manuscrit que le Père Hercule vous doit mettre entre les 
mains. 



CXLVI. 

Du 5 septembre 1 646. 

Monsieur, Mes maux ne sont pas petits , et ils durent certes depuis 
longtemps. Vous dites vray néanmoins. Je les considère avec trop d at- 
tention et en fais une estude trop particulière. Je devrois esloigner de 
mon esprit ces fabuleux objets et me fuyr moi-mesme , s'il estoit possible. 
Vos conseils sont très sages et seroient très salutaires à qui pourroit 
en user. J'y acquiesce et les veux suivre. Mais que sert une volonté 
impuissante? Mon tempérament force et emporte ma résolution. Il fau- 
droit me refaire pour me faire heureux ; et je serois triste avec des 
couronnes ou dans les palais, comme il y en a qui rient en chemise et 
à l'Hospital. C'est icy, Monsieur, où le quolibet latin est un oracle et 
où se vérifie : Gaudeant bene nati et a contrario doleant maie nati. Je suis 
de ces derniers, à mon grand regret, et n'ay point sujet de me plaindre 
de l'injustice du Monde, puisqu'il ne m'a rien donné qui me pust 
rendre content. En quelque place que la fortune me mist, il n'y en a 
point sur la terre de bonne pour moi; point de charge qui ne m'in- 
commodast; point d'honneurs, de dignités, de faveur de cour, dont 
je ne me trouvasse embarrassé. Dans nostre petit commerce mesme 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 885 

I appréhende plus un remerciaient à faire que je D'estime une biblio- 
thèque donnée. 

Que vcni le Batave que j'escrive de ses vers? et n'est-ce pas trop de 
la moitié de l;i lettre que j'ai déjà escrit? \ vous parier Eranchement, 
je n admire poinl les vers <lu Batave, et quoj qu'il allègue dans l'épistre, 
pour justifier la simplicité, il me semble qu'on peul estre excellent 
dans le genre médiocre, m;iis qu'il est au dessous du genre qu'il a 
choisi fi très-médiocre dans la médiocrité. Quid agit Bàbaehu tuus? 
ne Lusse [tas de m'obliger. Mais, en l'estat que je suis, on ne peut 
respondre à cette interrogation obligeante <jue ces quatre mots : Nec 
agit, me loquilur, infelùc ! sed patitur et lacet. 

Ne condamnons pas le Président tout entier, il en faut sauver 
quelque partie : 

Sunt bona, sunt qusdam mediocria, suiit mala multa '. 

Je ne dis pas la mesme chose de la raillerie de l'abbé comique. 
bienheureuses personnes qui riez si facilement et qui avez une si 
grande disposition à la joye! J'espère, et mon cœur me le présage, 
que Dieu nous a conservé nostre cher M. Silhon. Si nous l'avions 
perdu, je ne serois pas capable de consolation. Je suis, Monsieur, 
vostre, etc. 

J'ay fait reflexion sur ce que vous m'avez escrit autresfois que les 
lettres estaient beaucoup plus lettres, quand elles ne traittoient que 
d'un seul sujet. Cela est cause que, pour la future impression, je met- 
tray en pièce quantité des miennes, de celles mesmes qui sont à 
Paris et que j'attens, et j'espère que, les ayant toutes veues en cet 
estât là, vous les estimerez un peu plus que les Epistres de Sidonius 
Apollinaris, et gousterez un peu moins la raillerie de l'abbé comique 
que celle de vostre très humble, etc. 



1 Martial, Epigramm. lib. I, ep. 17. Ad Aeitum. Il y a, dans te vers si conautle Martial, 
plura au lieu de invita. 

*9 



380 LETTRES 



CXLVII. 

Du il» septembre i 646. 

Monsieur, Les belles et bonnes choses que vous m'avez escrit de 
l'Amitié m'ont extrêmement instruit, mais l'application que vous en 
fautes à vous et à moy m'oblige parfaitement. Et si, à l'heure que je 
vous parle, je ne sentois de la douleur qui me rend incapable d'un 
long discours, je prendrais plaisir à vous faire voir, par mes reflexions 
sur vos maximes, que j'ay profité de vostre doctrine et que je ne suie 
pas indigne de vostre bonté. Cela se fera une autre fois, et je vous 
diray cependant, Monsieur, qu'il faut que je me sois très mal expliqué 
sur le sujet du nouveau livre de l'abbé comique l . Je le trouve absolu- 
ment mauvais, et si mauvais, que je penserois luy faire faveur et mentir 
de la moitié si je disois : 

Siint mata, sunt quasdarn mediocria, sunt bona nuita. 

frigidissimum et insulsissimum Scurram! togatum tnancipium! 
natum ad servitutem pecus! En effet, comme son esprit est d'un poète 
vulgaire de la vieille Cour, son ame est d'un esclave confirmé de cette 
cy. Et quel moyen de souffrir, à un homme qui ne manque pas de 
pain, ces bassesses, ces laschetés, cette passion aussy violente pour en- 
trer dans la maison de Ms r le Coadjuteur que celle de David pour 
aller en Paradis, lorsqu'il disoit : Melior est unus dies in atriis tais 2 , et 
ce qui s'ensuit. Vous voyez, Monsieur, que je suis imprenable par ia 
flatterie, et que la divinité que me donne le prélat comique 3 n'a 
point corrompu mon jugement en sa faveur. Qu'il s'en prenne (pour 

1 Les Epistres du sieur de Bois-Robert- 2 Mous avons déjà rencontré celte cita- 

Metet, abbé de Chaslillon, ne parurent lion dans la lettre du 9 novembre 1 643. 

qu'en 16&7 (Paris, in-4"), mais sans doute, J C'est à la page 27 (Epitre VI) que 

comme il arrivait souvent, quelques exem- Bois-Robert s'écrie : 

plaires en furent distribués d'avance aux Divin Balzac, prince de l'éloquence, 

amis de 1 auteur. Tu veux qu'enfin je rompe mon silence! etc. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 187 

m 1 point parler d'une plus haute antiquité) aui Nouvelies>de Boccace, 
aux Comédies d'Arioste el de Machiavel, à quelques chapitres de 
Berni, etc. Après de tels ragousts ei de telles sausses, je oe puis 
gouster leurs citrouilles i i isi| >i« 1 1-- h mal apprestées, etc. Je suis, \lon- 
sieur, etc. 

'lie i'-i'oii oe l'ail point de lettres de raillerie, mais il \ a de la rail- 
lerie presque dans toutes ses lettres. Iliilri sapirns, ted non prqfitetur ridi- 
culum atque in hoc prœcipue urbomu» diêtmguitur a Seurra. Je pense «pie 
le cher ' l'emil mieux d'aller faire vendanges en Gascogne que de s'a- 
muser inutilement à Fontainebleau * 2 . La bonne nouvelle de la gué- 
rison de uostre excellent amy 3 me donne la vie : 

Di, tantura servate caput, nec lugeat orbis 
Extinctam virlutein Aula !... 



CXLVIII. 

Du sa octobre l646. 

Monsieur, 11 est vrai que je mesprise trop le moderne imitateur de 
Marot 4 ; il est encore plus vray que je ne sçaurois assez estimer le 
dernier historien d'Alexandre 5 . Les autres traducteurs suivent leur 
auteur et sont ses valets. Celui-cy mène et conduit le sien, il se sert 
hardiment de la raison, parce qu'il s'en sert en maistre. Son jugement 
va viste mais il va droit, et, quand il change ou remue le texte, il ne 
gaste pas, il améliore la chose. Il est plus tost œconome que dissipa- 
teur du bien dautruy. L'Epistre à M r le duc d'Anguien me plaist si fort, 
que je voudrois l'avoir faitte, moy qui suis grand Epistolier de France, 
et vous ne sçauriès croire combien j'ayme ce courage et cette noblesse 

1 Mainarri. 4 Bois-Robert. 

2 Le vieux poëte n'e'tait donc pas 5 Perrot d'Ablancourt. Sa traduction des 

Las d'espérer et de se plaindre Guerres d'Alexandre par Arrien parut à 

Des muses, des grands et du sort' Paris (Ùl-8°, 1 666). 



Silhon. 



V 



388 LETTRES 

de stile, voire cette audace et cette bravoure, pourveu que le bon 
sons en ayt la direction. 

Je serois trompé, je vous l'avoue franchement, si mes choisies 
n'estoient à vostre gré, et si vous n'estiez de l'opinion de celuy qui 
dit que ce sera un livre d'originaux. Il faudra se servir du sieur Courbé, 
et je lui feray sçavoir le tesmoignage que vous me rendez de son mé- 
rite. 

Qui est ce Monsieur Mascaron ' dont il vous a porté le livre? J'at- 
tendray impatiemment ceux de M 1 " i'Evesque de Grasse, et je vous con- 
jure de ne pas me faire languir. Je pensois vous envoyer aujourd'hui 
une montre que je vous ay fait faire du plus bel or que le soleil ayt 
jamais produit, et de la main du meilleur ouvrier de l'Europe; mais, 
appréhendant le peu de soin du messager d'Angoulesme, j'ayme mieux 
la fier à un amy qui doit partir de ce pays à la Saint-Martin. 

M r le Marquis de Montausier m'a escrit la plus obligeante lettre du 
monde : je luy en tesmoygneray mon ressentiment à son retour de 
l'armée. Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Que je sçache, s'il vous plaist, Monsieur, les nouvelles qui se peu- 
vent sçavoir de M r de Saumaise. A quel travail il est présentement oc- 
cupé, quels sont ses appointemens et sa qualité au lieu où il est; si 
luy et Heinsius vivent bien ensemble; si ses amis de Paris espèrent de 
le revoir bientost, etc. Une conférence d'un quart d'heure que vous 
aurez avec M r Ménage me peut esclaircir de tout cela. 

Le cher Président est encore mieux dans sa cabane qu'à la porte du 
palais. Pour moy, je ne voudrois pas faire un seul jour ce que l'abbé 
comique voudroit faire toute sa vie 2 , quand je serois asseuré que, le 
lendemain de ce jour, la Fortune changeroit ma Seigneurie en Emi- 



' C'était Pierre -Antoine de Mascaron, la première fois (i863, in-8°, p. 8 et 9). 

père du célèbre orateur Jules de Mascaron. On trouvera , dans une des lettres sui- 

Pierre-Antoine était avocat au parlement de vantes (n° CL), des détails sur le livre dont 

Provence. Voir, sur cet avocat , les Notes pour il est ici question. 

servir à la Biographie de Mascaron , évêque 2 C'est-à-dire des bassesses. 
d'Agen, écrites par lui-même et publiées pour 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 889 

nence. Si je n'estois malade que d'ambition, ihl letict et pancratice va- 
Irrciit ; mais mon mauvais corps m'oste l'usage de tous les biens que 
je recevrais, si je ne \ i\ <>is que de l'Esprit. 



CXLIX. 

Du 13 novembre îfi'iti. 

Monsieur, A vous dire le vray, je n'ay ieu des deux livres que les 
remarques qui sont à la fia et Pépistre qui est au commencement. 
D'ailleurs je ne juge pas tousjours si sévèrement que si j'étois Aréopa- 
gite ou Inquisiteur. Je veux quelquefois obliger et faire grâce. Et que 
m'importe que mou amy ne révère pas les auteurs comme il dcvro.it, 
pourveu qu'il m'ayme comme il faut et qu'il me soit plus fidelle qu'il 
n'a esté à Tacite ou à Arrian l l Rendons luy le tesmoignage que nous 
lui devons. Il a l'esprit haut et courageux, et, quoy que vous puissiez 
dire, c'est bien un autre homme que l'adorateur de Coefleteau 2 , tra- 
ducteur de Quinte Curse, qui travaille après cette benoiste traduction 
dès le règne de Charles Neuviesme. Il faudroit avoir traduit toute une 
bibliothèque depuis ce temps là. 

L'or dont je vous ay parlé n'est point en figure, et il n'y a point de 
sens allégorique sous mes parolles. Ce n'est ny Philon Juif, ni Ori- 
gène qui vous envoyé la montre, de la main du plus habile ouvrier de 
l'Europe. C'est le véritable Balzac qui vous veut faire ce petit présent; 
et l'ouvrier qu'il a tant loué est résident à Angoulesme, mais il est 
plus estimé que ceux de Bloys, et ses ouvrages sont admirés à Paris. 
Quelques uns mesmes ont passé les Alpes et l'Océan, et M 1 ' de Chas- 
teauneuf 3 en a régalé des princes et des princesses. Mais, je vous 
prie, à qui sont mieux deùes qu'à vous pareilles machines; et qui use 
des heures plus utilement et plus dignement que celuy qui, dans l'em- 
barras de Paris , a presque achevé un poëme héroïque ? Puisque ces 

' Perrot d'Ablancourt. gracié, fut, sous te ministère de Richelieu , 

* Vaugelas. interné à Angoulême pendant dix an- 

5 On sait que M. de Chateauneuf, dis- nées (i633-j643). 



390 LETTRES 

heures sont des déesses dans les labiés Grecques et guères moins belles 
que les Grâces; puisqu'elles font garde à l'entrée du Ciel et quelles 
1 ('veillent l'Aurore, et qu'elles ont soin de l'équipage du Soleil, et 
qu'elles ne manient là haut que des roses et des pierreries, il est bien 
raisonnable que, venant en terre, elles soient logées agréablement : et 
il me semble qu'une maison faitte de la mesme estoffe que le chariot 
qu'elles attèlent tous les matins, n'est point trop magnifique pour elles. 
Après tout, Monsieur, ce n'est pas vingt pistolles que je vous donne; 
et encore, afin que vous sçachiez que je trafique plus que je ne donne, 
je vous demende (à votre commodité) deux paires de gans d'Espagne, 
soit que vous les receviez d'une dame, soit que vous les achetiez d'un 
marchand, ou que ce soit vostre part du butin de vostre amy, après 
la prise de Madrit. Mais souvenez-vous, s'il vous plaist, en ce temps là , 
que mes mains sont un peu plus [grandes] que les vostres, afin que la 
conqueste de M r de la Trousse l soit à mon usage, et que je me puisse 
servir commodément de ce que je recepvray. 

J'ay la teste si dure que je ne puis comprendre pourquoy vous ne 
voulez pas de son Aisé. L'amy qui me prie d'escrire à l'Intendant de 
Justice me pria pour un autre et non pas pour luy , et, par conséquent, 
ce n'est pas sa taxe, mais celle de l'autre; et j'appelle l'autre son Aisé, 
c'est-à-dire l'Aisé qu'il me recommande, comme, par exemple, je di- 
rois que j'ay demendé au général des Gallères vostre forçat et qu'il 
ma donné vostre forçat, au lieu de dire le forçat que vous m'aviez re- 
commandé. 

Je vous supplie de bien asseurer M r Silhon de la continuation de 
mon très-humble service. Je ne désire point qu'il s'incommode pour 
l'amour de moy, et j'ay me beaucoup mieux que mes interests de- 
meurent à terre que s'il faisoit un effort pour les relever. Dieu me 
garde d'estre mis au nombre de ses importuns et de vouloir prendre 
les grâces par force! Sans me plaindre de l'avarice de l'Estat, je me 
lotie de la bonne volonté de mes amys. Et ne parlons plus de cette af- 

1 J'ai eu déjà l'occasion de rappeler epue Chapelain avait été le précepteur de M. de la 
Trousse. 



DE JEAN-LOUIS « ; I j i: Z DE BAL2 IC. S91 

faire, « 1 1 ■ ■ ne vaul pas le moindre article de ce que roua m'avez escriA. 

Je suis, Monsieur, \oslre. etc. 



réécrivis il y b quelques jours à M' le marquis <le Montausier, el 
bailla) ma lettre à ma sœur, qui l'a recommandée h mon neveu. Je croj 

iiu'il doil esliv de retour a l'a lis. 



CL. 

Du i" décembre i646. 

Monsieur, Esl-ce assez de dire du livre de M 1 Mascaron qu'il n'a 
pas esté mespnisé à la Cour? Nous ne sommes pas si dédaigneux au vil- 
lage, où il a esté extrêmement estimé, et je vous déclare que, si ici 
homme uavoit que vingt-cinq ans, j'en espérerois plus que d'homme 
de France. J'ay jette les yeux sur toutes les pièces ' , mais je me suis 
particulièrement arresté sur l'Apologie pour Coriolan, qui m'a semblé 
très ingénieuse et très éloquente. Elle a de la force et de la beauté; 
elle m'a piqué en certains endrois; elle m'a chatouillé en d'autres. 
L'apologiste pense bien et parle agréablement. Souvent il porte les 
choses jusqu'où elles peuvent aller; et, si quelquefois sa raison et son 
discours vont trop loin, encore aymé-je mieux le desbordement que 
la sécheresse. Ce qui me fasche, c'est que je voy qu'il ayme et qu'il 
cherche les éloges, voire mesme les impertinens et ridicules; et 
qu'avoit-il que faire d'une mauvaise Epigramme pour la recommanda- 
tion d'un bon livre? 

Si Charles, filz de François 2 , continue comme il a commencé, ce 
sera un mauvais faiseur d'Epigrammes. Il ne pouvoit pas débuter plus 



1 Les bibliographes n'ont pas signalé le re- la Vie de Messire Jules Mascaron (en tête des 

cueil dont parle ici Balzac. La Bibliothèque Oraisons funèbres, 170^) regrettait déjà la 

historique de la France indique seulement perte de la plupart des ouvrages de celui 

plusieurs pièces détachées (harangues, re- qu'il appelle *le plus fameux avocat du par- 

lations, discours funèbres) qui parurent élément d'Aix.n 

de 1637 à 1667. Le Père Bordes . auteur de 2 Charles Mainard. 



392 LETTRES 

mal, et en tout ce que j'ay veu de luy, je n'ay pas trouvé un seul grain 
de sel. 

Huncque malos inler numerabit Ronia poetas, 
Mœvius et fiet, magne Garumna, huis. 

J'ay presque envie d'en dire autant du poète de la Dordogne '; les 
bouquets dont il a couronné les princesses sont trop bien payés, s'il en 
a eu une cbaisne de cuivre doré, et le comte de la Garde 2 est plus que 
Got et Visigot, s'il a fayt grand cas de ces bouquets. 

Je suis trop obligé aux bontés de M 1 l'évesque de Grasse et de 
M r l'abbé de Cerisy, qui mont fait l'honneur de me régaler de leurs 
beaux ouvrages 3 . Je vous supplie, Monsieur, de les asseurer de ni;. 
parfaite reconnoissance. Comme je souffre toujours, je me plains aus-\ 
tousjours , mais je suis las de vous importuner de mes plaintes. 

On vient de me rendre vostre lettre du 2 5 du passé, mais, n'ayant 
pas le temps d'y respondre, je me contenteray de vous dire qu'elle m'a 
ravi et que je la trouve toute pleine d'amour, de galanterie, de bon es- 
prit, de bons mots, etc. Je révoque ma sentence contre le poète de la 
Dordogne; les vers que vous m'avez envoyés de sa part sont excelleus. 
et le seroient encore davantage, s'il n'avoit point parlé de M r d'Utique. 
Les lettres de M 1 de Grasse ne sont point perdues, mais il me faudroit 
plus d'un an pour les trouver dans la confusion de mes papiers, et je 
ne voy pas d'ailleurs qu'il en puisse avoir aucun besoin, quod inter nos 
dictum sit, amicissime Capelane. Le paquet de ma sœur s'est perdu, 
mais M r l'Official a grand tort, s'il a oublié dans le sien la copie que 
luy Gt mon homme de la lettre de M r le marquis de Montausier. 

Je vous prie de me mander si M r Mascaron est à Paris 4 ; il mérite 

1 Peyrarède, né sur les bords de la Dor- 4 Jules de Mascaron dit de son père (Notes 
dogne, à Bergerac. déjà citées, p. 9) : rrll mourut à Paris l'an 

2 Le comte Magnus de La Gardie, petit- m 6/17, où il étoit allé pour présenter à la 
fils du célèbre Pontus de La Gardie, et alors trreyne régente, Anne d'Autriche, deux ha- 
ambassadeur de Suède en France. trrangues qu'il avoit faites au Parlement et à 

3 Oraison funèbre de M. l'évêque de Butas, cela Chambre des comptes de Provence par 
par Godeau (16A6). — Vie de Béride, par «un très-honorable ordre de cette princesse, 
Germain Habert (Paris, in-4°, i6i6). «lorsque les provisions de la charge d'Ad- 



DE JEAN-LOUIS QUEZ l>K BALZAC, 898 

bien une douzaine de lignes de remercimenl '. Je suis pourtant en an 

si mauvais estât, qu'il n\ a point de ligne qui ne Boil mie corvée el 

un nouveau mal, etc. 



CLI. 

Du 1 ii décembre ni'iii. 

Monsieur, A l'avenir, parlons en termes plus propres et moins ohli- 
geans. Je ne suis |ias magnanime pour ne vouloir pas eslre coyon 2 , n\ 
libéral pour faire présent d'une bagatelle. Au premier concile gramma- 
tical qui se tiendra chez les Frères Putcans \ il sera conclu (ou je n'y 
aurav point de voix) que vous n'abuserez plus des grands mots si licen- 
lieusement, et que ceux de magnanimité el de magnificence seront em- 
ployés autres fois en de plus dignes occasions que celles que mes lettres 
vous font naistre. Vous ayant (comme vous dites) donné tout mon 
cœur, tout le reste doit estre compté pour rien , n'est que l'accessoire du 
principal, n'est qu'une petite marque de vostre souveraine possession, 
el partant ne vous faitles plus de tort en me faisant de l'honneur. 

\ gréez les hommages et les sacrifices qui vous sont deus, mais 
espargnez la pudeur de vos dévols. 11 me suffit que vous receviez le 
paquet que je vous envoyé par le messager, sans prendre la peine de 
me mander seulement que vous ayez receu le paquet que je vous en- 
voyé. Ce seroil trop d'une seconde confusion dans laquelle me jette- 
roit vostre honnesteté. Et œtemurn sit, mi Capelane, litterarum nostrarum 
silentium de lus me felicioribus horis, quœ brevi tecum habitabunt. 

rr mirai, chef de la navigation et commerce tronum, candidatum stoicœ sectœ, declama- 

rede France, que le Roy avoit données à la torcm eximium. Balzac débute ainsi : 
fReyne-mère, furent enregistrées en ces MassBis decus, et patrii spes magna aenatus, 

«deux coure.» Mascaro,... 

1 Balzac paya sa dette en vers latins. 2 On ne connaissait aucun exemple de 

Voir, à la page 18 de la seconde partie du l'emploi, par un bon auteur, de ce mot s 
tome II des Œuvres complètes, la pièce por- bas et si libre. Voir (au mot coïon) le Dic- 
tant ce titre : Ad Pctrutn Anlonium Masca- tionnaire de Trévoux el celui de M. Litlré. 
ronem, disertissimum in Aqucnsi curia pu- 3 Du Puy (Puleani). 

5o 



394 LETTRES 

Au reste, je vous félicite de vostre concile grammatical et de tant 
d'autres endrois urbanissimcs de vostre dernière lettre. Il n'y a que 
vous qui soyez capable de forcer mon opiniaslre chagrin, et de faire 
luire des rayons de joye dans une humeur beaucoup plus noire que ne 
fut jamais celle du bonhomme Heautontimorumenos l . 

Je vous prie, que je sçache si M r de Saumaise est arrivé de Hollande . 
et si ses amys espèrent de le garder longtemps à Paris. Je suis, Mon- 
sieur, vostre, etc. 



glu. 

Du 8 janvier i6U-. 

Monsieur, Pour un peu d'or vous me rendez quantité de diamans. 
et vos parolles sont bien plus riches et plus esclatantes que mon pré- 
sent. Mais ce n'est pas en dire assez. Je trouve Archimède dans Dé- 
mosthène; j'admire l'intelligence de l'artisan dans la rhétorique de 
l'orateur; et, si j'eusse envoyé une montre au feu Empereur Rodolphe 2 , 
il ne m'en eust pas escrit une lettre avec des termes si proches et si 
choisis; il en eust parlé moins agréablement sans doute, mais encore 
moins doctement que vous n'avez fait. Je conclus de laque vous estes 
le vray sage de Chrysippe et de Zenon; que vous estes cet homme qui 
se mesle généralement de tout ; qui sçait tous les ars et tous les mes- 
liers; qui feroit des cadrans et des horloges, des arquebuses et des 
canons, aussv bien que des dilemmes et des syllogismes, etc. Cet etc. est 
une bride qui arreste ma fougue oratoire, et qui m'empeschera de 
m'aller précipiter dans les espaces imaginaires de la philosophie stoïque. 
Pour le reste je n'ay pas plus de courage qu'à l'ordinaire. Vous avez 
beau là dessus me gronder éloquemment, et me reprocher ma pu- 
silanimité en brave et en Philosophe; il n'y a point moyen que j'aspire 
à vos grandes choses, ny que je m'eslève de ma terre. Je renonce de 

1 Tout le monde connaît le héros gron- " Rodolphe II, empereur d'Allemagne, 

deur d'une des plus jolies comédies de Té- mort le 20 janvier 1612. 
rence. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 896 

nouveau à la gloire, ^i ce n'esl à la gloire de bien ayraer; car pour 
celle là, à la vérité, j a] i|iiel.|ne d mil ( |'y prétendre; et il est certain 
que je sens pour vous, mon cher Monsieur, les joyes, les tristesses, 
les mouvemens doux, les mouvemens violons, les contractions et les 
espanouissemens de cœur, eu un mot toutes les peines et tous les plai- 
sirs des ames véritablement amoureuses. 

Avant que j'eusse receu vos lettres, l'endroit, ambigu de la Gazette 
m'avoil esté suspect; je m'estois douté, en le lisant, de, la malignité 
du x. x. \. (-1 des mauvaises excuses qu'il cherche, et, dans une com- 
pagnie assez célèbre où je me trouvay immédiatement après , je blas- 
may l'obscurité du Gazetier et défendis la bonne conduite du Marquis 1 . 
Si, de mon propre mouvement et sans avoir esté instruit, j'ay esté ca- 
pable d'agir de la sorte, que ne feray-je point à celle heure que vous 
avez pris le soin de m'esclaircir du particulier delà chose et que j'ay 
entre mes mains de quoy réfuter les relations apocrifes? Mais c'est 
principalement à la Cour, où la malice et l'envie attaquent et blessent 
les gens de bien. En ce pays là la plus haute vertu est la plus exposée 
aux atteintes des plus [mauvaises] langues. Ceux-mesmes qui sont 
bien persuadés des choses en parlent mal; quoy qu'ils ne croient point 
les fables qui se débitent au désadvantage de l'histoire, ils font semblant 
de les croire et profitent de l'erreur d'autruy. Il faut détromper la sim- 
plicité du peuple, et s'opposer aux artifices des Grands. 

Nous ne manquerons ny de party ny de chef; et, si le véritable Hé- 
ros (je dis le héros de vostre ode et de vostre dernier sonnet 2 ) est in- 
formé, comme il le doit estre, de la vérité, une seule parolle de sa 
bouche fera taire les calomniateurs, et les cent bouches mesmes de la 
Renommée, si elle avoit esté gaignée par le faux Héros. Ce Prince est 
aujourd'huy le Dieu de la Guerre, le successeur de la réputation de 
Gustave, l'arbitre et le juge des vaillans. Il a tous les rieurs, tous les 

1 Le marquis de La Trousse, gouverneur Condé par la mort de son père (26 dé- 
de Roses, qui était alors dans l'armée de cembre i646). Condé, dès les premiers 
Catalogne en qualité de maréchal de camp. jours de l'année 1667, fut mis à la tête de 

5 L'ex-duc d'Engliien devenu prince de l'armée de Catalogne. 

5o. 



396 LETTRES 

approbateurs, tous les admirateurs de son costé, et, s'il est pour nous, 
qui sera le téméraire qui soit contre nous, si ce n'est à sa confusion et 
à son malheur? De vostre grâce j'ay leu la lettre qui luy a esté escrite 
et celle qu'on a escrite de luy. Dans la première il me semble que, 
quand Fauteur fœminin n'cust pas dit les Mânes de ses soldats, il se 
pouvoit mieux expliquer par un autre mot. Le stile Attique de la se- 
conde lettre ne me desplaist pas. J'y ay remarqué un certain air de 
coqueterie , qui m'a fait penser que le Plénipotentiaire pouroit bien 
estre piqué 1 . N'auroit-il point autant d'inclination pour la Fille que 
le Cardinal Bentivoglio en tesmoigne pour la mère, dans la Relation 
qu'il fit de la fuite de son mary 2 ? Je receoy une infinité de faveurs de 
noslre très cher M r Conrart; je vous supplie, Monsieur, de luy tes- 
moigner la part que vous y prenez. Remerciez le particulièrement des 
civilités de sa dernière lettre, très belle et très obligeante, et de la vie 
de Fra Paolo qu'il m'a envoyée pour mes estrennes. Je n'ay point en- 
core receu les autres livres; et je l'advertis que le messager d'Angou- 
lesme est la moins régulière de toutes les personnes publiques. Je suis 
sans réserve, Monsieur, vostre, etc. 

Je ne désire de gans d'Espagne que sur la fin du mois de Sep- 
tembre, mais j'en auray besoin d'une paire en ce temps-là, etc. Je vous 
prie, Monsieur, de demender à M r Ferramus un exemplaire de l'ode 
qu'il m'a fait l'honneur de m'addresser, et généralement tout ce qui est 



' D'Avaux, un des plus habiles des plé- 
nipotentiaires du Congrès de Munster. On 
sait que la belle duebesse de Longueville, 
qui était alors dans tout le rayonnement de 
ses vingt-huit ans, était allée rejoindre, 
l'année précédente, son mari à Munster. 
M. Cousin a publié, d'après les papiers de 
Conrart, la lettre de d'Avaux à la princesse 
de Condé (au sujet de la prise de Dunkerque 
par le duc d'Enghien), a la page 2 85 de 
la Jeunesse de Madame de Longueville (4' édi- 



tion, 1859). — Balzac avait bien deviné. 
Voir la Jeunesse de Madame de Longueville , 
p. 279, 280, etc. 

2 Eelalione délia fuga di Francia d'IIen- 
rico di Borbon, principe di Coude, etc. Il 
faut rapprocher de la phrase de Balzac un 
passage des Mémoires de M"" de Motteville 
cité par M. P. Paris (à la suite de l'histo- 
riette de Madame la Princesse, p. 186 du 
t. I). Voir encore M. V. Cousin, la Jeunesse 
de Madame de Longueville, p. 61. 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC 397 

imprimé de luy. Vous me l'envoyerez, s'il vous plaist,aTèc les œuvres 
de l'Eschassier, qui m'ont esté promises il y ;| 8i long temps. 
Nec »aleo tspero unquam, Gapelane, valere. 



CLD.L 

Du 3 février 16 '17. 

Monsieur, Vous dittes des merveilles de mon mariage avecques la 
gloire. 11 ne faudroit que rimer celle excellente tirade pour en faire 
naistre un sonnet, une epigramme, un tout ce qui vous plairoit. Mais 
j'ay peur que vous parliez sans charge : estes-vous bien advoué de la 
Dame de la part de qui vous me parlez; il y a apparence que non (je 
ne dira y pas de l'apparence, quand ce ne seroit que pour faire despit 
au grammairien Yaugelas); vous faites des avances de vostre chef: sans 
doute la gloire vous desdira de plus des trois quarts de l'excellente ti- 
rade; et ne seroil-ce point d'elle comme d'Hélène, qui estoit en Egypte, 
pendant que Paris croyoit coucher avecques elle à Troyc? Quoy qu'il en 
soit, Monsieur, soit que je possède ce corps et la vérité, soit que je 
ne jouisse que du simulacre et de l'apparence, je vous suis obligé de 
vostre consentement à mon mariage, et vous remercie de l'opinion que 
vous avez que je mérite d'estre le mari , etc. 

Je me presse tant que je puis pour venir au second article, et j'ay 
liaste de me descharger de ce qui me pèse sur le cœur depuis la ré- 
ception de vostre despesche. Ne doutez point, je vous prie, que je ne 
vous aye gardé le secret avec toute la religion que vous pouviez at- 
tendre d'un Confesseur Jésuite et plus que Jésuite. Ny Plassac, ny son 
frère 1 , ny qui que ce soit n'a eu communication de vos lettres, et 
quand vous n'auriez exigé de moy, je n'aurois pas laissé pour cela 
d'estre maistre de ma langue. Je ne descouvre jamais les blessures de 
mon ame qu'à ceux qui me les peuvent guérir, et je cache tousjours ce 
qu'il est inutile de publier. Le Patelin ne peut donc avoir appris de 

' MM. de Méré. 



398 LETTRES 

mes nouvelles, ny directement ny indirectement, comme on dit, et 
de cela vous en devez faire un fondement asseuré. Il faut qu'il ait rai- 
sonné sur la connoissance qu'il a de sa faute, et que ce soit cette con- 
science coupable que l'Antiquité a nommée Mille tesmoins, qui lui ait 
donné ou du remors ou de la honte ou du despit; après quoy je ne 
mestonne pas qu'il haïsse les personnes qu'il sçait avoir offensées. Mais 
n'y a-t-il que la discontinuation des visites qui vous ait fait entrer en 
soupçon, et n'avez-vous rien senti de M r Voiture, qui est si libre, et qui 
se soucie si peu de fascher le monde, ou de M r Ménage, qui est si 
franc et à qui les interests de ses amis sont si chers? 

Ce dernier mot me fait passer au troisiesme article. Pourquoy ce 
très officieux et très obligeant laisse— t-il gronder contre moy à Rome? 
Ne pouvoit-il pas prévenir toutes ces plaintes romaines par un petit 
apostille 1 , et faisant scavoir en ce pays là que je suis plus qu'à demy 
mort, qu'on ne reçoit plus de mes nouvelles à Paris, que je n'escris 
plus de lettres, et que j'ay pourtant admiré celle que m'a escrite celuy 
qui se plaint. Mais ce seroit Rome elle-mesme qui se plaindroit, ne 
pouvoit-il pas luy dire de la part de son pauvre amy : 

Jam parce fesso, Roma. gratulari. 
Parce clienli. 

En effet, Monsieur, je fais beaucoup plus que je ne puis, et on me 
fait injustice de ne me pas dispenser de tous les devoirs de la vie 
civile. En Testât où je me trouve je devrois ou me moquer ou me 
scandalizer de toutes les plaintes que l'on fait de moy. Je vous advoiie 
néanmoins que la tendresse de mon front, que ma sotte honte, que l'ap- 
préhension que j'ay de desplaire, me donne de grandes peines en pa- 
reilles occasions que celle-cy : et, en conscience, je voudrois avoir acheté 
bien cher deux douzeines de lignes latines pour Nicolas, fils de Daniel. 
N'y a-t-il point de Latin à vendre dans l'Université de Paris? Ne sçau- 



Jean Marot, cité par M. Litlré, faisait apostille du masculin. M. Liltré n'a signalé qui' 
cet exemple. 



DE JEAN-L0UI8 GUEZ DE BALZAC. 899 

rohVon employer quelque tiercelet 1 de Tarin* ou de Granger' pour 
respoudre à la lettre que je vous envoya} à mesme temps que je la 
receus? Il me souvient que je la trouvay lionnesie el judicieuse; et, si 
en ce temps là l'inspiration fuel venue du Ciel (vous sçavés bien que 
ce n'es! que l'humeur et le bazard qui me font parler la langue de 
Romulus), le Batave seroit aujourd'hui entièremenl satisfait et se loue- 
roii encore plus de mes civilités qu'il ne s'offense de mes desdains. 
Pour l'amour de luy, je supprimeray tout ce que j'avois dit de plai- 
sant contre son père, quand M 1 de Saumaise, mon protecteur, m'en 
devroit sçavoir mauvais gré; et je feray bien davantage une autre lois, 
mais il faut que ce soit par fantaisie et non par obligation uy par con- 
trainte. Cependant, de grâce, mon cher Monsieur, trouvez quelque 
docteur, puisque vous estes au pays de la doctrine, qui traduise en 
Latin ce que vous luy direz en François pour me justifier de mon si- 
lence et en rejetter la faute sur ma mauvaise santé, qui me rend inca- 
pable de toutes les belles sociétés. Je ne manqueray jamais à ce que 
je dois : estant très persuadé de la haute valeur et du mérite extraor- 
dinaire de vostre Marquis', je l'estimera y tousjours extraordinaire- 
menl, jusqu'à haïr et mespriser le prince son calomniateur , et de telle 



1 Tiercelet, d'après le Dictionnaire de 
Trévoux, se dit figurément et par mépris : 
un tiercelet de gentilhomme, un tiercelet de 
docteur. Un tiercelet de Tarin ou de Gran- 
ger était donc un latiniste bien au-dessous 
de ces deux personnages. 

2 Jean Tarin , d'abord professeur de rhé- 
torique au collège d'Harcourt, puis profes- 
seur d'éloquence au collège royal , enfin rec- 
teur de l'université de Paris. Il mourut en 
1661 (et non en 1666, comme l'a avancé 
le P. Lelong et comme l'ont répété la Bio- 
graphie Universelle el la Nouvelle Biographie 
générale). Il laissa quelques traductions du 
grec (i6a4, in-i"), une oraison funèbre 
(en latin) du cardinal Pierre de Gondi 
( 162 4, in-4"). Voir, sur lui, l'abbé de Ma- 



rolles, qui. dans ses Mémoires ( t. III, p. 367), 
l'appelle ifl'un des plus savants hommes de 
rmos jours , » et l'abbé Goujet (Mémoire sur 
le collège royal). 

3 Granger ou plutôt Grangier (Jean), 
professeur d'éloquence au collège royal, 
puis principal du collège de Béarnais. On 
a de lui plusieurs discours de circonstance, 
en latin, imprimés de 1619a 1628, et une 
dissertation, également en latin, sur le lieu 
où Attila fut vaincu (16&1). Voir .Nieeron 
et Goujet. 

1 Marquis de la Trousse. 

5 Le prince d'Harcourt (Charles de Lor- 
raine), qui, vice-roi de Catalogne, avait 
échoué devant Lérida (novembre 16/16), et 
qui, dans sa mauvaise humeur, avait in- 



400 LETTRES 

sorte, que de ce pas je m'en vais effacer je ne sçay quoy (lassez beau, 
qui estoit à son advantage (je dis du faux Héros) dans une de mes choi- 
sies, et qu'il eust leu peut cstre avec plaisir. 

J'ay beaucoup de regret de la mort de nostre pauvre M r Mainard el 
vous envoyé une Epigraminc qui le vous tesmoignera, car il est cer- 
tain que j'ay senti de la douleur en la faisant, quoyqu'après l'avoir 
faitte elle m'ait tenu lieu de quelque consolation. ISunquamenimexper- 
tus mihi visiis sum faciliores nostras Deas. 

Vostre Sonnet à Olympe est beau en perfection, et vous faittes le 
desgousté du Nectar et de l'Ambrosie. Je suis plus voslrissimo qu'Annibal 
Caro ne le fut de celuy pour lequel il inventa ce nouveau superlatif. 

Quand le Patelin auroit à l'entour du cœur robur el œs triplex Ho- 
ratianum 1 , il verra dans mes choisies des choses qui l'obligeront de 
nous aymer et de se repentir de ses petites malices pour ne pas dire de 
ses grandes. 

Le seigneur Flotte m'a escril, et vous luy direz ou luy ferez dire, 
s'il vous plaist, qu'il se verra bientost imprimé dans nostre nouveau 
volume. 



CUV. 

Du i3 février i f>'i-. 

Monsieur, D'abord je rendis mes devoirs à la mémoire de nostre 
amy. Mais je ne me contente pas d'un seul acte de piété ; mes Muses 
viennent de faire un second effort, et je vous envoyé des vers un peu 
plus historiques que les premiers -. La mort de ce pauvre amy m'af- 
flige, mais la dernière partie de sa vie m'a desplu, et je n'ay pas moins 
eu de despit de le voir demender l'ausmone, que j'ay regret de ne le 

justement accusé le disciple de Chapelain conde partie du tome II des Œuvres corn- 
ât ne l'avoir pas assez bien secondé. plètes. On y trouve ces vers : 

1 Ciirmiiîitm \ib.l, od. m, v. o. r . . n » -r_ j • » i ti i 

' ' V Et lu Palladiee decus îinmortale Tholosœ, 

Francisa Mainariij V/ri ciarissimi, poclœ Quo pater exultaus vale Garumna tumel. 

ekgantixsimi , memoriœ, p. 1 5 de la se- 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. MU 

voir plus. Que Bçay-je mesme Bi bb gueuzerie n'esl poinl cause d< 
mort? Il \ a de l'apparence; el on nous a dit que le ehagrin qu il mp- 
porta «lu Palais Royal le pril à la gorge -i losl <|n il fual arrivé en 8a 
maison. S'il n'en fus! |><>ini parti ou qu'il fust revenu icy, comme cestoil 
son premier dessein . il vivroit peul estre encore, et, au lieu d'un assez 
mauvais livre que voub lu\ avez laissé publier à Paris, nous vous en- 
volerions de sa pari quelques bonnes rouilles qui seroienl dattées ou 
du bois de Balzac, ou «lu rivage de la Charente. Plus d'une Cloris el 

plus d'un Ucipe eusseni veu le jour, el tout ce peuple d'Épigran îs 

auroil esté ou exterminé, ou condamnée prison perpétuelle. Disaliter 
risiim est : vous pouvez faire part de mes vers à nostre très cher 
M' Ménage, mais je ne désire pas que le inonde les \<>\e que dans la 
foule de mes autres vers. S'il se pouvoil rien ajouster au comble, je 
suis encore plus ce soir que je n'estois ce malin. .Monsieur, vostre, etc. 



CLV. 

Du 3 m;iis i li'i-j. 

Monsieur, Sans mon indisposition vous auriez receu mes remerci- 
mens et j'aurois fait l'éloge de vostre boette. Je n'y aurois pas oublié, 
comme vous pouvez penser, le mérite du pourvoyeur, la jalousie de 
Martial , et les autres belles circonstances qui accompagnent le beau 
présent. Mais, en Testât où je me trouve encore aujourd'hui, ne pou- 
vant vous remercier que du cœur, agréez, je vous prie, mon intention, 
et contentez-vous du bon ou du mauvais mot de Catulle, pour toutes 
les excellentes choses que j'ai trouvées dans la boette; à l'ouverture de 
laquelle (afin que je n'oublie pas le bon ou le mauvais mot) : 



Deos rogavi 



Totura ut me facerent, amice, nasum 1 . 
.le prens très grande part à la glorieuse justification de nostre brave 



Quod tu quant olfacies . deos rogabis . 

Totum ut te facianl, Fnbullc, nasum. 

i Ti ::.. Carmen ivni, ». i3 , li. 



,'i02 LETTRES 

calomnié. Mais un joui' peut estre je fcray davantage, quoyque dans 
l'approbation universelle la mienne luy doive estre peu considérable, 
et qu'après un arrest du Conseil de Guerre il n'y ait point de paroHes 
qui ne soient faibles ny de Rhétorique qui ne bégaye. Le Comte 1 est 
en abomination à tous ies gens de bien, et j'ay vu plus d'un Officier 
de son armée pester publiquement contre luy, et rendre tesmoignage 
à la bravoure et à l'innocence du Marquis. Ce que j'apprébende en 
suitte du procès, c'est un combat; et il y a de l'apparence que le dé- 
sespoir donnera ce dernier conseil au calomniateur deshonnoré. Sur 
quoy resvant quelquefois dans ma solitude, je vous avoue que la bi- 
zarrerie de Mars donne de l'inquiétude à ma passion, et que je crains 
beaucoup parce que je n'ayme pas peu. Je crains mesme pour la va- 
leur et la justice en pareilles occasions. Je sçay que la Fortune et la 
Victoire ne font pas tousjours ce qu'elles doivent, etc. 

L)i carum servate caput : sit victor unique 
Trossius 1 , et méritas det iniqun calumnia pœnas. 

Vostre dernier sonnet me semble heureusement retouché. Mais est-il 
possible que, dans la vie de Paris, vous trouviez du temps à faire et à 
retoucher des sonnets? Je vous admire, mais je vous plains encore- 
plus dans l'accablement de tant de différentes occupations. Et comment 
est-ce, Monsieur, que vous vous estes imaginé que je vous voulois 
donner de nouveaux employs? Ce n'a point esté mon intention, et mes 
parolles m'ont mal expliqué. Vous n'estes pas homme que je mette à 
tous les jours. Travaillez au nécessaire, et n'ayez pas peur que je vous 
charge du superflu; vostre repos, mon cher Monsieur, ne m'est pas 
moins cher que le mien propre. Je suis de toute mon ame, Monsieur, 
vostre, etc. 



1 Le comte d'Harcourt, appelé tantôt Riaux, t. H, p. 1 15) dit, à cette occasion, 

eomte, tantôt prince d'Harcourt. - quVil était estime brave, honnête homme, 

5 La chère tête ne fut pas conservée. «et si civil, que, même quand il se battoil 

François le Hardy, 'marquis de la Trousse, *en duel (cequi lui arrivait souvent), il fai- 

mourut en Catalogne (devant Tortose) eu «soit des compliments à celui contre qui il 

juillet i648. M"" de Motte ville (édition «avoit affaire. . . » 



DE JEAN-LOI IS Gl 11 DE BALZAC. S03 



CLVI. 



I ) il I 'i inril I li'17. 



Monsieur, Voua me faites donc de ces supercheries \ Vouscoraj 
des mies de quatre cens soixante vers, qui son! imprimées chez la 
veufve Gamusat, qui s<>ni admirées à la cour, qui spnl payées par 
Son Eminence, sans que je sçache que vous ayez eu dessein de les 
composer 1 . Je me resjouis extrêmement de ces heureuses nouvelles', 
bien quej'aye sujei d'esfcre un peu estonné de vestre- secret, el que je 
croye que Virgile ne traifctoit pas ainsi Varius*. Mais c'est que Virgile 
n'esloil pas homme du monde, el que les escholiers comme luj el mm 
ne sçavent point faire de réserves, n\ rien garder pour le lendemain; 
Toul do hou. Monsieur, je ne pouvois pas estre surpris par un plus 
excellent inopinatum, el je vous avoue qu'il n'appartient qu'à vous de 
chauler les Dieux et les Deiny Dieux, les Princes et les Ministres. \ ous 
estes en possession de dire les grandes choses, vous estes maistre, vous 
régnez partout; mais il me semhle que c'est dans les comparaisons 
que vous régnez principalement; c'est là le siège de vostre empire, 
où réside vostre majesté, où vostre force paroist toute entière. Qu'ainsy 
ne soit, je ne pense pas qu'au jugement de MM rs les trois C. 2 il se 
puisse rien imaginer de plus beau que vostre soleil", qui, au travers 
de vos espaces immenses, fait ici-bas tout ce que nous y voyons, 

Seulement par le l'eu qu'il preste à ses rayons. 

Je suis infiniment obligé aux bontés de M r le comte et M e la com- 
tesse de Maure; je vous conjure, Monsieur, de les asseurer comme il 
faut de ma parfaite reconnoissance; vous pouvez croire qu'elle ne 
mourra pas dans mon cœur. Je garde tout exprès pour cela le billet 

1 Ode pour Monsieur le cardinal Ma:a- duc d'Enghien de trois cent soixante vers. 
nn (Paris, in-4", 16/17). Chapelain était 2 C'est-à-dire, comme on le voit dans la 

l'homme aux longues odes. Son ode à Riche- lettre suivante, Cominges, Gostar el le Che- 
iieu était de trois cents vers, son ode au valier de Méré. 

5i. 



404 LETTRES 

i]ue vous m'avez envoyé. Je le considère cent fois le jour. Je le cul- 
live des yeux et de la pensée afin qu'il en germe quelque chose de 
meilleur qu'un compliment et de plus grand qu'une lettre. Mais je me 
plains encore de vos réserves. Vous ne m'aviez point descouvert le 
trésor que ma bonne fortune m'a apporté jusques à mon chevet du lit. 
Tout malade que j'estois je ne fus jamais si satisfait que de l'audience 
que je donnois en cet estât là à M r le comte de Maure. Qu'il dit de 
bonnes choses et qu'il les dit bien! Qu'il me plust et qu'il m 'instruisis! ! 
Et tout cela sans faire le docteur ny le charlatan, et avec une mo- 
destie que je n'estime guères moins que ses bonnes choses et que son 
bien dire. M 1 le marquis de Montausier m'a fait l'honneur de res- 
pondre à une lettre que je luy avois escrite, et me comble de nouveau 
de ses faveurs. 11 n'a point, vous le sçavez bien, un plus fidèle ny plus 
passionné serviteur que moy. J'ay lame toute pleine de ses louanges; 
et, si elles n'en sortent à toutes les heures, mon silence mesme a 
quelque mérite. Dans cette pause je n'oublie pas ce que je luy dois, 
je médite ce que je luy veux rendre : 

Et meminisse juvat, sed me ad majora réserve 

Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Je voy par la lettre du jeune Mainard qu'il n'a pas receu la mienne. 
Failles en reproche à celuy que vous appelez Helluon 1 , et que j'appel- 
leray Père goulu (après avoir effacé son nom de mon livre), s'il a. eu 
si peu de soin d'une chose qui luy avoit esté recommandée de ma 
part. Je trouve froid et mauvais le bon mot de ceux qui disent que le 
cher Président est mort de faim. Dans les provinces on a du pain et du 
vin de reste, et c'est à la cour où pretiosa famés-... 

1 De Itelluo, gourmand. Il s'agit là de cherat (Thésaurus poeticus linguœ latinœ), 

Flotte, qui n'était pas moins grand man- mais j'ai vainement cherché la citation à 

geur que grand buveur. l'endroit indiqué par le savant auteur ( Epigr. 

- C'est un mot de Martial , selon M. L. Qui- lib. X . xcn ). 



I)K JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. 105 



CLVII. 

Ce G mai i 

Monsieur, Les plaintes qui naissent de l'amour onl plus de douceur 
que d'amertume, et doivent |>lns losi plaire que fascher. Mais, en 
conscience, je oe pensois pas m'estre plaint. J'a) accoustumé de rire 
avecques vous dans [es lettres que je vousescris,el n'a; pas cru, la der- 
nière lois que je \ons a\ escril . qu il me fallust changer de manière. Me 
trouvant bien de cette liberté < |ii<* vous me donnez, parce qu'elle me 
l'ait faire quelque trêve avecques mes maux , j'en use comme d'une grâce 
qui m'a esté accordée, el suis résolu d'en userjusques à ci; qu'elle m'ait 
esté interdite par une défense expresse de vostre part. Comme c'est 
lousjours tout de bon que je vous ayme, (pie je vous honnore, que je 
vous estime infiniment, ce n'est jamais tout de bon. Monsieur, que je 
vous contredis, que je vous demende raison de ce que vous faites, 
que je vous fais des plaintes et des reproebcs. Tout est innocent, tout 
est pur et sincère dans mon cœur, pour tout ce qui vous regarde, et 
je n'avois nul besoin, pour ma satisfaction, du manifeste de \ irgile et 
de Varius. Je suis bien aise néanmoins de l'avoir leu pour la gloire de 
vostre esprit, et je vous avoue que j'ay admiré en le lisant cette es- 
tendue et cette force d'esprit cpii poursuit les eboses jusques à l'extré- 
mité, voire mesme les images et les fantosmes des choses : 

Umbras sic fugat .•Eneas Àclierontc sub iruo 

Ut viclor sit ubique , et pugnaru exereet inanera. 

Cominges, Costar et le chevalier de Méré sont les trois que vous 
n'avez pas pris la peine de déchiffrer, neque hic desideramus acumen m- 
geniitui, laudamus potins cœsarianam animi magniludinem! Mais c'est en- 
core l'enchérir sur Jules César, car il se contentoit de ne se souvenir 
pas des injures, et vous oubliez le nom de ceux qui les font. 

Guyet est un vieux fou confirmé, qui, dans ses meilleures heures,, 
n'agit que par caprice et par occasion, il excommunie le soir les per- 
sonnes qu'il a canonisées le malin. Je lay veu disputer jusqu'à la fu- 



/iOG LETTRES 

reur contre son bon maistre, le cardinal de la Valletle, et contre son 
bon amy, le Père Bourbon. Je luy ay ouy dire mille biens et mille 
maux de l'un et de l'autre, selon l'humeur où il estoit et le parti 
qu'avoit celuy qui luy en parloit : 

Velle tuiun nolo, Dyndime, nolle volo. 

Si je voulois le traiter comme il mérite, quelle fertile et ample ma- 
tière! Je ferois un second Barbon qui seroit tout pour luy. 

Vous m'obligez extrêmement d'approuver ce que j'ay déjà fait et 
d'aymer mon bien aymé. 11 me semble qu'il vaut bien un chapitre du 
seigneur Caporale 1 , et qu'il n'est pas indigne de coucher une nuit ou 
deux dans le cabinet de M. le marquis de Montausier, à qui je vous 
prie de le faire voir. Je suis plus qu'homme du monde, Monsieur, 
vostre, etc. 



CLVIII. 

Ce 3 juin \ù!i-j. 

Monsieur, Je vous escrivis, il y a un mois, et je n'ay point eu de 
vos nouvelles depuis ce temps là. Je ne vous en demende que de vostre 
santé; el si voles, beneest, quoy que je ne puisse pas achever le reste, m 
dire : ego quidem valeo. Je vous envoyé un oracle qui fust rendu, il y 
a quelque temps, par un des Apollons de Virgile. Dieu veuille qu'il ne 
soit pas menteur, et que ce qu'on nous conte de Cataloigne ne soit pas 
vray ! Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



CLIX. 

Ce 20 juin 1C67. 

Monsieur, Vous ne m'avez pas seulement tiré de peines; vous m'avez 

1 César Caporali, poète né à Pérouse en sur lui, outre Tiraboschi (t. Ml) et Gin- 
1 53 1 , mort en 1601. La première édition guené (t. IX), YAnti-Baillet de Ménage (t. I. 
de ses poésies est de 1 770 (Pérouse). Voir. p. 226, cb. lxxi). 



DE JE \\ LOUIS GUEZ DE B \l.Z IC, 'i07 

donné du plaisir, el je vous avoue que je ne Miis jamais si languissant 
que vos parolles ne me mettent en meilleur estât. J'àyme pourtant 
mieux 111,1 langueur que vostre incommodité, el je vous ordonne de ne 
venir à moy que quand vous avez fait avecques les Muses el avec les 
Princesses. Il faut ajouster avec les Princes, el ne pensez pas, Monsieur. 
que je sois si iniliscrei que île, vouloir troubler vos méditations n\ vos 
lectures. Je me contente de porter envie dans mou «unir ;iux hieu 
heureuses personnes <|ui vous donnent audiance el de dire : 
Polices quibue isia el quos ta nectare pascul 
Detur saUem optare, potiri quando negatum est. 

Le malheur du pauvre Bonair me touche, et, si vous luy pouvez 
rendre quelque office charitable, je vous conjure de le faire pour 
l'amour de moy. Le nom est un bon mot, mais ce seroit une très mau- 
vaise chose, et réservons nos bons mots pour les Guiets insolens. 
puisque nostre Quintilian nous défend de rire des Bonairs affligés. 
G'estoit ce vieux loup ' cpie tous les bonnestes savants dévoient atta- 
quer de toutes leurs forces et non pas le misérable Monmor, qui ne 
vaut pas la peine qu'il a donnée. Je voy bien que vous esles d'advis 
que je face celte célèbre justice et que je vange la raison et l'huma- 
nité, qui sont violées il y a si longtemps par les brutales extrava- 
gances du plus insupportable pédant de l'Europe. Je vous obéiray. 
Monsieur, et au plus tost, et ce sera dans un discours qu'il faudra 
ajouster au Barbon et qui pourra luy servir, de commentaire. 

J'atlens le dialogue que me promet vostre lettre et vous en envoyé 
une latine adressée à M* Ménage; mais vous la garderez, s'il vous 
plaist, sans la luy donner, parce qu'elle a peut-estre encore besoin de 
lunettes de mon Priscian. Je présuppose que le Barbon luy a pieu, 
aussy bien qu'à vous, et prétens, de plus, que le compliment en prose 
el en vers (quoy qu'adressé à un tiers) m'acquitte de tous les compli- 
mens que je pourray jamais devoir au jeune Heinsius. Je suis de toute 
mon aine, Monsieur, vostre, etc. 

1 Ce vieux loup avait alors soixante el douze ans. Il devait vivre encore huit années. 



408 LETTRES 



CLX. 

Ce 3o juin îfi'i-. 

Monsieur, J'ay releu la lettre latine, mais je ne nie suis point sem 
de ma lime pour la retoucher. Au contraire, pour m'espargner de la 
peine, j'ai esté bien aise de m'imaginer que la négligence est quelques 
fois plus agréable que rajustement. Que veut dire le philosophe Pyr- 
rlionicn 1 de dire que vous nous avez mis mal ensemble? C'est un vision- 
nain' qui songe en veillant, ou peut-estrc un artificieux, qui cherche 
querelle afin de se faire accorder. Il voudroit faire avantage d'un aceo- 
modement qui luy peut donner réputation et ne nous peut donner que 
de l'importunité. N'est-il pas vray, Monsieur, que nous sommes et voulons 
estre toute nostre vie ses très humbles et très obéissants serviteurs, que 
nous le considérons comme une des grandes lumières, un des grands 
ornemens de 1 Académie françoise, comme le restaurateur de la philo- 
sophie sceptique, comme le successeur de Montaigne et de Charron, 
voire mesme, s'il lu\ plais! , de Cardan - et de Vanini, la mémoire du- 
quel est en bénédiction à Tholose 3 ? Ajoustez à cela ce qu'il vous plaira, 
je vous avoueray de tout, et, si j'estois à Paris aussy bien que vous, 
j'aurois desjà fait les avances avecques plaisir, et lui aurois rendu une 
célèbre visite, pour arrester ses plaintes et. ses prétextes. 

J'ay commencé à donner la chasse au vieux loup et à le traiter 
comme il mérite. Quatre vers ajoustés à ses louanges dans XEucharis- 
licon ad Ménagium feront voir que tout le bien que je dis de luy e>l 
ironique et descouvriront la feinte en la finissant, non sine cxemplo 

1 La Molhe-le-Vayer. Vanini (9 février 1619), supplice si élo 

! Sur Jérôme Cardan je citerai la curieuse quenmienl décrit par M. Victor Cousin ( Va- 

notice de M. Victorien Sartlou (Nouvelle Bio- nini, ses écrits, sa vie et sa mort, dans la 

graphie générale), notice qui résume tous Revue des Deu.r- Mondes du 1" décembre 

les travaux anglais, français et italiens, dont i843, et, depuis, dans les Fragments philo- 

le médecin-philosophe a été l'objet jus- sophiques). 11 y a contre Vanini, et au sujet 

qu'en 180/i. de ses derniers moments, une page terrible 

3 Cruelle allusion au supplice de Lucilio dans le Socrate chrestien (p. 260). 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC. '.(>'.» 

bona antiquitatù, quœ aliquando eliam uéurpavit figwalum hoc scribendi 
gentu. 

Le Patelin a de la légèreté, mais il n'esl pas incorrigible, el il n y 
a rien de noir dans son âme. Minwin bono constata quam gnavum inma- 
liiiii ingenium. Celui ry au contraire esl incurable, indisciplinable, etc. 
.le unis escris après une nuit qui m'a bien l'ail de la peine, etc. 

Ma lettre à uostre liés cher est une response, el , par conséquent, je 
ne luy demende rien que la continuation de ses lionnes grâces, etc. 



CLXI. 

Ce -jj juillet 16/17. 

Monsieur, L'Epistrc qui vous est venue de la Gaule Narbonnoise esl 
belle et Horatienne, et vous m'avez obligé de m'en faire pari. Mais je 
peste contre l'homme qui est cause que je n'ay pas encore veu la tra- 
duction de Tholose. Cet homme, qui part tousjours de Paris el n'eu 
part jamais, me fait sécher de langueur par ses longueurs et par ses 
remises importunes. Je voudrois avoir payé le port une douzaine de 
l'ois et qu'on eust chargé le messager de ce qu'on a baillé a cet homme. 
Mais la faute est faite : il se faut munir de patience icy comme ailleurs. 

puisque 

Lovins lit patientia 
Quicquid corriger*' est nofas '. • 

Je suis bien aise que mon dernier latin vous ait pieu, et que nostre 
cher ne l'ait pas trouvé mauvais. Vous estes la fidélité mesme; qui ne 
le sçait? Vous estes la prudence incarnée, comme parloit autrefois le 
bon Monsieur de Lisieux 2 . Mais ce n'est pas dans mes petits interests 
et dans la confidence d'un particulier qu'il faudrait vous louer de pru- 
dence et de ponctualité. Ce devroit estre dans une négotiation impor- 



1 Horat. Cartmnum lib. [,od. xxiv, v. 19 2 Philippe Cospean, mort à l'âge <Ih 

et 20. soixante et dix-huit ans, le 8 mai 16A6. 



/ilO LETTRES 

tante à la République chrestienne, dans une charge de secrétaire 
d'Estat, si la fortune faisoit justice à vostre vertu. 

Il y a longtemps que j'ay descouvert la cruche que couvre le bonnet 
il u philosophe Suburbain 1 , et vostre lettre ne m'apprend rien de nou- 
veau. Je trouve pourtant estrange qu'on ait pris de son argent chez 
Monsieur le chancelier, ayant leu des loix grecques et romaines de 
doctovum el philosophorum immimilate. Mais il y a veu aussy d'autres loix 
qui ont chassé de Rome les philosophes, et les islesont esté autres fois 
remplies de Docteurs. Celui cy n'est pas meilleur amy de Jésus Christ 
que celuy que nous voulons chastier 2 . A la vérité son athéisme a un 
peu plus de discrétion, et il se contente de siffler à l'oreille de ses dis- 
ciples ce que l'autre voudroit faire sçavoir à son de trompe dans les 
places et sur les théâtres. L'un et l'autre méritent l'indignation des 
fidèles. Mais le Capanée Grammairien doit estre publiquement fou- 
droyé. Il faut de nécessité en faire un exemple : 

Ne se jus commune hominum, ne quicquid ubique 
Augusti sanctique colunt, laetetur ineptus 
Gramniaticus violasse, et spreto insultet Olympo. 

Je vous envoyé Y Eucharisticon avec la queue, mais c'est par le mes- 
sager qui part dimanche prochain, et avec mes autres vers, dont j'ay fait 
faire un recueil. Ne vous estes vous point souvenu de ceux de Tasse, 
quand vous avez leu l'article de la Gazette où il est parlé des larmes de 
Picolomini? Tu piangi, Soliman, etc. L'audacieux auroit besoin que de 
temps en temps un impromtu le fit souvenir de sa naissance 3 , ou plns- 



1 Toujours La Molhe-le-Vayer. Réaux (t. IV, p. 193) et de Luillier (ibid. 

- Guyet, qui . quoique prieur de Saint- Appendice, p. 5o2). 
Andrade, négligeait non-seulement la messe 3 Voiture, comme le montrent, dans les 

du jour de Pâques et ne savait pas quel vers qui vont suivre, les plaisanteries sur le 

était son confesseur {Menagiana, t. II, vin que vendait son père et sur le cabaret 

|). 3o3), mais qui était encore franchement où il le vendait, 
incrédule, au témoignage de Tallemant des 



DE JEAN-LOUIS SUEZ DE BALZAC. SU 

lus! qu'un page l'en advertist tous les malins, comme celui <pii rhsoil 
.mi coy de Perse : N oubliez pas que vous estes homme : 

o qni Costardi es magni irel Numinia instar 
l'iiiiiiii.ini reverenler habe ', viniqna pateroi 

Cauponœq aemor veteres oedetpice amicos 

Principibua qnamvia dominai permutas el anlae, 

Ce1 Impromtu ae vaut-il pas bien celuy « I * • Belot 8 ? Je vous Bupplie 
de dire à M. Conrart que je l'ayme el l'honnore de loul mon cœur, 
voire mesme < |uc je ne croy pas vous aymer n\ vous honnorer davan- 
tage, quoyque je sois plus qu'homme du monde. Monsieur, vostre, etc. 



CLXII. 

Ce 28 juillet 16/17. 

Monsieur, Le livre de vers que je vous promis il y a huit jours part 
ce malin, par le messager d'AngouIesme, et est adressé à M. Conrart. 
\ ous y trouverez des pièces que vous n'avez point veues, et il n'y en a 
guères que je n'aye retouchées pour l'amour de vous, afin que le tout 
vous parust nouveau. J'espère que M. le marquis de Montausier ne se 
desdira point du jugement avantageux qu'il en Ot, lorsque les choses 
ne faisoient que naistre, et si, en ce temps là, il me mit au dessus du 
grand Scévole 3 , je veux croire maintenant qu'il ne m'ostera pas la place 



1 Balzac , suivant son habitude , môle ici 
à ses propres vers un hémistiche an- 
tique (Auson. Epigrammata, vm, v. 7). 
Cet hémistiche est devenu célèbre depuis 
que Binct ( Vie de Homard) a raconte' que le 
poète, pour se venger de l'impolitesse de 
Philibert de l'Orme, l'inscrivit en l'abrégeant 
{Fort, révèrent, habe), sur la porte du pa- 
lais des Tuileries. On a contesté l'anecdote, 
mais M. Adolphe Berty (Les grands archi- 
tectes français de la Renaissance , Paris, 
18G0, in-8°) veut, pour de bonnes raisons. 



qu'elle soit maintenue dans la double bio- 
graphie de l'artiste et du poète. 

2 Le talent de Belot pour l'impromptu 
était proverbial. Scarron, cité par M. P. Paris 
(Historiettes , t. VI, p. 119), a dit de lui : 

Belot , dont la féconde veine 
Enfante mille vers sans peine, 
Homme sage, à l'esprit pointu. 
Inimitable en l'impromptu... 

3 Scévole I" de Sainte-Marthe, dont il a 
déjà été question dans la lettre LXV. Un 
(ils de Scévole, Albert I" de Sainte-Marthe, 



412 LETTRES 

qu'il me donna. Je sceus hier son contentement et en fus ravi; mais 
mon transport ne fut pas muet. A l'heure mesme l'enthousiasme me 
prit et voicy un impromtu que je dictay à mon homme, miranlibus ami- 
ris aliquoi qui aderatit : 

Hune tibi, Mouloside, dat Julia natuni' 

Plurimus in tenero cui micat ore paler, 
Et cui virtutesque tuas nec fa ta. minora 

Promitlit sumrai Stella benigna Jovis. 
Fortunate nimis, casto quera Julia amore 

Quem tanta caslus proie beavit anior. 

J'ay fait des épigrammes plus fortes et plus pointues, mais non pas 
plus... ny plus romaines que celle là, et il y a de l'apparence que le 
juge Tarpa lui eut donné son approbation. Une personne à qui je ne 
puis rien refuser veut absolument que le Barbon soit imprimé, et que 
je n'hésite pas davantage à luy faire voir du beau caractère de 
M. Courbé 2 . Pour donner corps au livret, j'ay dessein d'y joindre 
quelque autre pièce, et particulièrement la métamorphose du perro- 
quet de nostre amy. Priez-le donc de ma part que je. l'aye au plustosl 
de sa dernière révision. C'est à mon gré un excellent poëme, mais ce 
sera un poëme achevé, s'il veut prendre la peine d'en fortifier trois ou 
quatre endrois. Amynte est très asseuré de l'innocence et de la vertu 
de son cher Daphnis, mais il est en grande peine de sa santé dans un 
voyage si dangereux eu cette saison, et vous l'obligerez extrêmement 
de luy en faire sçavoir des nouvelles. Je n'a y point receu vos paquets, 
et l'homme qui s'en est chargé se moque de nous. Je suis, Monsieur, 
vostre, etc. 

cultiva aussi la poésie, et ce fut à lui que lieu de six. Je n'ose essayer de le restituer. 

Balzac écrivit, le a septembre i63o(p. 354) s Le célèbre imprimeur a été oublié dans 

pour le remercier de ses beaux vers. Voir la Biographie universelle et dans la Biogva- 

les poésies du fils réunies à celles du père plde générale. En revanebe, on trouvera 

dans les Opéra lalina et gallica du der- une bonne notice sur lui dans X Histoire de 

nier (édition de Paris, i633,in-4°). l'imprimerie de La Caille (p. 2/10-2A2). Le 

1 Par la faute du copiste certainement, Barbon parut cbez Aug. Courbé en i648 

ce vers est faux et n'a que cinq pieds au (in-8 ), la même année que XArislippe. 



DE JEAN-LOI IS GUEZ DE B ILZAC. 



a i a 



CLXÏII. 

- ] gou I I 'i'17. 

Monsieur, Il est enfin arrivé cel homme qui s'esl tanl fail attendre, 
Je luv fais des caresses après ln\ .noir donné des malédictions, et la 
jouissance du bieq présenl m'empesche de me souvenir des inquiétudes 
passées et des désirs qui m'ont tourmenté. Cet homme m'a apporté 
<|uaniil('' d'excellentes choses, mais je ne voussçanrois parler que «lu 
Dialogue , parce qu'il m'occupe tout l'esprit, el que, depuis six juins, je 
ne pense ny ne resve qu'à Lancelot 1 . Ce ne sont pas icy des louanges 
que j'accorde volontiers à quiconque m'en demande, c'est un tesmoi- 
gnage que je rens à la vérité qui m'a convaincu. Je ne vis jamais rien 
de mieux en ce genre là. Mais que ce genre me plaist et que je vou- 
drais voir de semblables dialogues sur de semblables sujets! La critique 
est la plus belle chose du inonde, quand elle agit de cette manière, 
et qu'elle employé la raison aussy bien que fauthorité. \ ous vous 
sçavez servir admirablement de l'une et de l'autre. Vous laites sem- 
blant de plaider et vous prononcez; vous estes Président quoyque vous 
vous desguisiez en Advocat; vous jugez. Monsieur, vous jugez, et le 
suburbain ne fait que redire et que rapporter, n'est qu'orateur et phi- 
losophe perroquet, n'est pour le plus que messager de l'Antiquité et 
conteur de vieilles nouvelles. Ce docteur ne sçauroit rien, s'il n'avoit 
point estudié, et les livres des autres ont fail les siens 2 . Ne voyez-vous 



1 Ce dialogue, qui parut pour la pre- 
mière fois, en 1728, dans la Continuation 
des mémoires de littérature el d'histoire de 
M r de Sakngrc par Desmolets et Goujet 
(tome VI, a" partie, p. a8i-3Û9), a été 
publié de nouveau (Paris, A. Aubry, 1870. 
in-8°) par M. Alpb. Feillel, d'après les 
Papiers de Çonrart, de la Bibliothèque de 
l'Arsenal , sous ce titre : De la lecture des 
vieux romans. L'éloge donné ici par Dalzac 



au travail si nouveau, si ingénieux, de son 
ami, a été confirmé par tous les lecteurs de 
l'opuscule qu'a si bien annoté railleur de 
Lu misère au temps de la Fronde. En ce qui 
regarde l'appréciation des romans du moyeu 
âge, Chapelain (et cette gloire ne peut être 
revendiquée pour nul autre critique) a de- 
vancé les meilleurs juges de notre temps. 
2 Par une piquante coïncidence, c'est 
émeut le même reproche que Théo- 



4M LETTRES 

pas mesmc qu'il ne peut me reprendre sans alléguer, et qu'il n'a pas 
le courage de dire de son chef: Balzac ne fait rien qui vaille? 11 lin 
faut pour cela des Auteurs, tant il est accoustumé à citer quelqu'un et 
à ne parler pas de luy-mesme; tant il se plaist au stile de nostre bon 
amy, quand il disoif en preschant: Ce n'est pas l'Evesque de Lizieux, 
c'est S. Paul, c'est S. Augustin qui disent cela. Que sert-il pourtant 
de vous le dissimuler? Vous estes un peu à blasmer en cette affaire, 
et je vous apprens, si vous ne le sçavez pas, que sa mauvaise humeur 
ne vient que de vos rigueurs. Pour moy, je ne scrois pas si cruel que 
vous, je l'aurois recherché, je l'aurois flatté, j'aurois employé tout le 
miel du vieux Nestor pour adoucir son ame irritée. Quoy davantage? 
Bien qu'il ne me veuille pas traitter d'Unico Eloquente, et qu'il ne de- 
meure pas d'accord avec vostre Seigneurie de la divinité de mes 
lettres, j'aurois de bon cœur receu de sa main des compagnons et des 
^sgaux en Éloquence, voire des supérieurs et des maistres. Le Dieu 
mesprisé auroit esté au devant du desdaigneux et téméraire mortel 
et de his hactenus. 

Je vous suis infiniment obligé, Monsieur, des bons offices que vous 
avez rendu au porteur du Dialogue, et vous en remercie de tout mon 
cœur. Je fais le mesme remerciement à M' Gonrart, à qui j'en ay tant 
d'autres à faire, et qui me comble de ses bienfaits. J'ay receu nouvelle- 
ment de luy une bourse parfumée, et dont la peau ne cède guères en 
bonté à celle de vos gans d'Espagne. 11 faut que je luy envoyé pour 
cela quelques fruis de nostre village; mais il faut qu'ils soient plus 
portatifs, et qu'ils souffrent mieux la voilure que les melons, les figues 
et les muscats. Vous vous doutez desjà de quelque Epigramme : je ne 
m'explique point plus particulièrement, là dessus, et vous scaurez 
bientost ce que je veux dire. Mais, Monsieur, que je suis glorieux de 
l'Épigramme de M. le Marquis de Montausier, et du compliment de 

phile avait adressé à Balzac : «Les sçavans rrnoissent sçavent qu'elles ne sont pas à 

«disent que vous pillez aux particuliers ce «vous." {Lettre à Balzac, p. 286 du t. II 

«que vous avez leu. S'il y a de bonnes des OEuvres complètes de Théophile, édition 

r-choses dans vosescrits, ceux qui les cog- de 1 855. ^ 



DE JEAN-LOUIS GUE2 DE BALZAC. 416 

Madame sa Femme: Ge Boni des faveurs qui nje donneraient grand 
crédit dans la province, si j'en m m lois faire le vain, el si j'estois homme 
à publier mes bonnes fortunes. Je me suis contenté de monstrer à ma 
nièce la prose de Madame la Marquise el d'apprendre à I Echo de 
Balzac les vers de Monsieur sou man : entre le génie et les grâces <|ui 
les animent, ils oui beaucoup d'élégance H de netteté; et, n'en des 
plaise a la superbe Italie , je soutiens que sou Conte Baltazar Caeti- 
glione (qui faisoit aussi des Élegiaques) n'estoil point si heureusemenl 
inspira que nost i-«> Marquis: 

Die mes lameo patriœ, snl principe dignus 
Urbe Rémi, ciiin Sripiadag Fobiosqme ferebat, 
Monlosides Alhesi' faclis el cogaitus. . . 

Je le vous dis encore une fois cl je le publieray hautement dans mes 
Ici lies ad \liicum, c'est vous qui m'avez fait poète, et qui m'avez donné 
le courage qui me manquoit, pour monter sur ce lieu si eslcvé' et de 
si difficile accès, d'où le pauvre Monmor a esté chassé à coups de 
fourche par les Muses de M 1 ' Ménage : 

Tu Phœbum mibi concilias et le duce prinnnn 
Musarum pulsare fores , sanctisque Dearuni 
Ausus me miscere eboris. 

et ce qui s'ensuit. 

Recevez donc, Monsieur, les prémices qui vous sontdeiies, et Cereri 
et Baccho pia turba quotannis. Faittes de plus ce que vous me promettes 
et que je n'ay garde de refuser. Si vous me faittes la faveur d'entre- 
prendre la correction de mes vers nec Stephanos nec Palissonos-, imo nec 
Ltpsios et Scaligeros desidevabunt. La pièce sera imprimée après les vers 

' Alhesis était le nom que portait autre- Mamert Pâtisson, né à Orléans, morl 

fois l'Adige, et l'on se souvient du vers de en 1601, épousa eu i58o la veuve de Ro- 

Virgile: bert Eslienne II: il avait, dès 1 568, établi 

Sive Padi ripis , Athesim seu prupter amœnum. à Paris son imprimerie, qui devint justement 

Montausier, à peine âgé de vingt ans, célèbre. Voir ce qu'en dit Adrien Baillet dans 

s'était distingué, non loin de l'Adige, en ses Jugements des savants (édition de 1722 . 

prenant part, à côté de son frère Hector, à t.I, p. 365), et, mieux encore, IsaacCasaubon 

l'héroïque défense de Casai (i63o). (Epistolœ, édition de 1709, in-f°, p. 156V 



M6 LETTRES 

el do même caractère, et j'ay des exemples de tout cela dans les im- 
pressions de Florence et de Venise, et auxquelles préeidoit l'hyper- 
critique Victorius 1 . 

Pour le Barbon ma parolle est donnée, mon cher Monsieur, el je 
vous prie de ne pas trouver mauvais que je rende quelque chose à 
une personne à qui je dois tout. Mais, avant qu'il soit achevé d'impri- 
mer avec certaines pièces estrangères de mesme genre que je feray 
mettre en suitte, le Capanée Grammairien 2 pourra bien estre en estât 
de faire l'arrière garde de ce petit corps. Au reste ne vous ay-je jamais 
dit l'obligation que m'a Capanée? Sans moy il seroit mort à l'hospital, 
ou il gueuseroit encore dans le collège. En un temps où il avoit be- 
soin de pain, je le remis auprès de M r le Cardinal la Vallette qui lu\ 
avoit donné son congé à la prière de M r le duc d'Espernon son père, et 
qui commençoit à l'oublier. Ce fut un coup de ma faveur auprès du 
Duc et je l'employay toute entière en cette occasion : 

Sic nocui mundo, corumunemque omnibus hoslem 
Servavit pietas incauta , feranique cruentam 
Immisi populis, nec nescia corda futuri 
Balzacio débet Rcspublica lœsa Guietum, 
Qui lacérât sine fine bonos , qui bella profanus 
^Eternoque Jovi et superis , etc. 



' Puisque je retrouve ici le nom de Vic- 
torius, déjà rencontre' dans la lettre XIX, 
j'indiquerai sur lui un curieux passage des 
Mémoires de la vie de J. A. de Tliou (livre I, 
sous l'année i573). De Thou, qui, tout 
jeune alors, accompagnait Paul de Foix en 
Italie , vit beaucoup à Florence Pierre Vet- 
tori ou Vittori, ir vieillard vénérable,» et il 
résume ses longues conversations avec ce 



savant homme, conversations qui roulaient 
principalement sur les éditions d'auteurs 
anciens déjà données par lui et sur celles 
qu'il aurait voulu donner encore. 

2 Guyet. Ai-je besoin d'appeler l'attention 
du lecteur sur l'intérêt des renseignements 
que Balzac nous fournil au sujet de la bio- 
graphie de ce personnage si original et si 
peu connu? 



DE JEAN LOI is GUEZ DE BALZAC 



/.I7 



CLXIV. 



\ Ni uillai , ce i g ioubI â cinq hi lira du »ir. 

Monsieur, Je vous fais ces lignes dans les pleurs el gémissements 
d'une famille extrêmement affligée et dans on des plus sensibles des- 
plaisirs que je pouvois jamais recevoir. Nous venons d'apprendre la 
nouvelle de la blessure mortelle de mon pauvre neveu de Campai- 
gnole 1 . Ayea pitié de nostre douleur, mon 1res cher et très parfait 
amy, et, s'il y a quelque chose à faire après une telle perte, soyez 
tout ensemble nostre Solliciteur et nostre Conseil. Ma sœur doit encore 
l'argent de la charge de mon neveu et en paye la rente à Paris, comme 
vous pourra dire M' d'Argence. Il seroit bien, ce me semble, raison- 
nable qu'elle fusl désintéressée en cela parceluy qui obtiendra ladicte 
charge, en cas que ce ne soit pas M 1 ' de Forgues 2 , pour lequel on 
nous mande que M'" le Tellier la devoit demander à la prière de M r le 
Président de Nesmond 3 et de M r de la Nauve 4 . Le désordre dans le- 
quel je vous escris ne me permet pas d'aller plus avant; et vous sçavez 
trop bien aymer pour avoir besoin de plus de parolles de ma part, et 



1 Bernard Patras deCampaîgnol, lieute- 
nant au régiment des gardes , tue' à l'âge de 
■J7 ans, non « à la bataille de Lens, en 1 64 9,1 
comme l'a dit M. F. Castaigne, cité par 
M. P. Paris (p. 110 du t. IV des Histo- 
riettes), mais au siège mis devant la ville de 
Lens par le maréchal de Gassion (juillet 
1667), siège qui précéda d'un an la bataille 
du nlème nom (20 août i64S). Le jeune 
lieutenant s'était distingué, en 16/16, au 
combat de Bozolo (voir Histoire militaire du 
règne de Louis le Grand, par le marquis de 
Quincy , 1. 1 , p. 7 1 ). 

2 Le beau- frère du défunt. 

5 Le président de Nesmond était un cou- 



sin de Balzac , dont la mère était une Nes- 
mond , d'une famille qui appartenait , dans 
les premières années du xvi" siècle , à la pe- 
tite bourgeoisie commerçante de la ville 
d'Angoulème , comme l'a parfaitement établi 
M. G. Babinet de Bencogne (Les origines de 
la maison de Nesmond, rectification au dic- 
tionnaire de la noblesse de la Chcsnaye des 
Bois, brochure in-8°, Angoidème, 1869). 
4 On a plusieurs lettres de Balzac à M r de 
la Nauve, conseiller du Boy au Parlement 
de Paris (pages 166, 176, 218, 634). 
Balzac écrivait aussi à un autre M. de \a 
Nauve, qui, en i634, commandait une 
compagnie en Piémont (p. a38, 297, etc.). 

53 



-'.18 LETTRES 

pour n'employer pas tout vostrc crédit et tout celuy de vos amys dans 
une occasion qui nous est si importante que celle cy. Ma sœur n'es- 
père plus de joye en ce monde, mais la justice du Roy la peut gua- 
lantir de la pauvreté. Je suis de toute mon ame, Monsieur, vostrc, etc. 



CLXV. 

Ce 2G aoust 1 G ^ 7 . 

Monsieur, J'avois le cœur blessé il y a huit jours; je l'ay maintenant 
tout déchiré, et ma douleur est bien près du désespoir. L'image de ce 
pauvre garçon que jay perdu me tourmente jour et nuit. Je ne pen- 
sois pas l'ay mer au point que je fais. Hélas! mon très cher [Monsieur], 
si vous m'aviez veu au misérable estai où je suis, que vous auriez 
pitié de mes larmes continuelles et de mon affliction inconsolable ! 
Ne fera-t-on rien pour cette mère désolée et triste véritablement jusques 
à la mort? Perdra-t-elle tout avec son Olz? Luy refusera-t-on : 

Solatia luetus 
Exigua ingenlis, miseras sed débita malri 1 . 

L'amitié de M r le Marquis de Montausier et de Madame sa femme 
nous sera-t-elle inutile en cette occasion? L'Estat sera-t-il insensible 
à leurs prières et à vos sollicitations? Sil y a si peu de justice en pays 
Clirestien, je suis résolu d'aller achever ma vie en Turquie et de faire 
ce qu'avoit médité Fra Paolo. Je trouvera) peut estre des Barbares 
plus humains que ceux que je laisseray en France. Je n'en puis plus, 
Monsieur. 

Le Latin de M r de Saint-Blancal n'est pas indigne de vostre François. 
Le poème commencé de M r de S 1 Génies 2 peut estre beau, peut estre 

1 Balzac s'est servi, saDs variante cette ' Jean de Saiut-Geniez , né à Avignon le 

fois, de la citation de \ irgile {.Eneid. 1. XI, îa septembre 1607, mort le 25 juin 1660. 

v. 62, 63), dans sa dissertation sur Mal- rr mérite un rang distingué parmi les poëtes 

herbe adressée h M. de Plassac-Méré (p. 683 « latins qui ont écrit dans le xvn' siècle , " 

du tome II des Œuvres complètes) : dit le Morêri de 1759, qui cite sur lui 

Solatia luetus Guillaume Colletet (Discours du poème bu- 

Exifrua ingentis , misera sed débita patri. colique), de Saint-Didier ( Voyage du Par- 



DE JEAN-LOUIS GUEZ DE B ILZAC. 



/ii;i 



admirable, mais il n'es! pas à mon goust. J'aj peur que otondil Sieur 
de Saiiii Blancal o'ail pas receu an remerciment latin que je lu] a\ 

l'ail il y a plus d'un ;m cl demj <i que j'avois envoya a M' Mainard 
pour le ln\ laire tenir. Plusieurs personnes en onl des copies, et ce se- 
roit un grand malheur si celuy à qui il s'adresse ne l'avoit pas reu. 
Sçachez le s'il y a moyen, mais ne sçachez que cela car je suis accablé 
de complimens. 

Je voudrois bien avoir la Métamorphose 1 retouchée, dans laquelle je 
trouve partout le poète, niais où je cherche le vei sificateur en quelques 
endroits. Touche/, en un mot à nostre très cher, mais ne m'alléguez 
pas s'il vous plaist, et je vous deffens absolument de luy monslrcr cet 
article. Que direz-vous de l'audace de mes ternies et de l'insolence de 
l'amitié? Mon copiste est malade, et je n'en puis plus. Je suis sans ré- 
serve, Monsieur, vostre, etc. 



CLXVI. 

Ce 2 septembre 1647. 

Monsieur, Je receois de vous tout le soulagement que je suis capable 
de recevoir. Mais les remèdes n'agissent point sur des parties si ma- 
lades que mon cœur. Vostre bonté m'oblige sans cesse, mais ma perte 
m'afflige tousjours. Je n'ay pas eu un supportable moment, pas un 
moment de relasche depuis la nouvelle de cette cruelle perte. Ne sim 
lam ambiliosus in malis, et œternis questibus obtundatw amicisswmm caput, 
quittons ce fascheux discours et respondons à vostre lettre comme 



nasse), Des Forges Maillard (lettre au pré- 
sident Bouhier, insérée au tome IX des Amu- 
sements du cœur et de l'esprit, lettre de laquelle 
il résulterait que Boileau aurait beaucoup 
profité, sans en rien dire, des poésies de 
cet auteur). LeMoréri renvoie encore à une 
lettre pleine d'éloges que Costar adressa au 
poëte provençal (p. 375 du tome II de ses 
Lettres, in-6°) Le recueil des poésies de 



Saint-Geniez parut à Paris, en i(i54, sous 
ce titre : Joannis Sangenesii Poemata (Aug. 
Courbé, in-4°). Dans ce volume on trouve 
diverses mentions de Peiresc, de Ménage, 
de Balzac et surtout de Chapelain , pour qui 
Saint-Geniez parait avoir eu grande affec- 
tion et grande admiration. 

1 La métamorphose du pédant en per- 
roquet. 

53. 



420 LETTRES 

nous pourrons. Si je me portois bien et que je n'eusse que vingt cinq 
ans, je serois peut estre tenté par les propositions qui me sont faittes; 
mais en l'aage et en Testât où je suis, je ne les puys ny ne les veux ac- 
cepter. 11 nefaudroit que trois jours de Cour pour achever vostre pauvre 
amy, et la sujettion qu'il m'est force de rendre à mon mauvais corps, 
lors mesme que je me porte le mieux , ne laisse point de lieu à une 
autre sujettion. Ne sçavez-vous pas bien d'ailleurs que je suis l'anti- 
pode de M' de Boisrobert et qu'encore que je n'aye pas le mérite de 
M r de Saumaise, mon courage n'est pas moindre que le sien? Sçacliant 
cela et me connoissant au point que vous faittes, je m'estonne, Mon- 
sieur, que vous ayez attendu ma response pour asseurer Monsieur Sil- 
hon de ma constance dans le genre de vie que j'ay choisi. En effet je 
ne changerais pas mon hermitage pour un Evesché. Je parle tout de 
bon et sans faire le Rbétoricien, dix mille escus de pension ne me fe- 
raient pas aller à Paris; et celuy qui, à la sortie de son enfance, ne voulut 
pas estre Secrétaire de la feue Reyne mère, et qui, depuis, s'est confirmé 
dans l'esprit de la solitude par une persévérance de plusieurs années, 
seroit sans doute tombé en sens réprouvé, si , sur ses vieux jours, il 
vouloit jetter des fondemens de fortune et bastir des espérances à la 
Cour. Je ne laisse pas, Monsieur, d'estre infiniment obligé aux soins 
de Monsieur Silbon et aux bontés de Son Éminence, qui m'a fait l'hon- 
neur de penser à moy, et qui, jugeant de la disposition de mon esprit 
et de mes désirs par ceux des autres, a cru que c'estoit me présenter le 
souverain bien que de m'oflrir quatre ou cinq mille livres par an pour 
subsister à la Cour. Si je puis me remettre un peu et si vous le jugez 
à propos, je luy tesmoigneray à elle mesme ma reconnoissance et 
prendray sujet et la hardiesse de luy escrire sur ce que M* Silbon m'a 
fait sçavoir de sa part 1 . 

Cependant, Monsieur, outre l'extrême douleur de ma pauvre ame 

' Voir la longue lettre de Bal/ac à Mazarin, rrbord j'ay pris pour un songe ce que 

du 7 novembre 1667, p. 99! à 100a. En trM r Silbon m'a escrit par le commande- 

voicile début : rr Monseigneur, j'ay eu de la trment de V. E. . . » Balzac y parle beau- 

r peine à croire mes propres yeux, et d'à- coup de sa malheureuse sœur. 



DE JEAN LOI is GUEZ DE BALZAC. 421 

affligée, mon corps sou lire encore de nouveaux maux à l'heure présente, 
el je suis arresté au lit depuis quelques jours. L'une ei l'autre Infirmité, 
si vous les appuyez de vus charitables offices, mjexcuseront de tous les 
devoirs que je ne suis |>;is eo estai de rendre. Mais particulièremenf je 
vous demende auprès de M' le Marquis de Montausier tout ce que 
vos propres sentira ens vous peuvent inspirer de plus pratique el de 
plus ardent afin «le pouvoir aller jusqu'où vont les respects, la recon- 
noissance, la dévotion quej'a\ pour luj et pour les doux divines per- 
sonnes qui ont esté touchées de nostre affliction et oui eu pitié d'une 
mère désolée. Ce dernier honneur qu'il m'a fait et que je reccus hier 
au soir m'oblige certes au dernier point; et parce que la moindre de 
mes passions m'est plus chère que le plus grand de mes intercsls, je 
fais bien plus de cas de la lettre qu'il m'a escrit, que de celle que le 
Toutpuissant 1 me voudroit escrire, si j'estois en estât de lu y obéir. Je 
vo\ aussy bien que vous, Monsieur, qu'il falloit aller tout droit à luy. 
et que le Président 3 n'eust pas esté refusé, s'il eust agy sans interprète 
et de la bonne façon. Il sçait aussy bien que moy que la charge couste 
neuf mille escus, dont ma sœur paye la rente partie icy, partie à Paris, 
et il me semble que M r Silhon pouvoit croire que je n'estois pas men- 
teur, puis que je vous l'avois escrit. Mais je voy bien qu'on n'ose pas 
lousjours répliquer au Maistre, et que les Présidens cousins parlent 
plus tost pour dire qu'ils ont parlé, que pour obtenir ce qu'ils de- 
mendent, quand ils ne deniendent pas pour eux. le dur et impi- 
toyable monde ! 

Et pur son vivo et gli huomini non fuggo . 
Et non fuggo la luce. 

Je suis, Monsieur, vostre, etc. 

Vostre lettre [est] du 2 5 et nous venons d'apprendre par une du 
28, que la charge n'est point encore donnée, et qu'on ne désespère 
point de la récompense. Si cela est, Monsieur, je vous conjure de nous 

' Mazarin. — * Le président de Nesmond. 



Û22 LETTRES 

continuer vostre assistance en cette occasion, et de reparler à M. le 
Marquis de Montausier, qui ne se lassera point, je m'asscure, de nous 
obliger. Je Iuy escriray si tost que nia santé me le permettra, et ce- 
pendant vous luy direz, s'il vous plaist, que je suis plus à luy qu' homme 
du monde. Je n'ay montré vostre lettre à qui que ce soit, et, quand 
M. de Forgues sera à Paris je vous prie de ne luy point parler des con- 
ditions qui m'ont esté proposées. 

Toutes mes lectures sont funèbres, et je cherche dans Virgile toutes 
les morts de ses Braves. Celle de Lausus 1 m'a fait faire des vers sur 
le pauvre garçon que je pleure. Je vous les envoyé en deux façons et 
vous choisirez. Je ne douteray jamais de l'amour et de la tendresse 
de M' Conrart. Aussy n'a-t-il point un plus fidelle ny plus passionné 
serviteur que moy. Je le plains extrêmement de sa goutte, et luy sou- 
haite une fortune contraire à la mienne. Je vous demande pardon . 
Monsieur, de tant de peine que je vous donne. 



CLXVII. 

Du 7 septembre 1G&7. 

Monsieur, Je pars d'icy pour aller je ne sçais où : 

Nec satis est fiigisse homines : jara nobilis exut 
Quid nisi me fugiam et dilectas prosequar umbrœ , 
Vel per ioane Chaos, vestigia : quis mihi Tkirsin 
Exsangueni gelidumque. 

Après avoir vagué quelque temps je pourray inarrester en quelque 
lieu, et de là je ne manqueray pas de vous faire sçavoir de mes nou- 
velles. Je laisse un laquais à ma sœur pour m'apporter des vostres, si 
vous me faittes l'honneur de m'escrire. Aymez-moy tousjours, car je 
vous honnoreray toute ma vie très parfaitement et seray de toute mon 
aine, Monsieur, vostre, etc. Mille baisemains, s'il vous plaist, ànostre 
très cher M r Conrart. Je le porte dans le cœur. 

' JEncid. tib. X, v. 790-908. 



DE JEAN-LOUIS GDEZ DE BALZAI 



CI.WIII. 

Du r> novembre 1647. 

Opaca linquena Diiis inférai loca 
Ldsam profundo Tartan emissus >pi 

Ou si vous voulez d'une autre façon : 

Je sors de l'Aili'inn. d'où les ombres des morts 
Ne relouniPiit jamais couvertes de leurs corps. 

En effet, Monsieur, je viens de bien loin, et le malheur veut qu«' 
je ne pense pas en estre encore bien revenu. La cholique a succédé à 
la fièvre. Je suis enflé après avoir esté sec, et ne sors d'un mal que 
pour entrer dans un autre. Au milieu des flammes qui me brnsloient. 
je receus vos chères et amoureuses lettres, qui me donnèrent tout le 
soulagement dont j'estois capable en ce temps là. M r de Forgues m'a 
de plus asseuré de vos bontés pour moy et de vostre compassion pour 
mes maux. Vous n'estes point trompé si vous me voulez du bien, car 
je vous jure qu'il ne se peut rien adjouster à l'amour, à la tendresse . 
au respect, à la vénération que je vous conserve au fonds de mon ame. 
Vous pouviez faire, Monsieur, de plus grandes pertes que celle de ma 
pauvre vie, mais non pas d'une chose qui fust plus à vous. J'escris à 
Monsieur le cardinal une lettre qui m'a desjà épuisé plus d'esprit que 
je n'en ay perdu dans les neuf saignées de ma maladie. J'y employé 
toute ma force, puisque vous le désirez ainsy. Je n'oublie pas cette 
manière qui, à vostre dire, n'est approchée de personne, et il faut 
bien faire quelque chose d'extraordinaire pour obéir à l'amitié et pour 
plaire à la grandeur; la lettre partira bientost d'icy, et par avance je 
la recommande à vos soins et à vostre protection. Je suis plus 
qu'bomme du monde, Monsieur, vostre, etc. 

1 Souvenir de ce vers de Virgile {/Eneid. lib. VII, v. 568) : 

Hic specus liorrendum, saevi spiracula Ditis. 



ItU LETTRES 

Vous voulez bien que celte lettre soit aussy pour M r Conrarl, le très 
véritable et le très cher amy de mon cœur, etc. 



CLXIX. 

Ce 18 novembre 1C17. 

Monsieur, A mon advis j'ay fait ce que vous avez désiré que je fisse, 
mais beaucoup plus que je n'espérois et que je n'avois résolu de faire. 
Dans le progrès de mon discours, j'ay connu que l'estomacb fournissoit 
à la boucbe de quoy parler et que véritablement peclus crut quodfa- 
cicbai discrtos l . Je sçauray de vous l'opinion que je dois avoir de mov 
en cette rencontre et si je suis mauvais ou bon orateur. Grandis enim 
adco et verbosa epistola inter oraliones habenda est. Ceux qui l'ont veue 
icy ont crié Sophos et vivat jusqu'à m'estourdir de leurs continuelles 
acclamations. Mais le mal est que ce sont espris provinciaux, qui d'or- 
dinaire ont les yeux mauvais et qui se laissent tromper aux diamans 
d'Alcnçon et aux perles de Venise. Au pis aller l'impression adjoustera 
ce qui manque au manuscrit, et vous sçavez il y a longtemps que mes 
premières pensées ne sont pas si sages que les secondes. Je n'ay point 
de fièvre, mais il ne passe jour que la cbolique ne me tourmente 
cruellement, et l'enfleure de mon ventre commence à me faire peur. 
Je suis, Monsieur, vostre, etc. 



CLXX. 

A Neuillac, ce 20 novembre 1 Ci 7. 

Monsieur, IN'avez-vous point ou y parler de cet artisan, qui semper 
calumniator sut, necfinem habens ddigentiœ, ob id Cacizotechnos appellatus 



1 Allusion an mot célèbre de Quinti- Pectus est enim quod disertos fueit, et ris 
lien (Oratoriœ inslitutionis lib. X, cap. vu) : mentis. 



DE JKAN-I.OIUS GUEZ DE BALZAC 



'i2£ 



Mi ' ï Mon chagrin n'esl pas moindre que le sien. Je ne puis achever les 

choses laites : 

I hi nu ri (Bdiilco, imiiIii i|iiinli'iitii l'iitiliulis'. 

J'en veux mal à mes oreilles, qui sont si difficiles à contenter, cl 
porte quelques fois envie à l'heureuse facilité «le mon cher Minci. (C'esl 
celuj des derniers Illustres pour lequel j'ay le plus d'inclination.) S'il 
l<t ii I en croire l'auteur de sa harangue funèbre \ il ne se trouva pas 
une seule rature dans les originaux de ses oraisons. Bene, bene Mis 
sii sine labore, sine anadetate disertis. 

J'oubliais à vous parler par mes dernières lettres de M r de Cerizantes 
et de ses vers de dévotion. A vous dire le vray, ces sortes de conver- 
sions me sont suspectes, et j'ay peur qu'il sera mauvais Huguenot plus 
tost que bon Catholique. Ceux qui changent si facilement, et avec si 
peu de connoissance de cause, après avoir esté à Nostre Dame de Lo- 
rette feraient volontiers un pèlerinage à la Mecque, si le bien de leurs 
affaires les y obligeoit et qu'on y payast mieux les convertis qu'en pays 
de chrestienté. 

Il me semble que vous (nie) promistes, il y a quelques mois, la vie 
d'Epicure, qui s'imprimoit à Lion; souvenez-vous, s'il vous plaist, de 
vos promesses ''. Je suis, Monsieur, voslre, etc. 

La lettre est changée en beaucoup d'endrois, et plusieurs choses es- 



C'est du statuaire Callimaque que 
Pline l'Ancien parle ainsi (Naturalis His- 
toriœ lib. XXIV , cap. xli). 

1 Dirait, a?dificat, mutât quadrata rotundis. 

Horat. Episiol. lib. I, ep. ï, v. 100. 

3 L'auteur de l'oraison funèbre de Marc- 
Antoine Muret est le jésuite François Benci, 
qui avait été un de ses meilleurs élèves, et 
que Bayle {Dictionnaire critique, au mol 
Bencius) appelle «Tut) des plus excellents ora- 
* leurs de ce temps-là. » L'oraison funèbre 



de Muret se trouve dans le volume des Ha- 
rangues de Benci (i5p,o, in-8° — 1592, 
in-i 2 ). Elle avait paru séparément dès 1 582 : 
Oratio infunere Marci Ântonii Mureti(¥iome , 
i585, in-à"; Paris, i585, in-8°; Ingol- 
stadt, 1587, in-8°). On la retrouve en tête 
des Œuvres de Muret (édition de Vé- 
rone, 1727). 

4 De vita et moribus Epicuri, par Pierre 
Gassendi (Lyon,i6/i7). 



'i-20 LETTRES 

senlidles y ont esté adjoustées. Si, par malheur, la première copie qui 
partit d'icy il y a huit jours avoit esté rendue, je vous conjure de 
l'aire en sorte qu'elle soit supprimée et qu'on substitue en sa place 
l'une des deux autres que j'envoye par le courrier d'aujourd'huv. Je 
vous en supplie de tout mon cœur. Je ne serois pas fasclié que la lettre 
lus! imprimée, mais il faudroit que ce fust par commandement et en 
faire venir l'envie à celuy qui a désiré, il y a plus de six ans, que je 
parlasse de l'affaire de Cazal '. 

Si cela se l'aisoit, je vous en envoyerois une dernière copie encore 
plus courte que les autres, sed hœcomnia, sapienlissimc et amirmnnc Cu- 
pelane, sub sigillo confessionis civilis : et tu nnus optime es dieendn tacen- 
daque dodus, etc. 

Si la lettre ne s'imprime séparée, je la mettray à la teste du hui- 
liesme livre des Choisies qu'on veut icy que je face imprimer avec le 
Barbon ~. 



CLXXI. 

A Neuillac, ce 2 décembre iG'17. 

Monsieur, La grand'pilié que c'est de souffrir icy et là, d'escrire de 

mauvaises nouvelles et d'en lire qui ne sont guères meilleures, de ne 

vous pouvoir parler de ma cholique, que vous ne me respondiez de 

vostre rhume : 

Florentem servale; diesdale, Fata, beatas 
Dilecto vati, miseri si nulla sodalis . 
Vos tangit cura , et morbis placet addere morbos 
Damnatutnque caput repetitis pei'dere telis. 

Gomès 3 n'est plus Gomès, si on ne le traitte plus de ridicule, et 

' Le cardinal Mazarin. 3 Gomès n'a d'article ni dans le Worèri, 

'■ Les Lettres choisies parurent chez ni dans le Bmjie, ni dans la Biographie um- 

flniii-bé un an avant le Barbon ( 1 G 't 7 . rersellc, ni dans la Novwik Biographie gé- 

deiix vol. in-8°). nérale. Tallemant des Réaux n'en dit abso- 



DE JEAN-LOUIS GUBZ DE B ILZAC Ml 

M Ménage u'esl plus luy meame, s'il entre en raison avec le ridicule 
Gomès. De mon temps, quand ce galand homme prétendoil <l estre of- 
fensé, il m' demandoil poinl de satisfaction. Il ne demandoil que «lu vin 
et de li> soupe, el ses grands esclaircissemens ae se faisoienl qu'à la 
table, mais c'estoii las plais qu'il esclaireissoit, et quœ sequuntur ex an 
tiqua comœdia apud ithenœum. 

Je in- siay ce i[ue veut dire M 1 ' de la lloguette de son désaveu 1 , ny 
de ses Messieurs Dupuy. Mais je sçay bien que je l'av extrêmement 
obligé dans la lettre à M r le chantre de Saintes, et que toute sa 
philosophie et toute sa politique ne mélïtoient pas les six lignes 
que j'ay escriles de luy. C'est à mon compte le quatriesme ou cin- 
quiesme Mélancholique qui m'a donné de la peine et que j'ay exor- 
cisé inutilement. Dieu nous garde de ces bestes qui ne peuvent 
estre apprivoisées, et qui nous mordent quand nous les pensons ca- 
resser ! 

Les gens de plus haute esloffe qui appliquent à l'eu Monsieur le 
cardinal l'endroit où il est parlé des tirans qui font mal les vers sont un 
peu trop ingénieux dans les intentions de l'auteur, et une si subtile pé- 
nétration des pensées d'autruy me fait souvenir du palatin Polonnoisqui 



lument rien. Le Menagiana nous apprend 

(t. I, p. 5o) que Ménage fit pour ce poëte 

cette épitaphe, parodie de celle du grand 

capitaine Jean-Jacques Trivulce : 

Ici repose Gomais 
Qui ne reposa jamais. 

Guéret ( Guerre des nuleurs) attribue à 
Gomès un quatrain qui a été quelquefois 
donné à Clément Marot, et Ménage, dans 
ses Observations sur Malherbe, cite une épi- 
gramme de ce mauvais poëte contre un 
autre mauvais poëte, Marc de Maillet. Le 
Menagiana rapporte (t. III, p. 55) un mot 
cruel de Bautru contre la pauvreté de 
Gomès. J'ai recueilli quelques autres cita- 
tions sur Gomès dans une note des Vies des 



poètes bordelais el périgourdins , par Guil- 
laume Colletet (1873, in-8% p. 85, 86). 

1 Pierre Fortin, sieur de la Hoguette. 
auteur du Testament , ou Conseils d'un père 
à ses enfants (i655, in-12), ouvrage plu- 
sieurs fois réimprimé. Voir, sur ce beau-frère 
de l'archevêque de Paris , Hardouin de Pé- 
réfixe, Tallemant des Réaux (t. IV, p. 266) 
et la lettre de Luillier à Boulliau , du 1 9 sep- 
tembre i643 (ibid. p. '194). Voir encore, 
sur ses derniers moments , une bonne anec- 
dote dans le Menagiana (t. III, p. 284). 
Ménage, dans des lettres inédites que je 
publierai bientôt, et qui sont datées d'avril 
16/18, fait un grand éloge des qualités 
littéraires du sieur de la Hoguette. 

54. 



428 LETTRES DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZ.A< 

dit à M r le président de Pibrac un jour dans une diette de Varsovie : Au 
pernoctasti in meo [cwv/e] ' ? 



1 Je n ai retrouvé cette particularité dans 
aucune des nombreuses notices biogra- 
phiques publiées sur Guy du Faur de Pi- 
brac, pas même dans la plus ample de 
toutes, Vidi Fnbricii vita, scriptore Carolo 
Paschalio (Paris, i S 8 i . in- 1 a). M. le mar- 



quis de Noailles, qui, dans son ouvrage inti- 
tulé: Henri de Valois et la Pologne en i5j2 
(Paris, 1867, 3 vol. in-8°), s'est tant étendu 

sur le séjour de Pibrac en Pologne, n'a pas 
connu cet hommage si naïvement rendu à 
la finesse de l'ambassadeur de Henri III. 



APPENDICE. 



UNE PAGE INÉDITE DE BALZAC. 

M. (1. Babinet de Reneogne, archiviste du département de la Cliarente, a publié, sous 
ce litre, dans le journal le Charentais du ta février 1870, un document trop intéressant 
pour que je ne le reproduise pas ici avec les excellentes observations dont cet érudil l'a 
l'ait précéder ' : 



A M. LE DIRECTEUR DU CHARENTAIS. 

Monsieur, En mettant en ordre les archives de l'hospice d'Angou- 
lême, j'ay eu la bonne fortune de découvrir hier une page inédite de 
Balzac entièrement autographe, datée et signée de sa main un peu 
moins de quatre mois avant sa mort. J'ay pensé que vos lecteurs au- 
raient, comme moi, grand plaisir à la lire, et je m'empresse de leur 
en offrir la primeur. Le grand épislolier vivait alors dans une profonde 
retraite, dans la modeste cellule qu'il s'était fait bâtir au couvent des 
RR. PP. Capucins de notre ville, et où, méditant avec passion les 
saintes Ecritures, il apprenait et se préparait à bien mourir. Il nous 
semble qu'il a rarement rencontré des accents plus touchants, des 
pensées plus délicates. La reconnaissance qu'il témoigne à M me de 

1 Ces observations, quelque peu modi- rage à part, qui a paru, en 1871, sous ce 

liées, et le document qu'elles annoncent, titre : Le Testament de Bahac, publié pour In 

ont été réimprimés , la même année, dans première fois a"ec un fac-similé (Angoulême , 

le Bulletin de la Société archéologique et Iris- Goumard, in-8'). 
torique de la Charente. Il en a été fait un ti- 



430 APPENDICE. 

CampaignoUes 1 , sa sœur, pour les soins attentifs qu'elle lui avait pro- 
digués pendant sa maladie, et l'expression des sentiments chrétiens 
qui 1 animent, sortent avec effusion d'un cœur sincèrement ému. et 
l'appellent sans désavantage les passages les plus heureux du Socrate 
Chreslien : 

«•Ayant cédé, du gré de mon père et de ma mère, une partie de 
rrce qui me devoit eschoir par leur succession en faveur de Monsieur 
o-de Roussines, mon frère, et cette partie n'estant guères moins de la 
- moitié, j'ay cru avoir suffisamment satisfait à tout ce qu'exige de mov 
rrde ce costé là le sang et la parenté, et pouvoir disposer sans scru- 
te pule du reste de mon petit hien. J'en ay desjà asseuré quelque chose 
rrà Madame de Forgues, ma nièce; mais les obligations que j'ay à ma 
rr sœur, Madame de Campagnol, sont telles, elle m'a rendu des soins 
«■ si assidus et si passionnés, dans la continuité de mes maux, que, si je 
« n'avouois qu'après Dieu je luy dois la vie, je serois aussi ingrat que 
cr je luy suis obligé. Je voudrois bien pouvoir reconnoistre cette fidèle 
tret constante passion : et voicy la première tentation d'avarice qui 
cr m'est venue depuis que je suis au monde. Je voudrois estre riche 
rr pour avoir de quoy luy donner. Mais n'aiant jamais eu l'inclination 
rr portée à l'espargne, et ne me restant pas un teston de plus de vint 
rrcinq mille escus que j'ay receus à diverses fois des bienfais du Roy 
rret de Monsieur le Cardinal de la Valette, je conjure cette bonne 
rrsœur de me pardonner mon mauvais mesnage et de continuer jusques 
rr à la fin à m'aymer sans interest. Je n'ay rien qui ne soit à elle; mais 
rrce que j'ay est si peu de chose, et le nombre de mes péchés est si 
rr grand, que, quand j'aurois cent fois davantage, je n'aurois pas assez 
rr pour les racheter. Qu'elle agrée donc (je l'en prie de tout mon cœur), 
rrles aumosnes et autres œuvres de piété que je désire faire à ses des- 
repens, et faisons elle et moy ce sacrifice à nostre Seigneur. Il le bé- 
« nira, s'il luy plaist, par sa sainte grâce, et le recevant pour l'expiation 

1 M. de Rencogne nous apprend que la marquis Jean de Campaigno, ancien maire 
famille de CampaignoUes est encore repré- de la ville de Toulouse , ancien député de la 
sentée de nos jours, notamment par M. le Haute-Garonne an Corps législatif. 



APPENDICE. 131 

tt de mes fautes, comme je l'en supplie les larmes aux veux, cette bonne 
m'i chère sœur pourra dire qu'en quelque façon elle a Bauvéson frère 
irdeux fois, puisque, en cette rencontre, elle n'aura |»;is moins contribué 
«aux moyens de mon salul qu'elle a eu i!'' pari jusques icj à !;i con 
it servation de ma vie, 

.Ii-.\n Loi \s di. (h i ./.. 

t Fait .m monastère des Pères Capucins d' A ngulesme et escril de ma 
"ui.iiii. ce dixiesme septembre mil six cens cinquante trois 1 .- 

1 Près de deux cents ans pins tard, le l'hôpital actuel d'Angoulême. Ce discours 

8 février i85i, M 8 ' Cousseau, évêque (extrait, de la Gazette de l'Atigoumois) forme 

d'Angoulême, prononçai! un éloquent éloge une plaquette qui n'a pas été mise dans le 

de Balzac à l'occasion de la translation 'les commerce, mais que l'on trouvera à la lîi- 

restes de cel écrivain dans la chapelle de bliothèque nationale (Ln, •>-. ()iï'i ). 



CORRECTIONS El ADDITIONS. 



Page 35 , noie 3 , ligne G , au lieu de : avec les sœurs de Louis XIII , lisez : a»ec la sœur. 

Page 66, noie 3, ligne 3, au lieu de : lettre \i, lisez : lettre y. 

l'âge 1 1 G , note i , ligne 2 , au lieu de : Claude Girard, lisez : Gombauld, frère du jésuite du mémi 
nom. 

l'âge l a3 , ligne h , au lieu de : j'ai pilié du pauvre monsieur, lisez : du pauvre Montmaw. 

Page i 55, note 2 , ligne 2 , au lieu de : baron de Montrnbe , lisez : de Montrave. 

Page 175, ligne y, ajoutez: La lettre doit être du 8 septembre, la précédente étant du lundi j. 

Page 1 88, note 1, ajoutez : En une occasion toutefois (voir plus loin , page 3ôo), le mot tninotaun 
s'applique à Rocolet. 

Page a38, lignes 3 et h , au lieu de : M' Dargence de For gués, lisez : M' d'Argence ou à M' de 
Forgue 

Page 3 '10, note 3, ligne 2 , au lieu de : octobre , lisez : décembre. 

Page 280, lignes 18 et 19, au lieu de : M' d'Argence de Fnrgues, lisez : Messieurs d'Ârgence el 
de Forgues. 

Page 33g, ligne h , au lieu de : Du janvier îGgG , lisez : Du 7 janvier iGqG. 

Page 3GG, note 1, au lieu de : runel, lisez : unel. 

Page 3^3, sous la ligne 7, ajoutez en note : le convive dont Balzac parle avec tant de verve est 
le poète Peijrarède. 

Page 3y6 , ligne 1 5 , au lieu de : Clovis , lisez : Claris. 

Page '117, ligne 1 , Ajoutez en note : Le millésime, n'est pas indiqué , mais c'est bien là la place de 
celte 166' lellre, la suivante ayant été écrite précisément huit jours après (19-26 aoùl). 

IV. B. Si l'on s'étonnait de trouver, dans ces Lettres, les mêmes mois imprimés d'une manière diffé- 
renle, je rappellerais que, dans les éditions les plus soignées des Œuvres de Balzac , et, par exemple. 
dans l'édition des (Encres diva-ses, publiées, de son vivant, par les Elzeviers (Leyde, i65i), on ren- 
contre également adjousler el ajouster. advis niavis, avec, avecque et avecques, déchirer et detchirer, 
déguiser el desgnùer, extrême et extrême, etc. Que, devant de telles variations, on n'accuse donc ni le 
copiste, ni le proie, ni même l'éditeur! 



T A B L E 

DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES 

I uvii.m B 

DANS LES LETTRES DE JEAN-LOUIS GUEZ DE BALZAC 

ET DANS LES NOTES DE L'ÉDITEUR. 



VrBKVILLE, p. 169. 

Ablancoitrt, voy. Frémont et Perrot. 
Abruivm. p. 161, a44. 
Adige, p. 4i5. 
\i,k\, p. 99. 

(Évèque il), voy. Mascaron. 

\i;e\AIS, p. 62, 8a, 99. 
Acésilas, p. 370. 

Agis. p. 270. 

Agrippa, p. 3oa. 

Aigces (Sibylle des), voy. Amalbi (M°" d'). 

Aiguillon ( Marie-Magdelaine de Vignerot. 

dame de Combalet. puis duchesse d'). 

p. 1 13. 
Aire (Évêque d'), voy. Cospéan. 
Albert (Archiduc), p. a46. 
Alby, p. 3o3. 
Alexandre le Grand, p. 357, 398, 3oo, 

3o8, 3i3, 343,387. 
Aligre (Etienne d'), p. 68. 

(Etienne d"), (ils du précédent, p. 68. 

Alleacme, p. 67, 383. 



Allemagne, p. 5a, 64, 67, g3, aoi. î45 

a46, a48, a 7 8,3a3, 3 9 4. 
Almeloyeen (Jansen d") , p. 111. 
Alpes, p. 34g. 
Amalbi (André d'), p. 356. 

(Sibylle des Aiguës, M"' d'), p. 356. 

Amelot de la Houssaye, p. 120. 

Amiens, p. 94. 

Ampère (J. J.), p. 7, 54. 

Amsterdam, p. 6, i4, i5, 68, 8a, 98, 

10a, 110, îao, i4i, 160, 197. 207. 

a46. 
Amyot (Jacques), 55, 24a. 
Anacréon, p. 343. 
Ancillon (Charles), p. i5, 189. 
Ancre (Maréchal d'), p. a55, 257. 
Andilly (d'), voy. Arnadld (Robert). 
André (le P.), p. 83. 

(Valère), p. 3ao. 

André de la Ronade et de Salers (Louise 

ou Elisabeth d'), femme de Charles do 

Mainard, p. 35g. 



434 



TABLE DES NOMS 



Angennes (Nicolas d'), seigneur de Ram- 
bouillet, p. 997. 

( Léon-Pompée i>' ) , marquis de Pisani , 

P- »97- 

(Julie Lucie d'), voy- Montausieb (du- 
chesse iie). 

(Angélique-Claire 11' ). voy. Grignan 

(marquise de). 

\ngers, p. 99, 46. 

— — (Evêque d'), voy. Arnauld (Henri). 

Anghien (duc n'), voy. Condé (Henri de). 

Angleterre, p. li.'?. 189, 196. 3ti, 
35i. 

Angoulême, p. 3, 16, 17, 26, 33, 37 . 45, 
5o, 68, 70, 92, 97, 109, n4, 128, 
i33, i34, i45, 167, i5i, i53, 179, 
1 83, 217, aa3, 226, a3i, 232, 238, 
255, 267, 263, 28/1, a85, 289, 290, 
3o5, 329, 336, 355, 372 , 373, 376, 
382, 389, 396, 4i 1, 429, 43 1. 

(Evêque d'), voy. Cousseau; Du Per- 
ron (Jacques). 

Angoumois, p. 67, 249. 

Anne d'Autriche, p. i4, as, 34, 43, 53, 

54, 57, 64, 73, 107, 108, 110, 128, 

i3o, 225, 2Ô3, 35o, 392. 
Annibal, p. 975. 
Antoine, p. i3g. 
Anvers , p. 1 4 1 . 
Abelles, p. 238. 
Apollonius de Tyane, p. io4. 
Apulée, p. 342, 383. 
Aquitaine, p. 99. 

Arasse (Château d'), près d'Agen, p. 99. 
Arbaud (François d'), sieur de Porchères, 

p. 1 55. 
Arc (Jeanne d'), p. 275. 
Arcadie, p. 363. 
Archiloque, p. 36. 
Archimède, p. 996, 3g4. 
Argence (D'), p. 21, 25, 88, 938. 267, 

276, 287, 289, 417. 



Abioste (Louis), p. 2o5, 221, 298, 387. 

Aristide, p. 169. 

Aristophane, p. 307, 346. 

Aristote, p. i4, 53, 74, 188, 224 , 288, 

3o5